Des films à voir

Violence des échanges en milieu tempéré.

Un film de Jean-Marc Moutout (sortie le 14 janvier 2004).

Construit en boucle, ce film décrit l’initiation d’un jeune diplômé au libéralisme. Le futur adepte doit ici faire ses preuves et passer quelques obstacles avant de devenir un chantre. Flash back, sur une crise de conscience dont la douleur équivaut à un dépucelage. Si le mot violence figure dans le titre,  c’est à juste titre car il s’agit bien de violence quand on décide du rachat d’une usine et de la réorganisation du travail avec 80 licenciements à l’appui.

Quant aux échanges, dans une société fondée sur la marchandise, ils sont au cœur même du système. Echanges de produits, d’outils, de paroles et d’hommes. C’est à travers ces échanges là que fonctionne notre société de marchandises. Combien d’audits, de rachats, de liquidation d’entreprises sont-ils exécutés dans les tours de cristal des bureaux de consultants de La Défense et d’ailleurs ? Ambiance feutrée, lumières douces, voilà pour la géographie des lieux. Bilan de compétences exécuté de main de velours, avec politesse, voilà pour les relations sociales. Ici, l’action du film se déroule en milieu tempéré. Son principal décor est l’entreprise et son « héros » Philippe, jeune diplômé est consultant en entreprise.

Il vient de sa province travailler à La Défense dans le cabinet Mac Grégor. Nous le trouvons courageux, ce sans -cravate qui intervient dans le métro contre le harcèlement sexuel dont est victime, Eva, une jeune passagère. Ce blondinet paraît sensible, fragile, sympathique mais bientôt l’évolution du personnage, au long du film, viendra contredire la bravoure de ce premier geste. Certes, lorsqu’il comprend que son travail sert à établir la rentabilité d’une entreprise et à préparer le licenciement de quatre-vingt ouvriers, il exprime bien une éphémère rébellion quant à l’objet de sa mission, mais il rentre dans le rang, vite mis au pas. Le film montre comment le désir de carrière et la soumission aux rouages du système viennent à bout de ses hésitations.

Il dessine le portrait d’un « héros » ou plutôt d’un anti-héros. Philippe jette bien vite sa crise de conscience  et ne résiste pas  aux sirènes du capitalisme. Il devient le bras, parfait exécuteur des basses œuvres. Philippe, à la fin du film, déniaisé n’est plus vierge quant à la nature de son travail. Il sait parfaitement porter la cravate, conduire des voitures de plus en plus étincelantes et se fondre sur une plage, dans la foule, pour savourer avec sa nouvelle conquête féminine les vacances du mérite.

Le film de Jean- Marc Moutout raconte l’histoire d’une initiation et crée un parallèle entre le fonctionnement du monde de l’entreprise et celui d’une secte. Sous le sceau de l’opacité et du secret se prennent les décisions dont sont écartés ceux qu’elles concernent :ici, les ouvriers. Le cinéaste nous aide à découvrir l’endoctrinement qui permet aux sociétés de consulting de former leurs troupes. Il leur faut de bons et loyaux soldats pour mener la guerre sans états d’âmes. Une guerre de classe.

Jean-Marc Moutout, jeune cinéaste dont c’est le premier long métrage de fiction réalise, ici,  un film étonnant de maturité et d’intelligence tant par ses qualités plastiques, l’efficacité de son montage, son excellente direction d’acteurs, sa capacité à construire un personnage abouti, son intelligence du sujet. Ce film décrit avec justesse le fonctionnement même du libéralisme à travers un de ses rouages essentiels. Avec le personnage de Philippe, nous découvrons le monde de ces experts en « connaissance » de l’entreprise, ces spécialistes du management qui évaluent la valeur du travail et de ses outils pour le compte du capital. Ici, nous voyons le « héros » apprendre à décliner musique et paroles de son métier. Cet apprentissage donne froid dans le dos. Parfaitement initié, l’agneau devenu loup a fait ses dents. Il rejoint les adeptes et chante, en chœur, les paroles emblématiques qui font la devise des consultants du Cabinet Mac Gregor « Work hard, play hard ». Tout un symbole !

Laura Laufer (LCR Montreuil)

Deux anges de Mahmad Haghighat
Ce film iranien décrit la révolte têtue d’un jeune garçon qui s’oppose aux commandements d’un père aveuglé par sa foi. Si le père souhaite que son fils entre à l’école coranique, le fils ne rêve que d’école de musique. Ce désir coûtera sa vie à l’enfant car l’intégrisme désigne la musique comme sacrilège. Roué de coups, l’enfant succombera sous les coups de bâton donnés par son propre père. Ce film constate l’envie qui existe dans la jeunesse iranienne de transgresser les tabous. Deux Anges dénonce violemment l’obscurantisme religieux. Même si son propos paraît un peu simpliste, il mérite d’être vu pour la sincérité qui l’anime.
 

Le cerf-volant de Randa Chahal Sabbag.(sortie le 18 février 2004)

Réalisé par la cinéaste libanaise, Randa Chahal Sabbag, ce film témoigne de la violence là, où 180 kilomètres de barbelés à la frontière israélo-libanaise, transforme l’Autre en Ennemi. Les personnages féminins de ce film sont particulièrement forts et audacieux. Le fait que ce film soit l’œuvre d’une femme n’y est probablement pas étranger. Randa Chahal Sabbag montre les femmes qui communiquent par mégaphone, d’un village à l’autre, faisant fi des barbelés de la frontière. Par elles, tout se sait. Du plus intime au plus public : mariage, décès, venue des règles pour telle jeune fille. Sous leur costume traditionnel, ces femmes crient à tue tête leur désir, dévoilant même le plus intime de leur vie, crûment. Quant à Lamia, belle jeune fille de 16 ans, elle revendique son droit à aimer. Promise à un cousin de l’autre coté de la frontière, , elle choisit de quitter son mari pour pouvoir aimer librement ce soldat israélien, qui du haut de son mirador est tombé amoureux d’elle. Elle défie ainsi sa famille, quand lui, le soldat, défie sa hiérarchie militaire. Lamia veut, comme le cerf -volant avec lequel elle jouait gamine, pouvoir aller et venir sans  frontière. Ce film est un chant d’amour libre.

Mille et un jours de Frédéric Laffont (sortie le 28 janvier 2004).

Tout au long de ce film de fiction, hors champ, nous entendons une voix de femme. Celle d’une jeune femme photographe qui tient un carnet de route du conflit israélo-palestinien et nous confie ses inquiétudes et questionnements sur les images qu’elle prend. Ce personnage  veut croire à un « espoir de paix » et son projet photographique s’inspire de celui du poète Mahmoud Darwich quand il propose « plutôt une mosaïque que de tailler dans le marbre des certitudes ». Si cette  photographe nous dit « cette guerre, je ne veux pas y croire », comment nous spectateurs pouvons-nous ne pas entendre les hélicoptères de combat bourdonner dans le ciel, les chars d’où les soldats tirent puisqu’ils sont dans la bande son ?

Comment pouvons-nous ne pas voir les check points,  les destruction de maisons, la rage d’arracher toute culture en terre palestinienne puisque les images nous les montrent ? Tournées sur place même, ses images prises à Jénine ou à Chatila  montrent tant de ruines et de misère, tant de souffrances qu’elles disent bien qu’il s’agit d’une guerre et rien d’autre. Les questionnements sur ses images que le réalisateur prête à son personnage de photographe semblent en contradiction avec l’expressivité même de ces images, lesquelles n’échappent pas à la réalité.

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