Guerre, terreur, terrorisme

De la violence

Terrorisme (n. m) : emploi systématique de mesures d’exception, de la violence pour atteindre un but politique (prise, conservation, exercice du pouvoir…). Petit Robert

C’est dans les périodes où les grands de ce monde affirment avec le plus d’impudence leur droit à intervenir et à frapper qui bon leur semble qu’ils se lancent avec le plus d’emphase dans la prédication.

George Bush junior, depuis les attentats du 11 septembre n’a pas hésité à s’affubler d’une barbe de prophète pour, comme son père lors de la guerre du Golfe, lancer des tirades enflammées sur le " bien " et le " mal " Renouant avec ses discours de puritain fanatique, il évoque à longueur d’intervention télévisée la " justice ", au choix " sans limites " ou " patiente ", la " croisade " et la " justesse de la cause " Ces discours de prédicateur de ligue de vertu prêteraient à rire s’ils n’avaient été causés par la mort de milliers d’Américains innocents et s’ils n’allaient pas provoquer la mort de milliers voire de dizaines de milliers de personnes d’Afghans.

En caractérisant les attentats comme le mal en soi, Bush et consorts ne se contentent pas de déchaîner le nationalisme, le racisme et l’esprit de revanche. Comme aux plus beaux temps de la guerre froide, ils exercent la pression maximum pour limiter toute ouverture d’un débat sur les causes, le contexte, la situation sociale et politique à l’origine du 11 septembre.

Pour Bush, l’invocation de la morale permet d’affirmer que toute explication est déjà une justification, toute remise en contexte une tentative pour justifier l’injustifiable. Et donc de conclure : " si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous "

Qui sont les terroristes ?

Le chevalier Bush enfile sa livrée blanche pour " répondre à une agression sans précédent " et livrer, dit-il, la " première guerre du XXIe siècle " Incroyable hypocrisie alors que, depuis un an et demi, les États-Unis se sont livrés à un nombre croissant d’attaques violentes en tous genres sur toute la planète. Sans que ni les électeurs américains, ni même le Congrès n’aient été consultés, c’est à de véritables actions de guerre ouverte que s’est livrée l’armée américaine. Ainsi, la trentaine de bombardements, parfois de grande ampleur contre l’Irak. Ainsi, les attaques aériennes dans les Balkans avec leurs milliers de victimes civiles, ou l’envoi en Colombie d’hélicoptères de combat, la formation et l’encadrement des troupes et des milices d’extrême droite contre la guérilla des FARC.

Lorsque ces attaques ne sont pas possibles politiquement ou contre-productives, elles se transforment en interventions plus discrètes ou en manipulation d’armées locales : le soutien financier et l’armement d’Israël, le soutien à l’Ouganda et à d’autres nations d’Afrique centrale dans leur guerre contre la République démocratique du Congo (RDC), le viol répété de l’espace aérien chinois par des avions espions, l’espionnage à l’échelle mondiale de toutes les communications entrent dans ce cadre.

Terrorisme économique

Enfin, le plus souvent, la puissance économique des États-Unis est suffisante pour organiser des " offensives dévastatrices " contre certains pays : le blocus de Cuba, l’embargo sur l’Irak ou le Soudan, les pressions sur la Corée du nord détruisent ces pays aussi sûrement que des bombes et font chaque jour des victimes.

Ce ne sont pas des relations " morales " que l’État américain entretient avec la plupart des pays. Même dans le cas où ils ne se livrent pas à des actions violentes directement, la défense de " valeurs démocratiques et de progrès " n’est jamais le but de leur politique. En témoigne le soutien direct aux régimes les plus féroces et les plus obscurantistes comme l’Arabie saoudite, qui coupe les mains des voleurs et interdit aux femmes de sortir seules ; le soutien aussi au Pakistan, aux mains d’une clique militaire arrivée au pouvoir par un coup d’État en 1999, ou à la Turquie qui massacre les Kurdes.

On a aussi vu ces derniers mois combien le gouvernement Bush pouvait avec insolence multiplier les coups de force unilatéraux sur le plan diplomatique. Le retrait du protocole de Kyoto ou la reprise d’essais balistiques dans le cadre de la mise en place du bouclier antimissile, le refus de signer un moratoire sur les mines anti-personnelles le montrent clairement

Mais soutenir que lorsqu’un F 15 lâche une bombe laser sur un objectif civil serbe est un acte terroriste, au même titre que ceux de Manhattan, ce n’est pas identifier des jumeaux. L’impérialisme dispose d’une puissance de feu contre les peuples sans comparaison avec aucun groupement terroriste ni aucun État, fût-il qualifié de " voyou " par les États-Unis. Aucun groupe ni aucun État ne dispose de bases militaires dans 32 pays différents. Aucun, non plus ne dispose de six flottes complètes présentes sur tous les océans. Aucun n’est en mesure de livrer deux guerres en même temps, ni de frapper n’importe quel point du globe depuis son sol avec des missiles, ni d’un tel arsenal nucléaire.

L’échec du terrorisme

Évoquer ce contexte, ce n’est pas pour autant justifier les actions menées le 11 septembre. Non pas parce que cela enfreindrait on ne sait quel code de morale à sens unique, mais parce que, si " nous ne comprenons que trop clairement le caractère inévitable de tels actes convulsifs de désespoir et de vengeance ", comme l’écrivait Trotsky il y a 80 ans, " la vengeance individuelle ne nous satisfait pas " et le terrorisme est une chose à laquelle les marxistes sont " irréconciliablement opposés "

La question, ancienne, a été débattue pour la première fois en profondeur à la fin du XIXe siècle, à un moment où les Narodniks, les " Amis du peuple ", menaient des campagnes terroristes contre le tsarisme. À cette époque, les principales figures du marxisme, Lénine, Plékhanov, Trotsky se sont élevés fermement contre le terrorisme, en avançant trois arguments essentiels.

Premièrement, l’exploitation et l’oppression contre lesquelles nous nous battons ne sont pas le produit de dirigeants ou de gouvernements particuliers, mais du système économique mondial. " L’État capitaliste ne se base pas sur des ministres et ne peut être éliminé avec eux. Les classes qu’il sert trouveront toujours du personnel de rechange " écrivait Trotsky. Ce qui signifie que les attentats ont sur le système des conséquences très limitées. " La fumée des explosions se dissipe, la panique disparaît, le successeur du ministre assassiné fait son apparition, la roue de l’exploitation capitaliste tourne comme auparavant " Pour en finir avec l’oppression et l’injustice, ce sont les racines du système qu’il faudra arracher. La seule force capable de le faire est la classe des salariés. Les travailleurs ne peuvent lutter contre leur exploitation et leur oppression que par une action collective massive.

Dans le dos des masses

Ensuite, le terrorisme, quel que soit son mobile, représente une tentative par une minorité minuscule et auto proclamée de se substituer à l’action des travailleurs, de faire à la place des masses ce qu’elles ne peuvent faire par elle-même. Alors qu’une " grève, même de taille modeste a des conséquences sociales - le renforcement du syndicat, l’augmentation de la confiance des travailleurs ", les actions terroristes se produisent " dans le dos des masses. " La nature même de leur entreprise fait que les groupes terroristes n’impliquent toujours qu’un petit nombre de militants dans l’action, la majorité restant des supporters passifs. Le terrorisme disait Trotsky " diminue le rôle des masses dans leur propre conscience " " S’il est suffisant de s’armer d’un pistolet pour réaliser son but, à quoi servent les efforts de la lutte des classes ? "

Enfin, tout attentat aveugle qui frappe des civils d’un pays ou d’un groupe ethnique différent est voué à l’échec. Il ne fait que renforcer politiquement l’adversaire car après l’attentat, la vie reprend son cours, " à ceci près que la répression policière se fait plus sauvage et plus éhontée. " Les attentats du 11 septembre, non seulement n’ont pas fait avancer la cause des pauvres et des opprimés, mais fournissent le prétexte à une extension des pouvoirs de police dans les pays riches et à une reprise en main politique, économique et militaire, des pays pauvres par l’impérialisme. En outre, ils renforcent chez les travailleurs attaqués leurs illusions dans l’État et creusent entre les peuples un fossé de sang d’où peuvent sortir racisme et xénophobie.

Soutien critique

Le terrorisme semble offrir un raccourci pour le changement et promettre des résultats immédiats. Mais en fait, ceux-ci sont toujours désastreux pour les travailleurs. Il n’est pas seulement une méthode différente de lutte contre l’oppression, il est contradictoire avec la lutte pour le socialisme.

" Les revolvers des héros individuels à la place des piques et des fourches du peuple, les bombes au lieu des barricades, voilà la vraie formule du terrorisme. "

En conséquence, lorsque des organisations comme l’OLP ou le Hamas en Palestine, l’IRA en Irlande, ou le PKK au Kurdistan, qui disposent d’un soutien de masse dans la population, combattent des oppresseurs évidents pour l’immense majorité de cette population, les révolutionnaires devraient les soutenir dans leur combat et expliquer que la violence qu’ils commettent n’est rien en comparaison de la violence qu’ils subissent de la part de leurs oppresseurs. Mais nous ne pensons pas qu’un petit nombre de militants puisse libérer la Palestine ou le Kurdistan, quelle que soit la violence de leurs actions. Et les vertus dont les parent souvent les opprimés (la population de Gaza voit dans les militants du Hamas de " vrais révolutionnaires ", des " combattants de la justice ") n’y changeront rien.

La violence, un choix politique ?

Dans tous les cas, ce n’est donc pas la violence " en elle-même " qui pose problème mais plutôt qui l’utilise et à quelles fins. Il ne s’agit pas d’exalter la violence, ni de lui donner une importance particulière. Mais de comprendre que celle-ci n’est pas un concept qu’il suffit d’adopter ou rejeter, un choix politique qu’on pourrait faire ou non, mais une pratique, inhérente aux rapports sociaux, une des coordonnées de la situation dans laquelle toute lutte sociale doit s’organiser.

Pour Marx et Engels déjà, contrairement à ce que prétendaient Rousseau et Proudhon, elle n’est pas le moteur de l’histoire mais est la conséquence des rapports de production et d’échange. Par exemple, la conquête du pouvoir par la bourgeoisie est d’abord due à des causes économiques. Et la propriété n’est pas le produit de la violence ou du vol au sens strict mais le résultat de rapports de production fondés sur l’exploitation.

Mais la violence n’en est pas moins le bruit de fond de toute société divisée en classes dominantes et dominées, aussi paisible soit-elle en apparence. Elle surgit de tous les pores d’un monde fondé sur l’exploitation et l’inégalité.

Elle est aussi inévitable, contrairement à ce que croyaient les utopistes, pour " mettre en pièces des formes sociales figées et mortes. " Par conséquent, pour Marx et Engels, la violence, si elle agit dans le sens de l’évolution économique peut être " accoucheuse de toute vieille société qui en porte une nouvelle dans ses flancs ", " l’instrument grâce auquel le mouvement social l’emporte "

Pour Engels il faudra donc proclamer " guerre aux palais, paix aux chaumières ", appeler au " renversement violent de tout le régime social "

Guerre aux palais ?

De quoi faire ressurgir le visage effrayant de l’homme au couteau entre les dents ? Pas vraiment car, dans le même mouvement, Marx et Engels se sont élevés contre le bris des machines et le spontanéisme insurrectionnel. Ils n’ont pas manqué de lutter contre les partisans du grand chambardement instantané.

À la violence sauvage des rapports de classe, ils opposent l’organisation, la conscience, l’élaboration politique. " Plus les ouvriers anglais acquerront d’idées socialistes, plus leur exaspération actuelle, qui ne mènerait à rien si elle restait aussi violente qu’elle est maintenant, deviendra superflue, plus leurs entreprises contre la bourgeoisie perdront en sauvagerie et en brutalité " écrit Engels dès 1845.

La violence révolutionnaire n’est ni vengeance, ni ravage aveugle. Elle doit répondre à des déterminations politiques que seule la stratégie révolutionnaire peut fixer. Rapport des forces, ajustement par rapport aux pratiques de violence de la classe dominante, niveau de conscience du prolétariat, ce sont ces critères qui permettent d’envisager la violence comme moyen de progrès.

Si, dans Germinal, Zola donne une description apocalyptique de la violence des révolutionnaires, en fait, en dehors du luddisme et d’émeutes de désespoir, lorsqu’elle s’est mise en mouvement, la classe ouvrière n’a pas commis de violences massives lors des deux derniers siècles. La révolution de 1848, la prise du pouvoir à Paris par les Communards ou la révolution d’octobre 1917 en Russie ont été très peu sanglantes.

Terreur

Par contre, tous les mouvements d’émancipation se sont heurtés à des réactions conservatrices extrêmement meurtrières : en 1792, lorsque les troupes de Brunswick marchent sur Paris, en 1848, lors des massacres de juin, lors de la semaine sanglante de 1871. Depuis, cette règle ne s’est jamais démentie, on l’a vu en 1936 avec le coup d’État de Franco, en 1965 en Indonésie (le coup d’état y a fait un demi-million de morts), en 1973 au Chili. La réaction suit la révolution comme son ombre.

La terreur révolutionnaire, dont des auteurs comme Furet pour la révolution française, ou Nicolas Werth pour la Révolution russe, font grand cas est toujours liée à l’aggravation des coups portés par la réaction. Ainsi, au printemps 1793, la République est menacée d’invasion, la Vendée se soulève. C’est dans ce contexte que Danton appuie la création du Tribunal révolutionnaire et met en place les conditions de la Terreur. Pendant la Révolution russe, les dispositions de la terreur sont prises en août-septembre 1918, alors que l’agression étrangère et la guerre civile ont déjà commencé.

Dans la pratique, au quotidien, quelles sont les conséquences pour les militants ?

Sitôt qu’ils résistent à l’impérialisme et au système, les travailleurs sont confrontés à la violence de l’État ou du patronat. Les violents affrontements qui ont éclaté à Gênes, le choix du gouvernement de Berlusconi de s’attaquer à l’ensemble du mouvement pour le rendre moins populaire et le diviser en intégrant ses fractions les plus " responsables ", ont relancé les débats sur la stratégie à adopter face à la police.

Non violence ?

Certains ont recommencé à défendre des stratégies non violentes. Il va de soi que nous sommes bien conscients que la non-violence n’est pas seulement une argumentation contre la violence mais aussi une manière spécifique d’agir. Elle n’implique ni passivité ni résignation, ni chantage sentimental, mais peut organiser une résistance active (certains parlent même de non-violence " armée ").

Pourtant, nous critiquons le principe de la non-violence. D’abord parce que le principal point d’appui du non-violent est la conscience de l’adversaire. Il veut amener des individus à réfléchir, à revenir sur eux-mêmes. C’est une sorte de conversion que vise le non-violent. Profondément idéaliste, la non-violence nie les forces qui structurent la société, qu’il s’agisse des rapports de production ou de l’esprit de corps dans la police ou l’armée, de même qu’il nie l’existence de classes aux intérêts antagonistes. Les forces que nous combattons ne sont pas d’abord des regroupements idéologiques que l’on pourrait combattre seulement par les idées.

Deuxièmement, le non-violent s’appuie sur la valeur " objective  " de la cause qu’il défend. C’est sur elle qu’il compte pour ébranler l’ordre établi. Or, nous savons bien qu’aucune cause, sitôt qu’elle touche à l’organisation sociale, n’est valable par elle-même, mais reflète toujours les intérêts d’une partie de la population. En ce sens, la non-violence renoue avec le vieux socialisme utopique et ses espoirs de convaincre la classe dominante de partager ses projets de rationalisation du monde.

Action de masse

Dans un système de domination qui refuse d’entendre les revendications, il faut arriver à exercer une pression sur la classe dominante. S’il serait prématuré ou insensé de dire que le pouvoir est au bout du fusil quand c’est l’adversaire qui possède tous les fusils, il n’en reste pas moins qu’il faut commencer à attaquer ce pouvoir par tous les moyens possibles et de parvenir à des objectifs (pénétrer dans les zones rouges, interrompre les sommets) qui changent le rapport de force. Sans quoi la légitimité même de l’action engagée ou du mouvement pourrait être compromise.

Évidemment, contrairement aux terroristes, de quelque obédience qu’ils soient, mais aussi aux activistes " invisibles " italiens par exemple, les révolutionnaires devraient affirmer la nécessité de l’implication de tous dans l’action. Pour amplifier la résistance au système et l’empêcher de nuire, il faut l’unité d’action la plus large. Quelques milliers de Tutte Bianche, aussi " compétents " soient-ils, ne peuvent espérer mettre en difficulté l’appareil sécuritaire de l’État italien. L’élitisme de tels groupes scinde le mouvement et l’affaiblit.

Et la morale ?

La violence, tout comme le mensonge, est sans doute à condamner en elle-même, tout comme d’ailleurs la société de classes qui les engendre. Mais " malheureusement ", si, comme l’écrivait Trotsky, " la société sans antagonismes sociaux sera, cela va de soi, sans mensonge et sans violence, on ne peut jeter vers elle un pont que par les méthodes de violence. La révolution est elle-même le produit de la société divisée en classes dont elle porte nécessairement les marques. Du point de vue des ‘vérités éternelles’, la révolution est naturellement ‘immorale’. Ce qui nous apprend seulement que la morale idéaliste est contre-révolutionnaire, c’est-à-dire au service des exploiteurs. "

Bertrand Lazard-Peillon
citations

Trotsky, Terrorisme et communisme, 1920

" Que signifie en pratique le respect du caractère sacré de la vie humaine et en quoi se différencie-t-il du commandement " tu ne tueras point " ? Kautsky s’abstient de l’expliquer. Quand un bandit lève son couteau sur un enfant, peut-on tuer le premier pour sauver le second ? N’est-ce pas une atteinte au " caractère sacré " de la vie humaine ? Peut-on tuer un bandit pour se sauver soi-même ? L’insurrection des esclaves opprimés contre leurs maîtres est-elle admissible ? Est-il admissible d’acquérir la liberté au prix de la mort de ses geôliers ?

" Si la vie humaine en général est inviolable et sacrée, alors, il faut renoncer non seulement à la terreur, non seulement à la guerre, mais aussi à la révolution. Kautsky ne se rend tout simplement pas compte de la signification contre-révolutionnaire du " principe " qu’il tente de nous imposer.

" Nous verrons ailleurs qu’il nous reproche d’avoir conclu la paix de Brest-Litovsk. Nous aurions dû, à son avis, continuer la guerre. Mais que devient donc le " caractère sacré " de la vie humaine ? La vie cesserait-elle d’être sacrée lorsqu’il s’agit d’individus qui parlent une autre langue ? Ou bien Kautsky considère-t-il que les assassinats en masse organisés selon les règles de la stratégie et de la tactique ne sont pas des assassinats ?

" En vérité, il est difficile à notre époque d’affirmer un principe à la fois plus hypocrite et plus inepte. Tant que la force de travail humaine, et par conséquent la vie elle-même, sont des articles de commerce, d’exploitation et de dilapidation, le principe du " caractère sacré de la vie humaine  " n’est que le plus infâme des mensonges, dont le but est de maintenir les esclaves sous le joug.

" Nous avons lutté contre la peine de mort introduite par Kerensky parce qu’elle était appliquée par les cours martiales de l’ancienne armée contre les soldats qui refusaient de continuer la guerre impérialiste. Nous avons arraché cette arme aux anciens conseils de guerre, détruit les conseils de guerre eux-mêmes et dissous l’ancienne armée qui les avait créés. En exterminant dans l’armée rouge et en général dans l’ensemble du pays les conspirateurs contre-révolutionnaires qui s’efforçaient par l’insurrection, par l’assassinat, par la désorganisation, de restaurer l’ancien régime, nous agissons conformément aux lois de fer de la guerre, d’une guerre dans laquelle nous voulons nous assurer la victoire. "

Trotsky, Leur morale et la nôtre, 1938

" Staline fait arrêter et fusiller les enfants de ses adversaires, fusillés eux-mêmes sur des accusations fausses. Les familles lui servent d’otages pour contraindre les diplomates soviétiques, capables d’émettre un doute sur la probité de Iagoda ou de Iejov, à revenir de l’étranger. Les moralistes […] croient devoir rappeler à ce propos que Trotsky usa " lui aussi " en 1919 d’une loi des otages. Mais il faut citer textuellement : " l’arrestation des familles innocentes par Staline est d’une barbarie révoltante. C’est encore une action barbare quand elle est commandée par Trotsky. "

" Voilà bien la morale idéaliste dans toute sa beauté ! Ses critériums sont aussi mensongers que les normes de la démocratie bourgeoise : on suppose dans les deux cas l’égalité où il n’y a pas l’ombre d’égalité.

" N’insistons pas ici sur le fait que le décret de 1919, ne fit très probablement fusiller personne d’entre les parents des officiers dont la trahison nous coûtait des vies sans nombre et menaçait de tuer la révolution. Au fond, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Si la révolution avait fait preuve dès le début de moins d’inutile générosité, des milliers de vies eussent été épargnées par la suite. Quoi qu’il en soit, je porte l’entière responsabilité du décret de 1919. Ce fut une mesure nécessaire dans la lutte contre les oppresseurs. Ce décret, comme toute la guerre civile, que l’on pourrait aussi appeler à juste titre une " révoltante barbarie ", n’a d’autre justification que l’objet historique de la lutte […]

" Quand la Commune de Paris eut été noyée dans le sang, et que la canaille réactionnaire du monde entier se mit à traîner son drapeau dans la boue, il se trouva de nombreux philistins démocrates pour flétrir, avec la réaction, les Communards qui avaient exécuté 64 otages et parmi eux l’archevêque de Paris. Marx n’hésita pas un instant à prendre la défense de cette sanglante action de la Commune. Dans une circulaire du Conseil général de l’Internationale. Marx rappelle - et l’on croit entendre des laves bouillonner sous ces lignes - que la bourgeoisie usa du système des otages dans la lutte contre les peuples des colonies et dans la lutte contre son propre peuple. Parlant ensuite des exécutions méthodiques des Communards prisonniers, il écrit : " Il ne restait plus à la Commune, pour défendre la vie de ses combattants prisonniers, qu’à recourir à la prise des otages, coutumière chez les Prussiens. La vie des otages fut perdue et reperdue, du fait que les Versaillais continuaient à fusiller leurs prisonniers. Eût-il été possible d’épargner les otages après l’horrible carnage dont les prétoriens de Mac-Mahon marquèrent leur entrée dans Paris ? Le dernier contrepoids à la sauvagerie du gouvernement bourgeois - la prise des otages - allait-il n’être que dérision ? "

" Tel fut le langage de Marx sur l’exécution des otages […] "

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