L'Irak assiégé

L'Irak assiégé. Les conséquences mortelles de la guerre et des sanctions, sous la direction de Anthony Arnove, Éditions Parangon, Paris, 2003, 251 pages, 18 euros.
 

Une puissante arme américaine contre la guerre : on pourrait ainsi qualifier ce livre.

En cinq parties, il aborde les racines de la politique anglo-américaine, les mythes de la propagande occidentale, la vie des Irakiens soumis aux sanctions et aux bombes, leur impact durable et, enfin, la réponse des militants anti-sanctions et antiguerre.

Les analyses sont pertinentes et les informations fiables. Treize auteurs y contribuent. On peut les identifier en quatre groupes : les intellectuels progressistes, de gauche à la réputation déjà solidement établie aux Etats-Unis ; les socialistes révolutionnaires ; les « institutionnels repentis », qui faisaient partie de l'establishment onusien ou étatique ; les journalistes de réputation internationale.
 

Chomsky éclaire la politique US

Représentant le premier groupe, Noam Chomsky, intellectuel de premier plan et critique acerbe de renommée internationale de « l'État voyou » américain, démonte les motivations et  conséquences véritables de la politique irakienne des États-Unis. Il nous rappelle que le gouvernement américain soutenait Saddam Hussein lorsqu’il s’agissait de faire la guerre contre l’Iran, ancien havre de l’impérialisme américain dans le Golfe persique. Ce soutien se maintint alors que Hussein avait lancé une campagne de gazage des Kurdes en 1988 et usait massivement du gaz dans la guerre contre l’Iran1. Le soutien anglo-américain s’accru alors, entre autres par l’augmentation de crédits à l’Irak lui permettant d’acheter aux Etats-Unis des produits agricoles et autres1. En avril 1990, deux ans après le gazage d’une ville kurde à Halabja, Robert Dole, sénateur américain de premier plan, transmis à Saddam Hussein les salutations du président américain et affirma que le gouvernement américain n’avait rien à reprocher au dictateur de seconde zone2.

C’est l’invasion du Koweït par l’Irak le 2 août 1990, à laquelle pourtant l’administration américaine avait incité Saddam, qui fut le point de rupture dans ces relations auparavant excellentes. Ce fut l’intervention de la coalition internationale (dont la France) autour des USA qui se solda par le massacre au bas mot de 150 000 irakiens.

Pourtant, l’ambivalence des Etats-Unis à l’égard du chef d’Etat irakien demeura une constante. Comme les rebelles étaient jetés aux lions du temps de Jules César, l’insurrection chiite dans le sud du pays fut consciemment offerte à Saddam par les Etats-Unis. Les généraux rebelles ne demandaient pas d’aide directe mais voulaient simplement avoir accès au matériel militaire irakien confisqué par Saddam. Leur demande était appuyée par l’Arabie Saoudite. Mais les Américains refusèrent catégoriquement et laissèrent Saddam noyer dans le sang cette insurrection. Le même scénario se reproduisit peu de temps après avec le soulèvement des Kurdes du Nord.

Thomas Friedman résuma la politique des USA en affirmant  qu’ils souhaitaient une junte militaire « à la poigne de fer », sans Saddam, qui satisferait tant l’Arabie Saoudite et la Turquie qu’Israël. Ce pouvait être Saddam en attendant de trouver son successeur qualifié pour poursuivre les buts impérialistes de la puissance étasunienne.
 

« Institutionnels repentis »

Parmi les « institutionnels repentis », Dennis Hallyday a travaillé pendant 34 ans pour l'ONU. Il y a été coordinateur de l'assistance humanitaire unusienne en Irak en 1997. Il Démissionne en septembre 1998. Presque un an plus tard il milite avec acharnement contre les sanctions. Il nous révèle le cynisme des dirigeants onusiens et des Etats qui imposent le programme pétrole contre nourriture. Il nous rappelle que les grands journaux étasuniens et les responsables gouvernementaux eux-mêmes ont fini par admettre ce que les autorités irakiennes affirmaient depuis le début : que la délégation des inspecteurs de l'ONU comportait de nombreux espions au profit des  USA principalement, mais aussi des autres puissances occidentales. Il constate lors de son expérience dans le Nord de l'Irak que le programme pétrole contre nourriture  était intentionnellement beaucoup plus favorable aux trois governorats kurdes que du reste de la population de l’Irak. Diviser pour régner a été un maître-principe de la politique des USA et de l'ONU depuis la guerre contre l'Irak en 19912. Ayant laissé les Kurdes être massacrés par Saddam à plusieurs reprises, les Etats-Unis et l'ONU n'ont pas hésité à déverser les dollars en grande quantité pour littéralement acheter  les élites de ce peuple divisé et opprimé. Il faut savoir que le successeur de Denis Halliday au programme humanitaire de l'ONU en Irak a également démissionné de ses fonctions pour protester contre les sanctions inhumaines contre ce pays.

Comme on nous le rappelle dans l'ouvrage, selon les statistiques macabres de l'autorité onusienne, on a ainsi tué plus de 6 000 enfants par mois et au total plus d'un million d'Irakiens, dont 500 000 enfants.

Le Dr Peter L. Pellet, professeur émérite de nutrition à l'université du Massachussetts, à Amherts, a participé à quatre missions de l'ONU en Irak pour l'alimentation et l'agriculture. Consultant à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), à l'Unicef, au département de l'agriculture américain, au Programme alimentaire mondial (PAM) et à l'Académie nationale des sciences, il est particulièrement qualifié pour établir un bilan de l'alimentation, de la nutrition et de la santé des Irakiens à la lumière des sanctions terribles infligées à ce pays. Son état des lieux est sans appel, implacable contre les crimes barbares commis par les USA et tous les Etats impliqués dans le programme onusien de sanctions, dont évidemment la France qui n'a pas été de reste malgré son double langage.

Journalistes et militants

Deux journalistes grands spécialistes du Moyen Orient, John Pilger et Robert Fisk, livrent leurs  analyses et leurs témoignages sur les « dommages collatéraux » et la « guerre occulte ». Ce sont de véritables flashs sur la réalité.
Cet article est insuffisant pour rendre hommage à cet ouvrage. C'est un livre militant de grande qualité et pas seulement une analyse solide livrée au lecteur. Il peut être source de nombreux argumentaires, tracts et meetings. Il a servi, dans sa version anglaise, tant aux Etats-Unis qu’en Australie, au Canada et en Grande Bretagne à des dizaines de meetings et événements pour construire un mouvement contre les sanctions et la guerre de destruction de l'Irak.

Tou(e)s les militant(e)s anti-guerre devraient le lire et le faire lire. C’est une puissante arme américaine, pour contribuer à construire ici un puissant mouvement qui dise : « US go home! ».
Hassan Berber
 

1 Voir  Arnove (sous la direction de), L’Irak assiégé. Les conséquences mortelles de la guerre et des sanctions, éditions Parangon, p. 87-88
2 Idem, p. 88
3 Idem., p. 89
4 Idem., p. 82-83

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