Les livres sont des armes
Ces français qui votent Le Pen
 
Le livre de Nonna Mayer, « Ces français qui votent Le Pen» s’appuie sur une série d’enquêtes auprès des électeurs du FN pour comprendre les causes du vote FN.

 L’enquête montre que depuis 1988, la classe ouvrière est de plus en plus séduite par le discours de Le Pen. C’est une situation catastrophique pour le mouvement ouvrier. De par sa pénétration du milieu ouvrier, les bases sociales du FN se sont largement diversifiées.

 Malheureusement, la définition donnée par l’ouvrage de la notion de « classe ouvrière» est très restrictive puisqu’elle ne prend en compte que les cols bleus. Il omet totalement les employés également exploités, mais moins enclins à voter FN. Ce défaut donne un tableau bien plus noir de la situation réelle, pourtant grave.

 Parmi les enquêtés, 15,5 % des ouvriers ont voté Le Pen en 1988, 19,5% en 1995 et 22,5% en 2002. De plus, s’est opérée une consolidation de son implantation locale, avec de forts taux de récidive des votes. En avril 2001, 82% des électeurs ont récidivé leur vote de 1995.

 La crise économique touche en premier lieu la classe ouvrière, d’après Mayer, contrairement aux années 30, ce n’est pas la classe moyenne qui est la plus touchée  mais la classe ouvrière, par le développement du chômage et de la précarité. Aujourd’hui, deux ouvriers sur cinq sont issus du tertiaire précaire.

 Ainsi, aux petits bourgeois traditionnellement attirés vers les partis fascistes en temps de crise, s’ajoute des couches de plus en plus larges de la classe ouvrière. Cela a pu être mesuré par les différentes échéances électorales depuis 1988. Résultat de la misère, la classe ouvrière perd beaucoup confiance en la gauche et la droite qui gouvernent depuis 20 ans.

 Qui sont les plus touchés par la crise et par le vote Le Pen dans la classe ouvrière ? Ceux sont plus souvent les hommes, les jeunes et dans la section la plus ouvrière d’entre eux, c’est à dire ceux qui se sont mariés et sont issus de ce milieu. En 1997, les électeurs qui possèdent trois attaches ouvrières et qui ont moins de 40 ans sont 47% à avoir voté FN. Chez les 40 ans et plus, ils tombent à 22%. Chose étonnante, plus la conscience de classe augmente, plus l’attirance vers le FN est forte : parce qu’il faut un parti pour défendre ces intérêts. Ainsi se désole un ouvrier qui a voté le Pen pour « faire prendre conscience au gouvernement que, bon, on est des ouvriers, puis qu’il faut qu’il s’occupe de nous au lieu de s’occuper de leurs affaires en Bourse (…) J’en ai marre d’une politique qui ne va pas du tout dans le sens de la classe ouvrière, c’est tout. »2

 Et pour cette femme de ménage de 45 ans proche du FN : « Le Front National, il pense quand même beaucoup plus à la petite classe qu’à la haute par rapport aux autres partis ». Cela a eu de lourdes conséquences sur le vote FN : en 1988 le vote FN était un vote de petits bourgeois nantis et frustrés. En 95, le FN est un vote de désespoir et de pauvres. Cette tendance se vérifie et s’accentue depuis le 21 avril 2002.
Ainsi, le FN se repose sur deux électorats qui s’opposent radicalement : les « droitistes » issus de la petite bourgeois possédante ( d’un commerce, de l’immobilier, etc.) s’opposent au « ninistes » ou « ouvrierolepénistes » qui ont longtemps votés à gauche et qui ont été complètement désillusionnés.

Ainsi chez ces derniers, la majorité pense que la gauche et la droite c’est « chou vert et vert chou ».  Manu Scotto, un ancien docker à Marseille qui a voté pour la première fois Le Pen en 1995 témoigne : « A Oran, j’étais à la CGT, je votais communiste. Quand je suis  arrivé à Marseille, il n’y a que les communistes qui ne nous regardaient pas d’un sale œil(…) Ensuite, j’ai cru aux socialistes. J’ai pleuré de joie le soir du 10 mai. Ils nous ont trompés. On les a tous essayés, et maintenant, dites-moi qui nous défend ? Personne. »

 Ces deux électorats créent une fracture dans le FN. Par exemple entre ceux qui manifestent une solidarité et une conscience de classe et qui sont solidaires des grèves de 95 et ceux, plus individualistes qui regardent de haut les organisations de la classe ouvrière.

 Un autre phénomène inquiétant, il s’est aussi opéré une droitisation des ouvriers : ainsi en 1995, ces ouvriers se définissaient à 35% de gauche ( pour des électeurs du FN !), à 25% de droite, et à 40% ni droite ni gauche. En 1997 ils ne sont plus que 22% à se définir de gauche, 31% de droite et 47% ni droite ni gauche.

Les bastions du vote FN

 Où vote-t-on le plus FN ? Ce sont le plus souvent autour des grandes agglomérations urbaines, là où la présence étrangère est la plus forte. Mais ce qui est intéressant et contradictoire, comme l’a remarqué le sociologue Pascal Pérrineau, c’est que le vote FN diminue chez les populations les plus en contact direct avec des étrangers.

 Les villes et les bassins industriels sont les plus touchés par le chômage sont plus perméables au discours fasciste. Le Nord-Pas-de-Calais, bastion ouvrier anciennement acquis au PC, s’est massivement tourné vers le FN en avril dernier.
Le chiffre du nombre d’adhérents au Front National n’est pas divulgué. Mais une chose est sûre : depuis le 21 avril, le FN a beaucoup recruté. Par exemple à Nice, début Juin 2001 la section du FNJ  était passée d’une centaine à 300 membres.

 Nonna Mayer nous aide a comprendre la dynamique du vote FN qui est avant tout un vote Le Pen. Le charisme du leader étant un élément déterminant de l’attraction qu’exerce le FN sur les gens. Cela doit nous aider à combattre le Front National, ce qui signifie construire une alternative politique aux partis traditionnels aujourd’hui discrédités et aussi construire un front unique antifasciste.
Nicolas Mamarbachi
 

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