Dossier : quel parti nous faut-il ?

L’expérience historique : Le Parti Socialiste Unifié (1960-1989)

Entre réforme et révolution

La gauche française traverse une crise après ses échecs électoraux de l’année 2002. Du parti socialiste à l’extrême gauche, le débat est ouvert, sur le programme comme sur l’organisation. En dehors des grands partis, des appels se multiplient pour rassembler à la « gauche de la gauche », créer un pendant à la gauche gouvernementale. Le problème n’est pas nouveau. Pendant plus de vingt ans, des militants ont tenté, au sein du parti socialiste unifié, de transformer la gauche française. Aujourd’hui, l’héritage de ce parti et son expérience sont peu ou pas connus. Nous proposons d’en retracer l’histoire, les idées et les actions, et d’en faire le bilan critique.

Les nouvelles gauches sous la IVe République

Au sortir de la seconde guerre mondiale, la gauche est en position de force, tant du point de vue de l’influence électorale, du nombre de militants que des idées. Le PCF est alors au sommet de sa puissance, il compte jusqu’à 800 000 membres, il a été un pivot de la Résistance. Il participe avec la SFIO (nom du parti socialiste français depuis sa fondation, membre de la IIe Internationale) aux premiers gouvernements de la IVe République. Les tensions sociales et les tensions internationales (la guerre froide) vont le pousser dans l’opposition. Les socialistes soutiennent les nombreux gouvernements qui se succèdent voire y participent directement, groupant les radicaux, le centre droit et de nombreux petits groupes parlementaires. Tout comme sous la IIIe République, l’instabilité ministérielle est la règle.

Entre la SFIO et le PC, les autres courants de gauche peinent alors à se faire entendre, qu’ils soient minoritaires au sein des deux « grands » ou constitués en organisations indépendantes. Cette mosaïque se compose des minoritaires de la CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens), et plus largement des chrétiens de gauche, de l’aile gauche de la SFIO, d’oppositionnels et donc d’exclus du PC, de trotskystes, de clubs de réflexion et de journaux (L’Express et L’Observateur, qui deviendra Le Nouvel Observateur) proches de Pierre Mendès-France. Ce dernier, membre du parti radical, est président du Conseil en 1954, durant quelques mois, et cherche à incarner une « troisième voie » à gauche, au centre gauche en réalité.

L’année 1956 voit la SFIO diriger le gouvernement. Guy Mollet, chef du parti depuis 1946, préside une coalition avec les incontournables radicaux. Il va engager plus massivement encore le pays dans la guerre d’Algérie, cédant tout au lobby colonial. Parallèlement, le PCF doit faire face aux critiques soulevées par l’intervention russe pour écraser la révolution hongroise ainsi qu’à la parution du rapport de Khrouchtchev sur les crimes de Staline, dans lequel sont dénoncés les purges, le culte de la personnalité, etc. En Hongrie, après plusieurs mois, où les intellectuels luttent pour la liberté d’expression, le 23 octobre voit les étudiants manifester massivement à Budapest. Les troupes russes à l’appel du gouvernement interviennent. Des combats de rue ont lieu tant dans la capitale que dans les provinces. Le 4 novembre, alors que le chef militaire révolutionnaire est arrêté en pleine négociation, les divisions entrent dans Budapest. Les combats s’étendent à tout le pays, à l’appel des syndicats débute une grève générale.

Le commandement soviétique annonce vouloir protéger les travailleurs contre les « hordes contre-révolutionnaires ». Dans le même temps, ce sont les ouvriers hongrois qui résistent avec la dernière énergie contre le rouleau compresseur russe. Le 14 novembre, la résistance militaire est écrasée. Mais le nouveau gouvernement négocie avec le Conseil ouvrier central, qui appelle à la reprise du travail. Finalement en décembre, Kadar, l’homme des Russes, dissout le Conseil, ses membres sont arrêtés, tandis que Nagy et ses proches sont emmenés à Moscou, où ils seront fusillés. Le PCF s’aligne sur Moscou.

A la fin de l’année 1957, plusieurs groupes fondent l’Union de la gauche socialiste. Il s’agit de Jeune République (chrétiens engagés dans le Front populaire et la Résistance), de la Nouvelle gauche, organisation où se côtoient des transfuges de la SFIO et du PC (tel Gilles Martinet) et des trotskystes (tel Pierre Naville). L’UGS est un rassemblement hétéroclite qui compte plusieurs milliers de membres, il édite un hebdomadaire, Tribune du peuple, une revue mensuelle Perspectives socialistes, et un journal étudiant.

La guerre d’Algérie joue un rôle déterminant dans la genèse du PSU. La gauche est divisée face à la question algérienne. Mollet et les socialistes ont ouvert le conflit et couvert les militaires, puis en 1958, ils se rallient au coup d’État « démocratique » du général de Gaulle. Le parti communiste soutient la cause du peuple algérien à travers le parti communiste algérien, qui n’est pas la principale organisation du mouvement de libération nationale. Le soutien au FLN (Front de Libération Nationale) est organisé au départ par des chrétiens de gauche, des militants des droits de l’homme, des trotskystes, des membres de l’UNEF.

En septembre 1958, la SFIO tient congrès dans la banlieue parisienne et se prononce à 70 % pour le « oui » au projet de constitution du général de Gaulle. La minorité dirigée par Edouard Depreux décide de quitter la « vieille maison » et fonde le parti socialiste autonome. Le PSA publie un mensuel, Tribune du socialisme, tiré à quinze mille exemplaires, dirigé par Alain Savary (le tirage est petit pour un parti qui a compté plus de 10 000 membres).

La fondation d’un PSU qui s’affirme « révolutionnaire »

C’est dans la banlieue parisienne, à Issy-les-Moulineaux, le 3 avril 1960 que le PSU voit le jour. Le PSA et l’UGS forment les deux gros bataillons, avec environ 8000 membres chacun. L’organisation (et revue) Tribune du communisme, de Jean Poperen et de Serge Mallet, et les mendésistes du Centre d’action démocratique (scission du parti radical) se joignent à eux. Dans ses principes, le parti s’affirme révolutionnaire, mais selon l’origine des militants le mot n’a pas le même contenu. Il se dit internationaliste, c’est-à-dire non-aligné (« ni URSS, ni USA ») ; enfin, les membres doivent se syndiquer. Sont aussi créés un mouvement de jeunesse, les JSU et un groupe étudiant, les ESU. Le parti se dote d’un organe hebdomadaire : La Tribune socialiste. Les statuts du nouveau parti consacrent le droit de tendance. La plupart des militants, du moins ceux qui viennent de la SFIO et du PC, ont vécu l’expérience de courants minoritaires sans droit à la parole... Les luttes de tendance vont être la règle absolue de la vie interne du PSU tout au long de son histoire.

Parmi les membres du nouveau parti se manifeste la volonté de réunifier le mouvement ouvrier, divisé depuis le congrès de Tours en 1920, et dans le même temps de dépasser les socialistes comme les communistes. Cette tentative a abouti en réalité à créer une troisième force à mi-chemin de la social-démocratie et du pôle révolutionnaire.

Peu de temps après sa naissance, le PSU reçoit les demandes d’adhésion de Mendès-France et de Mitterrand. Il refuse le second qui s’est compromis comme ministre de l'Intérieur au début de la guerre d’Algérie, mais accepte le premier tout auréolé de la paix conclue en Indochine en 1954. Mais Mendès est pourtant membre du parti radical, mouvement de notables à cheval entre la droite et la gauche, qui a fait la pluie et le beau temps avant 1940 à l’Assemblée nationale.

L’autogestion : l’idéologie du PSU

Serge Mallet est l’un des théoriciens du parti, il se réclame du marxisme. Il montre l’hétérogénéité grandissante de la classe ouvrière dans ce qu’il appelle le « néo-capitalisme », souligne l’émergence d’une « nouvelle classe ouvrière » constituée par les éléments les plus qualifiés (cadres et techniciens, ingénieurs) des industries de pointe, et appelée à prendre la relève dans la lutte de la classe ouvrière traditionnelle. Sociologiquement, le PSU rassemble des cadres, techniciens, employés et enseignants en plus grand nombre que les ouvriers d’usine. Les enseignants forment le gros des troupes, ainsi 30 % des membres syndiqués du PSU sont adhérents à la FEN. Il y a identité entre la composition sociale du parti et son idéologie.

Mallet se réclame de cette stratégie du contrôle des « centres de décision de la vie économique moderne » pour conquérir le pouvoir politico-économique en conférant ainsi aux syndicats, aux coopératives et autres organisations sociales un rôle majeur. Il affirme :

Les contradictions du néo-capitalisme ouvrent la voie au socialisme dans des pays avancés : reste à devenir socialiste, c’est-à-dire à poser le problème de la gestion démocratique de l’économie, de l’autogestion sociale que permettent le fonctionnement technique de l’économie moderne et l’existence d’un nouveau type de classe ouvrière apte à exercer effectivement le contrôle de l’économie.
Dans sa préface du Manifeste du PSU, « Contrôler aujourd’hui pour décider demain », Rocard, quelques années après Mallet écrit :

Dans la volonté d’autogestion s’expriment à la fois un refus et un projet : un refus, celui de la toute-puissance d’un Etat que la bourgeoisie a modelé en fonction de ses intérêts (…) et il s’accompagne du refus d’un Etat analogue à celui que l’URSS impose à ses travailleurs ; mais aussi un projet, celui d’une société où les hommes soient capables (…) de prendre eux-mêmes les décisions qui concernent leur travail, leur cadre de vie, leur formation, leurs relations et toute leur vie quotidienne.

L’autogestion doit aussi s’entendre comme une réaction au modèle social de l’URSS, au « socialisme par en haut », ou encore au jacobinisme incarné par le PS et le PC. Le parti communiste défend le modèle soviétique, avec son contrôle étatique de l’économie, et sa planification centralisée. Quant aux socialistes de la SFIO, ils s’appuient aussi sur l’appareil d’État pour influer sur l’organisation économique. A cette époque, l’idée que l’État doit jouer un rôle dans ce domaine est largement partagée.

Le PSU, à l’inverse, préconise un contrôle direct et par le bas, c’est-à-dire des travailleurs sur leur lieu de travail. C’est en particulier dans la grève de Lip en 1973, que les militants du PSU vont pleinement participer à une expérience d’autogestion. Les ouvriers de Lip à Besançon (horlogerie, machines-outils, armes) font face à une direction qui veut démanteler l’entreprise. Ils mènent une longue lutte, avec grève et occupation de l’usine, et lorsque le dernier PDG démissionne, les salariés et le syndicat CFDT, majoritaire, prennent le contrôle de la société et décident de redémarrer la production. Ils organisent des ventes sauvages de stocks pour verser les salaires.

Des commissions sont créées par les salariés et le syndicat pour gérer au quotidien, ainsi qu’un comité d’action chargé d’organiser la solidarité. Très vite, les Lips reçoivent le soutien de la gauche, et surtout celui du PSU et de la LCR. Mais ils doivent faire face à la répression policière (la police expulse les salariés), et surtout ils se heurtent à la résistance des patrons. En 1975, les derniers employés de Lip acceptent de fonder une coopérative, ce qu’ils avaient refusé deux ans auparavant, tandis que le chômage croît. Elle fermera quelques années plus tard.

La lutte des Lips s’apparente à l’autogestion, mais il s’agit aussi d’autodéfense, de lutte contre les licenciements. Il ne peut y avoir d’autogestion, sur la durée, tant que le capitalisme domine. Les travailleurs de Lip ne géraient pas la police qui les attaquait ! Tôt ou tard, ceux qui s’autogérent doivent se plier aux lois d’airain du capitalisme : profit et concurrence.

Crises et renouvellement : 1962-1971

Après la fin de la guerre d’Algérie, la crise éclate au PSU, et en 1963 au congrès d’Alfortville , il y a sept tendances ! Savary et  Mendès cessent d’être les figures dominantes, ils sont remplacés par Martinet (ancien secrétaire de l’UGS) à la direction et Poperen dans l’opposition de gauche. Savary quitte le parti et fonde l’Union des clubs pour le renouveau de la gauche (UCRG), tandis que Mendès se retire. En 1965, se déroulent les premières élections présidentielles au suffrage universel. Face à de Gaulle, la gauche se rassemble dans la Fédération de la Gauche Démocratique et Socialiste (SFIO, radicaux, Convention des institutions républicaines de Mitterrand). Mitterrand en est le candidat, il reçoit le soutien du parti communiste et du PSU. Mais lorsque Martinet propose de rejoindre la FGDS, la majorité des membres refuse. Martinet ne va plus tarder à quitter le PSU. A partir de 1967, c’est Michel Rocard, entré en 1963, qui devient le secrétaire général. Poperen organise une scission et crée l’Union des groupes et clubs socialistes (UGCS).

Dans le monde syndical, 1964 voit la majorité de la CFTC fonder la CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail), tandis que la minorité maintient la CFTC. L’autogestion est l’un des chevaux de bataille de la nouvelle confédération qui s’implante parmi les nouvelles couches de salariés. Edmond Maire, membre de la CFDT est aussi adhérent du PSU, il deviendra secrétaire général dans les années soixante-dix.

L’année 1968 permet de mesurer la réactivité du PSU mais aussi ses limites. Le PSU, plus ouvert que les autres partis, adhère dès le départ au mouvement étudiant, il le qualifie de « brèche ouverte dans le capitalisme », ce qui est assez bien vu, on le suit moins lorsqu’il parle de grève insurrectionnelle. Mais dans le même temps, le PSU est à l’origine (avec l’UNEF, la FEN, la CFDT et le SNESup) de la réunion du stade Charléty, où est avancée la candidature de Mendès pour diriger le gouvernement de transition. Le PCF rejette cette candidature, et Mendès se retire définitivement de la politique.
Le choix de Mendès comme candidat peut surprendre, il n’a rien d’un révolutionnaire. Mais les militants du PSU, en quittant les vieux partis, n’ont pas tout laissé derrière eux, ils ont conservé des illusions sur la nature de l’État dans le système capitaliste. Les membres ont débattu de l’éventuelle participation de leur parti à un gouvernement et ont défini : « quatre critères : un minimum d’engagement sur une politique de rupture anticapitaliste, capacité d’organisation des forces autogestionnaires, développement du mouvement populaire, faculté d’utiliser cette participation au gouvernement pour favoriser le développement des organes de pouvoir populaire à la base. » C’est ce que l’on peut lire dans le programme autogestionnaire du PSU : « Pour vivre produire travailler autrement ».

Aucun gouvernement de gauche n’a pu engager de « politique de rupture anticapitaliste » sans se heurter à la farouche résistance des classes dirigeantes sur le plan économique et politique. Et lorsque ces deux armes se sont révélées inefficaces, c’est la force brute, militaire qui a tranché le problème, en renversant le gouvernement. L’exemple le plus connu est celui du gouvernement d’Unité populaire d’Allende au Chili, et le coup d’État de Pinochet en octobre 1973.
Après 1968, le PSU compte 19 000 militants, entre 1960 et 1969 il oscille entre 10 000 et 15 000 membres, son plus haut niveau est atteint en 1969. Son ouverture, l’existence de tendances, le flou idéologique, lui ont permis de prendre très vite le « train » de Mai 68 ; le PSU est en pointe dans les luttes contre le nucléaire militaire et civil, pour les droits des immigrés, dans la mouvance féministe. Il soutient les minorités nationales (Corses et Bretons), il se veut le promoteur de l’expérimentation sociale, il suggère la création d’entreprises privées autogérées dans lesquelles les travailleurs pourraient choisir eux-mêmes.

En 1969, après la démission de de Gaulle, Defferre est le candidat de la gauche non communiste, c’est un échec historique, il obtient 5 % des suffrages. Pour la SFIO, qui est le parti moteur de la FGDS, cela ressemble au fond de la piscine. Duclos, candidat communiste, rassemble un peu plus de 20 % et manque de peu la participation au second tour. Au congrès d’Alfortville, la même année, l’UCRG d’Alain Savary rejoint la SFIO tenue par Mollet qui se transforme en Parti socialiste. Dans le même temps à Saint-Gratien, la Convention des institutions républicaines de Mitterrand absorbe l’UGCS de Poperen. Ces premiers regroupements en annoncent d’autres.

La renaissance de la social-démocratie

Le congrès du PS qui se tient à Epinay, en 1971, voit le tandem Savary-Mollet mis sur la touche par le duo Mauroy-Defferre qui s’allie à Mitterrand. La CIR fusionne avec le PS, ainsi que le courant de Chevènement. La nouvelle direction l’emporte de peu, Mitterrand devient premier secrétaire. Le congrès prononce la condamnation des 25 ans de molletisme, la « vocation révolutionnaire » du parti est affirmée et sa motion finale déclare : « il ne s’agit pas d’aménager un système mais de lui en substituer un autre ». Les effectifs militants du parti socialiste ont beaucoup varié entre 1956 et 1971. En 1956, il y a 110 000 membres, environ 20 000 le quittent en 1958, en 1968 ils ne sont plus que 80 000. Après 1972 et dans les années qui suivent, le parti gonfle et compte jusqu’à 170 000 membres.

En 1972, c’est la signature du Programme commun de la gauche, scellant l’union PC-PS, à laquelle il convient d’ajouter le satellite Mouvement des radicaux de gauche avec Michel Crépeau (ancien du PSU). Le Programme commun est rejeté par le PSU. Après 1971, on assiste à la remontée électorale du PS, en 1974 au second tour de la présidentielle, Giscard ne l’emporte que de justesse. Cette même année se tiennent les Assises pour le socialisme, le PS se renforce de nouvelles couches militantes, Rocard, qui n’est pas parvenu à entraîner la majorité du PSU, et d’autres, dont beaucoup de membres de la CFDT.

Le PS ancré à gauche, renforcé, doté d’une nouvelle direction (Mitterrand), lié de nouveau avec le mouvement syndical, tels sont les éléments qui créent la dynamique de redressement. Les réformistes sont les principaux bénéficiaires de ces années de grandes luttes de salariés mais aussi de la floraison des mouvements sociaux. Sur le plan électoral, le terrain perdu sur sa gauche par la SFIO est regagné et même au-delà. Aux législatives de 1978, c’est le PS qui devient le parti dominant de la gauche avec près de 25 %, contre 20% pour le PC (en 1981 aux législatives toujours, l’écart se creuse encore, PS-MRG 37 %, PC 16 %).

Le déclin du PSU

En 1975, le PSU compte encore 12 000 membres, malgré la défection de Rocard et de 1000 militants environ. Mais en réalité, son espace s’est rétréci comme une peau de chagrin. Le PS rénové reprend à son compte une partie des idées du PSU, en même temps qu’il récupère une partie de ses militants. Le réformisme renaît de ses cendres, dans l’opposition, politiquement, il occupe le terrain à gauche, réduisant d’autant celui du parti de gauche radical qu’est le PSU.

Le parti a certes été en avance sur le PS, et encore plus sur le PC, en ce qui concerne les mouvements sociaux, mouvements féministe, antiraciste, écologiste, droits des consommateurs. Mais il n’a pas su en profiter pour se construire dans ces milieux, pas plus qu’il n’a su tirer profit des vagues de grèves qui se développent dans le sillage de Mai 68 et qui montent en puissance jusque dans le milieu des années soixante-dix. Aussi, après 1975, dans un contexte de crise économique, de quasi-réunification de la gauche (du moins de l’alliance PS-PC) et de reflux des luttes, le PSU ne peut que décliner.

En 1981, le PSU présente Huguette Bouchardeau à la présidentielle, elle obtient tout juste un peu plus de 1 %.
L’année 1983 voit le congrès transformer la direction en une simple coordination des fédérations, et marque l’entrée de Bouchardeau au gouvernement, elle devient Secrétaire d’État à l’environnement et à la qualité de la vie. L’entrée au gouvernement, qui a le soutien de la majorité, signifie l’intégration dans les institutions de la Ve République.
Aux élections européennes de 1984, au scrutin proportionnel, le PSU recueille 146 000 voix. Au niveau des effectifs, il se désagrège jusqu’à devenir plus petit que la LCR.

En 1987, il décide de soutenir la candidature de Pierre Juquin, ancien du PCF, pour la présidentielle. Enfin, en 1989, le dernier congrès du PSU se tient et décide l’unification avec la Nouvelle gauche (constituée par les comités de soutien à Juquin).

Du point de vue des révolutionnaires, le PSU appartient à la catégorie des partis centristes, à mi-chemin entre les partis réformistes (qui veulent être les médecins au chevet du capitalisme) et les partis révolutionnaires (qui veulent être les fossoyeurs du capitalisme). Ce n’est assurément pas d’un parti de ce type, qui était voué à l’échec, dont nous avons besoin aujourd’hui.

En effet, tel le phénix, la social-démocratie renaît de ses cendres. Qu’elle soit portée au pouvoir par un mouvement populaire ou par des élections, elle fait naître l’espoir parmi les salariés. Une fois au gouvernement, elle doit renoncer à ses projets et se plier devant les exigences patronales, tout en gérant l’appareil d’État. Alors, elle fait monter le désespoir parmi ceux qui l’ont soutenu.

L’espace pour un parti tel que le PSU, c’est-à-dire réformiste radical, existe effectivement quand la social-démocratie gouverne, car la gestion l’entraîne à droite. Cet espace change qualitativement lorsque se manifeste une radicalisation parmi les travailleurs. Ce qui est le cas entre 1968 et 1976, mais le parti socialiste est alors dans l’opposition. Quand la gauche arrive au pouvoir en 1981, à l’inverse de 1936, les luttes sociales sont en régression, aussi le PSU ne pourra-t-il pas compter sur ce facteur.

Dans l’opposition, la social-démocratie retrouve ses marges de manœuvre, elle se refait une légitimité. Le parti socialiste a une double nature, il a un pied dans le camp patronal et un pied dans le mouvement ouvrier. Son idéologie exprime le niveau de conscience moyen du travailleur, une conscience trade-unioniste.

Quand les salariés entrent en lutte, ils se tournent naturellement vers ceux qui incarnent, d’une manière ou d’une autre, la défense de leurs intérêts, les syndicats. En l’absence d’une alternative révolutionnaire, c’est-à-dire d’une organisation de masse révolutionnaire, dans les luttes locales comme dans les grèves de masse, la direction effective reviendra aux directions syndicales et aux partis réformistes (PS et PC).

Le PS en 1974 a intégré dans ses rangs de nombreux militants de la CFDT, ayant participé à de nombreuses luttes, il s’est renouvelé au niveau des dirigeants, des cadres et des militants, il s’est rajeuni et féminisé. Il se dote d’un programme qui sonne résolument à gauche. Il reprend à son compte, comme à chaque fois, les aspirations des couches populaires et des mouvements sociaux. La gauche du PS accepte l’idée d’autogestion, elle la définit comme le « contrôle des travailleurs sur la marche de l’entreprise et, plus précisément, sur leurs conditions de travail, de sécurité, de rémunération et d’emploi. » Après 1981, le gouvernement Mitterrand mettra en pratique ces idées sous la forme des comités d’hygiène et de sécurité dans les entreprises. Cela constitue une réforme importante, mais ne ressemble en rien à l’autogestion, car l’élément déterminant, le contrôle de la production et des moyens de production restent entre les mains du capitaliste.

Mais bien que voué à l’échec, car oscillant toujours entre social-démocratie et idées révolutionnaires, le PSU a eu le mérite immense de soutenir la cause de l’indépendance algérienne, puis, comme nous l’avons indiqué d’être en pointe dans les nouveaux mouvements sociaux qui ont émergé.

Stéphane Lanchon

Bibliographie :
-Jean Bron, Histoire du mouvement ouvrier français, Les éditions ouvrières, Tome 3.
-Michel Winock, Le socialisme en France et en Europe, 19e-20e , et Jean Touchard, La gauche en France 1900-1981, Editions du Seuil, Points Histoire.
-Sous la direction de Claude Willard, La France ouvrière, Tomes 2 et 3, Les éditions de l’Atelier.
-Marc Heurgon, Histoire du PSU, Paris, La Découverte, Collection Textes à l’appui Histoire Contemporaine.
-Pierre Turpin, Les révolutionnaires dans la France social-démocrate, 1981-1995.

Je veux vous envoyer des commentaires sur cet article

Je veux recevoir votre bulletin électronique mensuel

poing rougeSocialisme International   anticapitalisme&révolution

Revue trimestrielle publiée par des militant(e)s
de la Ligue Communiste Révolutionnaire
N° 1  novembre 2001  N°  2 février 2002
Dossier : Palestine
Supplément "Comment battre Le Pen"
N° 3 mai 2002
N° 4  juillet 2002 N° 5 octobre 2002
Dossier : Quel parti nous faut-il ?
N° 6 février 2003
Dossier : Economie
 N° 7 juin  2003
Dossier : la Socialdémocratie
N° 8 septembre 2003
Dossier : la Libération des femmes
 N° 9 janvier 2004 
Dossier Islam et politique
N° 10 juin 2004
Dossier : En défense de Lénine
N° 11 novembre 2004
Dossier : Combattre l'impérialisme
N° 12 mars 2005
Dossier : Ecole et capitalisme
N° 13 août 2005
Dossier : Altermondialisme et anticapitalisme
Site web de la LCR       Liens     Bibliothèque anticapitaliste Abonnez-vous à la revue ou au bulletin électronique