Une alternative anticapitaliste

Quel parti nous faut-il?
 

Les élections législatives donnent l'impression superficielle que tout est rentré dans l'ordre. L'extrême droite retrouve des scores auxquels on était habitués ; l'extrême gauche ne répète pas son score historique du premier tour des présidentielles.

Ce n'est qu'une apparence. La polarisation politique des présidentielles reste intacte. A droite, c'est le Front national qui a donné le ton de la campagne des législatives. En prétendant que le grand danger pour la population ce sont les bandes de jeunes de banlieue, la droite recrute pour le Front national. A gauche, il n'y a pas eu de campagne sérieuse, puisque le PS et le PC n'avaient rien de fondamentalement nouveau à proposer que leur politique depuis 5 ans qui a tant déçu l'électorat de gauche. Mais l'effet "voter utile dès le premier tour" et l'abstentionnisme de masse a permis de sauver les meubles pour le PS et a réduit le score de l'extrême gauche. Le PCF continue de s'effondrer.

A l'extrême gauche, dans presque toutes les circonscriptions, la LCR dépasse en nombre de voix Lutte ouvrière. Lutte ouvrière paie le prix pour son sectarisme d'entre deux tours, où ils ont plus fait campagne pour ne pas voter Chirac que contre le Front National.

Le besoin d'une force politique à gauche pour cristalliser la révolte politique et en partie sociale contre le néolibéralisme est de plus en plus clair. Les associations comme ATTAC, les listes alternatives comme Motivé(e)s, les mouvements de solidarité internationale et ainsi de suite font un travail essentiel, mais ne peuvent pas être le parti qu'il faut.

Il ne s'agit pas simplement de regrouper les organisations existantes de l'extrême gauche. Il en résulterait un tout petit parti ! D'ailleurs, malheureusement, la direction de Lutte Ouvrière a déjà signalé très clairement qu'elle ne s'intéresse pas à s'ouvrir à une collaboration avec d'autres forces. Il faut un parti bien plus large, qui attire des militants actifs dans les associations, et des gens nouveaux à la politique.

Si différents appels pour une nouvelle gauche radicale ont été lancés depuis un mois ou deux, il nous semble que la LCR est l'organisation principale qui a le mieux compris ce besoin. Ils écrivent dans leur journal "Rouge"

"Il y a maintenant deux gauches. Le Parti socialiste reste la principale force de gauche, mais déjà nombre de voix s’élèvent pour le pousser à aller plus loin dans l’adaptation à la mondialisation libérale. Et, à l’opposé, il y a une autre orientation, 100% à gauche, une ligne de rupture avec le système qui constitue le socle d’une nouvelle force. Il faut, maintenant, changer de gauche et avancer dans la voie d’une nouvelle force, qui tire le bilan de la gauche plurielle, une force radicale et anticapitaliste. " et encore "Il manque aujourd’hui une force politique, aussi fidèle aux intérêts des salariés, des chômeurs et des jeunes que le Medef l’est aux intérêts du patronat."

La LCR a enregistré des milliers de demandes d'adhésions dans les dernières semaines. A la rentrée, elle propose d'organiser des forums régionaux pour tous ceux qui s'intéressent à la construction de cette nouvelle force. Dans plusieurs villes, elle a organisé des meetings communs avec des sections du PCF et des Verts. Les militants autour de la présente revue participeront à construire cette dynamique. Nous sommes en discussion actuellement avec la direction de la LCR pour une intégration dans leurs rangs. Nous espérons apporter notre contribution, à notre échelle bien modeste à la construction d'un nouveau parti, à la hauteur de la crise politique qui touche la France.

Il y aura énormément de militants associatifs ou jeunes étudiants radicalisés qui rejetteront au moins initialement l'idée d'un parti. L'idéologie dominante prétend que chacun se débrouille mieux en s'isolant dans son originalité glorieuse, et que l'organisation politique collective ne peut qu'écraser la personnalité de chacun. C'est une vision qui arrange bien le système en place. De plus, l'expérience des partis monolithiques staliniens, (ou parfois de groupuscules ultra-rigides) que nous connaissons par les livres ou par des expériences familiales n'inspirent pas à l'engagement militant.

Mais le besoin d'une organisation est incontournable. Nous allons esquisser ici les caractéristiques que nous croyons importants pour un tel parti.

Il faut un parti qui se base avant tout sur les luttes des salariés et des opprimés. C’est quand les gens se mettent à lutter collectivement qu’ils remettent en cause toute une série d’idées qu’ils acceptent en temps normal. C’est de ceux qui luttent qu’on a le plus à apprendre. Chaque réunion, chaque événement doit aussi être une occasion pour organiser la solidarité avec des grèves ou des campagnes en cours. Les membres de l’organisation doivent œuvrer en priorité à la reconstruction de syndicats combatifs dans tous les secteurs de l’économie.

Il faut un parti qui intervienne contre toutes les oppressions. Aucune oppression ne concerne "trop peu de monde" pour qu'on s'y intéresse. Il faut demander aux membres qu'ils défendent sans hésiter tous les opprimés, sur leur lieu de travail ou d 'étude. Les membres doivent être connus dans leur milieu comme des ennemis intraitables du racisme, du sexisme, de l’homophonie…

Il faut un parti ouvert, facile à rejoindre, doté d'une presse populaire, organisant des réunions publiques régulières où les membres ont envie d'amener leurs collègues et leurs amis. Dans la presse comme dans les réunions, il faut que les nouveaux arrivés ou sympathisants, salariés ou jeunes, puissent s'exprimer. Le parti doit savoir apprendre de la classe, de l'expérience de la lutte quotidienne.

Il faut un parti de débat démocratique. Ceci est nécessaire non pour des raisons purement éthiques, mais aussi pratiques. C’est seulement si les membres ont été convaincus dans un débat démocratique des positions du parti, qu’ils sauront les défendre autour d'eux au travail, dans la fac etc.

Il faut un parti déterminé et ambitieux qui sache trancher sur les questions du jour. Il est peu utile d'avoir – à titre d’exemple - un parti dont la moitié des membres défend le bombardement de l'Afghanistan, et l'autre moitié est contre - le parti serait paralysé et ne pourrait pas organiser la résistance contre la guerre.

Il faut un parti où les jeunes jouent un rôle primordial. En règle générale les jeunes ont plus de temps (pas de responsabilités familiales). Mais surtout les jeunes n'ont pas vécu la période des défaites des années précédentes qui a démoralisé tant de gens plus âgés.

Il faut un parti qui analyse et clarifie toutes les questions de la société capitaliste du point de vue des salariés et des opprimés. Le parti doit être l'université des salariés et des opprimés.
 
 

La radicalisation en France aujourd'hui est telle qu'il y a des dizaines de milliers de personnes qui pourraient être recrutées à un nouveau parti anticapitaliste. Ce parti regrouperait des révolutionnaires, et d'autres qui tout en s'opposant aux attaques des classes dirigeantes dans tous les domaines ne se réclament pas ou pas encore de la révolution. Olivier Besancenot écrit qu'il faut "une nouvelle force politique, radicale, anticapitaliste qui rassemble révolutionnaires, militants du mouvement social, militants et électeurs communistes, écologistes ou socialistes, qui ne se reconnaissent plus dans la politique de leurs dirigeants."

Mais cette hétérogénéité est une faiblesse nécessaire pendant une période, pas un but en soi. S'il est essentiel d'accueillir dans le parti des personnes qui ne défendent pas (parfois pas encore) le besoin de la révolution, les révolutionnaires dans le parti devraient travailler pour expliquer le besoin d'une révolution, partant des leçons de l'histoire et l'impossibilité pour le capitalisme de résoudre, même sous pression, les problèmes des opprimés et des salariés.

La constitution de cette organisation est urgente. Les attentes politiques des gens nouvellement radicalisés n'attendront pas des mois ou des années.

John Mullen

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