La nature de la social-démocratie en France
Faire face à la réalité
 

Le débat sur la nature de la social-démocratie et en particulier du Parti socialiste en France a une importance cruciale. Est-ce que les succès électoraux de la “ gauche révolutionnaire ” en France ouvrent une nouvelle ère de déclin du réformisme social-démocrate et de développement impétueux, tout au moins potentiel, des organisations se réclamant du trotskisme? Assiste-t-on à l'agonie du PS en passe de se transformer en parti de type démocrate américain ? Assisterait-on tout simplement à la stagnation moribonde d'une formation en passe de s'éteindre, empêtrée dans l'ornière “ social-libérale ”?

Si le parti socialiste devait céder la place à des forces révolutionnaires conséquentes, nous n'irions pas pleurer sur le sort d'une formation qui, à plusieurs moments décisifs des combats de classe, a constitué un facteur décisif de contre-révolution permettant la restauration durable de la domination capitaliste. Mais est-ce le cas ? Malheureusement, ce n'est qu'une douce illusion de gauchistes incapables de regarder la réalité en face et de distinguer, au-delà des phrases ronflantes, ce que sont les développements contradictoires, les méandres de la lutte des classes en France.

J'ai commencé cet article deux jours avant l'ouverture du Congrès de Dijon du PS, les 15-16-17 mai 2003. Je l'achève alors qu'il débute. Au sein de l'extrême gauche, un discours très courant explique qu'il s'agit d'un congrès ordinaire de plus, voire d'un Rennes-bis : la  répétition du congrès qui avait suivi la grande défaite électorale de 1993 du Parti socialiste pendant lequel tous les “ éléphants ” du PS s'étaient déchirés par “ courants ” interposés. En d'autre termes, Dijon serait un non événement. Dans nos différents organes de presse, aucune analyse sérieuse ne lui a été consacrée. Aucun pronostic n'a été formulé et, nous le verrons, ceux timidement élaborés sont d'une pauvreté à faire pâlir même un black très noir. Presque aucune attention ne lui est portée. Selon le camarade Serge Godard, militant du courant Démocratie révolutionnaire de la LCR et contributeur très régulier au bulletin électronique Débat militant, il ne serait qu'un théâtre d'ombres. Selon son expression favorite, maintes fois répétée, il serait une arène pour “ la lutte des places ”. Pour le rédacteur en chef de Rouge, Dijon est un “ congrès social-libéral ” qui “ aura surtout servi de révélateur à la crise d'une gauche profondément gangrenée par le social-libéralisme1 ”.

Dijon, un congrès qui constituera un tournant
Rien n'est pourtant plus éloigné de la réalité que ces différentes perceptions et affirmations. Le congrès de Dijon constituera un événement majeur de l'histoire du Parti socialiste en France. Et cela pour plusieurs raisons.
D'abord, contrairement au congrès de Rennes, ce n'est pas, nous pouvons d'ores et déjà l'affirmer, un congrès de repli. Depuis le 21 avril 2002, le Parti socialiste a accueilli dans ses rangs 20 000 nouveaux membres. Cela représente une augmentation des effectifs de près de 20 %. Ce n'est pas du tout négligeable pour un parti de taille nationale qui a longtemps vu ses effectifs stagner, voire se contracter (voir le tableau I). A titre de comparaison, la croissance, historique, de la LCR depuis le 21 avril 2002,  inégalée depuis les années soixante-dix, a été de l'ordre de 1 500-2 000 nouveaux membres. Elle représente donc moins du dixième de la croissance des effectifs de la social-démocratie française.

Deuxièmement, parce que le débat préparatoire au congrès de Dijon a été très riche contrairement à celui qui avait préparé le congrès de Rennes. Les motions et professions de foi constituent à elles seules des documents d'un volume d'environ un millier de pages. La participation aux assemblées générale a été très importante. Selon Gérard Filoche et des journalistes, entre un tiers et la moitié des adhérents y ont participé (40 000 à 65 000 personnes !). Les débats y ont été animés et parfois très polémiques contre la vieille garde et les éléphants du parti. Enfin, la participation au vote  pour les différentes motions a été proprement historique pour une formation de ce type. Entre 70 et 75 % des adhérents se sont exprimés pour choisir le texte principal de référence et le secrétaire général présumé. Pour comparaison, aux congrès  du PCF et des Verts la participation a été inférieure à 50 % et au congrès de l'UMP, inférieure à 30 %.

Troisièmement, le congrès de Dijon sera un des plus à gauche que le PS aura connu depuis des décennies. Tous les éléphants du PS se retrouvent du même bord, autour de la motion fourre-tout de François Hollande. Ils savent parfaitement qu'il est le principal rempart de la poursuite de l'alliance historique du centre bureaucratique représentant l'appareil (Jospin auparavant, Hollande maintenant) et des gestionnaires, dont l'aile social-libérale. Tous les anciens, des représentants de l'appareil d'un côté, aux représentants de la droite social-libérale (Fabius, Strauss-Kahn, Bocquel et d'autres) jusqu'à l'aile social-chrétienne (Aubry) et la vieille garde (Mauroy par exemple) se solidarisent autour de Hollande. Ils ont réussi pour le moment à utiliser le réflexe légitimiste, la volonté d'unité et la peur de l'aventure de la gauche radicale, pour maintenir une majorité pourtant très composite et contradictoire.

Depuis les années trente la gauche n'avait jamais été aussi forte dans le Parti socialiste. Elle atteint les 40 % en trois regroupements principaux et un quatrième plus petit.
Il y a d'abord le courant “ responsable et gestionnaire ” de gauche, Nouveau monde (NM). Il est dirigé par Henri Emmanuelli et l'ancien ministre de la formation professionnelle, ancien dirigeant de la défunte Gauche socialiste, Jean-Luc Mélanchon. Autour de la motion E, il réalise un score de 16,33 % (16.070 voix). Pour Emmanuelli, cela représente une progression de 3 % par rapport au congrès de Dijon en 2000 (13.5 %).

Ensuite, il y a la percée spectaculaire d'un nouveau courant, Nouveau parti socialiste (NPS), autour de Vincent Peillon, ancien porte parole du PS et d'Arnaud de Montebourg, le jeune avocat turbulent,  ennemi juré de Chirac-l'escroc et des scandales de la spéculation financière (blanchiments, paradis fiscaux, etc.). C'est dans ce courant que se situe Gérard Filoche, ancien membre fondateur de la LCR et actuel rédacteur en chef du magazine Démocratie et socialisme. Autour de la motion C, NPS réalise 16,88 % des voix (soit 16.620).

Enfin, il y a la motion de Marc Dolez, dirigeant de la puissante fédération du Nord, entré en rébellion contre le vieux couple Mauroy-Aubry et contre la direction nationale dont il a démissionné à grand bruit il y a quelques mois. Sa motion “ militante ” obtient 4,38 % des voix (4.309). C'est bien peu à l'échelle nationale, mais cela lui permet de conserver la majorité dans la fédération du Nord.
Enfin, il faut signaler l'apparition d'un petit courant, Utopia, dont la motion, qui ne se veut “ pas une ébauche de programme de gouvernement2 ”,  “ propose un idéal de société en rupture avec la logique capitaliste et fixant un cap politique clair pour le Parti socialiste3 ” et veut “ changer l'ordre établi4 ”. Cette motion, dont l'initiateur a des relais dans 36 départements, a obtenu 1,05 % des voix (1.029).

La direction sortante, autour de François Hollande, l'emporte pour le moment avec 61,37 % des voix (60.405). Son programme est fondé, non sur une orientation à la Blair, social-libérale, mais sur l'affirmation chère à François Hollande d'un “ réformisme de gauche5 ”. Évidemment, il vaut mieux ne pas croire sur parole un dirigeant du parti socialiste. Mais nous sommes loin d'une offensive social-libérale, bien que les sociaux-libéraux restent en embuscade, protégés par le secrétaire général sortant.
La revue détaillée de l'évolution des tendances du Parti socialiste et de leur sens comme reflet déformé de la lutte des classes en France n'est pas l'objet de cet article. Mais une analyse un tant soit peu sérieuse nous montre que réduire les discussions de ce congrès à une “ lutte des places ” relève de l'aveuglement le plus triste. Même avec une belle formulation, cette phrase ronflante gauchiste ne fait pas l'affaire.

Quel est donc le fond du problème ? Penser que le parti socialiste est totalement divorcé de la lutte des salariés est une erreur de perspective. Il constitue encore la formation dominante de la gauche dans ce pays. Cela est établi désormais par les résultats du vote des adhérents pour le congrès de Dijon. Il n'est certes pas question de nier son relatif divorce de l'électorat le plus populaire. Mais il s'agit de relativiser. Lorsqu'on parle d’organisations si petites que les nôtres (LCR, Lutte ouvrière et d'autres), la modestie et le sens de la proportion devraient être des critères majeurs de notre pensée politique.
 

Tableau I
Évolution des effectifs du Parti socialiste1

1981 195 501
1982 213 584
1983 203 535
1984 189 232
1985 176 878
1986 177 284
1987 183 210
1988 202 083
1989 204 172
1990 165 186
1991 155 000
1992 133 794
1993 113 005
1994 102 991
1995 93 603
1996 111 536
1997 nr
1998 nr
1999 nr
2000 nr
2001 nr
2002 nr
2003 130 000*
• * Chiffres approximatifs
• nr : non recueillis

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1Source : Jacques Kergoat, Histoire du Parti socialiste, La découverte-repères et Syros, Paris, 1997, p. 7 et Le Monde  pour 2003.

Les forces productives ont-elles cessé de croître ?

Quelles sont donc les arguments sous-tendant la conviction que le parti socialiste est en train de devenir un parti bourgeois?  Notre camarade Murray expose clairement sa thèse dans l'article publié dans le dossier de la présente revue, “ L'évolution de la social-démocratie et du PS ” .

“ La social-démocratie a connu une première période jusqu'en 1914, de la construction de partis ouvriers de masse, et une deuxième qui commence en 1914, marquée par la contradiction entre une base ouvrière et une direction bourgeoise. A notre avis, elle est entrée, dans les vingt dernières années dans une troisième période où sa nature bourgeoise s'affirme de façon décisive et son côté ouvrier tend à s'effacer ”.

Le raisonnement du camarade Murray, très courant de nos jours dans l'extrême gauche trotskiste “ orthodoxe ”, est que le système capitaliste est entré “ depuis le milieu des années 1970 ” dans une phase qui “ signale la fin de la longue période d'expansion économique et le début d'une crise chronique ” qui ne permettrait plus du tout à la bourgeoisie de concéder des réformes. Nous sommes au coeur d'une phase de contre-réformes bourgeoises inégalée. Depuis la “ contre-révolution conservatrice de Reagan-Thatcher ” et son extension sur l'ensemble de la planète, il n'est plus possible d'obtenir des réformes que par des moyens de plus en plus révolutionnaires. C'est ce qui constitue le fondement du déclin irrémédiable des partis réformistes. Si l'on parle d'une tendance historique, il n'y a pas de désaccord sur le constat. Mais parle t-on d'une tendance déjà largement réalisée, ne laissant aucune marge ?

On retrouve le même type d'argumentation chez les camarades du courant Démocratie révolutionnaire de la LCR (et de la publication périodique Débat militant). Ainsi, dans un article écrit pour le bulletin de discussion interne, “ Le néo-libéralisme, une nouvelle période de l'impérialisme : quelle marge de manoeuvre pour le réformisme ?7 ”, la camarade Cathy nous explique qu'il “ y a urgence ”. “ La mondialisation capitaliste, c'est l'exploitation, la misère et la guerre, jamais l'idée de “ socialisme ou barbarie ” n'a eu autant d'actualité ”. Rien que ça. Prise dans un sens général, s'agissant d'une époque historique, cette affirmation est parfaitement juste. Si l'on parle par contre de la conjoncture économique que le système capitaliste traverse, il s'agit tout simplement d'une élucubration enfantine et peu sérieuse. Mais voyons les arguments formulés. “ La tendance principale a été la financiarisation ”, “ Cette financiarisation, développement mondialisé de la finance, tarit les sources d'investissements destinés à la production. Cette croissance des capitaux spéculatifs se fait au détriment de la croissance réelle. ” Mais elle est contrainte d'admettre qu'il y a tout de même croissance du système capitaliste, bien que nettement ralentie par rapport à l'époque des “ Trente glorieuses ”. Et elle conclue : “ Ce sont ces nouvelles données économiques qui font qu'il n'y a plus de grain à moudre pour acheter la paix sociale par des réformes, des améliorations de la législation du travail ou des améliorations du pouvoir d'achat des salariés quelles que soient les forces politiques au pouvoir ”.
Nous retrouvons encore le même type d'argumentation sous la plume d'un autre membre du courant Démocratie révolutionnaire, Serge Godard : “ La crise économique limite les marges de manoeuvre du réformisme et révèle un peu plus chaque jour l'impossibilité de résoudre les problèmes de la population dans le cadre de la société bourgeoise8 ”.
L'impossibilité théorique d'une nouvelle reprise économique nous est expliquée par le contributeur le plus important de la tendance Démocratie révolutionnaire et de Débat militant, Yvan Lemaître, dans un article intitulé : “ Libéralisme impérialiste et offensive impériale, les contradictions du capitalisme à l'oeuvre9 ”.

Exposant son analyse de la nouvelle phase de développement du système capitaliste, il insiste sur la place centrale prise par la “ financiarisation ” du système à laquelle s'ajoute un libéralisme impérialiste militaire colonisateur. Il nous explique qu'il n'y a plus de nouveaux marchés permettant une nouvelle phase d'expansion du système comme cela avait été le cas au XIXème siècle, celui de la fin du partage du monde par le moyen de la colonisation. Par conséquent, nous dit-il, les tensions régionales entre grandes puissance sont lourdes de dangers d'une nouvelle conflagration mondiale. Un des intertitres de son article l'affirme clairement : “ Des guerres locales à une menace de conflit généralisé ”. Il en conclu qu'avec le retournement de conjoncture, il y a un basculement du monde inédit : “ Il n'y a pas de retour en arrière possible. L'effet stimulant de la guerre sur le complexe militaro-industriel ne peut nullement entraîner une réelle reprise au sens où l'argent qui finance ce stimulant est pris sur le pouvoir d'achat donc la consommation des classes populaires. L'expédient alimente la crise à laquelle il est censé trouver une solution10. ”
 

Les théories de la crise économique capitaliste qu'utilise le camarade Lemaître semblent largement inspirées de celles de François Chesnais et de son école. Elle tendent à surestimer gravement la place de la finance dans le système et négligent l'articulation entre les différents secteurs de la production capitaliste : capital productif , capital commercial et capital financier. En outre, ce sont des théories économiques de la crise par sous-consommation. Elles ont été réfutées il y a longtemps déjà par Boukharine et Lénine dans leur polémique entre autres contre Rosa Luxembourg et Tougan-Baranovski. Nous n'avons pas la place, dans le cadre de cet article, de réfuter les éléments fondamentaux de théorie économique sur lesquels s'appuient les camarades pour nous expliquer que la crise est irréversible. Nous avons déjà abordé en partie la question dans le n °1 de la revue Socialisme et nous y reviendrons11.

Les faits réfutent non seulement le catastrophisme de la camarade Cathy mais aussi le sombre pessimisme catastrophiste des camarades Yvan et Serge. Les principaux centres d'accumulation du capital à l'échelle mondiale connaissent certes un retour à la récession. Mais elle se manifeste très inégalement : stagnation durable et légère récession de l'économie japonaise, légère récession et croissance lente de l'Allemagne, croissance faible de la France sans véritable récession, etc. Le capitalisme US a connu une longue phase d'expansion très rapide dans les années 1982-2000 (légèrement interrompue par une faible récession en 1990-1991)12. Aucun des grands centres d'accumulation du capital, à la seule exception partielle de la Russie il y a quelques années, n'a de près ou de loin connu depuis les années 1930 la récession profonde qui avait atteint alors l'Allemagne, la plus grande nation industrielle. La production y avait chuté de 40 % en moins de quatre ans, de 1928 à 1932 ; des millions de travailleurs avaient été soudainement jetés à la rue sans presque aucune indemnité.

Cette vision catastrophiste de l'économie capitaliste repose sur des théories ayant recours à une argumentation ressemblant de plus en plus à celle typique de la troisième période de l'Internationale communiste13. La théorie de l'effondrement du système capitaliste est radicalement fausse. Lénine avait déjà souligné que l'impérialisme, bien que stade suprême du capitalisme, ne connaissait pas de stagnation des forces productives, au contraire14. Dans l'ensemble, l'époque impérialiste se caractérise par une expansion  beaucoup plus rapide, tant en comparaison des anciens modes de production que des premières phase du capitalisme.

L'économie capitaliste est faite de crises et de booms. Ils seront inévitables tant que le système perdurera. Et l'expansion du capital ne peut cesser tant que les travailleurs n'auront pas renversé le système. Aucune limite géographique ou de marché stoppera son expansion. On oublie trop souvent que si le capital organise un processus de production et de croissance, il est avant tout un rapport social et économique de domination et d'exploitation du salariat et des formes plus anciennes de rapport social.

En réalité, les affirmations des camarades cités relèvent du vieux défaut de tous les révolutionnaires, même les plus grands : prévoir à chaque tournant majeur l'imminence de la catastrophe. Mais dans le cas des trotskistes orthodoxes, l'erreur, toujours possible, s'est transformée en tradition théorique. Que ce soit dans une version ancienne, respectant à la lettre Trotsky, ou sous une version reformulée, plus “ moderne ”, du même concept, ils répètent tous peu ou prou le Programme de transition dans lequel Trotsky déclarait : “ Les forces productives ont cessé de croître ”. Tous les trotskistes orthodoxes, depuis des décennies, ont dans l'ensemble gardé ce cap. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, même les meilleurs théoriciens trotskistes orthodoxes, comme James Cannon aux États-Unis et Ernest Mandel en Belgique, ont soutenu, contre les faits, qu'il n'y avait pas de boom durable possible, sombrant ainsi dans le plus grand des ridicules15 .
Puis le long boom économique a forcé les plus sérieux d'entre eux, surtout Mandel, a élaborer des théories économiques tentant une explication du long boom et les transformations du système capitaliste. Mais, incapables de percevoir la dynamique de la loi de la valeur à l'échelle mondiale, l'URSS en constituant une composante et un élément dynamique essentiels, ils ont souvent construit leur vision à partir d'emprunts disparates et parfois totalement contradictoires. Au lieu d'une théorie cohérente de la dynamique du capitalisme à l'échelle mondiale, ils défendaient une juxtaposition plus ou moins bien agencée de théories partielles et incohérentes, autant d'emprunts à d'autres courants de pensée : théorie des ondes longues, de la régulation, de la sous-consommation, etc.16

Les plus rigides des trotskistes orthodoxes développèrent les “ théories ” fumeuses de l'expansion parasitaire. S'il y avait bien croissance économique du capitalisme, c'était celle du parasitisme et du militarisme ou de la finance au détriment de la production. Ce fut surtout le cas de l'Organisation communiste internationaliste (OCI), ancêtre de l'actuel noyau dirigeant du Parti des travailleurs (PT), dont est issu François Chesnais, ceci expliquant peut-être en partie cela. Elle renvoyait un écho étonnant aux “ théories ” économique du PCF stalinien.

Quant aux dirigeants trotskistes orthodoxes et dogmatiques de Lutte ouvrière, comme à leur habitude, ils ne développèrent aucune théorie sur la question. Ils produisirent des analyses conjoncturelles plus ou moins pertinentes et parfois tout bonnement hilarantes. Le noyau dirigeant de cette organisation a périodiquement, au cours des 20 dernières années, “ prédit ” un effondrement imminent du système, une catastrophe économique selon le modèle de la crise de 1929. Le camarade Yvan est issu de ce noyau dirigeant de LO et, de nouveau, ceci explique peut être en partie cela.
Trop souvent, l'orthodoxie “ trotskiste ” reprend le dessus dès que se déclenche une nouvelle phase de récession ou de crise. Les vieilles antiennes du Programme de transition sont reprises en choeur : les forces productives auraient cessé de croître, il n'y aurait plus de grain à moudre, les fondements du réformisme s'évaporeraient à grande vitesse, etc. Les mauvaises habitudes ne se perdent pas si facilement lorsqu'on a façonné sa pensée selon l'orthodoxie17

Le système n'est pas plus au bord d'un effondrement aujourd'hui qu'il ne l'était il y a dix ou vingt ans. La récession actuelle est une sorte de retour aux crises synchronisées des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt, mais sous des formes différentes et spécifiques18. Des pans entiers et importants de l'économie mondiale connaissent une croissance relativement forte : de l'Italie à l'Espagne, de la Chine à l'Asie du Sud-Est (en particulier, de nouveau, la Corée du Sud) et les dragons d'Asie et même dans une certaine mesure au coeur du système capitaliste central. Il est vrai que les grains à moudre sont moins nombreux. Mais il en reste suffisamment pour que des réformes soient envisageables, même à ce stade du développement de l'impérialisme libéral,  militaire et néo-colonial.

Un parti social-libéral ou un parti évoluant vers la gauche ?
Il ne s'agit pas ici de développer une théorie générale sur la nature de la social-démocratie et du réformisme. Les cas sont différents suivant les pays, les résultats de l'exercice gouvernemental réformiste aussi. Il est évident que la social-démocratie européenne a largement glissé vers la droite et s'est adaptée au social-libéralisme. Les pointes avancées de ce combat de traîtres ont été, bien entendu, Tony Blair en Grande-Bretagne et Gérard Schrôder en Allemagne. Il faudra réaliser des travaux collectifs pour dresser un état des lieux solide. Cela avait été tenté en 1982 par les organisations européennes de la Quatrième internationale dans Profils de la social-démocratie européenne19. Il faut d'ailleurs noter l'indigence théorique manifeste dans nos rangs depuis. Seuls les travaux de Jacques Kergoat sur l'histoire du Parti socialiste avaient une tenue certaine. Le terrain de ces études est désormais largement occupé par des sociaux-démocrates ou des écrivains proches du monde diplomatique (comme Serge Halimi). Leur production est très inégale, non marxiste, et ne fournit pas d'arme pour une stratégie et une alternative socialistes-révolutionnaires. Il est urgent de produire de la théorie marxiste sur la social-démocratie aujourd'hui.
Une chose est sure, le cas français est très éclairant. Les luttes de salariés se sont significativement développées ces dernières années. Dans ce pays de la lutte des classes, comme le disait Marx, la lame de fond de Novembre-Décembre 1995 et toutes ses conséquences ultérieures, nous permettent de mieux observer la relation entre montée des luttes et réformisme organisé à notre époque. D'autant plus qu'aujourd'hui nous sommes au coeur d'un mouvement d'ampleur qui pourrait déclencher une grève générale20
Contrairement au Parti travailliste, et contrairement à toutes les affirmations plus qu'approximatives de l'extrême gauche cédant au gauchisme, le Parti socialiste français (à ne pas confondre avec le gouvernement à majorité socialiste) n'a pas réalisé de mutation social-libérale. En Grande-Bretagne, celle-ci a été d'autant plus facile à accomplir que le mouvement ouvrier anglais a subit des défaites majeures sous le règne de Thatcher (voir l'article sur le Parti travailliste).
Le Parti socialiste français fait figure d'exception européenne, tout au moins pour le moment. Et cela sous plusieurs aspects.
Premièrement, depuis 1994, il n'a à aucun moment été dirigé par un social-libéral. Emmanuelli, Jospin, puis Hollande se sont succédés au poste de secrétaire général. Ils se caractérisent tous trois par un programme réformiste du centre ou de gauche (formule actuelle utilisée par Hollande). Certes, tous trois maintiennent l'alliance avec l'aile social-libérale. Et il faut noter que celle-ci devient d'ailleurs souvent prépondérante, ou tout au moins conquiert une influence disproportionnée, à l'approche de l'exercice du pouvoir. Mais aucun de ces trois secrétaires généraux du PS  n'a été ou n'est social-libéral.

La débâcle socialiste en 1993 provoqua un sursaut vers la gauche en 1994. Emmanuelli devint secrétaire général sur le mot d'ordre “ A gauche toutes !21 ”.  La compétition électorale interne entre Emmanuelli et Jospin donna l'avantage à l'ex-trotskiste orthodoxe Jospin (issu de l'OCI lambertiste). Il s'était certes entre temps bien assagi politiquement. Mais il restait relativement ferme sur certains principes, tout en naviguant entre sa droite et ses contestataires de gauche. François Hollande succéda à Jospin et dirige encore le PS. Il  n'est pas plus un social-libéral que ses prédécesseurs. On pourrait plutôt le décrire comme un apparatchik de la social-démocratie, démocrate convaincu (même s'il sait aussi recourir à des coups bureaucratiques pour combattre sa gauche), un réformiste modéré mais sensible à l'air du temps. C'est un défenseur des équilibres du PS. Il veut le transformer en une force majeure qui puisse réorganiser l'ensemble de la gauche autour de lui. Et pour le moment, sur un cours plutôt réformiste de gauche, il y parvient.

Deuxièmement, le Parti socialiste a continué à coopter des militants sur sa gauche tout en perdant des pans de l'appareil sur sa droite.

Sur sa gauche, il y eu l'adhésion au cours des années 1980 de centaines de membres issus du courant lambertiste (OCI) qui ont fourni des cadres de premier plan à l'appareil social-démocrate. Cela suivait le ralliement au début de la décennie de membres éminents de la LCR, dont le plus connu du grand public est Henri Weber. Celui-ci a suivi une trajectoire qui l'a menée du bureau politique de la LCR au poste de sénateur, conseiller de Laurent Fabius, secrétaire national du Parti socialiste à la formation et la culture. Venus de la LCR également, Julien Dray et son équipe, formée principalement autour de la construction au milieu des années quatre-vingt de SOS racisme et de ses ramifications par la suite. Ils font désormais partie de la majorité du PS après un long passage par la Gauche socialiste. En 1994, le PS a encore coopté, par la seule volonté d'Henri Emmanuelli, un autre courant issu de la Ligue, dont les têtes de file sont Gérard Filoche et Vaysse, Timsit, les frères Assouline, etc. Ce courant a été une composante de la Nouvelle école socialiste (NES), devenue Gauche socialiste (aujourd'hui défunte) avant de rallier le courant émergeant, Nouveau parti socialiste (NPS). Le Parti socialiste a continué de coopté des centaines de militants et de dirigeants venus du Parti communiste français (PCF), qui ne sont d'ailleurs pas toujours les plus à gauche dans leur nouvelle formation. Il continue d'attirer à ses rangs de nombreux militants écologistes qui ne voient plus l'utilité de rester chez les Verts, dans un petit parti fourre-tout, incapable de se décider. Ils pensent désormais que la social-démocratie est un meilleur outil pour promouvoir leurs idées écologistes. Ils entretiennent une méfiance relative à l'égard de Bertrand Delanoe, maire de Paris. Ses réformes parisiennes leurs semblent pourtant des arguments convaincants.

La même attraction s'exerce sur les associations d'homosexuels ou organisant de nombreux homosexuels. Une association d'homos s'est formée au sein du Parti socialiste.
Sur sa droite, il a perdu le courant chevènementiste, qu'on ne peut évidemment assimilé au courant droitier évoluant vers le fascisme, celui de Marcel Déat dans les années trente.
La politique d'ouverture du PS vers le centre, credo de la fin des années quatre-vingt et du début des années quatre-vingt dix, se solda par un échec cuisant. Il est de nouveau contraint d'envisager une alliance, voire une fusion, en une grande fédération de toutes les forces de gauche. En d'autres termes, l'union de la gauche est de retour parce que la situation ne permet pas aux dirigeants sociaux-démocrates de contracter une alliance avec des pans de la droite. Même un Cambadélis, pourtant représentant un courant plutôt droitier au sein du PS, en fait son cheval de bataille ces jours-ci.

Troisièmement, il s'est formé en son sein une nébuleuse de gauche qui, bien qu'éclatée actuellement, prend du poids et des forces au sein comme à l'extérieur du Parti socialiste. Au congrès de Dijon, elle pèse presque 40 % des voix, un score jamais égalé depuis les années trente, lorsque s'était développée la gauche révolutionnaire entre autres autour de Marceau Pivert. Il n'est pas dans mon intention de tirer un trait d'égalité entre les deux phénomènes, bien entendu. Cette gauche du Parti socialiste aujourd'hui est sous de nombreux aspect plus timorée et moins radicale que la gauche Pivert-Zyromski22.

Nous ne sommes pas dans les années trente. Mais s'il existe une caractéristique essentielle de la social-démocratie, c'est bien sa capacité à s'adapter et à coopter les nouveaux courants de radicalisation qui émergent.

Quatrièmement, il faut rappeler que le Parti socialiste a réussi à attirer à lui de nombreux dirigeants de luttes de jeunes menées au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt dix. Presque sans exception, il a réussi à gagner un certain nombre de militants et de dirigeants de ces luttes. Ce fut le cas avec SOS racisme et toute la génération de militants que cette association fit émerger. Ce fut le cas avec les dirigeants du mouvement étudiant (Assouline, ex-trotskiste orthodoxe, Isabelle Thomas et bien d'autres), de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) avec la réussite de l'unification des deux principaux syndicats étudiants, du mouvement lycéen avec le lancement de la FIDL. C'est encore le cas avec les maisons des potes, le mouvement “ Ni putes, ni soumises ”, etc. On pourrait allonger la liste des gains engrangés par le Parti socialiste et en particulier par le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) auprès des jeunes. Cette organisation revendique désormais 6 000 adhérents. La moyenne d'âge des membres baisse (23 ans en 1998, 21 en 2002). La composante féminine représente près de la moitié des effectifs (47 %). L'organisation n'est pas dominée par les bobos parisiens, puisque 80 % des adhérents résident en province. La composition sociale se prolétarise, avec plus du tiers des effectifs salariés ou étudiants-salariés, environ 10 % de chômeurs, le reste se répartissant entre une forte présence lycéenne et moins de la moitié d'étudiants. Si nombre de militants jeunes ont rejoint plutôt les organisations d'extrême gauche ou des associations nouvelles exprimant les nouvelles radicalisations et les luttes de nouvelles couches d'opprimés, il n'en demeure pas moins vrai que le MJS, bien que relativement discret, s'implante en profondeur. C'est le mouvement de jeunesse qui s'est le plus construit au cours des années quatre-vingt dix, alors que d'autres (le Mouvement de la jeunesse communiste, MJC, les Jeunesses communistes révolutionnaires, JCR, par exemple) connaissaient au contraire de graves crises, stagnation ou érosion des effectifs. La croissance récente des JCR est pour le moment groupusculaire, bien que salutaire pour une organisation qui a si longtemps traversé des difficultés.

Parmi les adultes également, l'adhésion de 20 000 nouveaux membres est intéressante par sa composition sociale. Le camarade Murray en cite les chiffres pour montrer, croit-il, que les adhésions constituent surtout celles de “ petits bourgeois ”. Du moins, il me semble que c'est ce qu'il laisse entendre. Si 27 % des nouveaux adhérents sont ouvriers ou employés et 29 % des cadres moyens ou supérieurs, cela constitue plutôt un succès populaire23. La Ligue a t-elle dans ses nouvelles recrues une proportion aussi intéressante d'ouvriers et d'employés ? Il serait utile de le savoir. Et puis faut-il préciser que les cadres moyens et même une partie des cadres supérieurs constituent des composantes du prolétariat ? Ce sont des salariés. Ils sont soumis à un contrat de travail qui implique la subordination à l'employeur, au patron. Vingt-sept pour cent d'ouvriers et employés, cela représente près de 5 400 salariés. Nous aurions bien aimé en faire adhérer autant à la LCR ! Nous serions devenus de ce fait un parti au sens propre du terme, doté d'une implantation dans le salariat autrement plus conséquente que celle, non négligeable, dont nous disposons aujourd'hui.

Dans le mouvement syndical également, l'influence du Parti socialiste a marqué des points principalement face au déclin du Parti communiste. La distanciation et la rupture du lien entre la CGT et le PCF a profité principalement (pas uniquement bien entendu) aux Socialistes. Parmi les adhérents des syndicats ouvriers, ceux qui ont conservé une obédience politique votent pour le parti dominant de la gauche, au second tour tout au moins, souvent dès le premier. Seul les syndicalistes de la CGC et de la CFTC votent très majoritairement à droite (respectivement 74 et 77 %). Malgré la rupture électorale du Parti socialiste avec les milieux populaire lors des élections du 21 avril 200224, Jospin est le candidat qui vient en tête dans le vote des syndiqués CGT, CFDT et CGT-FO25. Seul SUD fait exception, avec 27 % votant pour Besancenot, mais tout de même 25 % pour Jospin.

Enfin, l'influence et les connexions que la social-démocratie réussi depuis quelques temps à établir avec les nouveaux courants de radicalisation, comme Attac, est évidente. Les parlementaires français proches de la défunte Gauche socialiste, qui ont majoritairement rallié Nouveau parti socialiste (NPS) et Nouveau monde (NM), sont très actifs et multiplient les connexions entre la social-démocratie et Attac. Au parlement européen c'est également le cas avec l'activisme d' Harlem désir et du groupe de parlementaires européens qu'il a constitué pour l'introduction de la Taxe Tobin.
Tous ces éléments ne sont pas cités pour masquer la distanciation concomitante entre le Parti socialiste, en particulier les gestionnaires issus du Parti socialiste et leur base populaire. Mon objectif n'est pas de chanter des louanges à la social-démocratie. Il est plutôt de détecter, à travers le prisme déformant qu'elle constitue, ce que sont les évolutions de la conscience politique du salariat et des différentes couches de la population. Car il ne s'agit surtout pas d'oublier que le PS constitue le parti dominant, et de loin, dans le salariat en France. Le PCF n'est, comme nous l'avons souvent écrit dans cette revue (et ses anciennes formules), qu'une fraction extérieure de la social-démocratie. Les autres composantes de la gauche (Verts, Radicaux, en certains endroits les listes motivé-e-s, etc.) sont principalement satellisées par la social-démocratie française.

Il s'agit maintenant d'analyser ce que sont les relations entre cette évolution vers la gauche du Parti socialiste et la politique beaucoup plus droitière menée par les gouvernements à majorité socialistes les plus récents. Est-il vrai  que le gouvernement de gauche plurielle a mené la même politique que la droite ? Est-il vrai que celle-ci désormais ne fait que poursuivre les contre-réformes que celui-ci  avait hérité et poursuivi des précédents gouvernements de droite ?

Un réformisme sans réformes et de contre-réformes ?
C'est l'affirmation que l'on retrouve sans cesse répétée dans de nombreux écrits de l'extrême gauche trotskiste orthodoxe. Le credo de Lutte ouvrière est celui-ci. Cette organisation prétend même que le terme de gauche n'a rien à voir avec une politique prolétarienne. La gauche mènerait la politique de la droite26. Si l'on entend par là que la politique menée par les gouvernements de gauche est bourgeoise, respecte les cadres et les lois fondamentales du capitalisme, il n'y a entre nous aucun désaccord.

Plus encore, il faut le préciser du point de vue méthodologique, bien qu'il y ait des liens, il faut savoir distinguer le Parti socialiste d'un gouvernement composé de socialistes. L'un est un parti réformiste, l'autre investit et se met dans la peau de l'état major de la bourgeoisie. Il représente un gouvernement bourgeois de gestion des intérêts à court et à long terme du capitalisme français. Un gouvernement composé de membres d'un parti réformiste certes, mais un gouvernement bourgeois tout de même.
Mais ce gouvernement bourgeois se comporte t-il exactement de la même façon qu'un gouvernement bourgeois de droite ? Telle est la question à laquelle il faut répondre dans le détail.

Trop souvent les gauchistes, comme l'a souligné maintes fois Trotsky, arrêtent le raisonnement là où il ne fait que commencer. Dans l'extrême gauche trotskiste orthodoxe, les approximations sont plus que grossières. Le camarade Murray, par exemple, affirme : “ Le contenu de cette politique [la politique de 'contre-réformes' qu'il attribue à la social-démocratie, note de l'auteur] est suffisamment connu pour ne pas avoir à le détailler ici. ” Si cela était vrai, nous serions bien plus avancés. Combien de camarades ont-ils une connaissance approfondie des lois Aubry et des conditions du passage aux 35 heures ? Combien ont-ils conscience du bilan détaillé des reculs et des avancées pour la vie des salariés de la politique des différents gouvernements de gauche. Combien ont-ils pu lire ou produire une comparaison minutieuse avec la politique des gouvernements de droite ? Malheureusement, je crois que le camarade Murray est trop optimiste et complaisant. Souvent, au-delà de quelques slogans, nos camarades ne se préoccupent pas assez de ces aspects très concrets de la lutte pour les réformes. Aucun bilan politique sérieux et détaillé n'est produit par notre direction, celle de la LCR. Pour le dire franchement, c'est plutôt dans le mensuel Démocratie et socialisme que nous  pouvons  trouver  les analyses détaillées les plus sérieuses des différentes conséquences des réformes ou des contre-réformes introduites par la gauche gouvernementale. Les analyses de D&S sont bien sûr influencées par le climat ambiant de la social-démocratie et de toutes ses compromissions. Mais le fait est là : Filoche, la mauvaise conscience de la LCR, celui qui en fut un des fondateur, membre du bureau politique de cette organisation pendant des décennies, produit avec ses camarades des analyses du mouvement ouvrier, de sa conscience, des congrès syndicaux, autrement plus intéressantes et profondes que beaucoup des écrits souvent superficiels de nos organisations ravagées par le gauchisme.
Le camarade Murray explique dans sa contribution : “ Ils [les travailleurs, note de l'auteur] suivent les réformistes parce que ceux-ci obtiennent des réformes. Et si les réformistes ne sont plus capables d'obtenir ou de maintenir des réformes, les travailleurs les abandonnent. ” Or, poursuit-il :  “ Cela fait maintenant plus de 20 ans que la social-démocratie a abandonné la défense des conquêtes ouvrières, passant d'une brève épisode de 'réformisme sans réformes' à une politique de contre-réformes ”. Et il conclut, après avoir constaté et établi que la majorité “ a changé à chaque élection législative en France depuis 20 ans ”, que “ La majorité a souvent changé, mais pas la politique, où il y a une continuité fondamentale très forte. ” Il admet qu'il y a bien eu quelques réformes (“ le RMI en 1988, la CMU [Couverture maladie universelle, note de l'auteur] et le PACS sous Jospin. Mais celles-ci ne modifient pas les orientations socioéconomiques fondamentales. Dans le cas de la seule 'réforme' 27 substantielle du gouvernement, la réduction du temps de travail, elle a été dénaturée et transformée en machine de guerre pour démolir les acquis ouvriers et renforcer la flexibilité. Le bilan du gouvernement Jospin est très éloquent ”. Dire que les 35 heures ont constitué une “ machine de guerre pour démolir les acquis ouvriers ” est typique d'un certain gauchisme et de jugements plus qu'approximatifs sur la réalité des changements qui ont eu lieu
Ce “ bilan ” ne fera pas l'affaire. Il est fait d'ignorance, de superficialité, de phrase ronflante gauchiste. En réalité le gouvernement Jospin a réalisé plusieurs réformes importantes qui ont amélioré les conditions de vie de millions de salariés en même temps qu'il a réalisé plusieurs contre-réformes qui ont délaissé, dégradé ou menacé, directement ou indirectement, la vie de millions d'autres.

Les lois sur les 35 heures (réalisées sans perte de salaire, il faut le noter) sont typiques des réformes qui auraient pu constituer une victoire décisive, une avancée fondamentale dans la vie des dizaines de millions de salariés. Mais elles ont été tellement édulcorées et tant assouplies face aux exigences patronales que le bilan qu'en tirent les salariés est mitigé.
D'abord l'article n° 1 des deux lois Aubry, réduisant la durée hebdomadaire légale du temps de travail à 35 heures,  a constitué une avancée considérable. Le temps de travail a globalement baissé, les jours de réduction du temps de travail se sont ajoutés aux congés payés faisant passer la durée combinée Réduction du temps de travail (RTT) et congés à six semaines. Nul pays au monde n'a connu une si grande avancée sociale. Un salarié sur trois est satisfait de l'accord 35 h qui s'applique à lui : gain, parfois hausse de salaire, RTT, embauche. Mais “ deux sur trois sont mécontents : ils n'y gagnent pas nettement, il y a de la flexibilité, du gel de salaire, pas d'embauché... Tout dépend s'il y a eu des luttes et de bons syndicats...28 ”.

L'application de la loi a été bien tardive et donc bien théorique pour des millions de salariés. Elle ne s'appliqua enfin à 9 millions d'entre eux (sur plus de 21 millions que l'on compte en France) qu'en janvier 2002 : 4,5 millions parmi les plus pauvres, ceux des entreprises aux effectifs permanents de moins de 20 personnes, et 4,5 millions dans les entreprises publiques. “ Et Laurent Fabius a même imposé un “ assouplissement ” des 35 h pour les entreprises de moins de 20 salariés : c'est ainsi que le contingent annuel d'heures supplémentaires est porté à 180 h (...en 2004) et que des millions de salariés ne verront que du feu en guise de 35 h...29

La réduction du temps de travail aurait pu créer d'innombrables emplois. La guerre déclarée du Medef contre les lois Aubry et les multiples concessions faites par le gouvernement Jospin ont réduit les créations de poste à 400 000. Les emplois-jeunes étaient bien entendu critiquables dans leur principe : on créait des contrats à durée déterminée d'une durée de... 5 ans dans le public alors que le droit social dans le privé limite, sous certaines conditions, le reconduction des contrats à durée déterminée - CDD - à 18 mois. Il y eut tout de même l'embauche de plus de 300 000 jeunes alors que le chômage des moins âgés était endémique. Beaucoup ont acquis une expérience irremplaçable de travail, un métier, ont stabilisé ne serait-ce qu'un temps leur situation sociale, ont développé leur capacité d'initiative. De nombreux emplois ont été créés à la SNCF, dans l'Éducation, dans les services publics, bien entendu aussi, et même principalement, grâce à la mobilisation des salariés de ces secteurs.

Des droits nouveaux du travail ont été acquis, peu, mais tout de même, en particulier face aux licenciements.
Le maintien des retraites a été dans l'ensemble assuré alors que le gouvernement Juppé avait tenté une offensive qui avait échoué face à la grève de novembre-décembre 1995. La loi Thomas sur les fonds de pension a été abrogée, bien que tardivement :  en 2002, loi de modernisation sociale30. L'âge de départ officiel à 60 ans fut maintenue. Mais comme toujours l'aile droite de la social-démocratie relayait les idées du patronat. Et les uns capitulant à la suite des autres, les défenses de la répartition commencèrent à tomber les unes après les autres. Défensif sur la question des retraites, Jospin fut soumis à la pression directe, ministérielle, du ministre des finances, un social-libéral fameux : Laurent Fabius. Celui-ci déclara, en pleine campagne électorale, qu'il estimait “ aussi courageux d'aligner les fonctionnaires sur les 40 années de cotisation du privé... que d'être contre la peine de mort en 198131”.

“ En cinq ans, le salariat s'est renforcé et non affaibli. La masse salariale globale a ré augmenté par rapport au capital. De 1977 à 1997, la politique de développement du chômage et de précarisation de l'emploi avait pesé sur les salaires et obtenu une hausse importante de la part des profits dans la valeur ajoutée : elle était passée, en France, de 31 % à 41 %. De 1997 à 2002, le gouvernement Jospin a stoppé cette régression de la part des salaires dans la valeur ajoutée : elle a stagné à 59 %. Les inégalités qui se creusaient sous la droite, ont été freinées (cf. “ CAC 40 des inégalités ” d'Alternatives économiques) puis ont stagné elles aussi. ”

“ Ce gouvernement a favorisé délibérément la croissance, et fait reculer le chômage de masse : 1 742 000 emplois créés en cinq ans dont 643 000 dans la seule année 2000, record historique sans précédent (+ 4,3 %). Le taux de chômage des jeunes est passé de 28 % en 1997 à 18,7 en 2000. Il a imposé une avancée majeure avec la réduction du temps de travail par la loi à 35h hebdomadaires : 400 000 emplois créés, 21 millions de salariés concernés, même si, hélas, un sur deux en a réellement bénéficié, et encore un sur trois, parmi ceux-là, en a vraiment profité comme une conquête sociale (2 à 3 millions de salariés). Une loi pleine de contradictions mais nettement plus avancée que n'importe où ailleurs. Il y a même eu un petit début de recul de la précarité (- 0,4 % environ), des CDD (- 33 000 soit une baisse de 1,5 % entre mars 2000 et mars 2001), des temps partiels (- 0,6 %) en fin 2000, début 2001 et une forte baisse du chômage partiel (- 64 % en 1999) y compris des "emplois aidés" (de 455 000 à 408 000). L'intérim baisse fin 2000-2001 mais il ré-augmente au 2ème semestre 2001. Il y a eu aussi une hausse du nombre et de la durée moyenne des CDI. L'écart entre la moyenne des salaires des cadres et celle des employés-ouvriers n'est que de 2,5 points. ”

“ Tout cela a réellement distingué Lionel Jospin du reste de la pratique social-démocrate européenne. Ceux qui ont intérêt à le nier ou à le sous-estimer privent notre gauche française d'autant de points d'appui, de référence sur ce qui est possible, et d'espoir d'aller plus à gauche. Ni Laurent Fabius, ni Dominique Strauss-Kahn n'ont apprécié et l'ont fait savoir, les aspects les plus avancés des 35 h ou de la loi de modernisation sociale32 ”.

La Couverture maladie universelle a été introduite, protégeant un peu mieux les plus démunis des salariés et des précaires. Le PACS a été introduit, version édulcorée des premiers projets certes, mais avancée tout de même contre les idées conservatrices, traditionalistes et homophobes. Le non-cumul des mandats a été voté.

Sous la pression des sans-papier eux-mêmes et de l'opinion publique, le gouvernement Jospin a permit à de nombreux immigrés clandestins d'obtenir des titres de séjour. “ Mais il a réprimé le mouvement violemment pour démontrer que celui-ci ne pouvait pas espérer obtenir la satisfaction de sa revendication centrale, la régularisation de tous33 ”.
Ainsi, on le voit, le gouvernement Jospin a réalisé des réformes, timides mais bien réelles, qui ont amélioré le sort de millions de salariés. Les révolutionnaires doivent être les meilleurs combattants pour les réformes améliorant ici et maintenant le sort des millions de salariés. Seul le gauchisme, aimant la phrase au lieu du réel, peut dédaigner ces combats au jour le jour.

La raison pour laquelle le gouvernement Jospin a été aussi “ réformiste ” à contre courant de la social-démocratie européenne, c'est avant tout la lutte de classe intense en France depuis 1995 qui l'explique. Nous partageons totalement l'avis de Gérard Filoche lorsqu'il dit :
“ Cela provient du “ résultat différé ” de Novembre-Décembre 1995 et de la mise en place d'un gouvernement de coalition rouge rose vert. Cela provient aussi de ce qu'au cours des années 1997-2000, la combativité des salariés (nombre de jours de grève, durée des grèves, caractère massif des grèves, etc.) a été remarquablement dynamique et croissante : pour la première fois depuis les années 1970, l'activité sociale se redéveloppait à un rythme suivi et fort34 ”.

Lorsque le gauchisme est dominant dans le mouvement, notre devoir est d'abord de rétablir les faits. Voilà pourquoi ce texte semble me situer et situer la revue Socialisme International aujourd'hui dans les courants les plus droitiers face aux courants dominants de l'extrême gauche française. Mais il faut assumer, car seule la vérité est révolutionnaire. Les phrases qui remplacent les vrais combats de classe, aussi insignifiants semblent-ils être, ne font jamais rien que préparer les futures défaites. Il faut garder une boussole de classe.

Dans ses grandes lignes, le constat dressé par Gérard Filoche ci-dessous est entièrement juste. Citons-le longuement.
“ Certes, Lionel Jospin n'a ni supprimé le capitalisme, ni même, hélas, diminué les profits fantastiques réalisés par les financiers dans les années de la croissance retrouvée, mais il a su relativement mieux qu'ailleurs maintenir les retraites, faire progresser les salaires, améliorer certaines conditions de travail, faire avancer les 35 h, certains droits du travail, mis en place des réformes de long terme (CMU, APA...) et des réformes démocratiques (Pacs, anti-cumul des mandats, justice, parité, IVG, etc.). Il n'a malheureusement pas, c'est certain, rompu assez de lances avec l'Europe libérale (Amsterdam, Barcelone) ni redistribué vraiment les richesses, il a géré le capitalisme comme d'autres avant lui, mais avec des réformes progressistes plus importantes et volontaires que ses prédécesseurs - proches de celles du début 1981 (retraite à 60 ans, 39 h, cinquième semaine de congés payés, droits du travail, hausse des bas salaires).

“ Il a fait exister le réformisme social, même si on vérifie qu'il n'a pas suffi à calmer les revendications qu'engendre l'inégalité capitaliste. Mais contrairement à ce que croient de nombreux gauchistes, la réforme ne s'oppose pas à la révolution. Au contraire, le réformisme fait avancer les choses et nourrit les espoirs, c'est un point d'appui pour de vrais changements. Ce n'est pas quand les choses vont mal pour les salariés que les luttes augmentent, c'est quand justement, l'espoir renaît, qu'on sort de la crise. Ce n'est, en tous les cas, pas dans les défaites que l'on avance le plus. La dissolution de l'Assemblée nationale par Chirac le 25 avril 1997, la victoire du 1er juin et l'avènement du gouvernement de Lionel Jospin étaient un effet différé de la grande grève générale de novembre-décembre 1995. Le projet des “ 35 h sans perte de salaire ” avait été acquis avant grâce à de nombreuses batailles, (et surtout celle de la Gauche socialiste au sein du Parti socialiste), il a pris corps, (au-delà, souvenons-nous, de l'accord interprofessionnel sur la réduction du temps de travail du 31 octobre 1995, et ensuite de la loi de Robien du 16 juin 1996) dans le programme de Lionel Jospin.

“L'exception française” positive du gouvernement rouge-rose-vert

“ À quoi bon nier - oubliant tout à cause de la défaite - les caractères positifs du gouvernement Jospin ? À quoi bon peindre en noir aujourd'hui ce que (presque) personne ne niait hier ? Il y a des tendances politiques diverses qui le font avec différentes nuances : certains croient bon d'affirmer le ralliement de Lionel Jospin au "social-libéralisme", d'autres à la "troisième voie" (Blair, Clinton...) et d'autres ont aussi allègrement affirmé que c'était "blanc-bonnet, bonnet-blanc" avec la droite. C'est l'extrême-gauche, surtout, qui rend tous les chats gris : elle compare Jospin et Blair, ou Schrôder, ou Chirac sans nuance, en niant qu'il y ait eu une "spécificité" de ce gouvernement "rouge-rose-vert" qui mettait en oeuvre "les 35 h sans perte de salaire par la loi". Ils ne se souviennent plus que le patronat avait pourtant "déclaré la guerre" à Lionel Jospin, sur le parvis de Matignon, un certain 10 octobre 1997. Les mêmes sont incapables de juger les contradictions réelles des deux lois Aubry, et rejettent en bloc l'idée qu'il y ait eu des progrès historiques dans celle-ci, ne retenant que les aspects négatifs dus à la poursuite de la flexibilité venue de la loi quinquennale. Ils nient que le gouvernement Jospin était réellement le plus "à gauche" d'Europe (même si cela signifie que les autres étaient particulièrement droitiers, et même si, en interne, pas tous les Français en France, les aspirations populaires étaient beaucoup plus élevées). Ils n'accordent aucune grâce à la recherche de l'honnêteté, de la rigueur personnelle du Premier ministre sortant, aussi bien dans des questions internationales (l'Afrique) que dans les "affaires", le respect du Parlement, la non-utilisation de l'article 49-3. Ils soulignent le refus d'intervenir de l'État face aux licenciements, mais ils ne pipent mot de la "loi de modernisation sociale" et de son contenu progressiste35 ”.
Mais ce n'est pas un gouvernement, quel qu'il soit, qui pourrait seul s'opposer aux lois fondamentales du fonctionnement du capitalisme, la loi du profit étant la première, la concurrence en étant le moteur du système, et la loi de la valeur, réalisée directement ou à travers des prismes, la loi fondamentale.

Quand le pouvoir économique est entre les mains de grandes multinationales et grandes compagnies nationales, la puissance économique d'un gouvernement dans le capitalisme moderne est largement affaiblie, sans pour autant être neutralisée. Pour les équipes gouvernementales réformistes, c'est aussi la volonté politique qui s'estompe au point que la compromission de plus en plus systématique constitue l'alpha et l'oméga de l'attitude social-démocrate de droite, du social-libéralisme comme on le dit de nos jours. Cependant, l'analyse des faits, la réalité prise de front, montre que la remontée du mouvement ouvrier profite principalement, dans un premier temps tout au moins, aux partis réformistes. En France, c'est la social-démocratie qui se ressource sous un mode spécifique à cette période de la lutte des classes. L'histoire se répète sans se répéter de la même façon, jamais.

Un parti social-démocrate prétend représenter l'ensemble de la classe ouvrière, voire, dans le verbiage des dirigeants réformistes, l'ensemble du peuple. La coexistence d'une droite et d'une gauche, d'idées ouvertement bourgeoises et d'idées de résistances à l'ordre bourgeois, mais le plus souvent dans les horizons de la pensée bourgeoise, se traduit par un conservatisme idéologique, politique et organisationnel considérables. D'autres facteurs interviennent pour limiter au cadre capitaliste les horizons d'un parti social-démocrate. Ce sont ces facteurs que nous étudierons dans la suite de cet article. Il s'agira de comprendre comment se forme la conscience de classe, réformiste et révolutionnaire, ce que sont les différentes strates de la conscience des classes exploitées et opprimées, la dynamique de la formation de leur conscience politique.

Divorçant totalement avec Gérard Filoche et ses camarades, il s'agira alors de comprendre quels sont les obstacles fondamentaux, irrémédiables, à la transformation des partis sociaux-démocrates en outils pour l'émancipation sociale du prolétariat. Seul un parti révolutionnaire socialiste, conscient et déclarant ouvertement son but, la révolution et le socialisme, sera en mesure d'aider la classe ouvrière à accéder à une classe pleinement pour soi.

Hassan BERBER

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1Christian Piquet, “ Parti socialiste, congrès social-libéral ”, Rouge n°2017, 15 mai 2003.
2Utopia, motion du courant Utopia, in, “ Avertissement au lecteur-militant : les raisons d'une motion ”, p. 1.
3Idem.
4Idem., p. 2
5Point presse de François Hollande et François Rebsamen, Communiqué de presse, du 7 mai 2003.
6Source : Jacques Kergoat, Histoire du Parti socialiste, La découverte-repères et Syros, Paris, 1997, p. 7 et Le Monde  pour 2003.
7Source : courrier électronique d'information de Démocratie révolutionnaire, 9 mai 2003.
8Serge Godard, “ Le Parti socialiste redécouvre l'opposition et la lutte des places ”, Lettre Débat militant, n ° 18, 20 septembre 2002.
9Débat militant, n °28, 30 avril 2003.
10Yvan Lemaître, op. cit., p. 4.
11Socialisme n °1, article de Michel Husson “ Finances et capital ”. Voir également Chris Harman, État et capital, brochure publiée par L'Etincelle ; Chris Harman, Explaining the Crisis. , Bookmarks, Londres, 1984.
12Voir l'interview de Joel Geier parue dans International Socialist Review, issue 25, septembre-octobre 2002, “ Where is the Economy Going ? ”.
13On retient souvent dans nos rangs que la troisième période de l'IC c'est le slogan criminel du “ social-fascisme ”. On oublie fréquemment qu'il était justifié par une analyse catastrophiste et hystérique de la crise capitaliste.
14Lenine, L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916, Editions sociales, Paris.
15Voir le débat entre Ernest Mandel et Tony Cliff (Igael Gluckstein) en 1946. Lire l'article de Tony Cliff, “ All That Glitters is Not Gold ” (Tout ce qui brille n'est pas or), in Neither Washington Nor Moscou. Essays on revolutionnary Socialism, Bookmarks, Londres, 1982, p. 24 ; voir aussi , sur l'économie d'armement permanent  “ Perspectives For the Permanent War Economy ”, Idem., p 101.
16Voir Michael Kidron, Capitalism and Theory, “ Maginot Marxism : Mandel's Economics ” article qui est une critique acerbe de l'ouvrage d'Ernest Mandel, Traité d'économie marxiste. Voir également la polémique de Chris Harman contre l'ouvrage de Mandel, Le troisième âge du capitalisme et contre la théorie dite des “ ondes longues ” élaborée par Kondratieff, reprise à son compte et reformulée largement par Ernest Mandel, in Explaining the Crisis,  op. cit.
17Cela pose d'autres questions de méthode politique et cela a des conséquences sur les revendications que les révolutionnaires doivent lancer pour aider le mouvement les salariés à s'unir et à avancer vers la prise du pouvoir. Nous ne pouvons développer cela ici. Lire l'excellente brochure rédigée par un groupe issue d'une exclusion en 1974 de Lutte ouvrière, Combat communiste, Critique du Programme de transition. Ce groupe a disparu depuis. Sa brochure est reprise et diffusée par Voie prolétarienne et son journal, Partisans.
18Voir l'interview de Joel Geier, op.cit. ainsi que l'article de Chris Harman, “ Beyond the boom ”, International Socialism, 2:90, printemps 2001. Nous reviendrons également sur la conjoncture économique et le nouveau retournement de conjoncture à l'échelle mondiale.
19Ouvrage collectif, La Brêche, Paris, 1982.
20Voir deux articles très importants, publiés dans  Socialisme (Anticapitalisme et révolution), n°4, été 2002 : Stéphane Lanchon, “ Les luttes de classes en France (3). 2000-2002  : une combativité qui monte ” ; Alexandre Mamarbachi, “ Les retraites, la prochaine grande bataille ” . Voir également, la même livraison, le projet de thèses  sur la situation politique en France, que j'ai rédigé pour l'assemblée générale de Socialisme qui devait décider de rejoindre la LCR : “ La situation en France. Vers de nouveaux 'mini-mai 1968' ”.
21C'est lui qui a intégré à cette date le courant de Gérard Filoche, en provenance de la LCR, dans le Parti socialiste. Ce courant était organisé autour d'une revue, Démocratie et révolution (maintenant Démocratie et socialisme).
22Encore ne faut-il pas confondre les débuts du combat de Pivert et de la Bataille socialiste, plutôt timorés, et leur radicalisation rapide face à la montée du nazisme, du fascisme en France et pendant les années qui vont de l'unification syndicale en France au déclenchement de la grève générale historique de 1936. Voir l'excellente biographie écrite par Jacques  Kergoat, Marceau Pivert, “ socialiste de gauche ”, Editions de l'atelier/Editions ouvrières, Paris, 1994. Voir aussi l'article de Bruno Beschon, “ Contre vents et marées ” (sur le Parti socialiste ouvrier et paysan), Socialisme international (Anticapitalisme et révolution), n°5, p. 10.
23Murray, article cité. Il trouve sa source dans Le Monde du 20-21 octobre 2002.
24Là-dessus, voir Gérard Filoche, “ Une critique en dix points de la contribution de François Hollande ”, partie “ 1. Désaccord d'analyse sur les causes principales de l'échec du 21 avril ”, mercredi 26 février 2003. On peut  télédécharger ce document sur le site de Démocratie et socialisme (Mensuel pour ancrer le Parti socialiste à gauche) sur http://www.democratie-socialisme.org/article.php3?id_article=13
25Voir le sondage Liaisons sociales CSA après les élections présidentielles  : “ Les votes au scrutin présidentiel selon les syndicats ”, cité par Gérard Filoche, “ La France allait bien... ”, op. cit.
26Là-dessus, lire l'article de Claude Meunier, “ Gauche-droite : y a-t-il encore des différences ? ”, in Socialisme (Anticapitalisme et révolution) n °3, été 2002.
27Les guillemets sont là pour nous signifier que ce n'est pas une réforme. Quelle faiblesse d'argumentation.
28Gérard Filoche, “ Retour sur les vraies causes d'une défaite... Les inégalités sociales devenues insupportables. La France allait bien... mais pas tous les Francçais ”, Démocratie et socialisme.
29Gauche socialiste, Thèses de Nantes, 1.2.5. Les 35 h, voir le site de Démocratie et socialisme : http://www.democratie-socialisme.org/article.php3?id_article=16
30Thèses de Nantes, op. cit.
31Citation dans op. cit.
32Gérard Filoche, “ Encore sur le bilan précis du 21 avril ”, 14 mars 2003, URL : http://www.democratie-socialisme.org
33Claude Meunier, “ Questions-réponses : gauche-droite, y a-t-il encore des différences ? ”, Socialisme (Anticapitalisme et révolution), op. cit. La lecture de cet article est essentielle pour comprendre la différence entre la conception gauchiste de l'opposition réformistes-révolutionnaires et une conception marxiste authentique. Sans faire oeuvre de théorisation systèmatique, c'est un exposé extrêmement clair et très pédagogique.
34Thèses de Nantes, op.cit.
35Gérard Filoche, “ La France allait bien... ”, op. cit.

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