Interview de Gérard Filoche,
 

La nature de la social-démocratie
aujourd'hui
 

Socialisme International : On affirme souvent dans la gauche révolutionnaire que le PS est surtout un parti d'élus et très peu un parti d'adhérents et encore moins de militants.  Contrairement aux anciennes traditions de la social-démocratie, sa presse est presque anecdotique et surtout confidentielle.  Et puis, le nombre d'énarque qui dirigent le PS est effectivement impressionnant.  Beaucoup de chefs du PS occupent des fonctions supérieures au sein de l'appareil d'Etat, des assemblées et au sein de la bureaucratie de Bruxelles.  On trouve au PS aussi des grands patrons.  Les liens de Mitterrand avec de grands capitalistes et banquiers (Bergé n'en étant qu'un des exemples les plus connus) est bien documenté. Nombre des dirigeants ont eux-mêmes été patrons ou ont pratiqué le "pantouflage" (passer d'un poste élevé dans l'appareil d'Etat à un poste de cadre supérieur dans le privé). Quelques exemples d'une liste qui pourrait être allongée : Martine Aubry a occupé un poste de premier plan à Pechiney ; Edith Cresson a été présidente d'une entreprise, la CISIE ; Catherine Tasca, a été PDG de la filiale de Canal Plus en Afrique, Canal Horizons ; les liens de Fabius et de Strauss Kahn avec des patrons sont flagrants. Qu'est-ce qui distingue selon toi la composition sociologique du Parti socialiste de celle d'un parti de droite en France ou d'un parti démocrate aux …États-Unis ? Demeure-il un parti du mouvement ouvrier ? Que peux-tu nous dire du profil sociologique du PS aujourd'hui ?

Gérard Filoche: Le Parti socialiste rassemble 130 000 adhérents. C'est peu ou c'est beaucoup selon qu'on apprécie la force et la faiblesse des partis et syndicats en France. Il y a moins de 8 % de syndiqués en France, mais ils peuvent faire un grand "Nov-Déc. 95" alors qu'avec 80 % de syndiqués, LO, le syndicat suédois n'y parvient pas. Il y a cinq millions de votants aux prud'hommes.... La gauche politique en général a peu, trop peu d'adhérents, mais beaucoup de voix et d'influence. Le Parti socialiste obtient de 6 à 7 millions de voix, et même en juin 2002, quand il est battu, il en obtient légèrement plus qu'en 1997 quand il gagne (même si la dynamique n'était pas de son côté après le 21 avril - raté à 198 000 voix prés... )

Il y a eu, après le 21 avril, plus de 15 000 nouveaux membres. À Paris, au moment du vote pour le Congrès de Dijon, il y a 59 % de nouveaux membres par rapport au congrès de Grenoble précédent...  Certainement que beaucoup de ces adhérents vont voter car ils sont venus pour faire de la politique avec la volonté déclarée de changer le cours des choses après le 21 avril. On constate, dans les sections, une assez forte mobilisation pour participer aux débats : les AG rassemblent parfois 500 adhérents comme dans le Pas-de-Calais, plus de 1 000 comme à Paris, mais aussi, par exemple, 90 militants dans la Meuse, sur 280 cartes, ça donne une proportion ...Partout, dans les 100 départements, il y a des AG de fédérations et de sections. Aucun parti ne peut rassembler autant de militants pour un congrès : les cinq motions A, B, C, D, E, présentent, à égalité de temps de parole, des rapports dans toute la France, s'adressent à tous les militants convoqués par écrit, et les discussions sont non seulement libres mais très animées....

Les fichiers sont accessibles et un budget est accordé à chaque position pour circuler. Bien sûr, comme dans tout congrès, il y a des responsables qui freinent le débat, d'autres qui le suscitent, qui abordent les questions de fond ou qui les évitent. Mais tous les militants ont reçu individuellement chez eux les textes en présence. Probablement qu'entre un tiers ou la moitié des militants se seront déplacés pour participer à une AG, et la participation devrait être autour de 70, 75 voire 80 %. Les votes sont à bulletins secrets avec isoloir, les élections des délégués puis des dirigeants se font à la proportionnelle des votes de la base.  Sûrement, il y aura des endroits où il faudra contrôler les votes, dans les Bouches-du-Rhône ou dans le Pas-de-Calais, on le sait d'avance, et s'il y a des abus, ils seront dénoncés, mais globalement, c'est un parti vivant et démocratique.

Quiconque en a fait le tour, sait que les militants ne sont pas du tout godillots, ils ont même tendance à râler très fortement, même s'ils restent fidèles et s'inclinent. Il y a du débat et des gens qualifiés, en province; nombreux sont les salariés, plutôt fonction publique que privé, nombreux sont les retraités (l'âge moyen est un peu élevé), et toutes sortes de braves gens d'origine populaire, qui militent, prennent la parole, contestent, réclament, critiquent fortement les dirigeants, s'opposent au cumul des mandats, à la non-reddition des comptes, au non-respect des votes et mandats.

La presse du Parti existe : un hebdo envoyé à tout adhérent (150 000 exemplaires) plusieurs revues de qualité, des bulletins fédéraux, de section, des tracts réguliers, des affiches. Il ne faut pas caricaturer ni diminuer ce qui existe et, même avec moins d'activisme, cela représente beaucoup plus d'influence réelle que toute l'extrême gauche réunie : certes moins dans les manifs, que dans les associations, syndicats et assemblées élues, mais tout de même, heureusement que la gauche dispose de ce parti ! S'il était plus fort ce serait un grand bien car la base s'y exprimerait encore davantage.
Certes, il y a trop d'énarques au sommet, et plus on monte dans l'appareil, moins on voit de véritables produits de luttes populaires. Ceux qui sont pourtant issus de milieux populaires -et il y en a plus qu'à droite- ont parfois perdu de vue, à titre personnel, la souffrance du travail, les douleurs des fins de mois difficiles. Mais, cela n'est pas unilatéral, ni complètement dominant, nombre de leaders, même âgés, ont une fibre authentiquement socialiste, courageuse, même s'ils se laissent convaincre qu'on ne "peut pas faire plus", qu'on ne "rase pas gratis". Il y a aussi une grande composante d'enseignants laïques, de fonctionnaires intègres, républicains, dévoués à la cause et aux services publics. Même si la sociologie du parti compte très peu d'ouvriers et d'employés au niveau dirigeant, même s'il y a un tiers d'élus, peut être davantage, parmi les adhérents, tous ces élus ne sont pas de même niveau : les conseillers municipaux, généraux, régionaux, sont plus corvéables et dévoués que bénéficiaires de prébendes !

Il y a une vraie bataille pour la parité hommes-femmes - qui commence à payer - et une vraie bataille militante contre le cumul des mandats en nombre et dans le temps !
Cinq critères assurent de la nature "de classe" de ce parti : sa genèse, sa continuité historique, ses liens avec le mouvement syndical, sa référence programmatique générale, sa fonction objective dans les luttes sociales.  La genèse est enracinée dans l'histoire du mouvement ouvrier.  La continuité, malgré des ruptures, (1921, 1936, 1945, 1958, 1971...) est globalement incontestable.  Les liens avec les syndicats sont permanents même s'ils n'ont jamais eu la forme organisée qu'il y a en Allemagne ou qu'il y avait en Grande-Bretagne.  La référence au socialisme est permanente et justement le PS français est une sorte d'exception, qui lui a permis d'être le gouvernement le plus à gauche d'Europe avec Lionel Jospin, même s'il n'était pas assez à gauche pour les attentes des Français.  Ceux qui n'ont pas voulu voir les différences entre "la droite et la gauche" et ne voulaient pas voter Jospin contre Chirac, doivent ouvrir les yeux et constater que tout ce que détruit aujourd'hui Raffarin, ce sont des acquis qui viennent de la gauche, y compris les retraites, les 35 h et la Sécu...
 

Socialisme International :  Quel est le type d'implantation dans les grandes organisations populaires que le Parti socialiste essaie de développer ? Le PS cherche-t-il à être implanté dans les masses ou au contraire, y-a-t-il une méfiance l'égard des travailleurs ?

Gérard Filoche: Ça ne marche pas dans une organisation de cette dimension comme dans un petit parti d'extrême gauche.

Il y a des gens "normaux", pas activistes, pas "révolutionnaires", qui ont une vie difficile et des enfants, qui, quoique cultivés, n'ont pas tout lu ni dévoré des théories économiques, mais qui sont constants, les pieds sur terre, syndiqués, dévoués et agissant dans leur travail et leur commune. Souvent des élus au niveau des municipalités ou des conseils généraux font un travail de titan, activistes d'une certaine façon, mais pas comme des jeunes de l'extrême gauche peuvent le concevoir. C'est au niveau des députés où des instances nationales qu'on trouve des gens qui travaillent 15 h sur 24, même si parfois l'efficacité peut paraître contestable...  Ils font et agissent pour des réformes, mais il faut relire Rosa Luxembourg, la réforme n'éloigne pas de la révolution, elle en rapproche ! Il faut prendre au premier degré tout ce qui va dans le bon sens. Et même la motion de François Hollande pour le Congrès de Dijon, plaide pour un ressourcement du parti, un renouvellement, avec des composantes issues de tous les secteurs de la société française... jeunes, femmes, immigrés, salariés du privé comme du public. Toutes les motions appellent à une re syndicalisation, à des droits syndicaux nouveaux, à un renouveau du militantisme associatif, la reconquête de la base populaire, salariée, est essentielle dans les débats actuels.
Bien sûr, nul n'est naïf et la longue pratique de ce parti démontre qu'arrivé au pouvoir, les réformes qu'il met en oeuvre sont trop limitées par rapport aux attentes de sa base et de son électorat. Sa direction, quelque part, se "suicide" ainsi régulièrement en n'allant pas assez loin comme on l'a vu en 1986, 1993 et à nouveau en 2002.

Les dirigeants se décernent des satisfecit, en louant leur "bilan" (35h, emplois jeunes, Apa, Cmu, parité, loi de modernisation sociale, etc.) mais sans mesurer combien "les impatiences sociales" (c'était une expression favorite de Lionel Jospin) étaient infiniment grandes.  Il y a ainsi d'étranges grands écarts : faire les 35 h par la loi, vu par les libéraux des Etats-Unis c'est quasiment une mesure étatique terroriste, mais la mise en oeuvre pratique en est si laxiste qu'au niveau du vécu des travailleurs français que ça ne suffit pas à les convaincre des choix sociaux de la gauche au pouvoir.  Quand les socialistes s'efforcent de tenir leur promesse sur les 35 h, ils reçoivent des pressions hostiles féroces du Medef et de tous les "faiseurs de pensée unique" et ils se persuadent, à l'aune des résistances rencontrées de ce côté-là, de leur propre courage.  Ce n'est que lorsque les forces sociales se mettent en mouvement contre le Medef qu'elles refont pencher la balance de leur côté : dans ces moments-là, c'est le rapport de force qui détermine les avancées que les socialistes font ou ne font pas au gouvernement.  Quand on a compris cela, (et ce serait bien que l'extrême gauche le fasse) ça ne sert à rien, c'est même sectaire de passer son temps à dénoncer le "gouvernement social-traître", il vaut mieux, en positif, sans polémique contre-productive, "aider" les salariés à lutter, à s'unir, à pressionner encore plus que les Medef et les entourages d'énarques ne le font.

Ces "entourages" d'énarques, d'experts, de conseillers, d'économistes, biberonnés au libéralisme tout le long de leur formation et incapables d'échapper à la voix de leurs maîtres, sont là, dans les cabinets ministériels pour pressionner, tous les ministres inclus, dans la voie du prétendu "réalisme" qui rend selon eux toute audace impossible. Ainsi ce parti qu'on dit électoraliste... perd les élections faute de contenter sa base populaire. Les énarques, eux, s'en moquent et changent simplement de cabinet ou de service, les ex-ministres, eux retournent dans leurs pénates, plus humbles, et méditent sur leur échec.
 

Socialisme International :  Concrètement, qu’est-ce qui lie le PS aux syndicats et aux organisations de masse ? Le P.C.F. avait traditionnellement un lien fort tant avec les syndiqués qu'avec les organisations syndicales. Les sections d'entreprise incarnaient ce lien. Désormais cette caractéristique de ce parti disparaît. Existe-il au fond au PS un lien avec le mouvement ouvrier autre que vaguement électoral, d'autant plus que le vote populaire en sa faveur s'est nettement réduit entre 1981 et 2003 ?
 

Gérard Filoche: Oui, bien sur, il s'est réduit et l'enquête du Cevipof sur l'électorat de ce parti le démontre. Mais encore une fois, l'essentiel des forces électorales de ce parti restent populaires, même si elles se sont réduites en 2002. Et il y aura un mouvement de balancier : dés les législatives de juin, l'électorat inquiet de voir la droite progresser, à concentré ses voix sur le PS, et l'extrême gauche qui avait obtenu plus de 11 % des voix le 21 avril est revenue à 1%. Rien ne sert de s'en indigner, ni de nier, il faut comprendre, cela se passera ainsi, encore de nombreuses fois, car le Parti socialiste renaîtra régulièrement de ses échecs, tant qu'il ne sera pas physiquement remplacé : réalistes, eux aussi, les salariés, même les plus avancés, et les plus conscients, "instrumentalisent" ce parti contre leurs adversaires de droite, ils savent qu'avec la gauche, ils n'ont pas tout ce qu'ils veulent, mais qu'avec la droite, ils ont tout ce qu'ils ne veulent pas. Tant qu'il n'existe pas de situation révolutionnaire, et cela ne se décrète pas, cela ne résulte pas d'incantation, il en sera ainsi ! D'ailleurs toute situation pré-révolutionnaire, s'il en survenait, commencerait encore par un renforcement notoire du Parti socialiste, et ses dirigeants qui ne sont pas aveugles, ni sots, tiendraient aussitôt un langage plus radical : cela s'est produit en 1996, après novembre-décembre 1995 où le programme du parti, à travers trois grandes conventions, sous la férule de Lionel Jospin a été "gauchi" de manière notable.
Il y a des sections d'entreprise, un secteur entreprise au PS, certes, il n'est plus capable de faire des "grandes messes" avant les congrès, avec 2 ou 3 000 militants assemblés comme dans les années 70, mais il peut, il pourrait se renforcer avec un langage approprié : d'ailleurs la direction placée dans l'opposition, peut en ressentir le besoin, et, dans ce cas, fera le nécessaire. Alors, il faut faire attention aux idées toutes faites selon lesquelles, la pente descendante, et la coupure des liens PS-mouvement syndical et social est inéluctable ! Les syndicats eux-mêmes tout en maintenant leur indépendance formelle savent nouer les liens discrets mais réels avec les dirigeants socialistes dans l'opposition aussi bien qu'au gouvernement !
 

Socialisme International :  Le Parti socialiste cherche avant tout à gagner les élections. La disproportion entre son influence électorale et sa capacité de mobilisation dans les luttes qui comptent est flagrante. Le PS était absent dans la rue lors de la révolte autour des Lu et Danone contre les licenciements, en juin 2000, pour ne donner qu'un exemple. Et puis parfois, comme c'est un peu le cas dans le mouvement contre la guerre en Irak, des socialistes ou leurs sympathisants sont assez actifs dans la mobilisation. Alors, machine électorale ou parti de lutte ? Qu’est-ce qui fait que parfois plus que d’autres ?

Gérard Filoche: Il ne faut pas, je le répète être manichéen.  Le Parti socialiste cherche à être reconnu et présent dans les manifestations sociales.  Et sans même qu'ils aient une banderole, les militants socialistes sont souvent plus nombreux, dans les grandes occasions (manifs école publique, 1er mai 2002, manifs retraites du 1er février et du 3 avril...manifs anti-guerre d'Irak) que l'extrême gauche. Ça se voit moins mais c'est réel.

Je le répète aussi, mais pour gagner les élections, il faut avoir une base populaire, le PS la perd... puis la regagne, même si c'est pour la reperdre à nouveau. Il est faux de dire que le 9 juin 2001 le Ps était absent lors des manifs contre les plans sociaux de Lu Danone, Marks & Spencer... La Gauche socialiste a même été physiquement, par ses militants syndicaux, à l'origine des initiatives tandis qu'elle bataillait au Parlement, réussissant même à réunir 60 députés (alors qu'elle n'en avait que cinq) sur des amendements qui visaient à interdire les licenciements boursiers. Le gouvernement Jospin n'a pas voulu, il a fait une loi de modernisation sociale, qui l'a divisé (Laurent Fabius a dit que c'était une "loi imbécile"), qui était "trop" pour le Medef et la droite (ils l'ont supprimé) et "pas assez" pour les travailleurs licenciés (Lionel Jospin a perdu, entre autres, faute d'avoir su répondre devant les caméras de télévision au salarié de chez Lu, en Essonne, en pleine campagne électorale). C'est un exemple caractéristique des contradictions du Parti socialiste : dans le programme de juin 97 de Lionel Jospin, il y avait une nouvelle forme de contrôle administratif sur les licenciements abusifs, mais elle n'a pas été mise en oeuvre, il y a eu un lobbying du Medef et finalement Jospin lui-même a été convaincu que cela donnerait naissance à une "économie administrée" et que "les gens viendraient manifester sous les fenêtres du gouvernement plutôt que sous celles du patronat".

Il faut dire que les directions syndicales (CGT, FO...) ont toutes cautionné ce genre d'analyses car elles disaient, à tort qu'une forme de contrôle par l'inspection du travail, cela déposséderait les salariés de leurs luttes, en les soumettant à une décision étatique...

Il ne faut pas sous-estimer dans les limites de l'action du gouvernement Jospin, par exemple, l'action régulièrement droitière de la direction Cfdt, car, en s'opposant aux mesures les plus progressistes, faisant coalition avec le Medef pendant deux ans, dans la prétendue "Refondation sociale", cautionnant des choix négatifs (comme le Pare, l'accord du 11 février 2001 sur les retraites) la direction Cfdt donne du grain à moudre, aux énarques, aux droitiers du Parti qui peuvent se vanter de "tenir compte d'une partie du mouvement syndical français". La Cfdt est le plus grand syndicat aujourd'hui en adhérents, même si elle passe loin derrière la Cgt aux élections prud'homales et professionnelles : elle est, malgré son opposition interne très forte (prés de 40 %) un facteur de recentrage, de freinage, de droitisation dans toutes les batailles d'idées et les luttes du mouvement syndical notamment depuis Nov-Déc 95.

Si le mouvement syndical lui-même se radicalise et s'unit, c'est le cas sur les retraites, la direction Cfdt perdra du poids (cf. le 3 avril) et le parti socialiste sera sensible à ce résultat.
 

Socialisme International : En général, le Parti socialiste se conquiert de l'intérieur sur la gauche, mais lorsqu'il est au est au gouvernement, il gère les affaires sur sa droite. En 1997, le Parti socialiste est arrivé au pouvoir avec des thèmes de gauche, comme la réduction du temps de travail. En revanche, en 2002, la campagne ´ au centre ª de Lionel Jospin était nettement plus à droite. Pourquoi ?

Gérard Filoche: C'est une question qu'il faudrait poser à Lionel Jospin. J'attendais plus de lui. Il n'y avait pas de fatalité à cet échec. Si Jospin a tenu cinq ans, dans des conditions difficiles, c'est aussi parce qu'il a "fait" (mal, mais il a fait) les 35 h. C'est aussi parce que son bilan n'est pas unilatéralement mauvais, (3 % de chômeurs en moins...). Si on peut comparer, son gouvernement était plus proche du premier gouvernement Mauroy (1981-82) que de tous les autres.  D'où la popularité maintenue de Jospin jusqu'en 2000. Le seul signe avertisseur, mais il était très sérieux, c'était la campagne municipale de mars 2001. La direction du Parti socialiste n'a pas su le voir : elle a retenu qu'elle avait gagné Paris et Lyon, et cru que c'était les voix des "bobos" (bourgeois bohèmes) qui comptaient, plus que celles des salariés pour faire la différence. Mais il y a si peu de cadres supérieurs que cela ne fait pas une base électorale...

Cela dit, Lionel Jospin était quand même en très bonne position pour défier Chirac et gagner contre lui. Il rompait même avec l'usage habituel des candidats à la présidentielle, il n'était pas salonnard, pas homme de réseaux ambigus, pas impliqué dans des histoires africaines, il était même indépendant, peut-être trop rigide, imbu de lui-même, il était plus à gauche que son entourage, mais faisait, à la fin, des choix solitaires, en vérité, les milieux patronaux et bourgeois redoutaient plus que tout sa victoire ! S'il y avait un candidat qu'ils ne voulaient absolument pas voir gagner, c'était bien cet homme qui avait été vingt-cinq ans trotskiste, qui leur paraissait insaisissable, incontrôlable, atypique, "pas de leur monde" La victoire de Jospin aurait ouvert une grande page à gauche, une dynamique au-delà de la volonté du candidat : cela aurait été la première fois que la gauche était reconduite au pouvoir, les espoirs auraient été enhardis, les luttes aussi.

Lionel Jospin était donc, rappelons-le, un dirigeant honnête et de très bonne culture. Il s'est entouré dans les deux dernières années (l'arrivée de Laurent Fabius au gouvernement ?) de conseillers qui l'ont éloigné des thèmes qui l'avaient fait gagner en 1997. À la fin, il a accepté le moule de la V° République, notamment lorsqu'il a commis l'erreur d'inverser le calendrier électoral, (je suis le seul à avoir voté contre au Conseil national) et il s'est glissé dans la peau du challenger individuel de Chirac, les yeux braqués sur le "débat télévisé du deuxième tour". À partir de là, il a fait une campagne de deuxième tour, ne s'est appuyé que sur son bilan (mitigé) et a mélangé les genres ("ma campagne n'est pas socialiste"). Il n'a pas su proposer quelques axes phares pour le salariat, comme en 1997 (les 35 h sans perte de salaire). L'équilibre qu'il tentait de réussir avec acharnement à la tête du parti, était dès lors décentré... et les rectificatifs qu'il a effectués, étaient trop tardifs. Personne à la tête du Parti socialiste (ni dans la gauche, ni dans l'extrême gauche) n'a vu l'Elysée demander à Pasqua et de Villiers de se retirer pour laisser passer Le Pen, tout le monde était sûr du "duel" Chirac-Jospin, et le gap incroyable s'est produit. Après, on en tire toutes les leçons et l'on voit la perte de l'électorat populaire et la volonté de l'électorat socialiste, lui-même de pousser son propre candidat à "aller plus loin"... "Après", à 198 000 voix prés tout se révèle crûment et cruellement...
 

Socialisme International :  Qui sont ceux qui définissent la politique du Parti Socialiste, les militants ou les dirigeants ? En d'autres termes comment fonctionne la démocratie et quel est le mode d'organisation et de prise de décision au sein du Parti socialiste ?

Gérard Filoche: Je l'ai dit : il y a une démocratie relative, mais une démocratie. En tout cas, pas inférieure a celle de la Lcr pour prendre un exemple qui doit vous être proche. C'est vrai que le légitimisme existe, que l'appareil l'emporte, mais c'est vrai aussi (sinon davantage) dans de toutes petites formations. Les militants se plaignent massivement de n'être pas écouté, pas assez consultés ni entendus. Il y a de jolies scènes de vérité, de happenings dans les congrès. Il y en a qui font les bureaucrates "méchants", d'autres habiles et enjôleurs, beaucoup ont tendance à contourner les questions de fond et à chercher les polémiques personnelles faciles. Mais n'est-ce pas partout pareil ? J'insiste sur le fait qu'on vote sur des textes, avant de voter sur des personnes, que tous les points de vue peuvent, en théorie, s'exprimer, et que cela est assez respecté, que les militants ne sont pas des "moutons" même s'il y a du clientélisme et si, derrière les débats, on sent trop vite et trop fréquemment les positionnements en vue des postes à pourvoir aux scrutins suivants. Mais tout cela est subordonné à la force du mouvement social, s'il était plus pointu, plus vigilant, le parti le retraduirait dans ses rangs : en disant cela, je signifie que ce n'est pas un appareil du type "stalinien" imperméable, il est ouvert largement aux ondes venues du corps social, dans le bien et dans le mal. Même si la sélection, en haut, des dirigeants n'est pas due au hasard : par exemple la presse officielle, "aux ordres" à peine tempérés de l'establishment, va valoriser systématiquement les droitiers du parti, les "cadres" déjà reconnus par les happy few, et ces chouchous des médias, comme par hasard, sont ceux qui ont le plus d'idées raisonnables... Il sera difficile pour des gens comme moi, qui défend loyalement quelques idées sociales depuis plus de huit ans, de "percer" à l'occasion d'un congrès.

Quoi que j'écrive où dise, "Le Monde" m'ignore, n'a même pas fait état de mon positionnement, sans doute suis-je quantité négligeable ? J'ai largement contribué à la rédaction, hier des thèses de la Gauche socialiste, et récemment à la motion de "Nouveau parti socialiste", je viens de faire, en quelques mois de débat de congrès, environ 45 réunions, dans 35 départements différents où j'ai parlé devant 7500 membres du parti au total, mais aucun journal n'en parle. Et quand, il n'y a pas de média, "l'aura", on le sait, dans ce système, hélas, est moindre.

On peut compenser cela par la valeur des arguments et le respect du débat d'idées, car quand même la courtoisie est de règle, donc l'écoute est possible. Mais le pouvoir de la parole, même juste, a, on le sait tous, des limites
 

Socialisme International :  Est-il juste de dire qu'il y a au Parti socialiste une droite et une gauche ou bien est-ce une affirmation simpliste ?Quels courants identifies-tu et que représentent-ils ?

Gérard Filoche: Bien sûr, qu'il y a une droite et une gauche ! Par exemple, Jean-Marie Bockel et Nicole Bricq qui sont des blairistes déclarés osent écrire que
«  Lionel Jospin a bel et bien été élu sur un programme archaïque (…) De l’abrogation promise des lois Pasqua Debré à l’arrêt du processus de privatisation en passant par les 35 heures, le PS restait cantonné à un discours vieillot ».
«  Alors que de l’autre côté de la Manche je voyais le New Labour se rénover, chambouler ses méthodes sous l’impulsion d’une nouvelle génération, je fus rapidement convaincu que les pistes suivies par nos camarades français nous conduiraient droit dans le mur. C’est ainsi que je vis avec étonnement les responsables les plus modernes de l’appareil socialiste français faire des choix idéologiques anachroniques, comme ces 35 heures payées 39 dont certains initiateurs, des plus cyniques, savaient d’emblée qu’elles étaient pour le moins utopiques en matière de création d’emplois. »

Marie Noëlle Lienemann pense exactement le contraire : «De concessions en concessions, la gauche gouvernementale est arrivée à un véritable alignement sur le libéralisme. La qualifier de sociale libérale est bien généreux tant la part de social se réduit à la portion congrue. "

Pour Marie Noëlle Lienemann, « Les prises de position répétées de Laurent Fabius et de Dominique Strauss Khan donnant leur lecture partiale et droitière du programme ont affaibli Lionel Jospin. L’adage se vérifie une fois de plus : « Méfiez vous de vos amis ! » »

Cela n'empêche pas Jean-Marie Bockel et Marie-Noëlle Lienemann de signer la motion de François Hollande... mais chacun d'eux va en donner une interprétation différente...
Sans doute à cause de ce qui est écrit dans la motion A : «Nous devons tirer toutes les leçons du 21 avril. (…) Il nous faut entendre le désarroi des catégories populaires, frappées par la mondialisation libérale et qui doutent de la capacité du politique à garantir leur pleine citoyenneté »

DSK qui la signe aussi, donne son interprétation : selon lui, la politique de Lionel Jospin n’a concerné que les exclus, et pas les classes populaires, qui «ont eu le sentiment que nous avons agi pour d’autres, notamment pour les plus défavorisés, mais que pour eux rien ou presque n’avait vraiment changé. » Il dénonce la « course vers l’extrême gauche » à laquelle se livrent selon lui les socialistes aujourd’hui. «  Nous devons assumer notre réformisme de gauche avec fierté : on transforme davantage la société par des réformes progressives et effectives que par des discours incantatoires ou des révolutions aussi hypothétiques… Que dangereuses ! »
Marie Noëlle Lienemann est bien plus claire : «Refonder la gauche suppose de rompre avec le social libéralisme »…
Jean Marie Bockel quant à lui, reprend à son compte les mots de Tony Blair lors de son discours à l’Assemblée Nationale du 24 mars 1998 : «Si la fidélité à un idéal est essentielle (...), l’idéologie peut être mortelle » «La gestion n’est ni de gauche, ni de droite, elle est bonne ou mauvaise (…) Ce qui compte, c’est ce qui marche » Il reproche à la droite française de n’avoir pas osé affirmer suffisamment son idéologie naturelle, ce qui serait un problème pour la pensée socialiste aujourd’hui :

«  Si la France avait connu, comme l’Angleterre et les États-Unis, les excès nuisibles - mais aussi les quelques apports - d’un pouvoir ultra libéral à la Thatcher ou à la Reagan, il nous serait bien plus facile aujourd’hui à nous, socialistes, de mettre en musique et d’incarner un nouveau modèle de société. Mais parce que nos adversaires politiques n’ont pas osé être de vrais libéraux, nous avons, nous aussi, pris un important temps de retard dans la modernisation nécessaire de notre idéologie. » Il dessine les contours d’une gauche nouvelle : « Il nous revient à nous, socialistes, de concevoir les lignes directrices d’une révolution doctrinale qui soit la traduction de l’idée de cohésion sociale dans un monde soumis de manière incontournable à la pression concurrentielle ».

Pour Dominique Strauss Kahn, le socialisme français ne serait plus que le « chien de garde » d’un état providence à bout de souffle, incapable de réduire les nouvelles formes d’inégalité. En effet, à cause de la domination d’un marxisme dogmatique, les socialistes auraient avancé un programme se résumant à soigner les dégâts du libéralisme à posteriori : « La critique réelle et approfondie du marxisme n’a jamais vraiment eu lieu eu sein du socialisme français ». Il oppose un socialisme de la distribution, moribond, qui ne survit à gauche qu’à cause du « surplomb marxiste » à un socialisme de la production, seule voie possible du socialisme aujourd’hui : « Nous ne pouvons nous satisfaire de la survie artificielle d’un socialisme de la redistribution fondé sur la dépense publique ». Pour cela, les socialistes doivent renoncer à leurs deux leviers traditionnels : redistribution et nationalisations. « Les socialistes ont renoncé à l’idée selon laquelle le contrôle du capitalisme passait par la prolifération des réglementations ou par l’extension de la propriété publique. »

Pour Daniel Vaillant,  « L’extrême gauche championne de la radicalité dans les discours, est la meilleure alliée du capitalisme libéral qu’elle prétend combattre. Les Français n’ont rien à attendre de cette posture gauchiste et sectaire dont la seule motivation est de gêner la gauche, pas la droite. Pour moi le gauchisme c’est l’impuissance politique. Si je peux comprendre le gauchisme passager d’une certaine jeunesse, éprise de ruptures, je n’accepte pas le confort gauchiste de certains professionnels de la politique qui …n’ont jamais rien apporté à la classe ouvrière et au salariat qu’ils prétendent défendre. La gauche réformatrice doit dénoncer …ceux qui au nom d’un idéal révolutionnaire se montrent de fait complices de la droite. »

Pour Jean Marie Bockel, le débat démocratique à l’intérieur du parti est «une fiction interne », et il considère «plus important de sentir derrière soi l’accord de 30 % de l’électorat de gauche (...) que de n’exister que grâce à des idées (…) validées par 5 % des militants du parti. ». « Une seule stratégie me semble envisageable : le contournement idéologique par l’extérieur du parti. »

«  Puisque le PS est encore en retard sur le mouvement de la société et parfois sur le gouvernement, j’ai acquis la conviction que c’est par l’extérieur du parti qu’il faut forcer le passage pour impulser de nouveau un débat d’idées à l’intérieur ».

Pour Daniel Vaillant : « Il faut ostraciser la division et l’imbécillité…Nous entrons dans un processus qui va durer 5 ans. J’ai combattu Laurent Fabius au moment où je l’ai jugé nécessaire, c'est-à-dire quand la conception du parti et son avenir politique étaient en jeu. Je l’ai fait quand d’autres ne le faisaient pas. Notamment, en 1994 quand Rocard a été débarqué en douce pour des raisons plus politiciennes que politiques. Aujourd’hui les choses ont changé. Laurent Fabius a été le second du gouvernement et il a joué le jeu. Voilà pourquoi j’étais d’accord avec François Hollande pour inclure Laurent Fabius… Personne ne doit se sentir exclu du débat pour le prochain congrès, ni investi d’une mission historique avant l’heure. Qui peut aujourd’hui vouloir incarner le combat de la gauche en 2007 ? Personne. La gauche saura trouver son champion le moment venu en 2005 ou 2006.

Tout cela consiste-t-il a attendre la naissance du champion chargé de porter les couleurs des socialistes en 2007…dont on nous dit que ce sera peut-être Laurent Fabius mais peut-être pas ?

Toute l’analyse de DSK est fondée sur l’idée que les classes populaires ne votant plus, les socialistes doivent prendre appui sur les classes moyennes, qui  «forment l’armature de notre société (…)et en assurent la stabilité. Ils sont attachés à l’économie de marché. ». Par ce tour de passe-passe, «la France est devenue une société dans laquelle la plus grande partie de la population adhère aux principes de l’économie de marché. » Selon cette analyse, les politiques de gauche ont été mal orientées, car « Les mesures prises par la gauche concernent des couches sociales, regroupées dans le terme générique d’exclus, qui ne votent pas pour elle, pour cette raison simple que, le plus souvent, elles ne votent pas du tout ». Cependant, «c’est l’honneur des gouvernements de gauche de ne pas tomber dans l’électoralisme à courte vue, et de faire ce qu’ils croient juste (...) Mais au risque de l’impuissance, elle se voit dans l’obligation de trouver à l’intérieur d’autres catégories sociales le soutien suffisant, non seulement à son élection ou à sa réélection, mais à sa politique ».

Ainsi, une part des droitiers du parti socialiste mettent sur le compte du recul de la conscience de classe leur nécessaire ré-orientation politique.  Ce n'est pas un débat propre aux socialistes : moi, par exemple, je pense que la France est de gauche, que la majorité sociologique est de gauche, et que toute la bataille de socialiste authentique est de "révéler" cela, de rassembler, stimuler, motiver, unifier cette réalité de gauche pour la rendre consciente, confiante, active et politiquement majoritaire. Je me heurte souvent à des dirigeants socialistes que cela fait sourire : Lionel Jospin pensait plutôt que la France était de droite, et forcément avec une telle analyse, on gouverne... au centre ! (cf. mon livre, "Ces années-là, quand Lionel... Ed Ramsay 2001))
Mais j'ai souvent le même débat avec des militants d'extrême gauche ou gauchistes, qui pensent que "la France est de droite" et qui, paradoxalement, se réfugient dans un discours de rupture, extrême, pour provoquer un réveil, une avant-garde, dans un univers ou, de ce fait, ils se vivent marginaux, manquent de confiance et tiennent donc d'eux-mêmes un langage minorisant, même s'ils ont un bon progamme..

Dominique Strauss Kahn : «Nous voilà donc au cœur de notre sujet : la représentation politique des couches moyennes. Elles ne font pas partie de la dichotomie issue du marxisme. Elles ne sont ni prolétaires, ni capitalistes. Sous la pression idéologique et persistante du marxisme, les socialistes ont tardé à accepter de s’y intéresser. » «  Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence. »
 
 

LA POLITIQUE ECONOMIQUE

Ce qui est écrit dans la motion A : Presque rien sur l’économie, tout sur le social. À ce sujet...« Favoriser la création d’emplois, c’est d’abord une politique favorable à la croissance, nous l’avons mise en œuvre avec Lionel Jospin au cours des cinq dernières années. C’est pourquoi il faut pouvoir fonder notre action à la fois sur une politique de recherche, une stratégie industrielle innovante pour favoriser la création de richesses, un encouragement au développement des entreprises et un soutien fort à la consommation des ménages… »

Pourtant il y a quelques mois Laurent Fabius conditionnait encore le social à l’économie : « Sa légitimité, l’Etat devra la réexaminer dans le domaine capital de l’économie. Se dessine un Etat amorceur qui indique et rend possible autant et plus qu’il n’accomplit par lui-même. Il est décisif pour l’avenir que nous amplifions certaines orientations qui ont été les nôtres : soutien à l’innovation et à la croissance, souci des équilibres macro-économiques, encouragement à l’activité, allègement des charges. On ne peut répartir que la richesse produite, le monde et la France sont désormais ouverts, la compétitivité n’est pas une invention diabolique mais une donnée incontournable… »

Dominique Strauss Kahn était sur la même longueur d’onde : « La dernière grande régulation collective fut celle de l’Etat providence. Qu’elle se soit épuisée au cours du dernier quart de siècle ne fait pas l’ombre d’un doute. Les Français ont changé. Ils ne veulent plus que le ministre des finances fixe le prix de la baguette de pain…Cette France-là n’existe plus n’en déplaise à ceux qui, pleins de louables et bonnes intentions, l’évoquent comme un âge d'or... Les actifs ne veulent pas d’une société qui s’interdirait de récompenser les talents, étoufferait le goût du risque et contraindrait chacun à cheminer en s’alignant sur le plus lent. »

Marie Noëlle Lienemann défend cependant une position radicalement différente. Sur la politique économique défendue lors de la campagne, elle écrit que « Une politique économique fondée sur le dogme de la limitation des dépenses publiques, la baisse de l’impôt sur le revenu, la suppression de la vignette, la privatisation des entreprises publiques ou encore l’ouverture du capital d’EDF ne pouvait pas enthousiasmer notre électorat. À juste titre, il se disait que le blairisme avait fait des émules »

L’IMPOT

Ce qui est écrit dans la motion A : « Il faut réhabiliter la notion de « contribution citoyenne.  C’est par rapport à une priorité de l’action publique aux dépenses collectives, aux redistributions indispensables qu’il convient de raisonner... L’une de nos orientations majeures sera donc des impôts justes pour des services publics efficaces. Les réformes à venir doivent avoir comme critère dominant la justice ».

À propos de la prime pour l’emploi, Marie-Noëlle Lienemann écrit que « c’était un mauvais choix. À travers la prime pour l’emploi, Laurent Fabius a fait entrer, sous une forme déguisée, l’idée du crédit d’impôt que Reagan a imaginé aux États-Unis au milieu des années 80. »

Le point de vue de Laurent Fabius est relativement différent : « Parmi les règles du jeu une des plus importantes est une baisse des prélèvements obligatoires. Dans un pays ouvert comme le nôtre il est indispensable d’alléger la pression fiscale pour consolider la croissance donc l’emploi. L’Etat audacieux, l’Etat ambitieux n’est pas nécessairement un Etat dispendieux. L’impôt se déplace sur d’autres assiettes que le travail. Les prestations sociales sont aménagées de façon à accroître les gains financiers associés à la reprise d’un emploi, comme le montre l’exemple français de la prime pour l’emploi. Ces politiques qu’il faut poursuivre enrichissent le contenu de la croissance en emploi. »

L’EMPLOI

Ce qui est écrit dans la motion A : «Il nous faut combattre cette précarité qui fragilise les salariés et aggrave leurs conditions de vie »

Jean Marie Bockel : «Annualisation, flexibilité, employabilité, là aussi les tabous doivent sauter ».

Ce qui est écrit dans la motion A : «Nous prônons une augmentation des bas salaires qui, au-delà du SMIC, passe par un plan de revalorisation négociée dans les différentes branches professionnelles »
 

Jean Marie Bockel est opposé au relèvement des minima sociaux, qui « est problématique, car il conduirait automatiquement au relèvement du salaire minimum. Sinon, l’écart entre le RMI et le SMIC se réduirait, confirmant les populations concernées dans l’assistanat, d’où une dés incitation évidente au travail ». Il considère que la solution au chômage passe par un vaste plan de baisse des charges sociales d’un point par an sur 10 ans. Il propose une réduction du temps de travail par le passage à la semaine de 4 jours…avec baisse de 3 à 5 % des salaires ! (même si les salaires inférieurs à 7500F/mois seraient épargnés !)

LA SECURITE

Ce qui est écrit dans la motion A : «Le « tout sécuritaire » peut, dans un temps, faire illusions. (…) mais il rencontre ses limites au sein même de la société. Et nous persistons à penser que c’est notre approche qui finira par prévaloir : le respect de la règle, la sanction juste des délits mais aussi l’éducation, l’insertion, le suivi, l’accompagnement, la fin des ghettos, l’intégration. Tout est lié. »

- Cette vision de la question de la sécurité est loin de faire l’unanimité parmi les signataires de la motion A…

Daniel Vaillant : « Il existe une gauche qui de manière un peu échevelée et sans culture ouvrière traditionnelle et populaire, en appelle toujours à plus de libéralisme notamment au plan sociétal. (…)Elle incarne une forme de désordre et de fausse modernité. »
« On assiste depuis un certain nombre d’années à un affaiblissement généralisé de l’autorité, de l’institution, de la règle et de la discipline. Les parents ont de plus en plus de mal à affirmer leur autorité sur les enfants, les enseignants également. Quand on voit que certains s’habillent comme leurs élèves, parlent le même langage qu’eux et se laissent tutoyer pour se faire « accepter » il y a un problème. »

Jean Marie Bockel
«  Si l’on pouvait dire un jour que le PS est aussi, (…), le parti de la loi et de l’ordre, nous serions plus détendus pour parler d’autres sujets ».
«  En me libérant avant d’autres des contraintes soi disant idéologiques, des censures et des filtres inhérents à l’inconscient collectif de la gauche, j’ai fait partie de ceux qui ont aidé au rééquilibrage du discours socialiste sur l’insécurité et la délinquance, en particulier juvénile. En osant affirmer que la répression, la contrainte, le respect des règles, la discipline, les devoirs ne sont pas des notions contradictoires avec l’insertion et la prévention, j’ai « poussé à la roue » et mes coups de boutoir ont sans doute rendu service à ma famille politique ».

«  D’une certaine manière, je suis paradoxalement assez soulagé de l’aggravation de la crise profonde qui touche désormais de nombreuses villes en France ».

Marie Noëlle Lienemann stigmatise durement les « droits-de-l’hommistes » du PS, mais se limite à une critique assez légère de la politique de l’actuel ministre de l’intérieur : « Sa sur-communication peut s’avérer à terme contre-productive ».

Daniel Vaillant : «Si la droite m’a beaucoup attaqué sur le thème de l’insécurité c’est parce que je tenais un discours juste et que je la gênais. J’en suis d’ailleurs d’autant plus convaincu que mon successeur Nicolas Sarkozy a repris le même thème que j’avais développé il y a plus de six mois à savoir que la peur doit changer de camp…Sans doute Nicolas Sarkozy aura-t-il avec la droite de sa droite les problèmes que j’ai rencontré avec la gauche de ma gauche. »

Commentaire : Pour Daniel Vaillant il n’y a pas de différence de nature entre une politique de sécurité de gauche et une politique de sécurité de droite. Ne dit-il pas lui-même que Sarkozy a repris son programme : « il faut que la peur change de camp ? ».

Bruno Le Roux en marge de la discussion sur le projet de loi sur la sécurité intérieure (Le Monde 18 janvier 2003)
« La seule chose que nous voudrions sortir de ce débat, c’est que l’on ne nous fasse pas le procès de ne pas nous intéresser à la sécurité. Nous n’acceptons pas que l’on nous reconduise dix ans en arrière quand le discours chez nous était que l’insécurité ne serait que la cause (sic !) de situations exogènes, sociales. Ce n’est pas parce que M. Sarkozy s’en occupe qu’il faut s’en servir comme d’un repoussoir. Rien n’empêche un militant de gauche de dire : la sécurité ça m’appartient. Nous ne voulons pas que la gauche dise : ce n’est pas notre combat, nous nous occupons d’autres choses, du social par exemple. »

Manuel Valls « Oui respecter le drapeau » tribune parue dans Le Monde le 14 février 2003

« Un de ces débats qui passionnent les cercles parisiens, provoque une profusion d’articles et de tribunes libres après le vote par l’Assemblée nationale, de l’amendement sanctionnant le délit d’outrage au drapeau tricolore et à l’hymne national. Si je n’étais pas en séance au moment du vote, j’en approuve le principe.( …) La sécurité provoque évidemment des débats au sein de la gauche. Il y a dans nos rangs plus que des nuances, des désaccords. Pour retrouver la confiance des Français qui vivent mal, victimes de l’insécurité au quotidien, nous devons faire preuve de détermination et ne pas nous laisser impressionner par quelques manifestants dont le but principal n’est pas de combattre le pouvoir actuel mais la gauche de gouvernement. »

LE RAPPORT AU MOUVEMENT SOCIAL

Ce qui est écrit dans la motion A : «Le mouvement social est pour la gauche politique un partenaire dans un dialogue respectueux des différences, et un acteur à part entière du changement social »

La vision de Jean Marie Bockel des mouvements sociaux est assez différente :
 «  Les grands mouvements sociaux de la fin des années 90 ont été - je pèse mes mots - (à l’exception notable des grèves des chauffeurs routiers) des mouvements de salariés protégés, inclus dans la société. Continuer à satisfaire leurs demandes serait à terme contribuer au renforcement de l’exclusion (...) »
«  Réussir à démontrer au plus grand nombre de ces salariés du public que chaque renforcement de la charge de la dépense publique a des conséquences néfastes qui aggravent l’exclusion, voilà le véritable enjeu politique de cette fin de siècle ».
 

Tout cela, on le mesure constitue de vrais débats.  Entre "Nouveau monde" qui combat le social-libéralisme et veut faire "Feu sur le quartier général de François Hollande" "et les fabiusiens ou strauss-kahniens qui soutiennent le blairisme ou le critiquent mollement tout en s'abritant derrière le même François Hollande, il y a un grand écart.
Rien n'est tranché, ce parti peut connaître une évolution blairiste avec Laurent Fabius, ou alors François Hollande peut lui-même écouter sa gauche et s'appuyer sur elle si les militants poussent assez fort dans ce sens au congrès de Dijon. Je réponds à vos questions sans savoir les résultats des votes et à un moment où tout le monde convient qu'il y a incertitude, la motion A étant encore donnée minoritaire (entre 45 et 50 % des voix). Ah si au lieu de gaspiller leur énergie dehors, de nombreux militants radicaux étaient membres, acteurs intelligents dans le PS et votaient, ça changerait les choses !
 

Socialisme International :  Comment expliques-tu qu'il semble que le Parti socialiste soit quasiment le seul parti social-démocrate européen dans lequel on trouve encore une gauche organisée et significative.  Presque toutes les autres gauches semblent avoir été laminées ou exclues des partis socialistes d'Europe qui, à l'instar du Parti travailliste et du Parti social-démocrate allemand, ont évolué vers "une troisième voie social-libérale" ?

Parce que la France est le pays qui a fait deux grèves générales en 30 ans, mai 68 et Nov-Déc 95 !  Parce que les acquis sociaux français sont importants depuis 1945, ils ont été battus en brèche mais pas détruits, et les salariés en sont conscients. Les votes des électeurs depuis 1986 ont toujours battu les sortants, (1993, 1997...) au fond, parce qu'ils n'étaient pas assez antilibéraux. Depuis 1995 et ensuite 1997-2001, les luttes sociales sont ascendantes, le rejet du libéralisme aussi. Donc ceux qui rêvent de démarquer définitivement le Parti socialiste du reste de la gauche, et du mouvement social, ont bien du mal à parvenir à leurs fins. Depuis mai 68 et Epinay, il y a une ambiguïté maintenue dans le Ps, qui lui permet à la fois d'être "gestionnaire" raisonnable et de rester lié aux milieux radicaux. Si les droitiers gagnaient, la coupure se ferait, et la gauche serait pour longtemps divisée.

Il y a des forces d'extrême gauche qui, symétriquement, hélas, rêvent de la même chose que les droitiers du Ps, et c'est parfois le cas de la LCR dans les tournants multiples de sa politique, surtout quand elle est dans une de ses phases ultragauche où elle tourne le dos au front unique, et met l'accent sur une "autre gauche", une "alternative", la "rupture avec le réformisme" au lieu de mettre l'accent sur l'unité dans l'action....

Il y a aussi le fait que le 21 avril est une "défaite institutionnelle mais pas une défaite sociale" : Raffarin qui rêve d'une politique à la Thachtcher ou a la Reagan, voit se dresser contre lui la menace d'un autre Nov-Déc 95 alors qu'il voudrait mettre à bas les retraites, la Sécu puis l'Education nationale... Le 1er février 2003, il a eu 400 000 manifestants pour une "retraite à 60 ans à taux plein", le 3 avril , il y en a eu 580 000 dans 127 cortéges approuvés par 72 % ds français, le 1er mai, il devrait y en avoir un million, début mai des gréves générales sont envisagées, et le 24 mai, aprés le Congrés de Dijon, une montée nationale à Paris à l'appel de tous les syndicats. Aprés le "Juppéthon" de 95 (deux millions de manifestants), c'est le "Raffathon" de 2003 : il peut y avoir trois ou quatre millions de manifestants... Croit-on que François Hollande et sa motion "A" qui sont opposés à "une retraite à 60 ans à taux plein" pourront tenir face à une telle pression, alors que 9 syndicats surf 9 sont y sont favorables et que les Verts et le PC sont également "pour" ?
 
 

Socialisme International :  Il semble que la gauche du PS se renforce en même temps qu'elle se divise profondément (Dray, NPS, Nouveau monde, Fédération du Nord). Comment l'expliques-tu ? Comment analyses-tu le rapport de force au sein du PS aujourd'hui entre les sociaux-libéraux et les courants plutôt à gauche. Qu’est-ce qui permettrait de renforcer la gauche du PS ?

Gérard Filoche: La division de la Gauche socialiste est un grave échec et un grave recul aux conséquences encore non maîtrisées. Certains s'en sont réjouis, mais vraiment à tort. C'était le courant qui avait porté le plus loin, un enracinement dans le mouvement social, un enracinement dans le Parti socialiste, une tradition culturelle et politique exceptionnelle, un savoir-faire, un fonctionnement collectif et démocratique, un internationalisme, et un programme véritablement de transition au socialisme.

C'était le plus fort courant depuis Marceau Pivert, le plus fort et le plus mature au niveau européen. J'ai personnellement tout fait pour que cette scission soit évitée, et je n'ai pas encore tous les éléments d'explication sur les forces qui ont poussé en ce sens. Je croyais, une fois n'est pas coutume, que les différents composants de la Gauche socialiste, qui se respectaient, qui étaient complémentaires, qui étaient profondément et historiquement liés, étaient "condamnés à s'entendre". Je me suis trompé et après avoir énormément bataillé et obtenu un succès, hélas, éphémère à l'université d'été de Nantes le 29 août 2002 (850 militants venus de toute la France en assemblée générale ont "imposé" l'unité, un vote unanime sur un texte politique pourtant solide, précis et structuré, à leurs dirigeants...) j'ai cru que l'accord politique de fond sur des théses politiques riches et détaillées serait un ciment suffisant !  (cf. site : www.democratie-socialisme.org . Mais hélas, pour des différents personnels, traduisant sans doute des inconscients et des conscients politiques inavoués ou inachevés, l'éclatement a été délibérément voulu, malgré le vote du 29 août... dés la réunion de direction suivante, le 5 septembre ! Je demande du temps pour faire une analyse complète de cet éclatement et des raisons profondes de cet échec, selon moi, terrible.

Toujours est-il que les responsables et aussi les militants de la Gauche socialiste au lieu d'être le centre de la recomposition d'une opposition (l'heure paraissait pourtant bien venue pour cela aprés le 21 avril !) se sont disséminés dans les différents regroupements, Nouveau monde, Nouveau parti socialiste, et même chez François Hollande, avec tout le reste du parti... À l'heure où je vous parle, chacun de ces groupes de militants compte parmi les plus engagés, l'un dans la motion A, (Dray-Rossignol-Lienemann-Désir) l'autre dans la motion C (Peillon-Montebourg-Hamon-Filoche) le troisième dans la motion E

(Emmanuelli-Vidalies-Mélenchon-Chavigné-Berthiot...). Certains pensent que cela a été voulu, que c'était de "l'essaimage", mais hélas, non, il y a même d'incroyables et inexpliqués contentieux derrière.

Mais quand même il y a un résultat paradoxal à cet éclatement : chacun colore les motions pour lesquelles il milite du contenu des anciennes références, idées, éléments de programme de l'ex-Gauche socialiste.  A cause de la division de la GS, une bataille a été perdue : celle qui est en faveur du retour du "privé" aux 37,5 annuités de cotisations retraite... mais beaucoup d'autres batailles de fond ont été gagnées - sur les salaires, la précarité, les 35 h, le droit du licenciement, les droits syndicaux, etc.  Les motions NM (motion E) et Nps (motion C), par exemple, sont très proches sur beaucoup de sujets, comme si une même main (celle invisible, d'une Gs, incroyablement dissoute) avait introduit des éléments de son programme social dans chacune motion. Et les exposés des "opposants", motion C, D et E, (motion Marc Dolez) se rapprochent étrangement de réunions en réunions.
De façon informelle, la direction semble minoritaire, la porte est ouverte soit à une synthèse générale, soit à une très forte opposition qui rendrait ce parti difficilement gouvernable. Le congrès de Dijon va être passionnant sinon "historique".
Mais quel que soit le résultat, il y a besoin d'un équivalent au laboratoire d'idées qu'était la Gauche socialiste, je rêve encore d'une nouvelle université d'été, ouiverte, à Nantes, en fin aout 2003. D&S pourrait en prendre l'initiative peut-être...
 
 

Socialisme International :  Le Parti socialiste ne semble pas faire de tournant à gauche, comme c’était le cas après la défaite aux législatives de 1993. Au congrès de Dijon, un changement de cap est-il envisageable ?
 

Gérard Filoche: On ne parle que de cela. Ni immobilisme, ni tremblement de terre, mais l'épicentre de ce parti peut (et doit) bouger fortement. Selon les votes sur les motions C, D, E, on le saura.

Mais surtout, le climat social sera déterminant : depuis le 1er février (400 000 manifestants) le 3 avril (580 000 manifestants) avant le 1er mai, et surtout le 24 mai (montée nationale à paris) la "bataille des retraites" est commencée.  En Nov-Déc 95 un "Juppéthon" avait lancé 2 millions de manifestants dans la rue le même jour. Le Congrès du Ps va tomber en plein "Raffathon".  Il devra se positionner face à un mouvement social qui démarre aussi dans l'éducation nationale, et dans la fonction publique, tandis que de grandes batailles ont lieu pour l'emploi dans le privé... ca va peser, évidemment.
 
 

Socialisme International : En 1994, ton courant est entré au Parti socialiste et publiait la revue Démocratie et révolution (aujourd'hui, Démocratie et socialisme) Quel est son influence aujourd'hui au sein du Parti socialiste et surtout dans les organisations de masse et la société ?
 

Gérard Filoche: Tu sais, lorsque "Démocratie et révolution" a été créée, il s'en est fallu de deux voix dans un vote interne qu'elle ne s'appelle déjà "Démocratie et socialisme". Sur le fond, nous avions rompu de longue date avec le gauchisme de la Lcr et voulions une vraie politique de masse, principielle, unitaire sur le programme qui est demeuré le nôtre. J'ai eu l'occasion d'écrire cela longuement deux fois, dans deux livres, et depuis dix ans, en cent numéros de "D&S".
D&S repose sur 1100 abonnés par an, et diffuse 4 000 exemplaires (parfois 7000 pour des  numéros exceptionnels comme en été, ou le n°100), D&S dispose d'un réseau de 2500 mails relayés dans 70 départements. Mais c'est surtout la forte implantation syndicale de cette revue qui lui a permis d'être le mensuel de la Gauche socialiste puis de survivre comme "Mensuel pour ancrer le parti socialiste à gauche". C'est la seule butte témoin qui reste de l'ex-Gauche socialiste et qui a regroupé beaucoup de ses militants désemparés par une scission qu'ils n'avaient pas voulue, qu'ils avaient combattu, qu'ils regrettent encore, à laquelle ils ne se résignent toujours pas. Les lecteurs assidus du journal reconnaissent son intégrité, sa continuité, son utilité comme argumentaire détaillé et exceptionnel dans les luttes sociales. C'est un fil conducteur pour la bataille d'idées et pour l'action. D&S appelle à voter pour Nouveau monde et Nouveau parti socialiste, ses militants se sont partagés entre les deux courants, la revue milite avec force et depuis octobre dernier, pour leur unité, et leur succès à Dijon.
 

Socialisme International :  Alors que vous semblez gagner en audience au sein du PS, la revue Démocratie et socialisme  est en crise. Vous la dites menacée de disparition si des fonds conséquents ne sont pas collectés rapidement. Comment expliques-tu ce qui ressemble à une contradiction incompréhensible ?

Gérard Filoche: Je viens de vous dire que la revue D&S, justement n'est pas en crise, elle a même re progressé en nombre d'abonnés, battant ses propres records, même si elle a des difficultés financières graves mais solubles.  Avec 1100 abonnés, nous avons trop de dépenses de local, et d'archives, de frais de fonctionnement et d'expédition, nous n'avons aucun sponsor, même plus les 1500 F par mois que nous versait l'ex-Gs, "Club de la République sociale" pour les locaux.  Tout dépend des versements que nos plus fidèles soutiens veulent bien faire régulièrement en fonction de leurs moyens individuels : nous crions donc "au secours" en espérant bien être entendus. (Chèques à l'ordre de "D&S" 85 rue Rambuteau, 75 001 Paris, 25 euros minima pour 10 numéros, un an).
 
 

Socialisme International :  Pensez-vous que le combat doive toujours et indéfiniment être mené dans le Parti socialiste ? Quelles sont les évolutions du PS qui vous feraient changer d'avis ? Aujourd’hui, est-ce que vous pourriez rejoindre de nouveau les rangs de la gauche révolutionnaire qui semble avoir le vent en poupe en ce moment ?

Gérard Filoche: Rien n'est jamais éternel ni indéfini. Mais il y a un critère clair : tant que le Ps est le principal parti de la gauche, je ne vois aucune de raison de militer ailleurs. Si tous les militants de gauche voulaient bien en tirer la même conclusion, beaucoup de choses changeraient plus rapidement. Il y a tellement de voix qui se perdent ailleurs. Tellement d'énergies militantes à l'extrême gauche sans le moindre espoir de débouché politique. Je suis fondamentalement pour un grand parti de toute la gauche sans exclusive, comme le PT brésilien à condition qu'il soit démocratique et que ce soit l'avis de la base qui l'emporte dans des débats organisés, libres, contradictoires. Je crois en l'avenir du socialisme qui est une "idée neuve", je crois au salariat qui n'a jamais été aussi nombreux, ni aussi puissant sociologiquement et économiquement. Je crois à la possibilité d'un autre monde (ou l'Oit l'emporte sur l'Omc), à une autre Europe fédérale, démocratique et sociale (ou la monnaie unique soit accompagnée d'un salaire minimum unique), à une autre République (une sixième République sociale, à dominante parlementaire et non pas présidentielle), et je crois au mouvement d'ensemble unifié, majoritaire, puissant, qui remette en cause du capitalisme, impose une véritable transformation sociale.
le 17 avril 2003, Gérard Filoche
 
 

Questions rédigées par Matthieu SCHMITT et Hassan BERBER, le 25/03/03
Réponses achevées et transmises par GF le 17 avril 2003
 

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