Les livres sont des armes:
Révolution

Révolution ! - 100 mots pour changer le monde, Olivier Besancenot, Ed Flammarion 320 pages 15€

Le nouveau livre du porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, est sorti. Des dizaines de milliers de personnes, souvent de ceux qui n’achètent « jamais »de livres politiques, ont voulu le découvrir. Ils ne seront pas déçus.
De Marx aux licenciements boursiers, de Che Guevara aux accidents de travail, du sexisme au terrorisme, Olivier Besancenot présente une vision cohérente d’un autre monde possible, une « feuille de route » pour savoir comment on peut « renverser la société capitaliste avant qu’elle ne nous écrase ».

Cent mots, cent petits chapitres, à lire dans l’ordre ou dans le désordre. Mais attention ! Chaque chapitre donne envie de savoir plus sur le sujet. Quel genre de révolution veut la LCR ? Que s’est-il passé en Russie en 1917, au Chili en 1973 ou à Paris pendant la Commune ? Peut-on encore appliquer les idées de Marx aujourd’hui ? Pourquoi les directions syndicales sont-elles si nulles lors des luttes ? Si vous lisez ce livre, vous risquez d’être entraîné vers d’autres lectures.
« Devenir révolutionnaire est une mesure de salubrité publique » écrit-il. La société que nous voulons « n’est pas un projet clés en main… c’est une société à inventer par le mouvement d’émancipation des travailleurs eux-mêmes, l’exploration par l’humanité de ses propres capacités. »
Il n’a pas peur non plus de parler directement de la partie de rêve dans nôtre vision d’un autre monde : de comment « participer à un grand chamboulement social donne, à coup sûr, des ailes à n’importe qui ». Ni de fustiger certaines des illusions courantes parmi ceux qui militent contre la mondialisation libérale. Ainsi, sur l’économie solidaire, il écrit

« Il ne faut donc pas encourager l’économie solidaire quand elle n’offre qu’une soupape de sécurité autorisant l’exploitations capitaliste des services essentiels. … L’économie solidaire devrait intégrer le service public.»

Sur la question de l’Etat, le livre fait preuve d’une clarté qui n’est pas toujours présente dans les publications de la LCR. « L’Etat maintient notre exploitation. Dans uns système capitaliste, il n’appartient pas et il n’appartiendra jamais aux classes populaires. » lit-on. Pourtant en même temps, le livre dit très peu sur la résistance féroce qu’opposerait la classe dirigeante à toute tentative de renverser son Etat. C’est ainsi qu’on a parfois l’impression d’un chemin facile vers l’abolition de la dictature du profit. Si le chemin est si facile, évidemment, point besoin d’une organisation excessivement disciplinée ou déterminée …

C’est pourtant un ouvrage extraordinaire d’éducation populaire marxiste. Le livre continue le processus de la Ligue qui se tourne davantage vers l’extérieur, vers de nouveaux publics. Le style - qui parle directement aux gens sans pour autant simplifier outre mesure les questions-clés - devrait devenir le style de notre journal hebdomadaire « Rouge ». S’il est bien sûr légitime pour un parti populaire de publier aussi des études plus détaillées, plus complexes et forcément moins accessibles au tout-venant ; pour les brochures et l’hebdomadaire, c’est l’accessibilité qui devrait primer. Espérons que le livre d’Olivier n’est pas un élément isolé, mais signe d’une évolution générale.

Ce n’est pas dire que le livre n’a pas de défauts. Certaines questions sont évitées ou traitées dans une ambiguïté qui donne à certains passages l’impression d‘avoir été écrit par un comité de membres qui n’étaient pas d’accord entre eux. Ainsi la section sur Che Guevara. Et l’histoire de la LCR expliqué rapidement sent un peu l’eau de rose et reflète assez mal les difficultés, les erreurs et les tournants qui sont inévitables dans la construction d’une force politique.
En ce qui concerne l’analyse politique, une des erreurs les plus frappantes se trouve dans la section sur le fascisme. Olivier écrit sur le besoin « de mobiliser pour opposer un refus catégorique à la barbarie . De ce point de vue, interdire le FN  sans éradiquer les maux dont il se nourrit , n’est pas la solution : il renaîtrait sous une autre étiquette avec en prime un label de martyre. Il faut le discréditer par le combat politique et par la mobilisation sociale… il faut avant tout briser la spirale du chômage, garantir l’emploi  pour tous, augmenter les revenus des plus pauvres, combattre les inégalités et assurer l’éducation de la jeunesse. Voilà des mesures antifascistes bien plus efficaces que n’importe quel discours culpabilisateur.»

Il est juste de dire que revendiquer l’interdiction du FN ne peut pas aider à l’éradiquer ( par ailleurs, le gouvernement passera bien plus facilement une loi plus générale contre « les extrémistes », loi que la police sera sûr d’utiliser bien plus contre les nôtres que contre les fascistes). Pareillement, les discours moralisateurs sont effectivement peu efficaces. Mais la position exprimée oublie un élément clé. Les militants antifascistes ne peuvent pas « briser la spirale du chômage », mais ils peuvent briser le Front national. Un mouvement de masse qui empêcherait ses meetings, ses apparitions à la télé, ses manifestations pourra démoraliser une partie de ses cadres et marginaliser ses sympathisants (comme cela a été le cas avant la scission du FN il y a quelques années).

Les questions de l’écologie sont justement privilégiées, mais pourtant sans une analyse de ce qui différencie le marxisme des idées vertes ; on en reste sur un « c’est pourquoi nous pensons que rouge et vert vont de pair » bien insuffisant, surtout après l’expérience des Verts allemands reconvertis au social-libéralisme, et les Verts français attachés encore à la collaboration gouvernementale. Nous voyons une partie de la raison pour cette confusion lorsqu’il écrit : « Abolir la dictature du profit est nécessaire, mais le bilan écologique de l’ex-URSS  et des pays de l’Est montre que cela ne suffit pas…»

En effet, si on pense que l’ex-URSS avait échappé à la dictature du profit, il y a de quoi être inquiets sur les résultats (écologiques et autres) d’une nouvelle société après le renversement du capitalisme. Mais en réalité, la dictature du profit, à travers le poids massif de la concurrence militaire, n’a pas cessé de peser sur le système soviétique, établissant une nouvelle classe dirigeante pour qui produire toujours plus avec moins de travailleurs est devenu la priorité absolue, tout comme à l’occident.

Ces désaccords sont logiques, et représentent deux des points-clés qui différencie la tradition théorique de laquelle a surgi la présente revue. Ils n’enlèvent rien au grand mérite de ce livre.

Alors achetez-en un pour vous-même et un autre pour votre fille, votre belle-mère ou votre neveu, pour tous ceux qui croient qu’« une autre vie est possible, loin des étiquettes et des codes barre. »
John Mullen
 
 

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