Les livres sont des armes
L'islam des banlieues
de Dounia Bouzar

L’Islam des banlieues
Les prédicateurs musulmans, nouveaux travailleurs sociaux ?
Dounia Bouzar
Ed. Syros, 2001, 15 euros

Éducatrice depuis une vingtaine d’années, Dounia Bouzar travaille à la Protection judiciaire de l’enfance. Très engagée auprès des publics jeunes en grande difficulté, elle est aussi animatrice d’un atelier interculturel et d’une association de réinsertion par le théâtre.

A l’origine de son livre, deux constats. D’abord, de plus en plus de jeunes, environ 50 000 aujourd’hui, dont une majorité de filles, fréquentent les permanences sociales d’associations musulmanes aux quatre coins de la France, à Lille, Lyon, Marseille ou en région parisienne. Ensuite, les travailleurs sociaux constatent, avec dépit, que les propos tenus par les responsables de ces associations ou certains prédicateurs, tel Ramadan, qui leur sont liés, ont souvent bien plus de portée et d’influence sur ces jeunes en situation très difficile que les leurs.

Ce qui ressort des nombreux témoignages rassemblés dans son livre est clair : face aux diverses stigmatisations, sociales et ethniques, les jeunes des quartiers dits " sensibles " cherchent à se reconstruire une identité plus valorisante en se réappropriant leur histoire. Comme le dit un d’eux, ils ne veulent plus être comme ces " Musulmans qui ont intégré cette attitude complexée du style on s’intègre, faut pas qu’on soit visible "

Si les familles maghrébines qui ont immigré en France, ont accepté pendant des années, de renier leur culture en échange d’un travail, que leurs enfants se socialisent dans la langue de l’ancien colonisateur, ces derniers ne l’acceptent plus. Le fait qu’on leur refuse encore aujourd’hui le statut d’égalité avec les " autres ", leur est insupportable et fait revenir à la surface tous les problèmes historiques non résolus. Ils ne veulent plus avoir à se défendre constamment contre leur histoire, leur culture, ni à la refouler honteusement

Du coup, on comprend bien les propos d’un jeune qui explique que " le problème essentiel avec les travailleurs sociaux, c’est leur position vis-à-vis de l’intégration (…) ils veulent nous reprogrammer c’est à dire vider notre disque dur pour le recharger sans trace de notre culture. " On comprend mieux aussi le succès de prédicateurs tels que Ramadan. Issus de la double culture comme ces jeunes, ils leur permettent de s’insérer dans un passé, de parler de ce passé, bref de retrouver un pan de leur histoire et celle de leurs parents, de ré-articuler ces cultures, laïque et musulmane qui constituent autant de facettes de leurs personnalités.

Refus d’intégration ?
Évidemment, une telle démarche ne manque pas de susciter méfiance et soupçons. Quand les jeunes évoquent leurs origines familiales, veulent parler arabe, les assistantes sociales, élus, employeurs présument immédiatement un refus d’intégration. Des témoignages éclairent les difficultés que rencontrent par exemple les jeunes Arabes de ces quartiers dits " sensibles " sitôt qu’ils veulent s’organiser sur les bases culturelles qui sont les leurs : le créateur d’un lieu de ressources sur la culture arabe explique ainsi comment il lui a fallu lutter contre le soupçon de communautarisme pour pouvoir monter son projet… Des jeunes femmes de Lille, à l’origine d’une association des familles musulmanes racontent tout le mal qu’elles ont eu pour siéger à la l’Union départementale des associations familiales ; " ils voulaient savoir qu’ il y avait derrière… ", question qui n’avait pas été posée à l’union des familles catholiques, membre, elle, depuis longtemps, de cet organisme…

Or, contrairement aux préjugés, comme le montre très bien Dounia Bouzar, cette redécouverte d’une culture religieuse ne renforce pas nécessairement le repli et le communautarisme. Si, pour certains jeunes en grande difficulté sociale la découverte de l’Islam s’est traduite par un repli quasiment autiste, le récit de parcours de vie individuels très différents montre comment, pour d’autres, elle a permis une prise de conscience, une ouverture sur le monde. Ainsi, un jeune d’un quartier de Lille-sud décrit longuement les années passées au pied de son immeuble entre bagarres, larcins et ennui. " Maintenant, je pense qu’on n’avait que ça, le quartier. Depuis que je suis revenu à ma religion, j’ai changé. Mon territoire, c’est le monde entier. " D’autres racontent comment ils ont découvert la solidarité, l’engagement associatif à travers la religion. Pour d’autres, enfin, l’Islam a permis une certaine prise de conscience politique : " Moi, j’ai envie de participer, en tant que musulman français, aux vraies questions qui se posent."

En bref, dans la plupart des cas, l’entrée dans la religion, loin d’être un retour à des sources mythiques, permet de vivre pleinement dans la modernité et la société française.
D’une lecture très stimulante, ce petit livre de Dounia Bouzar, en donnant la parole à ceux et celles qui ne l’ont jamais, secoue bien des préjugés.

Bertrand Lazard-Peillon (LCR Paris 18)
 

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