Livre
Hommes-femmes -quelle inégalité!
 

Qu’en est-il des inégalités entre femmes et hommes aujourd’hui ? Sorti en 2002, le livre Hommes Femmes, quelle égalité ? d’Alain Bihr et Roland Pfefferkorn, sociologues, explore et expose une palette quasi exhaustive des rapports sociaux de sexe, pour (évidemment) conclure que la situation est encore très fortement inégalitaire.

C’est un livre très complet, très bien documenté, qui aborde des aspects souvent omis dans les autres présentations, comme la vieillesse, le corps ou la mobilité sociale : ainsi, à la retraite, la moindre activité professionnelle des femmes, conjuguée avec un moindre salaire les place parmi les plus pauvres.

Le livre (de 350 pages) est très nuancé, il rappelle et illustre bien la boucle entre rôle sexué acquis et mise en rôle sexué : par exemple, une femme qui a une famille perd des chances de carrière professionnelle alors qu’un homme dans la même situation voit ses perspectives s’améliorer, et inversement pour les célibataires, ce qui renforce la tendance dans les couples (hétéros) à promouvoir la carrière de l’homme par rapport à celle de la femme, et également dissuade les filles et les femmes de s’engager dans une filière professionnelle carriériste.

Des travailleuses au foyer ?
  Il est de plus classique que la femme soutienne l’homme professionnellement en assurant, outre les tâches domestiques et la garde des enfants, de l’assistance administrative, le travail de gestion de la socialité du couple ainsi qu’un soutien psychologique et affectif : « elle se fait téléphoniste, secrétaire, assistante […] » ou prend en charge « les tâches subalternes de l’activité professionnelle de l’homme », elle se fait « médiatrice, organisatrice de réception, animatrice de réseaux de parenté, d’amis, de relations, etc. », ce qui décuple l’inégalité face à l’activité professionnelle. Il en va de même pour les activités politiques, associatives, sportives…

Tout cela concoure à cantonner les femmes dans des travaux non reconnus, à leur assigner les rôles précités. Mère ou non, toutes les femmes en pâtissent, et en tiennent compte dans leurs aspirations scolaires, professionnelles, conjugales, politiques, etc. Les rôles sexués et leurs inégalités influent sur la mise en rôle et se perpétuent ainsi.

Ce livre pointe à la fois la persistance de certaines inégalités et le transfert d’inégalités d’un domaine à un autre du fait du credo pseudo-égalitaire en vogue et du changement de quotidien (travail des Femmes, maîtrise de la fécondité) : lorsqu’on s’intéresse par exemple, à la répartition du pouvoir au sein du couple, une enquête sur les prises de décisions dans les domaines « grandes décisions, équipement, administration, approvisionnement, ménager et entretien » a révélé que les « grandes décisions » sont le plus souvent prises en commun mais à l’exception cependant de celles concernant l’activité professionnelle de l’homme qui semble considérer que c’est là une affaire privée, contrairement à l’activité professionnelle de sa conjointe qui concerne toute la famille.

Comme on pouvait s’y attendre, l’enquête montre aussi que l’intendance et l’exécution restent encore essentiellement l’affaire des femmes. Et encore, l’enquête ne portait pas sur les domaines « enfants » ou « gestion des revenus », alors que « là encore, se rencontre cette singulière domination qui allie le partage des décisions importantes (par ex. l’orientation scolaire) et la délégation aux femmes de leurs retombées (par ex. le suivi du travail scolaire) ».
Le modèle du chef de famille est certes révolu mais l’homme reste en position réellement dominante.

La vie privée : source de l’inégalité
Grand est l’écart entre proclamations et faits, entre chemin parcouru et chemin à faire. Par exemple, des femmes qui s’engagent dans la politique, est encore attendu qu’elles y apportent on ne sait quelle caractéristiques réputées purement féminines : « pour être valorisées et admises, elles devraient être attentives, généreuses, dévouées, disponibles…, mais surtout pas arrivistes, ambitieuses, agressives, calculatrices,… » : les avancées elles-mêmes se font dans des rapports de dépendance et de subordination.

Actuellement, le plus évident a été fait : la femme n’est plus une mineure à vie, et le nœud du problème se situe dans la sphère privée : « la division sexuelle du travail domestique est bien la matrice de toutes les inégalités entre hommes et femmes. Couplée avec la maternité dont elle renforce considérablement le poids, elle fait obstacle sinon à l’entrée et au maintien des femmes dans le salariat, du moins à un investissement professionnel des femmes équivalent de celui des hommes, et partant à des carrières aussi prestigieuses ou tout simplement continues que celles des hommes.
« Ce sont donc aussi les possibilités d’ascension sociales des femmes qui se trouvent ainsi hypothéquées […]. Plus fondamentalement encore, en maintenant des rapports inégalitaires au sein de l’espace familial dans lequel se façonne très tôt l’identité sexuelle des individus, cette division renforce des modèles inégalement valorisés et valorisants de l’homme et de la femme, conduisant non seulement les jeunes filles à intégrer très tôt qu’en dépit de tout, l’essentiel des tâches domestiques – et notamment les moins prestigieuses - leur deviendra lot conjugal, mais encore à en adapter en conséquence leurs ambitions scolaires et professionnelles. C’est bien en définitive à l’intérieur des rapports conjugaux, sous couvert de l’amour, que continue à se reproduire aujourd’hui comme hier, l’inégalité fondamentale entre hommes et femmes. »

Pour avancer alors vers l’égalité, la conclusion se fait combative et propose une série de mesures variées qui permettraient de prendre le problème de la répartition totalement inégalitaire des tâches domestiques de biais (on ne peut pas réglementer directement le problème, mais nombreuses sont les lois et mesures qui influent sur la sphère privée).

Les auteurs n’oublient donc pas d’être politiques dans leurs réflexions tout au long du livre et par leurs propositions en fin d’ouvrage, sans, chose appréciable, omettre au chapitre «espace public » le déplorable sort qui a été fait par leurs camarades aux femmes ayant participé aux divers mouvements révolutionnaires.

On peut toutefois leur reprocher un point : ne pas évoquer le cas des lesbiennes, qui cumulent deux difficultés majeures de notre société patriarcale : être femme et être homosexuelle. Que ce soit parmi les anti-homosexuels ou parmi les mouvements de défense des homosexuels, il est essentiellement fait référence aux gays et le lesbianisme est très peu reconnu.

Enfin, comme les auteurs le rappellent, l’objectif à atteindre n’est pas l’abolition des différences mais une société respectueuse de celles-ci, permettant une véritable égalité sociale entre la femme et l’homme. 1

Angèle T.

Alain Bihr et Roland Pfefferkorn sont respectivement docteur en sociologie, maître de conférence à l’université de Haute Alsace et professeur agrégé de sciences sociales.
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1 En fait, c’est tiré de « En avant toutes ! Les Assises Nationales pour les Droits des Femmes », 1997-1998, chapitre « Carrefour lesbien » mais les auteurs disent la même chose en plus de mots.
 

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