SIDA: LES PROFITS AVANT TOUT



Cet article est paru dans Socialisme INternational en 1995
 

Chaque jour, 6 000 personnes sont contaminées par le virus du SIDA, le VIH. Depuis le début de l'épidémie, on compte au moins cinq millions de morts. Nous sommes entre 15 et 17 millions de séropositifs, la majeure partie vivent dans le Tiers-Monde. D'après les estimations "optimistes" de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), nous serons entre 30 et 40 millions d'ici l'an 2 000. Loin d'être enrayée, la pandémie de SIDA est en pleine expansion. Si l'origine de la maladie est naturelle, son extension ne l'est pas. Le SIDA est bel et bien un désastre organisé et les responsables sont les firmes pharmaceutiques et les gouvernements.

"Vous devez comprendre qu'un million de personnes n'est pas un marché très excitant. Bien sûr, il est en expansion mais ce n'est pas encore celui de l'asthme ou de l'arthrite rhumatismale." Ainsi parlait un certain Patrick Gage, vice-président d'un grand groupe pharmaceutique, en 1986.

Neuf ans plus tard, les quelques labos qui dominent le secteur de la santé, évaluent le marché "utile" à 250 000 individus. C'est le cas de Glaxo, numéro un mondial, qui compte lancer un nouveau médicament, le 3TC, et fait ses comptes: 150 000 personnes solvables aux USA et 100 000 dans le reste du monde. Quoi d'étonnant dans ces conditions que 98% des personnes infectées n'aient jamais reçu d'antiviraux (tel que l'AZT). Avec ses 11 millions de séropositifs et ses plus de 400 000 cas de SIDA, l'Afrique est de loin le continent le plus touché; mais aucun n'a le "privilège" d'appartenir au "marché utile".Poussant un peu plus loin la logique, certains actionnaires de Roche, autre grand labo, souhaitent que leur groupe se retirent de la recherche. Pourquoi? Leur dernier produit commercialisé, le DDC, ne leur a pas rapporté d'argent.

Contrairement à ce que disait cyniquement ce monsieur Gage, le marché du SIDA ne semble toujours pas excitant pour les multinationales, et dans le contexte de crise économique et d'attaques des budgets sociaux que nous connaissons à l'échelle planétaire, il est peu probable qu'il augmente.

Entre leurs profits et notre santé les patrons de Glaxo-Wellcome et compagnie ont choisi. Ils condamnent des millions de gens à la mort car non-solvables; de même que les grands céréaliers créent la famine par manque de clients valables, selon leurs critères abjects.

Dans une telle situation, les récentes déclarations au sujet des bithérapies et des trithérapies (c'est-à-dire l'association de deux ou trois médicaments) prouvent que la recherche progresse et que les moyens de lutter contre la maladie éxistent; néanmoins ces avancées ne toucheront qu'une poignée de gens. Tant sur le plan des médicaments que sur celui de la prévention, ce ne sont pas les possibilités qui font défaut, mais bel et bien la volonté de ne pas investir dans ce qui ne rapporte pas. La quasi-totalité des personnes concernées ne doit d'ailleurs même pas être au courant de ce nouvel "espoir"; que ce soit en Ouganda, ou l'église a trouvé un "remède" qui ne coûte rien (l'abstinence) ou en Chine où le virus semble soluble dans la croissance économique.

Le gouvernement face au SIDA

Chirac, Juppé et consorts se foutent complètement des malades et séropositifs. La preuve? Voici les preuves.

Cet été le forfait hospitalier est passé de 55 à 70 francs, soit 2 100 francs pour un mois d'hospitalisation. Dans le même temps, Codaccioni et Juppé censuraient une campagne de prévention.

Pis encore, dans la foulée des attaques contre la sécurité sociale, la réforme des hôpitaux est lancée qui prévoit 60 000 suppressions de lits, la baisse des budgets et la mise en concurrence des établissements, qu'ils soient privés ou publics. A terme, cela reviendra à fermer les services non rentables et ceux qui demandent de gros investissements. Les services des maladies infectieuses, où les séropositifs sont soignés, sont directement concernés.

Encore tout récement et de manière plus directe, le budget alloué par l'Etat à l'Assistance Publique pour la prise en charge des malades du SIDA s'est élevé à 30 millions, soit 16 millions de moins que ce qui avait été demandé.

La France, rappelons-le, est à la première place en Europe en ce qui concerne le nombre de morts, celui de sidéens et de séropositifs. La criminalisation de la drogue et la répression qui l'accompagne, ont entraîné la contamination de milliers de toxicomanes alors qu'il est prouvé qu'une politique de prévention aurait pu éviter ce drame. Encore aujourd'hui, à Paris, il n'y a qu'un seul distributeur de seringues (au début de l'année 1995).

La même logique qui guide les multinationales est à l'oeuvre ici, on l'a vu avec l'affaire du sang contaminé et des hémophiles. Le gouvernement Fabius avait bloqué l'introduction d'un produit américain pendant plusieurs mois, le temps pour l'Institut Pasteur de mettre au point son produit; cette décision entraîna des milliers de contaminations.par transfusions.

Balladur en 1994 avait "généreusement" promis de verser 100 millions au programme "Onusida". Juppé a fait savoir que Paris ne pourrait assumer ses engagements. Entre temps, Chirac faisait ses éssais nucléaires et cinq milliards au moins étaient engloutis dans l'atoll de Mururoa. La défense nationale est autrement plus importante que la santé des Français et des Polynésiens.
 
 

L'ordre moral

Outre leur mépris total pour la souffrance de milliers de gens en France, la droite et l'extreme-droite se servent du SIDA pour nous abreuver des pires préjugés et des idées les plus réactionnaires.

Même si les autorités ne peuvent plus affirmer que seuls les "pédés et les drogués" sont concernés par le SIDA, la maladie est une véritable aubaine pour les tenants de l'ordre moral. Relayant les propos du pape, hommes politiques, médecins et autres experts nous disent que seul la vie de couple et la fidélité sont un remède efficace contre le virus. Sous couvert de leur morale, ils attaquent en force la liberté sexuelle et le droit de chacun de disposer de son corps. Ils veulent nous imposer un modèle de vie qui ne convient qu'à la société dans laquelle nous vivons.

Même dans la prévention, l'usage du préservatif est présenté comme un moyen non pour se protéger en général, mais pour se protéger au cas où la personne irait "fauter". C'est toujours dans l'optique d'une relation de couple, seule valeur sûre, comme s'il s'agissait de la seule façon de vivre.

Ce renforcement du discours moral, de l'oppression sexuelle et de l'homophobie profite largement au Front National. Ainsi , le fasciste Le Pen a pu déclarer le dimanche 18 février au grand jury RTL-Le Monde, que les homosexuels n'étaient pas la cause du SIDA comme il l'avait laissé entendre; ce qui est à l'origine de la pandémie c'est la sodomie selon le chef du front nazi!!!

A l'heure où la droite prépare des attaques massives contre les travailleurs, elle prépare le terrain en attisant les haines et les préjugés. Par tous les moyens elle veut nous diviser.
 
 

Le SIDA en chiffres:

Le Tiers-monde est le plus touché par la maladie. Au Malawi, pays africain, 10% de la population est atteinte, et en l'an 2 000 il y aura 800 000 orphelins sur 10 millions d'habitants. Toujours à l'horizon du prochain millénaire, l'Inde comptera au bas mot cinq millions de séropositifs. La seule Asie du sud-est en compte déjà trois millions.

Officiellement la Chine a recensé 100 cas de SIDA!!!

L'OMS estime que d'ici quatre ans le nombre d'enfants risquant de perdre leur mère sera de huit millions.

Aux Etats-Unis, un Américain sur 92 entre 27 et 39 ans est touché par le SIDA. Chez les Noirs la proportion passe à 1 pour 33. Il y a 580 000 cas de SIDA déclarés en Amérique du Nord mais seuls 150 000 auront droit au nouveau médicament de Glaxo. Les autres sont trop pauvres ou presque morts. A New York le SIDA est la principale cause de décès chez les adultes de 25-34 ans.

La France n'est pas en reste mais les chiffres sont très variables entre 100 000 et 300 000 séropositifs. Par contre; l'INED (Institut national des études démographiques) est formel, le nombre de personnes qui meurent chaque année va augmenter jusqu'en 1997, 5 400 sont décédés l'an dernier, 6 500 mouront l'année prochaîne. Depuis 1985 il y a eu 30 000 morts.

L'église complice du virus

La presse française a présenté comme un grand évènement l'annonce des évêques jugeant "nécéssaires" l'usage du préservatif. L'église n'aura mis que quinze ans pour découvrir ce que tout le monde sait depuis bien longtemps. Surtout, le silence criminel des autorités catholiques en ont fait les complices du SIDA. Que ce soit en France, mais surtout dans le Tiers-monde, le pape en tête, toute la hierarchie catholique aura joué à fond son rôle réactionnaire et porte une lourde responsabilité dans la propagation du virus. Lors de la visite de Jean-Paul II en Ouganda, toutes les affiches de prévention furent retirées.

Aujourd'hui, la prise de position des évêques français, au demeurant très tiède, n'est due qu'à la pression exercée par une base qui ne se satisfait plus des mots d'ordre tel que "fidélité-famille-foi". L'église par crainte de voir ses fidèles s'éloigner a donc choisi d'opter pour une once de réalisme. Trop tard pour des milliers et des millions de gens qui ont placé leurs espoirs dans la religion et son message.

Comme l'Etat, l'église n'a pas à mettre son nez dans les chambres à coucher.
 
 

Nouveaux traitements: l'espoir?

Le principe des bithérapies et surtout des trithérapies,( association de deux ou trois médicaments, dont les antiprotéases non commercialisées) est d'intervenir à différents stades de l'évolution du virus et donc de le combattre plus efficacement. Il convient de dire que cela n'est pas nouveau et est déjà pratiqué localement. Concrètement et selon les premiers résultats, l'administration de trois médicaments fait baisser radicalement la présence du Virus de l'Imunodéficiance Humaine dans le sang. Seul problème, et quel problème!, on sait déjà que ces traitements coûtent très cher, conséquence: la majorité des personnes infectées ne pourra en bénéficier.
 
 

Stéphane Lanchon

 


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