Les forums sociaux

D’immenses boîtes à idées

 Le Forum Social Européen ( FSE ) en novembre dernier a été un tournant très significatif dans le développement d’un mouvement international contre l’ultralibéralisme. Et l’idée des forums sociaux fait tâche d’huile. En janvier, à Hyderabad en Inde, 8 000 militant(e)s se sont réunis pour le Forum social asiatique. Ils écoutèrent des militants antiguerre pakistanais américains et sud-coréens, et les délégués venant de l’Afghanistan et de l’Irak furent ovationnés.

 Le suivant en Europe, à Saint Denis et à Paris en novembre 2003, pourrait être un succès encore plus grandiose. D’immenses boîtes à idées et festivals, plus que des structures de décision, les forums sociaux constituent une étape très intéressante dans la radicalisation qui accompagne la libéralisation à tout va du capitalisme.

Le mouvement s'élargit
 Même dans les souvenirs des plus vieux des militants, il est difficile de trouver un évènement similaire au FSE de Florence en Europe - des dizaines de milliers de militants de différents pays réunis pour échanger des expériences et développer de stratégies afin de s’opposer efficacement à la guerre, à la casse des services publics, et au racisme, pour ne parler que des trois thèmes phares parmi les dizaines couverts par le Forum.

 En effet, les 50 000 entrées payées pour le Forum Social à Florence ont dépassé de très loin les attentes des organisateurs. Une nouvelle génération de militant(e)s s’est mis à l’action. Les lycées, voire les collèges, de Florence restaient à moitié vides car les jeunes étaient au FSE. De grandes délégations de plusieurs centaines de personnes chacune sont venus de Grèce, de France, de l’Angleterre et de l’Espagne.

 Les dizaines de meetings et conférences, réunissant parfois 2000 à 3000 personnes donnaient à tous un sentiment réel du pouvoir du mouvement.  Les 134 séminaires et 152 ateliers ont illustré la soif d'expression de tous ceux qui considèrent qu'un autre monde est possible et la manifestation de près d’un million de personnes contre la guerre est venue couronner le tout.
 On notait des liens très forts entre le mouvement et les syndicats, ce qui n’a pas toujours été le cas. La Confédération Européenne des syndicats, ainsi que les comités de base italiennes, et des syndicats du groupe français de SUD étaient en évidence. Plus significatif, en tête de la manifestation contre la guerre étaient les grévistes de chez Fiat, qui luttent contre les licenciements. Le lien fut ainsi fait entre toutes les questions. On détruit les vies des travailleurs, et on attaque les services publics, mais l’argent pour la guerre et le massacre est toujours disponible.

Absences

 En plus d’un élargissement, Florence marquait également une radicalisation du mouvement. Les ONG et les partis de la gauche gouvernementale étaient moins présents qu’à Porto Alegre. Dans l’ambiance politique du Forum, les dirigeants du PS  et du PCF qui avait fait le déplacement (brièvement) furent tout à fait marginalisés. Les gens étaient présents pour discuter du pourquoi et comment “ un autre monde est possible ” non pas pour écouter à nouveau de très vieilles promesses jamais tenues.

 Evidemment, les 50 000 personnes présente n’étaient pas, dans leur grande majorité, des révolutionnaires. Mais les révolutionnaires étaient très bien accueillis, à la tribune, sur les stands politiques etc. On nous écoutait, et on voyait l’ébullition de la nouvelle génération . Quand un des camarades anglais, devant un meeting de 3 000 personnes, conclut en déclarant que

“ Si nous disons qu’une autre Europe est possible et dans un autre monde, cela signifie que nous voulons une révolution. La démocratie qui caractérise le fonctionnement de toutes les associations présentes dans ce forum ne doit pas exister seulement par opposition au système, mais elle doit être le fonctionnement normal de la société. Nous sommes un forum social pour une nouvelle révolution mondiale. ” Il est ovationné par le public.
 En général, Florence montrait que la résistance contre l’ultralibéralisme  est beaucoup plus avancé en Italie qu’en France, et évidemment les deux grèves générales ces derniers mois y ont énormément contribué.

Paris 2003
 Mais l’année prochaine pour le mouvement contre la mondialisation ultra-libérale, c’est en France que les rendez-vous européens clé auront lieu. D’abord en Juin lors de la réunion des G8 à Evian, puis à Sainte Denis et à Paris en novembre pour le deuxième forum social européen.

 Le Forum de Saint Denis verra sans doute se confronter davantage les idées différentes sur comment se battre contre les ravages du capitalisme. Les différents composants de la gauche gouvernementale voudrait très certainement  tenter de montrer qu’elles ont des solutions à proposer. Ce sera à la gauche anticapitaliste de mieux convaincre les dizaines de milliers de personnes qui ne manqueront pas de se déplacer.

 Déjà le FSE a été un test pour les différentes forces politiques françaises. ATTAC et la LCR ont envoyé beaucoup de militants, la LCR produisant même un numéro spécial de leur journal en trois langues. Lutte Ouvrière, s’ils n’ont plus l’idée de dénoncer le mouvement pour une autre mondialisation, était malheureusement entièrement absente. Selon leur journal le FSE constituait avant tout une possibilité pour la gauche parlementaire italien de se refaire une virginité.

 Le mouvement contre la mondialisation ultra-libérale - que ce soit les Forums sociaux, ou ATTAC - représente un grand pas en avant de la gauche “ associative ”. Déçue des partis, elle a pu mobiliser de grands nombres de personnes qui veulent faire les liens entre différentes luttes (contre le racisme, contre la précarité, contre les licenciements, contre la guerre). C’est un progrès énorme comparé à “ l’apolitisme ” de la période antérieure.  Ce mouvement a su mobiliser à nouveau des anciens militants qui ne veulent plus se poser toutes les questions “ classiques ” sur la stratégie pour vaincre le capitalisme, et la forme de parti qu’il faut pour y arriver. Il mobilise aussi une nouvelle génération qui ne veut pas encore se poser ces questions. Mais les questions se poseront d’elles-mêmes de plus en plus avec le développement des luttes. C’est aux révolutionnaires de fournir l’expérience des générations passées, et un cadre de débat qui permette de cristalliser dans des organisations les stratégies nécessaires.

Alexandre Mamarbachi, John Mullen

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