LE GOULAG AMERICAIN –
Le travail forcé aux Etats-Unis.

Daniel Burton-Rose

Ed. L’Esprit frappeur (1.5 €)

Ce livre est un recueil d’articles parus dans " Prison Legal News ", une revue rédigée par des détenus américains résistant au système qui les opprime durement.  " Le treizième amendement n’a pas aboli l’esclavage, ils l’a limité à ceux qui sont reconnus coupables d’un crime ". D’emblée, le ton est donné :ces prisonniers écrivent pour dénoncer haut et fort la politique pénitentiaire révoltante mené par l’Etat américain.

Au fil des témoignages et des analyses, on apprend comment petit à petit le gouvernement a mis en place un cadre pour permettre aux entreprises américaines d’utiliser comme main d’œuvre la population carcérale. Cette main d’œuvre représente l’idéal de ce que serait un salarié pour le patronat. Ici, le code du travail ne s’applique pas : les travailleurs n’ont droit ni au salaire horaire minimum, ni de former un syndicat ou de faire grève. Les conditions d’hygiène et de sécurité ne sont absolument pas respecté.  " Des délinquants emprisonnés pour de courtes peines, représentent une population idéale pour un travail mortellement dangereux (déchets toxiques…) ". Mais le plus important est que les prisonniers se voit imposer le travail et ne peuvent s’y soumettre. Voici ce qui s’est passé en 1996 dans une prison fédérale du Milwaukee : "  Six heures après le début de la grève, la prison fut bouclée, les cellules des prisonniers fouillées et les meneurs supposés envoyés en isolement disciplinaire (SHU). Les prisonniers furent encore plus nombreux à refuser de travailler. L’administration en profita pour créer une seconde SHU afin d’y loger les grévistes, les prisonniers y étant placés explicitement pour avoir refuser de travailler. La seule manière pour eux de ne plus être confinés dans l’isolement 24h/24 était d’accepter de retourner travailler. Il est important de noter que les prisonniers demandaient en gros le retour aux conditions d’avant 1994 " . Au delà ce livre montre comment dans un pays capitaliste, chantre du libéralisme économique, l’Etat est au service des entreprises. D’un côté la police et la justice se charge d’emprisonner les immigrés et les minorités, de l’autre l’administration pénitentiaire organise leur travail forcé. Elle passe des contrats avec des grandes entreprises comme Microsoft ou Planet Hollywood et met à leur disposition des locaux gratuitement. Les entreprises paient les prisonniers pour souvent moins d’un dollar de l’heure (sept fois moins que le SMIC horaire en France). De plus, elles les emploient strictement en fonction de leur besoin de production et s’en débarrassent dès que leur carnet de commandes diminue. L’Etat incite ce type de coopération en subventionnant en plus les entreprises qui acceptent. Des études montrent que le phénomène de délocalisations de la production du monde libre vers les prisons s’amplifient chaque année aux USA. Le risque de voir les emplois non qualifiés n’être plus proposé qu’aux détenus est ici mis en avant : cela signifierait d’une part la baisse terrible des conditions de travail et de rémunération à l’extérieur, et d’autre part le développement d’une justice raciste et ségrégationniste qui n’hésiterait pas à envoyer en prison le nombre d’employés dont les industries du pays ont besoin.

Le travail forcé comme il est décrit dans cet ouvrage est une des formes les plus inhumaines que prend la domination d’une minorité de nantis sur l’écrasante majorité des hommes. C’est une mesure exemplaire prise par nos adversaires qui permet de mettre au grand jour un élément central de notre système : la nature de l’Etat. Et donc de comprendre que pour se libérer les travailleurs ne peuvent pas s’en remettre à leur gouvernement, mais doivent s’appuyer sur leur propre organisation.

Romain

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