Le nouvel impérialisme

LA GUERRE CONTRE L’IRAK: la première guerre mondiale du 21ème siècle.

(NDLR : cet article est une version plus longue de l'article paru dans Socialisme International N° 5, automne 2002)

« Nous devons gagner la 1ère guerre mondiale du 21ème siècle. Ce ne sera pas une simple guerre. Ce sera un marathon. »

12 ans après la guerre du golfe, les Etats-Unis veulent à nouveau faire la guerre à l’Irak. Alors que pendant cette période, la guerre contre ce petit pays n’a pas cessé : le maintien d’un embargo le plus dur des Nations Unies, des bombardements incessants. Pour les Etats-Unis, cette politique n’a pas donné les résultats escomptés : le régime de Saddam Hussein en est sorti renforcé, la belle coalition de la guerre du golfe a volé en éclat lorsque les Etats Unis ont prolongé les sanctions. Du reste, c’est la population civile qui a le plus souffert : 1,5 millions de morts depuis la guerre (dont 500 000 enfants). Bien qu’aujourd’hui, les Etats-Unis accusent le régime irakien d’être un soutien au terrorisme, de détenir des armes de destruction massive, « tout changerait-il parce que rien ne change vraiment »   du côté de l’impérialisme américain et ses satellites à travers le monde ?

Si on s’en tient au discours de l’état de l’union du 29 janvier 2002 prononcé par G.W. Bush, on serait tenté de prendre comme un prétexte de guerre l’attitude des « rogues states ». Or, cette volonté de punir ces Etats ne découle pas des attentats du 11 septembre. Bien avant ces événements, Bush jr n’a pas arrêté de déclarer qu’il voulait finir le travail inachevé de son père : éliminer Saddam Hussein. Les attentats contre les twin towers lui donnent encore plus les mains libres pour attaquer unilatéralement l’Irak. Ce pays ferait partie ainsi d’un axe
maléfique.

Des prétextes bien flexibles dans le temps

Détruire le dispositif irakien d’armes de destruction massive

« Il a utilisé des armes chimiques contre son propre peuple et contre ses voisins. » « Il a envahi ses voisins. » « Il a tué des milliers de ses concitoyens. » Mme Condoleezza Rice, conseillère pour la sécurité nationale du président George W. Bush, égrène les arguments « irrésistibles » qui poussent, les Etats-Unis à intervenir en Irak et à renverser le président Saddam Hussein . Allégations irrécusables : en septembre 1980, le régime de Bagdad se lançait à l'assaut de l'Iran, amorçant un des conflits les plus meurtriers de l'après-seconde guerre mondiale ; mis en difficulté, il utilisait en effet des armes chimiques avant de gazer, à Halabja, en mars 1988, 5 000 Kurdes irakiens. Washington lança-t-il alors une croisade contre ce « tyran sanguinaire » ?
La presse américaine vient de confirmer que, à cette époque, une soixantaine d'officiers américains avaient fourni secrètement à l'état-major irakien « des informations détaillées sur le déploiement des forces iraniennes » et qu'ils parlaient avec lui des plans de bataille. Ces conseillers, informés de l'utilisation de gaz, - interdits par la convention de Genève - ne s'y opposèrent pas, « car ils pensaient que l'Irak luttait pour sa survie ».

Dès 1984, l'administration Reagan avait d'ailleurs rétabli ses relations diplomatiques avec Bagdad - rompues depuis la guerre de 1967 - et rayait l'Irak, promu par l'Occident au rang de rempart contre la « révolution islamique », de la liste des pays soutenant le terrorisme. Arrivé à la présidence en janvier 1989, M. George Bush père signait une directive dont le cynisme le disputait à la bêtise : « Des relations normales entre les Etats-Unis et l'Irak serviraient nos intérêts à long terme et pousseraient à la stabilité dans le Golfe et le Proche-Orient. Nous devons proposer des stimulants à l'Irak pour modérer son comportement et y accroître notre influence. »

Durant cette période, des sociétés américaines, avec l'aval du département d'Etat, exportèrent en Irak des produits pouvant être utilisés pour la fabrication d'armes bactériologiques . On comprend que la « communauté internationale », si attentive dans les années 1990 à retracer l'histoire du programme irakien d'armes de destruction massive, n'ait jamais enquêté sur les compagnies étrangères qui ont aidé Bagdad. Des Etats-Unis à l'Allemagne en passant par la France, trop de gouvernements occidentaux étaient concernés.
Officiellement, cette opération viserait les armes de destruction massive de Bagdad. Rappelons que le désarmement de ce pays a été exigé par la résolution 687 du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée le 3 avril 1991. Le point 14 du texte précise que ces mesures « s'inscrivent dans une démarche dont les objectifs sont de créer au Proche-Orient une zone exempte d'armes de destruction massive et de tous missiles-vecteurs ».

Cette « démarche » régionale ne fut jamais entamée. Toute l'attention fut focalisée sur l'Irak, soumis à un meurtrier système d'embargo qui affame sa population, délite la société et... renforce le régime de M. Saddam Hussein. Entre 1991 et 1998, des inspecteurs de l'ONU accomplirent sur place un travail impressionnant, s'assurant de la destruction du programme nucléaire, de la quasi-totalité des missiles et d'une partie importante des armes chimiques. Un contrôle à long terme avait été mis en place, avec un système de caméras de surveillance sur des dizaines de sites. On était enfin sur la voie du désarmement et de la fin de l'embargo. Mais Washington avait, dans les faits, d'autres objectifs.

M. Rolf Ekeus, qui a dirigé les inspecteurs des Nations unies en Irak entre 1991 et 1997, a récemment révélé que, non seulement les Etats-Unis avaient utilisé les inspecteurs à des tâches d'espionnage, mais qu'ils avaient « fait pression pour que ceux-ci mènent des missions controversées d'un point de vue irakien, créant ainsi un blocage qui pouvait justifier une action militaire directe ».

Deux semaines après l'Opération Renard du Désert, les officiels US ont publiquement reconnu que les inspecteurs étaient en fait des agents des services de renseignement qui ont ensuite fourni au Pentagone les coordonnées des objectifs à viser .

C'est ce qui se passa en décembre 1998, quand Washington décida de bombarder l'Irak, sans l’aval de l'ONU, forçant les inspecteurs au départ et laissant depuis le programme d'armements irakien en dehors de tout contrôle.
Pas plus qu'hier, la Maison Blanche ne cherche le retour des inspecteurs, mais plutôt un prétexte pour une aventure militaire qui risque d'accentuer le fossé entre le monde musulman et l'Occident. Qui sait quelles seraient les conséquences d'une telle entreprise sur une région ébranlée par l'offensive du gouvernement israélien contre les Palestiniens ? Ancien conseiller du président Bush père, M. Brent Scowcroft a lancé une mise en garde : « Israël serait la première victime d'une guerre, comme en 1991. (...) Cette fois l'utilisation d'armes de destruction massive pourrait réussir à entraîner une riposte israélienne, peut-être avec l'utilisation d'armes nucléaires, déclenchant un Armageddon au Proche-Orient . »

Mais la volte-face de l'Irak au sujet des inspections place Bush face à un dilemme. Des inspecteurs objectifs ne peuvent que confirmer ce que le gouvernement irakien, Scott Ritter et d'autres répètent depuis des années: l'Irak ne possède pas (ou plus) d'armes de destruction massive. Il est donc paradoxal, mais logique, que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, les plus enragés à réclamer ces inspections, réagissent aujourd'hui négativement.

Au cours de la Guerre du Golfe de 1991, l'Irak n'a pas utilisé des armes chimiques ou d'autres types d'armes non-conventionelles. Par contre, les Etats-Unis les ont utilisées. Les Etats-Unis ont largué des tonnes d'armes à uranium appauvri sur tout le territoire Irakien.

Le 1er août 2002, le Ministre des Affaires Etrangères Irakien rendit public une lettre adressée au Secrétaire Général de l'ONU Kofi Annan et annonçant que l'Irak était prêt à reprendre les conversations sur l'éventuel retour des inspecteurs de l'ONU. Cependant, eu égard à l'expérience du passé, lorsque les soi-disant inspecteurs étaient en fait en train de recueillir des informations pour les attaques des missiles croisières, l'Irak demandait que des négociations aient lieu au préalable afin de définir les conditions.

L'Irak a aussi proposé qu'une délégation de représentants du Congrès US, accompagnée d'experts en armement de leur choix, effectuent une tournée des sites soupçonnés d'abriter des armes de destruction massive.

Au lieu de ralentir la course à la guerre, l'administration Bush a immédiatement rejeté l'invitation Irakienne à des discussions sur le retour des inspecteurs ainsi que l'invitation d'une délégation du Congrès. Colin Powell, Secrétaire d'Etat, fréquemment considéré comme moins "faucon" que les autres membres de l'administration Bush, a clairement fait comprendre que les Etats-Unis ne considéreraient pas un "oui" irakien comme une réponse valable : "L'enjeu n'est pas l'inspection, mais le désarmement... nous avons déjà vu les Irakiens jouer avec les inspecteurs,"

Un autre officiel, John Bolton, sous-secrétaire d'état au contrôle de l'armement, fut encore plus direct : "Notre politique... vise à changer le régime à Bagdad et cette politique ne changera pas, avec ou sans les
inspections."

Qui sont les véritables terroristes ?

Si le critère pour être qualifié de terroriste est la fabrication d'armes de destruction massive, alors il est clair que George W. Bush préside sur la plus grande société terroriste présente ou passée de l'histoire du monde.

Les Etats-Unis possèdent le plus gros arsenal - plus de 6.000 missiles et bombes nucléaires. Ils ont dépensé
4000 milliards de dollars ("4 trillion") en armes nucléaires depuis 1945. Lorsqu'ils détenaient le monopole sur ce type d'armes, ils n'ont pas hésité à les utiliser sur des cibles civils -- jusqu'à 200.000 civils volatilisés en un instant à Hiroshima et Nagasaki en 1945.Bush est en train de dépenser des centaines de milliards sur la militarisation de l'espace. La doctrine militaire du Pentagone récemment publié s'arroge le droit d'avoir recours en premier d'armes nucléaires contre l'Irak, la Corée du Nord, l'Iran, la Chine et la Russie. Les Etats-Unis possèdent des sous-marins Trident et des porte-avions qui transportent 24/24h des armes nucléaires au nom d'une flotte impériale qui sillonne en permanence les mers du globe.Le gouvernement des Etats-Unis a utilisé des armes chimiques au Vietnam, et déversant l'Agent Orange sur des vastes étendues du pays. De milliers de soldats US et un nombre inconnu de Vietnamiens en sont morts ou souffrent péniblement de ses effets.

Aujourd'hui, le gouvernement des Etats-Unis fabrique des armes chimiques et bactériologiques, chose qui était régulièrement niée et qui n'a été admise qu'après les attaques à la maladie du charbon en 2001.

Et le gouvernement des Etats-Unis - dirigé par les Démocrates comme par les Républicains - a consciemment et volontairement tué plus d'un million de civils Irakiens avec une arme plus silencieuse et moins spectaculaire appelée "sanctions économiques". Cette arme a tué 5.000 enfants par mois depuis 12 ans et doit être considérée comme une arme de destruction massive.

A présent, Bush accuse l'Irak de produire des armes de destruction massive et de refuser des inspections. C’est doublement faux: 1. Le 31 janvier dernier, Andrei Pietruzewski, chef de l'équipe d'inspection de l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique, a félicité l'Irak pour «avoir fourni toute l'aide nécessaire aux inspections»  2. C'est Washington qui a ordonné à ses inspecteurs de quitter l'Irak en 1998, vient de reconnaître le New York Times du 2 février 2002. L'Onu a désarmé l'Irak à 90%, affirme d'ailleurs Rolf Ekeus, chef des inspecteurs de 1991 à 1997. Par contre, les Etats-Unis, les seuls à jamais avoir employé l'arme atomique, protègent les armes nucléaires secrètes d'Israël.

Renverser le régime dictatorial de Saddam Hussein : l’occasion manquée de 1991

Lorsque le cessez le feu est signé au printemps 1991, l'opposition irakienne, tenue sous le joug depuis des décennies, va se soulever. Cette intifada spontanée qui débute en mars entraîne l'insurrection dans 12 des 18  provinces du pays qui échappent ainsi au contrôle de Bagdad. Menée à ses débuts par la base chiite - la hiérarchie cléricale a été décimée par la répression - elle a un caractère fortement marqué par l'islamisme. Le 1er mars, la ville de Basra dans le sud tombe aux mains des insurgés puis c'est le tour le 4 mars de Nadjaf et Kerbala. Les alliés campent aux frontières, pourtant ils ne bougeront pas et laisseront les troupes de Saddam Hussein se livrer à un véritable carnage, avec hélicoptères et armes chimiques, ce en parfaite contravention aux termes de l'armistice.

Pas davantage, ils ne saisissent la balle au bond lorsque tout l'éventail de l'opposition irakienne, chiites, communistes, nationalistes, démocrates, indépendants et kurdes, se réunit à Beyrouth et forme un Comité d'action commune, ancêtre du CNI, dont l'objectif vise à établir un Etat de droit en Irak, multipartiste et parlementaire. Il faut attendre la formation du Congrès national irakien créé à la conférence de Vienne en juin 1992 auquel chiites, communistes et nationalistes ne participent pas en raison des pressions anglo-saxonnes en faveur de l'autodétermination kurde, pour qu'Américains et Britanniques manifestent leur intérêt pour l'opposition. Il est cependant trop tard et même la conférence unitaire de Salah ad Din au Kurdistan ne permettra pas un replâtrage entre ses différentes composantes.

Mener une guerre sans merci contre le terrorisme international

Les prétextes de guerre les plus délirants se succèdent. D'abord Washington accuse Bagdad de soutenir les terroristes de Ben Laden. Ridicule, car l'Etat laïque et progressiste irakien, où les femmes jouent un rôle éminent et émancipé, n'a rien en commun avec les intégristes du genre talibans, Le 6 février encore, Powell, ministre US des Affaires étrangères, a dû reconnaître n'avoir trouvé aucun lien Irak-Ben Laden
S'agissant des pays, force est de constater que ce même lien entre un Etat et le terrorisme pourrait être aussi bien effectué en théorie vis-à-vis d'autres pays, y compris vis-à-vis de certains qui sont pourtant très proches des Etats-Unis et dont le soutien direct ou indirect à Al-Quaida est très probable.

Le lien avec l'acte terroriste du 11 septembre et avec Al-Quaida est essentiel. Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité les Etats-Unis se sont réservé le droit d'attaquer d'autres organisations, d'autres Etats. Sauf à sortir de la légalité internationale ce droit supposera que le Conseil de sécurité accepte les justifications présentées et que celles-ci apportent les preuves formelles de la responsabilité d'autres organisations ou d'un autre Etat dans l'agression armée dont les Etats-Unis ont été victimes le 11 septembre. S'agissant de l'Irak ce lien de responsabilité ne peut être évoqué.

Aucun lien n'a pu être trouvé entre l'Irak, les attentats du 11 septembre, Al Quaida et les attaques à l'anthrax. Comme le reconnaît le Secrétaire générale de l'ONU dans une déclaration du 19 décembre 2001 : « je n'ai aucune preuve liant l'Irak à ce qui s'est passé le 11 septembre ». Cette affirmation a d'autant plus de poids que les lobbies anti-irakien se sont véritablement déchaînés aux Etats-Unis dans l'espoir de prouver de tels liens. Pourtant, les menaces d'intervention émises par le président américain le 29 janvier 2002 dans son discours de l'Union, établissent un lien entre la possession par certains Etats, d'armes de destructions massives et la possibilité pour ceux-ci d'en armer des réseaux terroristes.

De manière plus politique, l'Irak condamne toute forme de terrorisme dont elle s'estime l'une des premières victimes. Elle réclame une définition du terrorisme  incluant le terrorisme d'Etat visant ainsi clairement les Etats-Unis et Israël.

Or, le blanc-seing donné par le Conseil aux Etats-Unis est réversible ou, tout au moins peut être mis sous contrôle, puisque l'article 51 de la Charte dispose que le Conseil de sécurité a le pouvoir et le devoir d'agir à tout moment de la manière qu'il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. Cette possibilité de remettre sous son contrôle le pouvoir de coercition armée dont dispose le Conseil n'a jusqu'à présent été évoquée par personne. Les États-Unis n'ont toutefois pas souhaité profiter de ces dispositions qui leur permettaient de s'appuyer sur la communauté internationale et ont entrepris de conduire quasiment seuls les actions militaires contre le gouvernement Taliban d'Afghanistan et l'organisation terroriste Al-Quaida.

Mais nous verrons plus loin que l’intermédiaire de l’ONU ne sème que des illusions sur une prétendue communauté internationale. Ce gouvernement et cette organisation constituaient la première priorité de la vaste lutte anti-terroriste puisqu'ils étaient directement responsables des attentats perpétrés à New-York et à Washington.
Le succès de ces actions qui se traduisent par l'effondrement du régime des Talibans et l'instauration d'un gouvernement provisoire en Afghanistan pose la question de la suite des actions de lutte contre le terrorisme international. Le département d'Etat américain a publié une liste d'organisations considérées comme terroristes dont les avoirs sont gelés et qui constituent des cibles potentielles. De même ont observe une nouvelle approche du traitement de foyers de tension extrême au Proche Orient ou au Cachemire sous une même problématique de lutte contre le terrorisme international.

Toutefois, il semble que la seconde priorité immédiate de l'administration américaine est celle de la poursuite de la destruction de l'organisation Al-Qaida dans tous les lieux où elle pourrait trouver refuge. Outre la question du Pakistan qui a opté dès l'origine pour un soutien de la coalition internationale cela pose la question d'interventions militaires de même type dans d'autres pays tels que la Somalie ou le Yémen.

La défense de l’ordre capitaliste

Mais les dirigeants Américains et Européens, et l'OTAN, leur coalition armée, s'inquiètent également d'autres menaces. Ainsi que le signalent deux économistes de la défense réputés, dans un livre intitulé "L'économie politique de l'OTAN" , les interventions auxquelles l'OTAN doit se préparer découlent des "disparités économiques et sociales croissantes qui pourraient nourrir les révolutions du vingt-et-unième siècle, lorsque le désespoir cède la place à la violence. Des révolutions qui peuvent se propager dans les pays peuvent créer des instabilités politiques qui pourraient interrompre les lignes d'approvisionnement des pays africains et asiatiques riches en ressources minérales"  . L'odeur du pétrole était prégnante dans la guerre contre l'Irak, contre la Serbie, et elle est encore forte dans la guerre en Afghanistan. D'ailleurs, selon un journal des milieux d'affaires, "Les pétroliers guettent (sic) la fin du conflit afghan"  .

La défense de la mondialisation capitaliste

Parmi les intérêts vitaux, ceux qui exigeraient une intervention militaire, les membres d'un panel d'experts américains parmi lesquels figuraient Condeleeza Rice, Conseiller à la sécurité du Président Bush, l'économiste Paul Krugman, incluent la défense de la globalisation, c'est-à-dire «le maintien de la stabilité et de la viabilité des systèmes globaux majeurs que sont les réseaux commerciaux, financiers, de transports et d'énergie, l'environnement» (relevons que la déclaration issue du sommet de l'Otan de Washington en avril 1999 disait la même chose.

Un observateur attentif n’a pas manqué de relever le poids démesuré pris par les firmes d’armement au sein de l’économie mondialisée : « Il s'avère que les groupes de l’armement sont adossés à des fondamentaux autrement plus solides que la plupart des firmes de la dite « nouvelle économie » . En 2000, les valeurs boursières des groupes de la défense (surtout ceux spécialisés en électronique de défense si importantes dans les nouvelles générations d'armes) et de l’aéronautique ont augmenté de 58%, alors que l’indice Standart&Poor des 500 premières valeurs de Wall Street baissait de 9%. Les mêmes tendances ont continué au premier semestre 2001, donc avant le 11 septembre. »
Un poids si importants qu’elles encouragent les guerres : « Ces « fondamentaux » qui soutiennent les groupes producteurs d'armes, ce sont les guerres menées contre l'Irak, contre la Serbie et en Afghanistan. Ce sont également les conséquences de la mondialisation dominée par le capital financier et mise en œuvre par le programme politique néolibéral »

Les moyens et les buts de la nouvelle « dominance » impériale

Une nouvelle stratégie militaire

L’idée suivant laquelle le budget militaire des EU est assis en fonction du scénario BUR des deux MRC  relève d’une mystification   L’ancien scénario de l’époque bipolaire fixait ce qu’on appelait communément un « scénario limite de la Guerre froide » consistant en un état de préparation susceptible de mener simultanément une guerre limitée (régionale) et deux guerres en une contre l’URSS (une guerre majeure conventionnelle et une guerre nucléaire), dans le but de dissuader Moscou d’essayer de profiter de l’engagement des EU dans une guerre régionale du type Corée ou Vietnam, voire contre la Chine. La BUR remplace le scénario d’une « guerre majeure (mondiale) et demie » par un autre scénario : celui de deux guerres « régionales majeures » simultanées censé intégrer comme nouvelle donnée l’absence de « compétiteur mondial de force équivalente » (global peer competitor »), tout en dissuadant tout adversaire régional de profiter de l’occasion d’un engagement des EU contre un autre adversaire de la même catégorie, pour avancer ses propres pions. Les deux adversaires types ciblés par la BUR étaient l’Irak ainsi que la Corée du Nord : les forces armées américaines sont censées se tenir prêtes à combattre ces deux Etats simultanément, ou presque . C’est d’autant plus une mystification que ces deux pays visés par le scénario BUR des deux MRC sont exsangues et disposent de capacités militaires arriérées  .

Selon Philippe S. Golub, la nouvelle doctrine militaire US se place dans la perspective d’une projection internationale des forces militaires américaines. Or, l’effet de la domination technologique demeure découplé de la mobilisation anti-terroriste : il est évident que le dispositif anti-missile ne peut contrecarrer l’utilisation par un groupe non étatique d’armes biologiques ou chimiques. Le changement de doctrine stratégique (de la guerre « humanitaire » de l’administration Clinton à la « guerre préventive ») reste l’apanage des Etats totalitaires du XXème siècle. Cependant, les EU visent des petits Etats du monde et non pas la Chine ou la Russie (infirmation de la théorie des deux BUR). Cette nouvelle doctrine de la guerre préventive se trouve au centre du discours de de l’état de l’union : « Nous agirons sans hésitation mais le temps n'est pas notre allié. Nous n'attendrons pas que des incidents surviennent alors que le danger s'accroît. Nous ne resterons pas inactifs face à un danger qui se rapproche de plus en plus. Les États-Unis d'Amérique ne permettront pas aux gouvernements les plus dangereux du monde de nous menacer avec les armes les plus destructives du monde. »

D’ailleurs, les EU envisagent très sérieusement d’utiliser l'arme atomique contre l'"axe du Mal". Un rapport secret du Pentagone envisage l'utilisation de petites bombes nucléaires contre des États " voyous "

En effet, les plans sont détaillés dans un rapport de 56 pages, la Nuclear Posture Review (Mise à jour de la doctrine nucléaire). En mars, le New York Times a révélé le secret: le Pentagone veut mettre au point des armes nucléaires plus petites et plus précises, utilisables contre l'" axe du Mal " et d'autres nations qui chercheraient à se doter d'un arsenal biologique, chimique ou nucléaire.

La guerre froide enterrée, l'atome devrait se mettre au service d'une nouvelle dissuasion, écrivent les stratèges américains. " Pour définir les futurs moyens de frappe nucléaire, il faut distinguer les éventualités que peuvent rencontrer les États-Unis (...) La Corée du Nord, l'Irak, l'Iran, la Syrie et la Libye figurent parmi les pays qui pourraient se retrouver impliqués dans un de ces scénarios immédiats, plausibles ou inattendus ", avertissent-ils.

A l'abri du jargon, l'équipe Bush et le Pentagone cassent un tabou. L'arme nucléaire n'est plus l'ultime recours d'une nation menacée à tout instant dans son existence même, comme ce fut le cas pendant la confrontation avec
l'URSS. Elle peut être aussi l'outil d'une dissuasion du fort au faible, ce qui suppose son adaptation. " L'arsenal nucléaire américain, aussi massif soit-il, n'a rien fait pour dissuader les terroristes qui nous ont frappés le 11 septembre ", notait récemment le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld.
En pratique, les États-Unis pourraient utiliser des armes atomiques de petite dimension pour neutraliser, si nécessaire, les stocks d'armes biologiques, chimiques ou nucléaires les plus menaçants. Selon le New York Times, d'autres scénarios incluent " une attaque irakienne sur Israël ou sur ses voisins, une attaque nord-coréenne sur la Corée du Sud, une confrontation militaire (avec la Chine) sur Taïwan ".
Dans leur froide précision, les calculs du Pentagone sont dignes du Docteur Folamour. Les Arabes, eux, ne peuvent que s'émouvoir au cauchemar de leur région transformée en champ de bataille nucléaire.

Le Pentagone, en apparence pris de court par la fuite, a fait savoir que son rapport est un inventaire des besoins, pas un catalogue de cibles nucléaires. " Le département de la Défense continue de dresser des plans contre toute éventualité et contre toute menace pesant sur les États-Unis et sur leurs alliés. L'objectif numéro un reste précisément de dissuader de semblables attaques ", a-t-il affirmé.

Pour George W. Bush, la révélation est-elle vraiment gênante ? Le document du Pentagone sert aussi à prouver que l'offensive contre " l'axe du Mal " n'était pas qu'une envolée rhétorique. La doctrine Bush conduit à une révision militaire de fond en comble. La " nouvelle " dissuasion nucléaire ressort d'une stratégie, au même titre que les déploiements de troupes américaines à l'autre bout du monde ou la mise en chantier d'un bouclier antimissile.A plus court terme, les scénarios de la Nuclear Posture Review sont aussi un avertissement à l'Irak. Ce n'est pas la première fois que le régime de Saddam Hussein s'entend dire que son arsenal de mort pourrait finir sous les kilotonnes. En janvier 1991, quelques jours avant que ne s'engage la " Tempête du désert ", un autre président Bush avait pris soin de faire avertir Bagdad : toute utilisation d'armes chimiques ou biologiques contre les troupes américaines déclencherait une punition " dont l'Irak mettrait des siècles à se remettre ".

Après la libération du Koweït, Bush père avait affirmé qu'il avait bluffé et qu'il n'avait jamais eu l'intention de recourir à l'arme nucléaire. Face à Saddam Hussein, George le fils est apparemment plus sérieux. Ou encore plus roué.

La reconstitution d’une économie permanente d’armement ?

L’effet direct et immédiat des attentats du 11 septembre s’est traduit en une « augmentation du budget militaire américain décidée à l'initiative du Président Bush. Cette décision ne devrait pourtant pas surprendre, car elle n'est pas une décision subite prise sous le coup d'une émotion. Le Président Clinton avait dès 1999 obtenu du Congrès que le budget militaire augmente de 112 milliards de dollars sur la période 2000-2005. Cette décision [avait été] prise quelques mois avant l’entrée en guerre de l’OTAN contre la Serbie »

Leur niveau, atteignait à la fin du vingtième siècle un montant égal à 90 % du niveau atteint sur la période de « guerre froide » 1950-1989. Cet expert relevait plus loin que « le budget militaire des Etats-Unis pourrait alors atteindre 375 milliards de dollars en 2002 (soit 66 milliards de dollars d'augmentation par rapport à 2001) et on parle d'ores et déjà de 400 milliards de dollars en 2003. L’enthousiasme des groupes de la défense, de leurs actionnaires, ne s’est pas fait attendre. Le sentiment général, est que les actes du 11 septembre donnent une formidable opportunité pour augmenter les dépenses militaires dans des proportions inouïes. Plus encore que dans d’autres domaines, toute contestation sur ces augmentations vous identifient à un « ennemi de l’intérieur. »
De plus près, le niveau des dépenses d’armement ne cesse de s’élever de manière vertigineuse : un tiers des dépenses militaires mondiales au plus bas de l’après-guerre froide ; aujourd’hui, 40% pour tendre vers 50%. Un tel panorama fournit les bases quantitatives et qualitatives d’une économie permanente d’armement, dans des conditions historiques différentes de la guerre froide (des années 50) : doctrine de la riposte graduée contre un seul ennemi (l’URSS). L’objectif reste de maintenir la domination unipolaire des EU sur le reste du monde. Le budget des dépenses militaires a augmenté de 13% depuis les événements du 11 septembre (soit 5% du P.I.B. US)

Avec le recul nécessaire, il est possible de corriger les conclusions de Gilbert Achcar dans le sens d’une reconstitution probable d’une économie permanente d’armement fondée sur de nouveaux paramètres historiques et économiques (voir analyses de Claude Serfati)

Le contrôle géostratégique des ressources pétrolières

Le contrôle de la rente pétrolière :

On sait que les Etats-Unis ont une longue tradition d'intervention militaire (en Amérique, au Moyen-Orient) à chaque fois que la rente pétrolière captée par leurs compagnies est menacée. L'extension de la notion d'«intérêts vitaux» aux réseaux commerciaux et financiers globaux élargit considérablement le spectre de la sécurité nationale. Or, le tarissement des réserves pétrolières (de 10 à 50 ans) les oblige contrôler les gisements pétrolifères de la zone d’Asie Centrale et du Moyen-Orient ainsi que leurs voies d’acheminement.

Contrôler tout le pétrole

Qu'est-ce qui détermine la stratégie pétrolière des USA? Le vice-président Cheney l'a exprimé en mai 2001 dans un rapport fondamental Energy Policy Paper: «La sécurité énergétique doit venir en priorité dans notre politique étrangère et commerciale». Pourquoi? «La demande internationale croissante de pétrole exercera une pression renforcée sur la disponibilité globale du pétrole.»4 Un souci pour les USA : leur dépendance envers les importations devrait passer de 50% aujourd'hui à 66% en 2020. Cheney en tire deux exigences : 1. Maintenir de bonnes relations avec l'Arabie Saoudite. 2. Diversifier ses fournisseurs dans le monde entier.

Les Etats-Unis seraient-ils à court de pétrole? Puisque la «solution» ne peut toucher aux superprofits des multinationales pétrolières, alors Cheney propose ­ en termes diplomatiques car ce rapport est public ­ d'une part, de renforcer l'alliance US avec l'Arabie Saoudite (un des régimes les plus arriérés et répressifs du globe) et, d'autre part, d'imposer par tous les moyens le contrôle total des USA sur les grands fournisseurs de la planète.

Nous assistons à la mise en pratique du Plan Cheney. Les Etats-Unis ont pris possession de l'Afghanistan et installé leurs bases militaires dans plusieurs Etats d'Asie centrale. Ils ont tenté (et ce n'est pas fini) de renverser le régime progressiste de Chavez au Venezuela. Ils ont augmenté leur engagement militaire dans le Plan Colombia et viennent également d'installer plusieurs centaines de «conseillers militaires» en Géorgie (au Vietnam aussi, ils avaient commencé avec des «conseillers»).

Ce que cache Cheney, c'est qu'en contrôlant le pétrole de toute la planète, Washington s'assurerait aussi un formidable moyen de pression sur l'approvisionnement de ses grands rivaux: l'Europe et le Japon.
 

La position des autres pays impérialistes et le combat combiné contre la guerre en Irak et la guerre d’Israël contre les palestiniens

La pression US sur les autres pays impérialistes

L'assaut contre l'ambassade irakienne à Berlin le 20 août par un petit groupe prétendus dissidents irakiens est, selon certains, l'oeuvre des services secrets américains et israéliens. En guise de remontrance envers les candidats chancelier Schröder et Stoiber qui se distancient ouvertement du langage guerrier de Bush.

Des voix s'élèvent aujourd'hui contre la guerre imminente. Mais ces voix ne s'opposent pas aux objectifs de la politique impérialiste. Elles sont d'accord qu'il faut un autre régime en Irak, qui maintienne le prix du pétrole suffisamment bas. Mais elles craignent que l'approche brutale de Bush aiguise l'indignation qui accompagne chaque guerre, surtout dans les pays arabes. Elles ont aussi peur que les USA renforcent encore leur emprise sur le monde, s'ils s'emparent du pétrole irakien et peut-être aussi iranien. Elles veulent aussi leur part du gâteau arabe.

C'est pourquoi la lutte contre la guerre ne peut pas être dissociée de la lutte contre l'embargo, qui tue encore chaque mois 5.000 enfants irakiens. Le but de l'embargo est le même que celui de la guerre: briser un régime indépendant et le remplacer par des marionnettes des USA et de l'Occident. La lutte contre la guerre, à laquelle on doit lier la lutte du peuple palestinien, est une lutte pour le droit des pays du tiers monde à se soustraire de la domination économique, politique et militaire des Etats-Unis et de l'Europe.

Et en ce qui concerne Saddam Hussein, c'est le peuple irakien qui en décidera. Pas un président «presque élu» aux USA, pour qui seul le profit de l'industrie militaire et pétrolière compte. La guerre contre l’Irak aura lieu malgré les atermoiements de certains pays ou dirigeants de la planète capitaliste  Attaquer l'Irak? La Chine est contre, la Russie aussi, ainsi que les pays arabes. Comme l'ensemble du tiers monde. Rien de nouveau : les attaques contre la Yougoslavie et l'Afghanistan avaient eu lieu contre la majorité des pays du globe.

Plus neuf: l'Allemagne aussi dit non. Ainsi que la France. Même en Grande-Bretagne, on ne trouve plus un seul va-t-en-guerre. Généraux retirés, dirigeants des deux grands partis, évêques dénoncent l'attaque en préparation. Blair a dû le signaler à son copain Bush.

Même aux Etats-Unis, des «faucons» réputés deviennent «colombes», du moins pour un temps. Kissinger, Scowcroft et le «vainqueur» de la guerre du Golfe 91, le général Schwarzkopf, avertissent Bush de ne pas se lancer en guerre sans un soutien international plus solide.

Divergences : rien de nouveau…

Le fait que des divergences s'expriment au sein même du camp impérialiste ne prouve pas que la guerre n'aura pas lieu. Au contraire. Quelques mois avant l'attaque contre la Yougoslavie (en mars 99), le Conseil des ministres européens avait dénoncé les attaques de l'UCK séparatiste albanaise au Kosovo. Tandis que le même Kissinger déconseillait au président Clinton d'attaquer la Yougoslavie: «Il faut garder les forces US en prévision de deux affrontements majeurs: contre l'Irak et contre la Corée du Nord». 1 !
Cela n'avait nullement empêché Clinton d'attaquer la Yougoslavie. Notamment pour obliger les pays européens à suivre la direction des Etats-Unis, patron militaire du continent européen.

A nouveau, la guerre apparaît comme le seul moyen pour une administration Bush, contestée et isolée, de rétablir son leadership. Berlin et Paris aimeraient signer des contrats avec l'Irak et l'Iran? Une motivation de plus pour Washington. Bref, le monde entier est contre, mais les «maîtres du monde» préparent quand même la guerre, car nous vivons en démocratie, non? C'est-à-dire que si la Bourse plonge, et avec elle les super-profits artificiels, si l'industrie des armements piaffe d'impatience à l'idée de tester, puis de vendre sa nouvelle «E-bomb» (paralysant tous les systèmes électroniques, avec de graves conséquences pour les hôpitaux, centrales électriques, etc.), alors les maîtres du monde décident qu'il faut faire la guerre. Détruire, terroriser, tuer. Bush se dit «patient»: il se donnera un peu de temps pour mettre en scène une grande provocation médiatique comme dans chacune des guerres précédentes: Timisoara (1989), «couveuses volées» au Koweït (1990), faux «massacre» de Racak (1999), etc.

Le seul dirigeant capitaliste vraiment hostile est Gerhard Schroeder, mais les véritable raisons de sa défection sont d’ordre technique : l’utilisation au maximum de leurs capacités d’intervention des contingents allemands. Cette position anti-guerre a redynamisé sa campagne électorale mais après les élections législatives, il promet de garder la même opinion. Un son cloche identique viendrait-il de Moscou : sa position officielle est plutôt contre une intervention mais les Etats-Unis déploient plein de ruse pour persuader la Russie de ne pas opposer un veto au sein du conseil de sécurité de l’ONU : ils continueraient de fermer les yeux sur les multiples exactions de l’armée russe en Tchétchénie. La diplomatie US adopte la même stratégie vis-à-vis de la Chine, elle ferme les yeux sur les massacres commis contre les yogourts au Xiantiang en échange d’une certaine neutralité.

Les secrets des préparatifs de guerre

Le Qatar et la Jordanie refusent – publiquement, en tout cas – de servir de bases militaires aux troupes US.
Et en coulisses ? Ces deux derniers pays sont particulièrement sous pressions pour prêter leur territoire. Washington vient de doubler son « aide » militaire à la Jordanie. Et le Guardian britannique cite des « témoins oculaires affirmant que les préparatifs (US) sont en cours à la base militaire de Muafaq Salti »

La guerre dans quelques mois, car le climat ne permettait pas une guerre terrestre en été. Et surtout parce que, pour venir à bout de la résistance irakienne, les USA doivent masser d’importantes troupes, ce qui prendra quelques mois. Ils voudraient un encerclement complet permettant, selon une récente « fuite » du New York Times , d’attaquer à partir de sept pays : Turquie, Jordanie, Emirats, Bahrein, Omar, Koweït et Qatar, outre les habituels porte-avions et bases plus lointaines (d’ailleurs la base de Djibouti a été prêtée par l’Etat Français, confirmant la grande duplicité de l’impérialisme hexagonal). Tous ces pays, sous pression de leurs opinions publiques, sont réticents. Aussi le forcing va se renforcer en coulisses pour les obliger à entrer dans la « Grande Coalition Bush bis ». Horizon : la guerre en janvier 2003.

L’illusion du recours à l’ONU

Près de la totalité des pays de la chaîne impérialiste se mettre d’accord sur une intervention contre l’Irak sous mandat de l’ONU excepté bien sûr les Etats-Unis et peut-être encore la Grande-Bretagne. Y compris la plupart des pays arabes. Mais le revirement irakien du 17 septembre dernier a divisé le Conseil de Sécurité :  « Un nouveau clivage est apparu entre ceux - Russie, France, Chine, pays arabes - qui estiment qu'il n'est pas nécessaire de redéfinir la mission des inspecteurs et ceux - Etats-Unis, Grande-Bretagne - qui pressent l'ONU d'adopter une nouvelle résolution rendant plus strict le régime d'inspection. »  La semaine dernière, quand il s’agissait d’adopter une résolution "musclée" dans la foulée du discours de M. Bush devant l’ONU, les Américains et les Britanniques étaient les plus pressés. Cette fois, alors qu'il s'agit du retour des inspecteurs, ils affichent une certaine patience.
Mais Bush a brisé le suspense : il fera la guerre à l’Irak avec ou sans l’ONU. Ce qui prouve encore une fois que le rôle de l’ONU et les efforts déployés par Kofi Annan afin de faire revenir les inspecteurs ne valent pas grand chose. Mais cela révèle aux yeux de l’ensemble des opinions publiques mondiales l’arrogance des Etats-Unis, qui peuvent piétiner ce qui reste encore des « règles de la communauté internationale » !

De fait, l’ONU reste avant tout l’instrument des grandes puissances du monde capitaliste ; in fine, les Etats-Unis restent les maîtres du jeu.

Deux poids, deux mesures

Mais l’application des résolutions de l’ONU est à géométrie variable. Certaines résolutions ont beaucoup moins de poids que d’autres (par ex. les résolutions concernant les sanctions contre l’Irak). Ainsi, les résolutions 242 et 338 n’ont toujours pas le moindre début d’application, l’évacuation de l’armée israélienne des territoires occupés ne fait ni l’objet de sanctions internationales contre l’Etat récalcitrant ni encore moins « d’usage de la force » de manière prosaïque. L’Etat d’Israël piétine en plein accord avec les EU l’ensemble des résolutions prises depuis 35 ans par la communauté internationale. Et encore plus aujourd’hui où la guerre fait rage contre le peuple palestinien que la « puissance coloniale occupante » cherche les moyens pour déporter massivement les palestiniens hors de leurs terres.

Construire un mouvement de masse unitaire contre la guerre

Le combat contre la guerre au cœur de l’impérialisme US

La visite de Ramsey Clark en Irak (un ancien ministre de la Justice américain) voulait explicitement transmettre un message contre la guerre. Dans le monde, les médias ont couvert ce voyage, et il y a eu des reportages, limités, aux Etats-Unis. Clark est intervenu en direct trois fois de suite sur CNN le 29 août, où le journaliste Wolf Blitzer l'a accusé d'être «utilisé par Saddam Hussein". Clark a ridiculisé l'accusation, en répondant: «Vous pouvez toujours dire ce que vous croyez, vous pouvez toujours défendre ce qui est juste. Si vous ne le faites pas, qui êtes-vous, que défendez-vous, et que va-t-il arriver au monde?»
Dans ses entretiens avec les médias, Clark a expliqué avec insistance que le facteur décisif pour arrêter la guerre est la mobilisation de l'opposition à l'intérieur des Etats-Unis. «Nous pouvons arrêter Bush, mais il faut agir maintenant. Il faut mobiliser partout pour la Marche sur Washington du 26 octobre. Nous ne pouvons pas laisser parler le gouvernement en notre nom et mener cette guerre dont le but est de dominer les peuples du Moyen-Orient et les ressources naturelles de cette région."

…mais aussi en plein cœur de l’Europe

En Europe aussi la résistance s'organise, notamment dans le pays de Blair, le plus fidèle allié de Bush. La semaine passée, neuf secrétaires de centrales syndicales ont signé une lettre rédigée par Bill Morris, le dirigeant du syndicat du Transport. Elle rejette la guerre de Bush et la déclare contraire aux lois internationales et dangereuse pour la stabilité dans la région. La lettre sera soumise au congrès national des syndicats en septembre. Les syndicats veulent également soumettre une motion au congrès du Parti travailliste le mois prochain. Le journal The Times craint que cette fois, la direction du parti de Blair ne puisse empêcher une discussion sur le sujet.

Les sondages révèlent que plus de la moitié des Britanniques rejettent une participation de leur armée à une nouvelle guerre. En Allemagne, ce pourcentage varie même de 73 à 91% si bien que le chancelier Schroeder, en campagne électorale, a dû prendre ses distances avec Bush. Mais les opposants à la guerre se méfient. «Il est en campagne électorale», explique Kristian Golla, du réseau des Coopératives pour la Paix de Bonn. «Il parlait différemment il y a quelques mois et nous savons qu'il est capable de changer d'opinion très vite.»

De toute façon, les réticences des alliés allemands et français ne concernent pas les objectifs des Américains, mais le timing (la guerre en Afghanistan n'est pas complètement terminée et la situation est explosive en Palestine) et la crainte que les peuples du Moyen Orient ne renversent les régimes pro-occidentaux dans la région. Les activistes antiguerre allemands ne sont pas naïfs: «Dans les semaines qui viennent, ainsi que le 1er septembre, journée contre la guerre, des actions auront lieu à divers endroits», déclare Kristian Golla. «Cinq cents personnes se sont déjà engagées à organiser des actions de résistance en cas d'attaque contre l'Irak. Il est prévu notamment d'organiser des blocus d'installations militaires. Le nombre de participants augmentera certainement dans les semaines à venir.»

Jean-Laurent Rosentrauch

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