Mai-juin 2003
Que font les dirigeants syndicaux ?
 

En France, le taux de syndicalisation est historiquement faible par rapport à la plupart des autres pays capitalistes avancés. Et comme nous avons assisté depuis les années 70, en France comme ailleurs, à un processus de désyndicalisation, il est encore plus faible aujourd’hui – autour de 8% globalement, moins de 5% dans le secteur privé.

Il n’est guère nécessaire de démontrer que ce bas niveau de syndicalisation ne reflète pas un bas niveau de combativité. Mais la faiblesse des organisations syndicales, jointe à la capacité de la classe ouvrière française à mener de grands combats, peut conduire à sous-estimer l’importance des syndicats. Or, pour faibles qu’ils soient, ce sont des organisations de masse, qu’on ne peut pas réduire à leurs appareils de direction. Malgré le faible nombre de leurs adhérents, ils sont considérés par des millions de travailleurs comme des outils de défense de leurs intérêts et comme garants de leurs acquis. Et sans sous-estimer l’importance des structures d’auto-organisation dans les luttes, ce serait faux d’opposer ces structures aux syndicats.

Pour le meilleur et pour le pire, les syndicats et leurs directions ont joué un rôle central dans le mouvement de mai-juin 2003. Ce qu’ont fait et n’ont pas fait les syndicats et surtout leurs directions a eu une influence décisive sur le cours du mouvement.

Le mouvement de mai-juin 2003 était la première, mais sans doute pas la dernière confrontation d’ampleur entre le monde du travail et le gouvernement Raffarin. Dès l’automne 2002, il avait été précédé et largement préparé par des manifestations et grèves : celles en défense des services publics le 3 octobre et le 26 novembre ; les premières mobilisations en défense des retraites le 1er février et le 3 avril ; et la série de journées de grève dans l’Education nationale dès le mois d’octobre.

Nous ne pourrons pas faire ici une analyse globale du mouvement. Mais il est important de comprendre l’attitude du gouvernement Raffarin. Arrivé au pouvoir dans des conditions très particulières, le gouvernement Raffarin avait d’abord procédé avec prudence. Mais poussé en avant, aussi bien par le MEDEF et son programme de « refondation sociale » que par l’Union européenne, il s’est dirigé vers un affrontement avec le mouvement ouvrier sur trois questions : la privatisation d’EDF, les retraites, la décentralisation dans l’Education nationale. Derrière ces premières attaques se dessine tout un programme néo-libéral. Le terme de « thatchérisme à la française » utilisé par Henri Weber n’est pas déplacé1. Quant à l’intention, bien sûr. La réalisation, c’est autre chose. Bien qu’il ait gagné la première manche, les circonstances de cette victoire peuvent rendre la suite plus difficile pour Raffarin.

Cette politique offensive implique une volonté d’affrontement avec les organisations syndicales, y compris avec leurs directions. Bien sûr, le gouvernement cherchait à gagner le soutien de certains syndicats (ou au moins à les neutraliser) et il a réussi avec la CFDT. Mais il n’était pas prêt à marchander sur l’essentiel pour éviter l’affrontement social. Pour lui la partie n’était pas gagnée d’avance. Les deux précédentes occasions où des gouvernements de droite avaient cherché l’affrontement avec le mouvement ouvrier (Chirac en 1986, Juppé en 1995) s’étaient mal terminées pour eux. Pourtant, Raffarin a adopté une attitude intransigeante et c’est face à cela que les différentes directions syndicales ont dû agir.

Tout le mouvement syndical était confronté au défi des retraites. Les syndicats enseignants étaient également confrontés à celui de la décentralisation. La première mobilisation en défense des retraites organisée par les syndicats était la journée de manifestations du 1er février. Cette journée était appelée par sept organisations syndicales (CFDT, CFTC, CGC, CGT, FO, FSU, UNSA) sur la base de la déclaration commune du 7 janvier, texte au contenu extrêmement vague et qui ne s’opposait pas clairement au projet du gouvernement. La seule exigence concrète était celle du “droit à la retraite à taux plein à 6O ans”, sans préciser quel était ce “taux plein” ni pendant combien d’années il fallait cotiser pour y avoir droit. Les défaillances de la déclaration syndicale furent rapidement corrigées par les manifestations du 1er février. Celles-ci furent dominées par ce qu’on allait appeler le “triptyque” – la revendication du droit à la retraite à 60 ans, après 37,5 années de cotisation, avec un taux de remplacement de 75 %.

Ainsi, dès le début un décalage est apparu entre le mouvement et sa direction. Du début jusqu’à la fin, le mouvement revendiquait le retrait du Plan Fillon et le maintien des acquis essentiels du système actuel de répartition. Déjà, au mois de janvier, un décalage était apparu quand les salariés d’EDF avaient refusé d’accepter la réforme de leur système de retraite comme préalable à la privatisation de l’entreprise, bien que cette réforme fût défendue non seulement par la direction de l’entreprise et le gouvernement mais par les syndicats majoritaires dans l’entreprise (CGT et CFDT).

La démarche des principales directions syndicales était de chercher à négocier une version modifiée du plan. Pourtant, tous les syndicats n’avaient pas exactement la même position. Il faut distinguer l’attitude de la CFDT de celle des autres. La CFDT est devenue au fil des années une confédération qui non seulement ne conteste pas le capitalisme mais accepte la politique néo-libérale et voit son rôle comme faisant des «propositions constructives » visant tout au plus à apporter quelques améliorations aux marges.

Déjà en 1995, la CFDT, à la différence des autres confédérations, avait soutenu le Plan Juppé. Après la première grande journée de grève interprofessionnelle le 13 mai, à laquelle elle avait appelée, la direction de la CFDT s’est saisie de la première négociation pour signer, deux jours après, un accord acceptant le Plan Fillon avec des amendements qui n’en modifiaient en rien la logique. Ensuite, elle s’est retirée du mouvement. La direction de la CFDT va certainement payer un prix élevé en terme de départs de la confédération, lesquels s’annoncent plus massifs qu’après 1995. Mais si elle cherche maintenant à limiter les dégâts, elle ne modifie pas pour autant son orientation globale.

La CFDT se positionne comme le syndicat par excellence d’accompagnement social du néo-libéralisme, comme partenaire fiable du patronat et des gouvernements, de droite aussi bien que de gauche.  S’il le faut, elle est prête à payer ce positionnement par le départ périodique des secteurs les plus combatifs. Objectivement, elle se base sur cette partie du salariat qui pense qu’effectivement il n’y a rien à faire aujourd’hui que d’accepter le néolibéralisme en cherchant à obtenir quelques miettes.

La situation des autres organisations syndicales est plus compliquée. Celle qui a joué le rôle décisif dans le mouvement est sans aucun doute la CGT. En termes de nombre d’adhérents, la CGT et la CFDT sont à peu près à égalité. Pourtant, il suffisait de regarder n’importe quelle manifestation en mai et juin pour comprendre que lorsqu’il s’agit de mettre des paires de chaussures sur le pavé, la CGT n’a pas son égal. En général ses cortèges égalaient et souvent dépassaient ceux des autres syndicats ensemble. C’est que par son histoire et son implantation, la CGT organise encore la majorité des syndiqués les plus combatifs.

Longtemps dépendant du PCF dont elle était de fait la “courroie de transmission”, la CGT a connu des évolutions importantes ces dernières années. Bien sûr, à l’instar du PC, la CGT a toujours été présente pour sauver l’ordre établi quand celui-ci fut menacé – notamment en 1936, en 1944 et en 1968. Mais elle a pu jouer ce rôle parce qu’en temps « normal » elle défendait tant bien que mal les intérêts immédiats des salariés. En 1995, tout en cherchant à éviter une confrontation globale avec le gouvernement, elle était dans le mouvement contre le Plan Juppé et était vue par la plupart des salariés comme ayant joué un rôle positif.

Pourtant, dans un contexte marqué par la chute de l’URSS, l’affaiblissement du PCF, l’évolution social-libérale de la gauche politique, la CGT commençait à définir un nouveau rôle pour elle-même. Ce recentrage avait déjà été entamé pendant le mandat de Louis Viannet, prédécesseur de Bernard Thibault, qui était secrétaire général de 1992 à 1999.
A son 45e congrès en décembre 1995, en plein mouvement contre le Plan Juppé, Viannet avait réussi à faire voter la suppression de l’objectif, inscrit dans les statuts de la centrale, de « la suppression de l’exploitation capitaliste».

La prise de distance avec le PCF s’est illustrée de manière frappante en décembre 1996 avec la démission de Viannet du bureau national de ce parti. Au moment de sa nomination à la tête de la CGT en 1999, Thibault est allé encore plus loin en quittant le conseil national du PCF. La nouvelle orientation de la CGT la mène vers un syndicalisme où la négociation prend le pas sur la contestation. Elle comprend aussi la recherche d’un rapprochement avec la CFDT. Jean-Christophe Le Duigou et Jean-Marie Toulisse, responsables respectivement du dossier des retraites à la CGT et la CFDT, ont écrit ensemble un livre, L’Avenir des retraites, dont François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, a pu dire que, «Sur les retraites, nous avons fait un diagnostic commun qui nous a poussés à faire des propositions communes. Même si nous conservons des désaccords sur les modes d’action. »2.
Ce rapprochement a été sérieusement malmené par l’attitude de la CFDT en mai-juin, mais on aurait tort de l’enterrer, car il correspond à une évolution profonde, que l’adhésion en 1999 de la CGT à la Confédération européen des syndicats (CES), où elle a retrouvé la CFDT et FO, a favorisé. Il faut savoir que la CES joue un rôle d’accompagnateur de la politique néolibérale de l’Union européenne. Ecoutons encore Chérèque : « Nous avons voté pour qu’ils entrent à la CES et le travail commun a permis que les conceptions évoluent. »3

A la différence de la CFDT, cette nouvelle orientation de la CGT n’exclut pas la lutte, la confrontation. Ainsi quand Bernard Thibault déclarait dans Le Monde du 15 mars 2003 : « Inutile d’entretenir un faux suspens : on va vers un affrontement sérieux avec le gouvernement sur ce dossier [des retraites, NDR] », il était parfaitement sincère. La ligne de la direction de la CGT n’exclut pas de tels affrontements.

Seulement, ceux-ci n’ont pour but non pas de faire céder le gouvernement, de lui infliger une défaite, mais de créer un meilleur rapport de forces pour négocier. Il s’agit d’une démarche « alliant propositions et contestation, mobilisation et négociations » comme l’a résumé Le Monde dans un éditorial après le 47e congrès de la confédération4. Cela implique évidemment des compromis. Ainsi, la direction de la CGT n’a jamais exclu de prolonger la durée des cotisations. A son 47e congrès en mars 2003 elle a refusé la revendication des 37,5 annuités, comme elle a refusé également celle de l’abrogation des décrets Balladur de 1993 qui ont imposé 40 annnuités pour le privé.

Ce qui va pour le contenu des revendications va aussi pour les formes d’action. La confédération était tout à fait prête à une succession de grèves interprofessionnelles, mais pas à la grève générale. Créer un meilleur rapport de forces pour négocier, oui, (autre chose est de savoir si la méthode est bonne même pour cela). Imposer une défaite au gouvernment et déclencher une crise politique, non.

La CGT ne refuse pas de faire de la politique, elle le fait de façon indépendante et dans certaines limites. Le point de départ est l’affaiblissement du PCF et le ralliement de la gauche politique au néo-libéralisme. Cela amène d’un côté la CGT à affirmer son indépendance à l’égard de cette gauche. Le 17 juillet 2001, Thibault a déclaré à l’occasion d’une rencontre avec le PCF : « La CGT n’est pas et ne sera jamais une composante de la majorité gouvernementale »5. Nous ne sommes plus en 1981, où la CGT a joué exactement ce rôle-là. Tout en affirmant son indépendance de la gauche politique, la CGT ne cherche pas à remplir le vide politique à gauche. Au 47e congrès, Thibault a réitéré son refus de «toute attitude de soutien ou de co-élaboration d’un projet politique quel qu’il soit »6.

Dans un entretien dans Le Monde du 5 juin 2003, Jean-Christophe Le Duigou était très explicite : « Nous n’avons pas un objectif politique, celui de battre le gouvernement ou de démontrer qu’il est à droite, ce que tout le monde sait. » Il expliquait également : « Le rôle du syndicat est plus étendu, plus large que celui qui lui était traditionnellement dévolu. Mais à un certain moment il ne peut pas se substituer au politique. » Le rôle « traditionnellement dévolu » était celui de pendant syndical d’un projet politique reformiste. Aujourd’hui, comme il n’y a plus de projet réformiste et que les partis ex-réformistes sont discrédités, il faut que le syndicat se débrouille tout seul, donc avoir un rôle « plus large », donc être un peu politique quand même, mais pas trop, sans  « se substituer », car la CGT n’a pas non plus de projet réformiste.

Cette démarche de syndicalisme réformiste de combat explique la conduite de la CGT dans le mouvement. Il fallait s’affronter au gouvernement pour qu’il cède sur son projet, mais comme le disait Le Duigou dans l’entretien déjà cité, “il faut une autre réforme”. Et surtout pas de défaite frontale pour le gouvernement, qui aurait pu déclencher une crise politique à laquelle la CGT, pas plus que les partis de gauche, n’avait pas de réponse. Ainsi, tout en s’opposant au projet du gouvernement, la CGT affirmait en permanence sa disponibilité pour négocier une meilleure réforme. Puisque l’objectif était de ne pas battre le gouvernement et d’éviter une crise politique, il fallait à tout prix eviter une grève générale. Mais ce refus était inavouable devant les adhérents de la CGT. Ainsi Thibault a pu déclarer dans un entretien dans Le Monde du 1 avril 2003 : « Nous envisagerons les formes d’action possibles et à ce moment-là, je n’exclus rien. » Et tout au long du mouvement la centrale, tout en expliquant qu « une grève générale ça ne se décrète pas » a parlé de « généralisation des grèves », formule apparemment radicale mais qui de fait rejetait la responsabilité de la généralisation de la grève sur les militants, chacun dans son secteur.

Cette ligne a été suffisante pour bloquer la dynamique vers la grève générale. La disponibilité au combat qui était déjà évidente le 13 mai, y compris dans le secteur privé, n’était pas suffisante dans la plupart des secteurs pour se lancer dans la grève générale sans l’appel des confédérations et en particulier de la CGT.

L’accumulation de défaites partielles, la dégradation des conditions de travail et du rapport de forces au sein des entreprises, le recul de la syndicalisation, l’insécurité de l’emploi faisaient en sorte que les salariés n’étaient pas prêts à agir sans un appel clair des syndicats. C’était surtout le cas dans le secteur privé, mais pesait aussi dans le secteur public de plus en plus miné par la précarite de l’emploi.

A La Poste par exemple, 70 000 employés, un quart du total, sont contractuels. Dans le cas des secteurs comme la SNCF et la RATP qui étaient non seulement prêts à se lancer mais qui le faisaient après le 13 mai et le 3 juin, la direction de la CGT a adopté la méthode dure. Face à la poursuite de la grève dans ces secteurs qui auraient pu en entraîner d’autres grâce au rôle qu’ils avaient joué en 1995, tout le poids de l’appareil de la CGT était déployé pour casser la dynamique de grève reconductible.

La CGT a poursuivi cette ligne tout au long du mouvement à la tête d’un bloc qui comprenait également la FSU, FO et l’UNSA. Celles-ci partageaient la démarche générale, étant d’autant plus à l’aise que, tant que la CGT ne bougeait pas, personne ne pourrait trop leur reprocher de ne pas avoir déclenché la grève générale sans elle. Marc Blondel a particulièrement profité de cette situation. Avant le mouvement, le patron de FO envisageait une « riposte d’ensemble » pouvant « aller jusqu’à la grève interprofessionnelle »7. Au plus fort du mouvement il rejetait la grève générale comme étant « de nature politique, insurrectionnelle »8. Il a fini par appeler à la grève générale au cours d’un meeting à Marseille le 12 juin, au moment où le mouvement était déjà en déclin et surtout qu’il était sûr que la CGT n’allait pas appeler à la grève générale, comme Thibault a fini par l’avouer à la même occasion.

La FSU a occupé un rôle particulier dans le mouvement. Non seulement elle était partie prenante du mouvement contre les retraites, mais elle était confrontée à une grève dans l’Education nationale, sur les retraites certes, mais aussi contre le projet de décentralisation, une grève qui, elle, était reconductible et largement dirigé à la base par des assemblées d’enseignants en lutte. Dans le cadre de l’Education nationale, par l’intermédiaire des SNUIPP dans le primaire et du SNES dans le secondaire, la FSU accompagnait et soutenait la grève reconductible. Ce soutien était un renfort pour la lutte. En même temps, au niveau global la FSU faisait partie du bloc qui refusait la grève générale reconductible, qui s’interdisait donc de se donner les moyens de gagner, que ce soit sur le retraites ou sur la décentralsiation.

La seule organisation syndicale qui a eu une orientation fondamentalement correcte et qui était à la hauteur des enjeux était le G10-Solidaires (SUD) qui a défendu de façon conséquente une ligne de grève générale reconductible. Mais elle était trop minoritaire pour faire contre-poids aux autres.

La méthode de journées d’action en série est rarement efficace. En général elle finit par démoraliser et démobiliser les salariés, sans que le patronat ou le gouvernement ne cèdent. C’est surtout vrai face à un gouvernement prêt à aller jusqu’au bout, ce qui était le cas en mai-juin. Le projet Fillon est passé. Le niveau de mobilisation et le soutien majoritaire de l’opinion publique au mouvement ont certainement fait payer sa victoire au gouvernement au prix fort, ce qui peut avoir des conséquences à l’avenir.

Mais ce niveau de mobilisation et l’attitude de l’opinion auraient pu faire céder le gouvernement sur toute la ligne si les organisatiosn syndicales s’étaient battues pour la grève reconductible.  D’ailleurs, c’est seulement là où il y avait grève reconductible, dans l’Education nationale, que Raffarin a fait des concessions, bien que très partielles. Mais sans la lutte il n’aurait rien cédé du tout.

Quelles seront les conséquences du mouvement pour les organisations syndicales ? En ce qui concerne la CFDT, c’est clair. Elle a saboté le mouvement et elle paiera le prix par des départs vers d’autres syndicats. Le G10-Solidaires se renforcera certainement.  Pour les autres syndicats, c’est plus compliqué. Cela dépend des secteurs, mais à une échelle de masse la CGT, FO, l’UNSA, la FSU n’ont pas été vues comme ayant trahi le mouvement, mais comme en ayant été partie prenante. On risque de voir des phénomènes complexes. Du côté des militants, notamment ceux de la CGT, qui ont mieux perçu les manoeuvres des directions, et dans certains secteurs, il peut y avoir des départs vers SUD et certainement un renforcement de la contestation interne. Mais à un niveau de masse il peut au contraire y avoir un courant d’adhésions, surtout dans la perspective de nouvelles luttes.

Aujourd’hui, face au discrédit de la gauche social-libérale, les syndicats sont les seules organisations auxquelles fait confiance la masse des salariés. Ce qui leur donne la possibilité de diriger des luttes, mais aussi de les maintenir dans certaines limites, voire de les casser s’il le faut. C’est ce qui s’est passé en mai-juin. Mais les syndicats en tant que tels ne sont pas condamnés à être des obstacles au dévéloppemment des luttes. Les organisations syndicales peuvent au contraire jouer un rôle clé pour renforcer et étendre celles-ci. Cela, on l’a aussi vu au cours du mouvement. Non seulement avec le G10 au niveau national, ou des syndicats de la FSU dans l’Education nationale, mais aussi à un niveau local où de nombreuses structures syndicales – CGT, FO, oppositionnels de la CFDT - ont construit le mouvement et travaillé à l’extension de la grève. Là où cela a été le plus le cas, à Marseille, à Clermont-Ferrand et ailleurs, le mouvement a pu prendre la forme de grèves régionales quasi-générales.

Il ne faut pas non plus opposer auto-organisation et syndicats. Les exemples typiques d’auto-organisation dans le mouvement ont été les assemblées générales interprofessionnelles, combinant structures syndicales et assemblées générales de grévistes, mais avec une dimension intersyndicale importante. Ce n’est sans doute pas le dernier mot en matière d’auto-organisation. Mais quelle qu’en soient les formes précises, dans de futurs mouvements, les structures d’auto-organisation qui rassembleront tous ceux en lutte, syndiqués et non—syndiqués, auront à travailleer en liaison avec les structures syndicales, instruments permanents de défense des salariés.

Dans les syndicats, il y aura des batailles à mener pour les gagner à tous les niveaux à une orientation et à une pratique lutte de classe et unitaire. Ce combat est aussi un combat pour la démocratie syndicale, contre les appareils qui s’auto-reproduisent. Aujourd’hui, la renaissance d’un syndicalisme lutte de classe en Grande-Bretagne est grandement facilité par l’éviction systématique par des votes des adhérents des dirigeants blairistes et leur remplacement par des militants plus combatifs. On ne peut transposer mécaniquement les pratiques d’un pays à un autre. Mais sous des formes appropriées il faudra mener le combat dans toutes les organisations syndicales pour le renouveau démocratique et lutte de classe du syndicalisme français.

Murray Smith (LCR Montreuil)
 

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1 Le Monde du 24/07/03
2 Le Monde du 23-24/03/03
3 Le Monde du 23-24/03/03
4 Le Monde du 01/04/03
5 Le Monde du 8/03/03
6 Le Monde du 01/04/03
7 Le Monde du 18-19/04/03
8 Le Monde du 28/05/03
 
 

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