Livre
Bush par le trou de la serrure
 

Bush s’en va-t-en guerre
Bob Woodward
Denoël 2003 382 pages 20 euros

Le livre de Bob Woodward « Bush s’en va-t-en guerre » est un des livres les plus vendus en France portant sur la politique guerrière américaine. Méfiants envers le récit des médias, bien des gens se tournent vers un journaliste « d’investigation » comme Woodward, qui a basé son livre sur des interviews et sur les comptes rendus secrets des réunions de Bush et ses conseillers dans les cent jours qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001. Mais quelle vérité présente-t-il ?

Woodward est célèbre car il fut l’auteur de l’enquête sur le Watergate dans les années 1970 qui a débouché sur la chute du président Nixon. Dans ce nouveau livre il  livre quelques éléments intéressants et utiles. L’influence des dirigeants individuels est explorée  Nous comprenons un peu mieux la personnalité de Bush et le pouvoir du mysticisme religieux sur lui.

Nous constatons, avec de nombreux détails présentés, à quel point Bush et ses conseillers sont obsédés par l’image de leur politique auprès du public et par les sondages.

Certains des mensonges de Bush  sont exposés. L’idée d’attaquer l’Irak fut proposée dès le 11 septembre, sans le moindre indice d’un lien entre l’Irak et les attentats. Rumsfeld se surpassa en déclarant « il y a entre dix et cinquante pour cent de chances que c’est Saddam Hussein qui a organisé ces attentats » et en appelant à une attaque immédiate contre l’Irak. Au fil des pages, il ressort clairement qu’aucun des dirigeants américains ne croient vraiment que Saddam Hussein soit impliqué. C’est du cynisme pur – cela les arrange qu’il soit considéré comme responsable. On voit aussi le cynisme de l’équipe. Concernant l’aide humanitaire, Rumsfeld déclara « Nous voulons être sûrs que nous nourrissons ceux que nous voulons nourrir ». Et on nous confirme que lors de la première vague de bombes sur l’Afghanistan, 50% ont raté leur cible.

Bush et ses sbires voient ouvertement le 11 septembre comme « une formidable occasion » - dans les mots de Bush - de revoir la donne au niveau stratégique mondial. D’un attentat commis avec des avions, ils réussissent à faire un lien (en fait risible) dans l’esprit du public avec des armes chimiques interdites qui serait stockées on ne sait où, dans les pays désignés comme « l’ennemi ». La permission officielle de procéder à des assassinats politiques et des « opérations clandestines »  peut de nouveau être accordée à la CIA. Une politique arrogante et de massacres colonialistes assumés est désormais possible. Si l’Irak fut vite suggérée comme cible « En tête de liste il y avait les Philippines, le Yémen et l’Indonésie ».

Quant à la démocratie, Rumsfeld montre son mépris pour la population américaine et mondiale en déclarant « Je crois que c’est un mauvais précédent de nous obliger à rendre publics nos arguments » (pour les bombardements).

La quatrième de couverture promet « le récit haletant et inquiétant de l’offensive de l’administration Bush ». La première phrase « le mardi 11 septembre 2001 s’annonçait comme une de ces magnifiques journées pré-automnales de la côte Est », montre bien à quel point l’auteur tient à occuper un espace entre le roman d’espionnage et le documentaire. « Il y a quelque chose du coach de base-ball chez Bush dans ces moments-là» écrit-il, parmi de nombreuses autres expressions comparant de façon obscène, les massacres au sport.

La méthode de Woodward se veut légitimée par l’utilisation des documents internes, souvent secrets. Mais « l’objectivité » de Woodward (qui évite de donner son avis personnel) est fausse. Il accepte les thèses clés de Bush – il s’agit d’une guerre contre le terrorisme, le terrorisme menace le plus les peuples du monde, Bush n’a rien contre l’Islam etc. Et aucun argument contraire n’a de place dans ce livre.

L’ouvrage ignore les questions importantes. Woodward s’intéresse plus à ce que porte le Président lors de ses réunions - et à ses entraînements sportifs - qu’aux grandes questions géopolitiques soulevées. Il donne l’impression d’informer, mais sans informer. Car le récit « jour par jour » cache l’essentiel. Aucune explication par exemple sur l’identité de Ben Laden, d’où vient l’anti-américanisme dans les pays dominés. Oublié, le soutien des Etats-Unis à Ben Laden et à Saddam Hussein avant qu’ils ne deviennent ennemis. A la place, nous voyons l’inquiétude de Bush face au manque de cibles industrielles en Afghanistan.

« L’histoire vue de l’intérieur » a bien d’autres défauts. D’abord, les représentants de la domination américaine du monde sont humanisés. « Tenet était un bourreau du travail, perpétuellement sous tension, et il avait fait un infarctus alors qu’il occupait le poste du directeur du staff pour le renseignement du NSC ». « Rice était la plus seule des dirigeants. Sa mère était morte, son père aussi, une année auparavant. »

Le livre nous évoque les moments où ils avaient peur, où ils ont dû retenir les larmes et ce qu’ils ont dit à leurs enfants. Il a pour effet de nous présenter une équipe très humaine, consciente de ses défauts mais faisant tout son possible pour l’avenir de la liberté. Le lecteur est obligé de s’identifier aux dirigeants américains. Or ces portraits humains, personne (et surtout pas Woodward) ne les dressera pour les victimes des bombes américaines (plusieurs milliers de morts), ni pour les soldats afghans ou irakiens. Enfermés avec Woodward dans le bureau fort confortable de Bush ou de Rice, personne ne voit le sang sur le tapis, alors que dans ces mêmes bureaux se prennent les décisions qui détruisent la vie de millions de gens.

Quelles que soient les intentions de l’auteur, il s’agit d’un livre de propagande efficace pour le gouvernement Bush. Le livre ne chante pas les louanges de Bush - il contient même des aspects de critique. Cependant, chanter les louanges n’est pas la forme de la propagande moderne en Occident. Au contraire, en humanisant l’équipe de Bush  et en cachant les questions clés, l’effet est similaire, voire plus efficace encore.

John Mullen
Je veux vous envoyer des commentaires sur cet article

Je veux recevoir votre bulletin électronique mensuel

poing rougeSocialisme International   anticapitalisme&révolution

Revue trimestrielle publiée par des militant(e)s
de la Ligue Communiste Révolutionnaire
N° 1  novembre 2001  N°  2 février 2002
Dossier : Palestine
Supplément "Comment battre Le Pen"
N° 3 mai 2002
N° 4  juillet 2002 N° 5 octobre 2002
Dossier : Quel parti nous faut-il ?
N° 6 février 2003
Dossier : Economie
 N° 7 juin  2003
Dossier : la Socialdémocratie
N° 8 septembre 2003
Dossier : la Libération des femmes
 N° 9 janvier 2004 
Dossier Islam et politique
N° 10 juin 2004
Dossier : En défense de Lénine
N° 11 novembre 2004
Dossier : Combattre l'impérialisme
N° 12 mars 2005
Dossier : Ecole et capitalisme
N° 13 août 2005
Dossier : Altermondialisme et anticapitalisme
Site web de la LCR       Liens     Bibliothèque anticapitaliste Abonnez-vous à la revue ou au bulletin électronique