Dossier : Quel parti nous faut-il ?
L’expérience internationale
Italie : Rifondazione communista

 « L’essentiel est d’être dans le mouvement »

Livio Maitan milite depuis les années 1930 au sein du mouvement ouvrier italien. Il a rompu avec la social-démocratie en 1947. C’est lui qui a traduit et édité l’essentiel des œuvres de Trotski en Italie. Depuis 1991, il fait partie de la direction du PRC (Parti de la Refondation Communiste). Il nous a accordé un entretien au sujet des perspectives de Rifondazione.
 

Socialisme : Quelles sont les stratégies développées par le PRC depuis l’arrivée de Berlusconi au pouvoir ?

Livio Maitan : Rifundazione Communista a tenu au mois d’avril un congrès important qui représente un tournant. Le PRC est né il y a déjà 11 ans, au moment où le vieux Parti communiste avait renoncé à son nom, à son drapeau et à ses conceptions (ce qui est plus grave que le nom). Le PRC est donc une rupture assez consistante sur la gauche du parti (autour de 80 000 membres). Il s’est créé fondamentalement sur un réflexe identitaire pour appartenir à un parti communiste en Italie.

Cela ne veut pas dire que tous ceux qui adhéraient à ce parti avaient la même conception, mais la grande majorité des membres du PRC provenaient du parti communiste italien et au niveau de la direction aussi. Par la suite les choses ont changé. Ce n’est pas un hasard s’il y a eu deux scissions en l’espace de sept ans. Il y avait ceux qui étaient pour un PRC pour ainsi dire « modéré », ils voulaient un parti communiste refondé mais ils voulaient une alliance de style « gauche plurielle » en plus à droite dans le sens où ce qui est né du parti communiste qui s’appelle maintenant les « démocrates de gauche » sont plus à droite que le Parti socialiste français.

Il y a donc eu un changement dans la composition du parti. Aujourd’hui, je ne connais pas le pourcentage exact qui provient de l’ancien PCI, mais au niveau des cadres et des organismes dirigeants, ils sont désormais la minorité -  la majorité vient d’ailleurs - de l’ancienne Democrazia Proletaria1, de la Quatrième Internationale, des mouvements sociaux, et des gens qui ont rompus avec le PCI dans le passé et qui sont redevenus actifs maintenant. Dans ce sens, c’est un parti qui a différentes composantes. Le congrès était l’effort de donner une base plus clairement anti-stalinienne, avec une stratégie de construction d’un nouveau parti et d’un mouvement ouvrier nouveau dans le cadre d’un mouvement contre la mondialisation capitaliste qui a une base de masse en Italie.

Pour organiser le regroupement à gauche avec la jeunesse italienne qui arrive sur la scène politique depuis Gènes, quelles sont les différentes tactiques préconisées par le PRC?

Livio : Nous estimons que l’essentiel est d’être dans le mouvement, un mouvement qui a sa propre physionomie, mener des batailles sans volonté d’imposer d’idéaux, ni de ligne, ni de méthode politique au mouvement. On peut faire des convergences qui peuvent varier. Aujourd’hui nous avons un problème puisqu’il y a un certain flottement, y compris de la part des syndicats. Avec des syndicats qui ont connu une certaine radicalisation partielle avec une grève générale.
Maintenant, il y a deux positions dans le PRC : ceux qui disent qu’ils vont changer et que ce sont les syndicats qui représentent l’alternative et ceux qui disent que c’est justement une manœuvre et qu’il n’y a rien à voir de ce côté là. Nous, on pense qu’il faut prendre sur parole ce qu’ils font, et observer le changement.

Nous considérons que pour ceux qui veulent participer à un mouvement contre la mondialisation nous sommes contre des exclusions à priori.

Cependant, nous disons qu’il y a des clivages fondamentaux. La première est la conception pluraliste du mouvement « No Global » et que personne ne tente de la rendre homogène. Là où il ne peut pas y avoir des compromis, c’est sur la question de la guerre, contre l’OTAN, et contre la mondialisation libérale et Maastricht. On peut créer un mouvement ensemble avec ceux qui acceptent ces points fondamentaux. Après on peut avoir des convergences dans certaines luttes même avec des gens qui n’acceptent pas ces points. Si les syndicats organisent une grève générale en maintenant leur orientation stratégique, nous participerons à la grève générale, cela va de soi. Du point de vue de la construction d’un mouvement contre la mondialisation néolibéral, pour nous c’est l’essentiel.

Est-ce que tu peux nous fournir des exemples de participation du PRC au mouvement ?

Livio : Nous sommes partie prenante à différents niveaux. Nous avons des camarades dans ATTAC, dans les confédérations syndicales et les syndicats indépendants comme les COBAS. Le parti en tant que tel est admis dans le mouvement, c’est peut-être le seul parti qui est partie prenante « officiellement », qui signe des documents à Porto Alegre en tant que PRC. Finalement, ce qui est très intéressant en perspective sont les Giovanni communisti (les jeunes communistes du PRC). Il s’opère des convergences entre eux et les Tutti Bianchi (« les désobéissants »). Aujourd’hui, sur la gauche du mouvement antimondialisation il y a ces deux forces et dans la mesure où est possible une collaboration nous sommes engagés ensemble.

Comment est-ce que tu conçois le rôle de la quatrième internationale dans le mouvement ? Quel est la place du journal ?

Livio : Le PRC a un quotidien (Liberazione) pluraliste, un camarade de chez nous est directeur adjoint, on peut mener des batailles dans le journal par des contributions régulières. Moi, j’écris toutes les semaines une rubrique économique, et on contribue à des débats plus généraux pour défendre certaines analyses. A côté de ça, on a notre propre presse (Bandiera Rossa) dans laquelle nous défendons nos analyses. Ce qu’il y a de nouveau dans le PRC est qu’il est reconnu le droit d’avoir un courant Quatrième Internationale, pas un courant trotskyste en général, mais un courant qui joue un rôle dans le PRC, ce qui nous facilite la tâche. Le parti a adopté un tournant à gauche auquel nous avons participé activement, nous faisons parti de la majorité du PRC. Car faire voter un texte à un congrès, c’est une chose, le faire assimiler, c’est autre chose et le faire appliquer, c’est encore plus difficile. Donc l’issue n’est pas prédéterminée.

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