Dossier : la libération des femmes
Livres

Travailleuses

Travail et emploi des femmes Margaret Maruani Repères, Paris 1999
Les mécomptes du chômage Margaret Maruani, Bayard, Paris 2002
 

Margaret Maruani est une sociologue engagée : « Mon point de vue est celui d’une sociologue en quête depuis prés de quinze ans des ruses de la discrimination sur le marché du travail. » Membre du conseil scientifique d’ATTAC, elle aura largement contribué à faire connaître la cause des femmes en sociologie.

Ses recherches démontrent que la féminisation du salariat durant ces quarante dernières décennies « n’a pas cassé les mécanismes de production des inégalités de sexes ».

Et de fait, cette oppression a pris la forme d’une abnégation du statut de femme salariée. Celle-ci se traduit par la dévalorisation du travail féminin et par une volonté politique de déconsidération du chômage et de la précarité qui touchent massivement les femmes.

La féminisation du salariat
Pendant les années soixante il y a eu une croissance spectaculaire de l’activité féminine en Europe, tandis que l’activité masculine était en déclin ou stagnait. La Grande-Bretagne et les États-Unis amorcent cette féminisation de la population active dans la période de l’entre-deux guerres. Elle se poursuit encore aujourd’hui.
Les grandes restructurations de l’économie d’après-guerre avaient ouvert la voie à une offensive du patronat. Le déclin de l’industrie et la tertiarisation de l’économie ont permis aux capitalistes de renouveler une partie du salariat en faisant appel à une main-d’œuvre plus flexible et plus jeune auprès des femmes et des immigrés. En Europe aujourd’hui, un homme sur deux et quatre femmes sur cinq travaillent dans les services.

Le salariat féminin s’est donc substitué à une partie du salariat masculin : « Les hommes ont pâti de la désindustrialisation pendant que les femmes ont tiré parti de la tertiarisation. […] ce sont les femmes qui ont assuré le renouvellement et l’élargissement de la population active ».

En Europe, dans les années 1960, les femmes constituent 30 % de la population active, en   1996, 42,5 %. En 1962, la population active de la France compte 6,6 millions de femmes et 13,2 millions d’hommes. En 1998, ces chiffres sont 11,7 millions et 14,1 millions.

Ce phénomène contredit l’idée selon laquelle les femmes fonctionneraient comme une « armée de réserve » dont le patronat se servirait de temps à autres, selon les besoins de l’économie. Les femmes font partie intégrante du salariat, au même titre que les hommes. Mais elles ne sont pas reconnues comme telles.

En France cet afflux s’est opéré à temps plein contrairement aux autres pays industrialisés. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis par exemple, le temps partiel est un phénomène de masse depuis les années cinquante. Le temps partiel est relativement récent en France.

Les femmes qui ont afflué sur le marché du travail depuis les années soixante sont pour l’essentiel des mères de familles, salariées du tertiaire, femmes instruites et qualifiées : « En France aujourd’hui les femmes cumulent travail et vie de famille alors qu’il y a trente ans la norme était d’arrêter de travailler ».

Un cas extrême : en Belgique, une étude montre que les femmes ayant deux enfants travaillent statistiquement plus que celles qui n’en ont pas. Nous assistons donc à une «homogénéisation des comportements d’activité masculins et féminins ».

La féminisation du salariat s’est doublée d’une forte progression des scolarités féminines : « depuis 1971, les bachelières sont plus nombreuses que les bacheliers ; à partir de 1975, le nombre d’étudiantes égale puis dépasse celui des étudiants ». De plus « elles y réussissent mieux. Mais, en dépit de cette réussite, on observe le maintien d’une forte ségrégation dans les filières d’enseignement : les filles sont plus nombreuses dans les lettres et les sciences humaines, les garçon demeurent majoritaires dans les filières scientifiques et techniques ».

C’est à l’âge de 14 ans qu'apparaît une divergence de parcours qui est en apparence apparemment consentie et «raisonnée ». Ces choix « anticipent sur les possibilités qui leur seront offertes sur le marché du travail ». Cependant «au sein des filières ‘littéraires’, les filles s’orientent de plus en plus vers le droit, l’économie, la gestion ».

L’inégalité professionnelle est anticipée par une forte ségrégation scolaire qui pousse les filles à bûcher plus : « les femmes sont plus diplômées que les hommes mais leur réussite professionnelle est moindre ».
Cette ségrégation crée aussi « une quasi-disparition des filles des filières d’excellence que sont les Écoles normales supérieures et l’École polytechnique. »

Cependant, la réussite scolaire a permis une percée des femmes dans les professions supérieures : « en 1962, un sixième des cadres et professions intellectuelles supérieures étaient des femmes, contre un quart en 1982 et un tiers aujourd’hui ». Même si cela ne concerne qu’une minorité de femmes et que le statut de cadre se déqualifie progressivement, cela correspond à une avancée sociale durable. Le tableau qui suit démontre que plus le diplôme obtenu est élevé et plus les inégalités hommes-femmes face à l’emploi se réduisent nettement. Il va sans dire que les inégalités au travail tendront à se rééquilibrer en conséquence et en faveur des femmes.

L’oppression persiste
La féminisation du salariat et des scolarités a reconstruit les discriminations d’antan, mais de manière beaucoup plus flagrantes, car le statut de la femme passe de la sphère intime de la vie de famille à celle publique du travail salarié.
Aussi, il a fallu attendre les années soixante-dix pour que s’élabore une véritable législation du travail concernant les femmes. Avant, elles ne pouvaient travailler qu’avec le consentement du mari.

En France, la loi Roudy de 1983 est allée la plus loin dans le sens de l’égalité professionnelle.

Elle étendit et modifia une législation laissant trop d’espace au libre arbitrage de l’employeur et aux dérives sexistes. Par exemple, « La notion d’égalité de rémunération […] couvre désormais tout le champ professionnel et non le seul domaine du salaire. Elle s’étend  à l’emploi, la formation, la promotion, etc. ». Même si ces lois ont permis une avancée réelle, leur application demeure plus difficile, puisqu’elles se heurtent de front à la volonté de l’employeur.
Depuis les premières heures de la féminisation du salariat, l’inégalité professionnelle persiste sous la forme d’une division sexuelle du travail. Cette ségrégation s’aggrave nettement depuis 20 ans : « Aujourd’hui, sur les trente et une catégories socio-professionnelles que distingue l’INSEE, les six catégories les plus féminisées regroupent 61 % de l’emploi féminin contre 52 % en 1983. Il s’agit des employés de la fonction publique, des entreprises, du commerce, des personnels de service aux particuliers, des instituteurs et profession intermédiaire de la santé, qui emploient au total six millions de femmes ».

L’autre facteur déterminant de l’inégalité professionnelle est la déqualification du travail féminin. Mais l’auteure ne parvient pas à analyser les causes de cette déqualification. Selon Maruani, les employeurs ont délibérément construit l’image d’une femme au travail qui ne fait qu'utiliser ses qualités de bonne mère de famille. Les qualités professionnelles ne demanderaient pas à la femme des qualités autres que celles acquises « naturellement » dans le travail domestique. Le travail féminin est ainsi déqualifié et dévalorisé : « toute approche du travail féminin est faite conjointement à l’analyse du statut et de la place des femmes dans l’univers de la reproduction ».

Cette analyse est vraie dans le sens où l’employeur entend créer une discrimination, mais fausse en ce qui concerne la nature et les fondements de la déqualification du travail féminin. Si elle était vraie, la déqualification ne serait que circonstancielle et conditionnée par le degré de sexisme de l'employeur.

Pour illustrer son propos, l’auteure prend pour exemple une étude faite sur le métier de secrétaire, où la relation de subordination entre le secrétaire et le patron « érige la féminité en qualité professionnelle ». Pourtant les secrétaires qui rendent service directement à un individu représentent une partie infime du métier de secrétaire. Aujourd’hui, la plupart des secrétaires travaillent pour plusieurs patrons à la fois, ce qui a uniformisé le travail entre taper à la machine et répondre au téléphone.

L’image dominante de la femme rabaissée à un niveau strictement domestique pour flatter l’ego du patron ne correspond généralement pas à la réalité du travail et ne constitue pas une base solide pour la compréhension de la déqualification du travail féminin.

En fait, la déqualification du travail féminin est un phénomène social qui est déterminé par la manière dont les femmes sont entrées sur le marché du travail. La tertiarisation du salariat a provoqué un développement très large de domaines d’activité où les traditions de lutte étaient quasi-inexistantes. Les femmes, plus vulnérables car ne s’étant pas forgées dans la lutte des classes, sont venues se substituer à une main-d’œuvre masculine qui travaillait dans des industries en déclin.

Pour les capitalistes, elles furent perçues comme une force de travail bon marché et flexible à souhait. De plus, le chômage massif à partir des années soixante-dix contribua à fragiliser la condition de la femme au travail.

L’exemple typique de la déqualification du travail féminin a été l’entrée massive des femmes dans les administrations en tant que fonctionnaires. Au début du siècle, les administrations sont les lieux privilégiés du salariat, largement dominé par les hommes. Dès les années trente, elles se développent en des institutions de masse où le travail devient peu qualifié et peu rémunéré. Elles sont progressivement identifiées à un salariat à grande majorité féminin. La déqualification s’est nourrie d’une division sexuelle du travail. Ce secteur a donc connu une mutation simultanée : une féminisation et une prolétarisation massives.

Cache-cache avec la misère
Un des aspects les plus intéressant du travail de Maruani est son étude sur les statistiques du chômage et du sous-emploi féminin. Elle y révèle la sous-estimation de l’ampleur du chômage et de la précarité. Les statistiques officielles sont agencées selon une volonté politique d’écarter des statistiques de la misère des pans entiers de la société dont l’écrasante majorité sont des femmes.

« Le chômage est une conception sociale mouvante et non une réalité économique clairement identifiable […] L’histoire du chômage féminin se révèle, de ce point de vue, tout à fait symptomatique. Car selon les pays et les époques, en fonction des législations en vigueur, le non-emploi des femmes peut exister ou disparaître de la définition, et donc du comptage du chômage.
« Le cas limite d’une situation où le chômage des femmes a été aboli existe. Il s’est produit dans l’Allemagne nazie. Dès 1933, des lois viennent interdire le travail des femmes et enclencher un processus de licenciement des femmes fonctionnaires mariées. Dans un pays où le chômage dépassait toutes les bornes, le chômage féminin disparaît brutalement des statistiques : dés lors que le droit au travail est supprimé, le chômage disparaît.
« L’exemple, qui est plus qu’un exemple, est évidemment extrême. Mais il permet de mettre en évidence la logique qui sous-tend l’acception contemporaine de la notion de chômage : le chômage n’est pas l’inverse de l’emploi, il est l’envers du droit à l’emploi. Et c’est précisément là qu’hommes et femmes divergent fondamentalement : nous vivons dans des sociétés où la légitimité à avoir un emploi, à être actif ou inactif, n’est toujours pas la même pour l’un et l’autre sexe […] La situation objective est la même, mais la définition sociale diffère »

Comme l’explique le sociologue Jacques Freyssinet : « s’il est difficile de mesurer le chômage, c’est principalement parce que des franges importantes de la population se trouvent dans des positions intermédiaires entre l’emploi, l’inactivité et le chômage ». Maruani ajoute « et s’il est si difficile d’en traiter, c’est parce que ces franges sont de plus en plus féminisées – et donc socialement mieux tolérées. La féminisation des marges du chômage contribue à leur opacité ».
De plus les inégalités entre chômeurs sont très fortes selon les catégories sociales. Chez les femmes immigrées de moins de 25 ans, il atteint 33,7 %. Mais il est beaucoup plus faible chez les hommes français de plus de 50 ans (4,3 %). Devant cette réalité, cette moyenne de 8,8 % perd beaucoup de sa signification.

Lors des journaux télévisés, parmi tous ceux et celles inscrits à l’ANPE, on parle de ceux qui cherchent un emploi fixe et à temps plein. Ceux qui cherchent un autre type d’emploi sont absents des statistiques du chômage (c'est-à-dire de six à sept catégories sur les huit prises en comptes par l’ANPE).

« Être ou ne pas être chômeur dépend du type d’emploi auquel on aspire. Au nom de quelle logique peut-on soutenir une telle définition du chômage ? De fait le noyau sûr du chômage dépend du noyau dur du salariat, l’emploi stable à temps plein demeure la norme […] même pour ceux qui n’ont pas d’emploi. […] dans la France du début du XXIe siècle, prés de la moitié des emplois recensés ne sont pas définis comme chômeurs […] Ils n’ont droit ni au statut de chômeur ni à l’indemnisation du chômage ».

Une autre façon d’amoindrir l’impact des statistiques du chômage a été de pousser à l’inactivité les chômeurs et les travailleurs, ce que Maruani nomme la politique de l’inactivité. Les catégories de personnes concernées varient selon les pays. En France, se sont les personnes âgées et les mères de famille. En 1999, en France, on compte 490 000 préretraités. Même si la part de préretraités a diminué depuis une décennie, l’âge de la préretraite intervient de plus en plus tôt. A 55 ans, la France en détient le record.

Les mères de plus de deux enfants sont aussi poussées à l’inactivité par l’octroi d’une prime de 457 euros (3 000 francs) par mois, l’allocation parentale d’éducation (APE). « L’inactivité, dans bien des cas, masque le chômage [...], une des formes d’exclusion du marché du travail, une des façons de gommer le chômage ». En même temps que ces 540 000 personnes qui touchent l’APE sont poussées à l’inactivité, elles sont contraintes à la précarité tout en disparaissant des statistiques du chômage et de la misère.

Cette politique sert donc la classe dirigeante doublement : à précariser et faire du profit, tout en continuant de proclamer que l’économie fonctionne normalement, l’emploi étant le principal indicateur de la bonne santé de l’économie d’un pays.

Un des cas les plus extrêmes de cette politique de l’inactivité concerne les femmes en Grande-Bretagne : « Pour être considéré comme chômeur, il faut prouver que l’on peut commencer à travailler dans les 24 heures (et non dans les quinze jours, comme c’est le cas en France). Ce qui exclut une bonne partie de chômeurs britanniques ! En Grande-Bretagne pour percevoir des allocations chômage il faut avoir travaillé au moins 16 heures par semaine pour un salaire d’au minimum 70 livres sterling par semaine, ce qui en décourage beaucoup de s’inscrire au chômage pour être indemniser. A cela s’ajoutent d’autres formes d’exclusion qui font qu’en Grande Bretagne 90 % des chômeurs hommes souhaitant trouver un emploi sont inscrits au chômage, contre 40 % seulement des femmes ».

On comprend mieux comment la Grande-Bretagne peut afficher avec fierté un taux de chômage relativement bas avec 6 % en 2000 ! Et aussi pourquoi c’est le seul pays où les femmes sont statistiquement moins au chômage que les hommes…

Un autre cas frappant est celui des Pays-Bas avec un taux de chômage de 2,7 % en 2000. Il y a de quoi se poser des question sur ce « miracle néerlandais ». Dans les années quatre-vingt, 800.000 personnes (soit 13 % de la population active) sont enregistrées comme invalides. Les Pays-Bas auraient-ils connu un génocide sanglant qui serait resté secret dans les archives de l’histoire ? Non monsieur, beaucoup de ces invalides étaient d’anciens chômeurs qui ont progressivement vu leur indemnisation de chômage baisser au fil des années. Résultat : 13 % de la population active sont rayés des statistiques du chômage d’un simple coup de baguette magique. Ce qui permet aux capitalistes sorciers de vanter les mérites du capitalisme libéral néerlandais.

Du sous-emploi à volonté ?
Les formes d’emploi dit « atypiques » sont « traitées au chapitre de la diversification et de la réduction du temps de travail ou, plus désolant encore, dans la rubrique ‘conciliation entre vie professionnelle et vie familiale’, mais rarement sous l’angle de la pénurie d’emploi ».

« Les emplois atypiques représentent prés de 6 millions de personnes, 25 % de l’emploi total, contre 16 % en 1990. Les deux tiers d’entre eux sont occupés par des femmes ».

On distingue deux catégories d’emploi atypiques : les emplois temporaires (CDD, Intérim, emplois aidés, du  type emplois jeunes) et les emplois à temps partiel. Les emplois temporaires sont passés de 2,7 % à 8,2 % de la population active en vingt ans. Les trois quarts d’entre eux débouchent sur la précarité et le chômage.

En France 84 % des employés à temps partiel sont des femmes : « Le travail à temps partiel bénéficie d’une véritable immunité politique. Et cette immunité a son motif légitime : le temps partiel, dit-on, est un bienfait pour les femmes. Elles en veulent ». Pourtant, une enquête de la DARES montre que « Le temps partiel ‘choisi’ pour s’occuper des enfants reste minoritaire, y compris chez les femmes. Ces données viennent ainsi contredire l’image d’un travail à temps partiel massivement ‘ choisi par les mères de famille’. Cela est vrai pour une partie des femmes, mais pour une partie seulement ». De plus, ce ne sont généralement pas les mères de famille qui pratiquent le temps partiel : « Les femmes de 25 à 39 ans sont celles qui ont le moins recours au temps partiel »

Le temps partiel se concentre dans la grande distribution, l’hôtellerie, la restauration, les services aux particuliers et aux entreprises : « C’est sous la pression du chômage que ces femmes ‘choisissent’ le temps partiel : du sous-emploi pour ne pas rester sans emploi ».

Le cas typique du temps partiel précaire est celui subi par les caissières : « Plus les caissières ont des temps de travail restreints au départ, plus elles sont enclines à accepter des heures supplémentaires attribuées de façon désordonnée, au jour le jour, sur une simple injonction téléphonique [...] Pour l’entreprise, la souplesse est totale, pour les salarié-e-s, elle est nulle [...] bien loin de permettre une meilleure « conciliation » entre travail et famille, cette forme de temps partiel aboutit, dans de nombreux cas, à une ‘destruction maximale de la vie privée’
 « De fait, le travail à temps partiel a été l’accélérateur d’un processus de paupérisation d’une partie du salariat – d’une frange majoritairement féminine du monde du travail ».

Mais cette pauvreté est plus tolérée car ce sont des femmes. En France en 2001, 80 % des salaires inférieurs au SMIC sont féminins. L’idée dominante propage l’idée de « salaires d’appoint » car les statistiques de la pauvreté salariale mesurent les revenus du ménage et non ceux du ou de la salariée.

Maruani se rend compte que « Ces millions de salarié-é-s qui travaillent pour une rémunération inférieure au SMIC sont gommé-e-s du champs ‘officiel’ de la pauvreté laborieuse. Parce que leur salaire, implicitement, est ravalé au rang d’appoint. Parce que le sous-emploi qui les touche est recouvert d’un voile nommé ‘temps partiel’, ‘temps choisi’, ‘conciliation’ ».
Ainsi « La France [...] compte 3,4 millions de sous-smicard. Mais silence : ce ne sont pas des travailleurs pauvres. La plupart ne sont que des femmes qui s’activent pour un salaire d’appoint ».
 

Ce tableau démontre de manière précise que le revenu des travailleuses pauvres est « tout sauf d’appoint ».
Bien que la place de la femme au travail soit très bien décrite, l’action collective et les résistances à l’oppression sont absentes de l’analyse. Pourtant, ce sont ces facteurs qui ont permis aux femmes d’obtenir une législation dans les années soixante-dix et qui permettront de futures avancées. Les dernières grèves sont là pour nous le rappeler : les femmes étaient, notamment dans l’Education, à la pointe de la mobilisation. Ce sont les travailleurs et les travailleuses syndiqué-e-s qui devront s’organiser dans la lutte pour l’égalité professionnelle.

La féminisation du salariat est, dans la dynamique d’exploitation du prolétariat, une avancée sociale majeure et un grand pas vers l’émancipation de l’ensemble des travailleurs. Comme l’expliquait si bien Lénine, lorsqu’il traitait de la prolétarisation des femmes dans les conditions de travail abominables de son époque :

« Nous ne ‘réclamons’ pas une telle évolution, nous ne la ‘soutenons’ pas, nous luttons au contraire contre elle. Mais de quelle manière luttons-nous ? Nous savons que les trusts et le travail des femmes sont un progrès. Nous ne voulons pas rétrograder vers l’artisanat, vers le travail des femmes à la maison. En allant aux travers des trusts, et au-delà d’eux, vers le socialisme !»1

Nicolas Mamarbachi
(LCR Paris-Centre)
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1 Cité dans George Lukacs, La pensée de Lénine, Bibliothèque Médiations, Paris, 1972
 

 

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