Une guerre contre les pauvres et contre les salariésLa guerre contre l’Afghanistan, sous couvert de lutte contre le terrorisme, sera une des plus grandes opérations de terrorisme d’Etat depuis la dernière décennie. Elle accentuera l’instabilité d’une région déjà lourdement atteinte par les conflits et les guerres au cours des vingt dernières années.
Nous ne savons pas qui sont les responsables des attentats du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York. La propagande occidentale sur les responsabilités " prouvées " ne doit pas tromper. Les causes de ces attentats résident avant tout dans la domination brutale et sanguinaire des puissances occidentales, américaine en particulier, sur les pays pauvres à l’échelle de la planète. L’impérialisme américain et occidental est responsable de massacres, qu’il est même difficile d’énumérer, pour maintenir les conditions de sa domination et de son exploitation du monde.
La guerre d’Afghanistan, la troisième menée contre ce pays depuis le XXe siècle, pourrait marquer un tournant politique mondial.
Guerre impérialiste
L’objectif annoncé est de renverser le régime des Taliban. On nous affirme que cela sera accompli quasiment en douceur, grâce à l’Alliance du Nord et à des frappes ciblées. Mais c’est le même genre de discours qui avait été tenu lors de l’intervention russe dans ce pays en 1979. L’occupation soviétique dura plus de dix ans. Elle fit des centaines de milliers de victimes civiles. L’économie agraire de ce pays parmi les plus pauvres de la planète fut dévastée. Les troupes russes durent finalement se retirer en 1989.
Aujourd’hui le problème se pose de la même façon, mais dans un pays exsangue, encore plus instable.
La difficulté est considérable d’instaurer le contrôle par une autorité centrale, qui plus est étrangère, d’un pays au relief si heurté, au climat continental si rude, aux diversités ethniques et tribales si grandes. Cela mènera les puissances occidentales à bombarder le pays, avec des frappes présentées comme " chirurgicales ", afin de semer la terreur sur les Afghans et sur les peuples qui se solidariseront d’eux.
Coalition dangereuse
Pour réaliser cette opération, une large coalition des puissances occidentales, du Proche Orient et de l’Asie centrale a été nécessaire. Les Etats-Unis doivent obtenir le soutien des grandes puissances occidentales (Grande-Bretagne bien entendu, Allemagne, France, etc.) et de l’Est (en particulier la Russie).
Ils tenteront de redessiner la cartes des allégeances, des alliances et des relais de sa puissance dans la région. Ils voudront par la même occasion affirmer, comme ils l’ont fait dans les Balkans en 1999, leur influence voire leur suprématie ici aussi.
Le soutien des différentes puissances leur est globalement acquis parce que chacune a intérêt à ne pas être tenue à l’écart de la grande partie impérialiste qui se joue. Mais chacune a aussi ses visées propres d’influence et de domination. Ainsi, la Russie préfère collaborer pour garder un contrôle même à minima sur le déroulement de la guerre. Elle veut aussi contrer l’influence américaine dans les Etats d’Asie centrale qu’elle garde dans son giron à travers la CEI (Tadjikistan, Turkménistan, Kirghizistan). Elle veut enfin avoir les mains libres pour écraser la résistance tchétchène.
Appétits régionaux, contradictions internes
Les pays relais en Asie centrale et au Proche Orient ont aussi chacun ses propres visées. Le Pakistan ne souhaite pas que l’Alliance du Nord, qui entretient des relations étroites avec l’Inde, son principal adversaire, prenne en main le sort du pays afghan, d’autant plus que cette Alliance à des visées sur une région pachtoune du Pakistan.
Enfin, les Etats de la région qui prêtent la main à l’intervention US ont leurs propres contradictions internes. Ils risquent d’être fortement déstabilisés par leurs oppositions populaires. Au Pakistan comme en Afghanistan, les Pachtoun représentent l’ethnie majoritaire. La guerre la révoltera des deux côtés de la frontière. La grande stabilité de l’Arabie saoudite, pays très riche, a été atteinte par sa collaboration totale avec les forces militaires américaines lors de la guerre contre l’Irak en 1991. C’est certainement ce qui explique son refus cette fois-ci de permettre aux troupes américaines d’utiliser pour base arrière son territoire.
L’Afghanistan constitue une véritable poudrière. Le danger est grand qu’une intervention contre ce pays entraîne une réaction en chaîne déstabilisant plus encore toute cette région.
Nous vivons dans un monde impérialiste de plus en plus dangereux. Depuis l’intervention américaine contre l’Irak au début des années 1990, nous avons connu plusieurs autres guerres avec pour résultat un monde encore plus instable et non, comme on nous le promettait, " un nouvel ordre mondial "
L’impérialisme porte la guerre
C’est la nature même du système capitaliste, arrivé à dominer l’ensemble du monde, qui crée les guerres. Ce système repose sur une lutte permanente pour le profit. La concurrence sans fin, souvent appelée par les partisans du système eux-mêmes " guerre économique ", est le moteur de sa production. Les capitaux s’affrontent les uns les autres pour la survie et l’expansion permanente.
Le capitalisme moderne a créé des entreprises de taille mondiale, les transnationales, dont les capitaux sont parfois équivalents à ceux d’un ou plusieurs Etats. Elles étendent leurs chaînes de production et leurs réseaux commerciaux sur plusieurs continents.
Elles ont pourtant une base arrière principalement nationale. Leur imbrication avec les Etats nationaux est très forte. Elles en dépendent pour la formation de la main-d’œuvre, son entretien par un système de santé même a minima, pour la gestion du marché du travail, mais aussi pour la recherche fondamentale, la fiscalité et les aides étatiques. Elles en dépendent plus globalement pour assurer les conditions générales d’une poursuite de l’exploitation, tant dans leur Etat qu’à travers le monde.
La concurrence entre grandes firmes transnationales se double et s’appuie sur la concurrence entre grands Etats pour la domination sur les différentes zones de l’économie mondiale. La forme de cette concurrence n’est pas seulement économique, mais s’étend aussi à la lutte compétitive stratégique et militaire.
Telles sont les sources des conflits armés dans le capitalisme : la lutte pour le partage et le repartage du monde.
Néolibéralisme et militarisme
La politique néolibérale des Etats traduit principalement deux objectifs. Le premier est de réduire les coûts de reproduction de la main d’œuvre en diminuant les services sociaux qui sont autant de dépenses de salaire indirect. Le deuxième est de pousser plus avant la pénétration des multinationales étroitement liées aux Etats dominants dans tous les pays encore dotés d’une forme ou d’une autre de protection de secteurs étatiques. La libéralisation économique crée le chaos social et va de pair avec le renforcement d’Etat et de l’armée.
Comme le résumait Thomas Friedman dans le New York Times du 28 mars 1998 :
" Pour que la globalisation puisse fonctionner, l’Amérique ne doit pas craindre d’agir comme la superpuissance qu’elle est. La main invisible du marché ne fonctionnera jamais sans un poing invisible. McDonald ne peut prospérer sans McDonnell Douglas, concepteur du F 15. Le poing invisible qui maintient un monde sûr pour la technologie de la Silicon Valley s’appelle l’armée US, l’US Air Force, l’US Navy et le corps de Marines. "
Depuis les événements du 11 septembre, nous voyons différentes formes massives d’intervention étatique apparaître, malgré le discours ultra-libéral des dirigeants US. Ainsi 15 milliards de dollars ont été débloqués pour soutenir les compagnies aériennes américaines – qui n’ont pas hésité à profiter du climat guerrier pour licencier 110 000 de leurs salariés. En tout, il y a eu plus de 250 000 licenciements en septembre aux Etats-Unis. Quarante milliards de dollars ont été votés tant pour la reconstruction du quartier dévasté de New York que pour les préparatifs de guerre. Le 3 octobre, Bush, lors de sa venue dans la ville, a annoncé qu’il présenterait un plan de relance de l’économie au Congrès pour un montant de 60 à 75 milliards de dollars. Ainsi, depuis le 11 septembre, ce sont entre 110 et 130 milliards de dollars qui vont être débloqués, soit la moitié ou plus du budget annuel de l’Etat français. Les responsables américains déclarent que d’autres dépenses, pour la sécurité et pour la défense, viendront s’ajouter à ces sommes.
La guerre n’est pas une guerre antiterroriste, mais elle vise la poursuite des objectifs d’hégémonie de la puissance américaine.
Hassan Berber
Lutter contre la guerre
Lutter contre le terrorisme ?
Les partis de la gauche plurielle répètent derrière Bush que le problème principal est le terrorisme, par lequel il faut entendre bien entendu celui des petits groupes, Oussama Bin Laden étant désigné au premier chef.
Le terrorisme est avant tout celui des Etats les plus puissants dans ce monde.
Le terrorisme individuel ou de petits groupes plonge ses racines avant tout dans la misère, les inégalités, l’injustice et l’hypocrisie de ce monde dominé par les grandes puissances. Tant que celles-ci exerceront leur dictature directement ou par interposition, par exemple en soutenant des Etats comme Israël, il se trouvera des gens pour réaliser des attentats kamikaze contre ceux qui leurs apparaissent responsables de l’oppression.
Le thème de la lutte contre le terrorisme a toujours fait partie de l’arsenal des classes dominantes pour réduire les libertés civiles.
Nous ne devons accorder aucun appui à la prétendue " lutte antiterroriste " alors qu’elle est menée par les plus grands terroristes de la planète.
" Ni Bush, Ni Taliban " ?
Ce slogan semble offrir une sorte de troisième voie entre l’impérialisme guerrier et le régime répressif des Taliban. Pourtant, il ne fait que répéter une partie des préjugés de l’idéologie dominante dans les pays où nous vivons. Ce sera aux Afghans, libres de toute domination des grandes puissances ou des puissances moyennes comme le Pakistan, de choisir le gouvernement qu’ils veulent.
Nous vivons au cœur d’une des grandes puissances impérialistes et non en Afghanistan. Les slogans contre les Taliban ne pourront être compris autrement que comme un appui plus ou moins ouvert à la campagne des puissants de ce monde.
La guerre contre les autorités afghanes aura l’effet inverse de celui annoncé. De larges parties de la population agressée soutiendront leur gouvernement qui s’oppose à l’intervention étrangère. L’attaque contre les Talibans sera par conséquent une guerre contre le peuple afghan.
L’appel à une lutte contre les Taliban fait écho à ceux de Bush, Blair et autres dirigeants occidentaux. Il se double la plupart du temps d’une mise en cause des associations musulmanes radicales en France même, sous couvert de " danger intégriste " L’étiquette obscurantiste qu’on leur accolera servira à leur refuser toute solidarité contre la campagne raciste qui est aujourd’hui menée, mais aussi toute possibilité de participer aux protestations contre la guerre en France même.
Nous devons nous opposer en tous points aux dirigeants de nos pays et ne leur concéder aucun droit de mener des " opérations de police internationale "
Guerre extérieure et intérieure.
La guerre de la coalition menée par les USA contre l’Afghanistan est celle de titans contre un petit pays parmi les plus pauvres de la planète. La taille de son économie ne représente pas un centième de celle des grandes puissances. Il est même impossible de la mesurer : il n’existe plus de statistique afghane en ce domaine. L’espérance de vie y est inférieure à 45 ans (78 à 81 ans en France), le taux d’illettrisme dépasse 67 % et plus de 5 millions d’Afghans sur les 16 millions que compte la population ne vivent que grâce à des programmes alimentaires mondiaux. Vingt-cinq ans de guerre ont ruiné ce pays et font que presque aucun régime ne sera stable avant longtemps.
Les gouvernements occidentaux mènent en même temps une guerre interne, contre nous, la majorité des salariés en Occident. Les patrons profitent de la situation pour licencier à tour de bras et relever leurs profits. Les budgets militaires sont accrus au détriment des budgets sociaux. On mène une campagne de masse de criminalisation de membre de la communauté musulmane qui se traduit par l’intensification d’un racisme multiforme. Et nos libertés sont menacées lorsqu’on accorde même aux vigiles de sociétés privées le droit de fouiller les coffres des voitures.
Grand potentiel
Deux facteurs élargissent le potentiel de lutte contre cette guerre.
Le premier est tout simplement l’expérience des conflits antérieurs. De la guerre contre l’Irak menée au nom de l’ONU en 1991 et poursuivie par l’embargo contre le peuple irakien depuis, à celle de l’invasion de Panama et de la Somalie, jusqu’à celle menée principalement par les Etats-Unis sous l’étiquette de l’OTAN en 1999 contre la Serbie, les objectifs affirmés n’ont jamais abouti. Le " nouvel ordre mondial " annoncé s’est traduit par un grand désordre fait de plus d’injustices encore. Les grandes puissances multiplient les nouveaux protectorats pour contenir le chaos qu’elles ont engendré. Les chefs de guerre locaux qu’elles ont d’abord soutenus, armés et entraînés, poursuivent leurs affaires pour leur propre compte. Le scepticisme à l’égard des postures de justiciers des chefs d’Etat occidentaux est de plus en plus répandu.
Un second facteur renforce cette défiance : la montée d’un mouvement contre la mondialisation néolibérale et capitaliste. Le mouvement anticapitaliste a en moins de vingt mois tenu des manifestations de plus en plus massives, sur presque tous les continents, contre les institutions internationales du capitalisme. Seattle en novembre 1999 a marqué le premier échec d’une conférence internationale du FMI et de la Banque mondiale. La conférence de Barcelone du FMI en mars 2001 a été annulée par ses organisateurs. A Gênes, en juillet 2001, près de 300 000 personnes ont défilé contre le G8. La tentative de criminalisation de ce nouveau mouvement international a été mise en échec. La répression a affaibli ceux qui l’ont exercée. Cela s’est traduit en Italie par des manifestations de grande ampleur contre la guerre, le Forum social de Gênes jouant un rôle primordial, aux côtés du Parti de la refondation communiste.
Relever le défi
Le potentiel est aussi grand en France, pays de l’émergence d’Attac et de la Grande grève de 1995. Mais il est étouffé par le ralliement des partis gouvernementaux de gauche à une croisade hypocrite contre " le terrorisme " et " l’intégrisme ", et par l’appui à une prétendue " opération de police internationale. "
Alors qu’aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Italie et en Allemagne, il existe déjà un mouvement anti-guerre, les manifestations en France sont rares, peu nombreuses. Le mouvement anti-guerre se cherche. Dans ce contexte, il faut relever le défi. Comment ?
Il faut partir de l’idée que la guerre est une guerre contre les peuples dominés et contre les salariés des pays occidentaux et, pour ce qui nous concerne plus particulièrement, en France. Les classes dominantes mèneront une guerre ouverte ou de classe à des centaines de milliers, sinon des millions de salariés. Il faut organiser la défensive pour mieux reprendre l’offensive.
La guerre représente une menace pour les peuples dominés comme pour nous. Le seul slogan qui doit nous réunir doit par conséquent être " Non à la guerre " Il faut que toute personne, association, parti et syndicat puisse participer au mouvement anti-guerre sans aucun préalable, sans aucune condition.
On a vu en Grande-Bretagne surgir des coalitions de " musulmans contre la guerre " de " chrétiens contre la croisade ", de " salariés des médias contre la guerre " et ainsi de suite. Ce sont des exemples qu’il faut suivre. Chacun pourra ensuite, au sein de ce mouvement, développer ses conceptions particulières sur l’explication de la situation, ses vues sur les solutions qui sont à apporter. Il faut l’unité la plus large.
Accélérateur de l’histoire
Mais en même temps les idées dominantes continueront de peser sur ce mouvement. Il faudra rendre disponibles les idées anticapitalistes et contre la mondialisation néolibérale, les idées révolutionnaires socialistes comme issue à la catastrophe qui se prépare.
La guerre, disait Lénine, est un accélérateur de l’histoire. Elle pousse les classes dominantes à exiger encore plus de sacrifices de leurs salariés pour poursuivre leurs objectifs militaires. Elle rassemble plus ouvertement en une seule bande les dirigeants des Etats et ceux des multinationales qui font leurs profits sur les armements et les conflits armés. Après une phase initiale d’union nationale, elle exacerbe toutes les contradictions entre dominants et dominés.
Guerres et révolutions
La guerre tsariste de 1904 contre le Japon contribua largement au soulèvement révolutionnaire de 1905 en Russie. La Première guerre mondiale accéléra quelques années plus tard le déclenchement d’une vague révolutionnaire allant de la Russie des conseils ouvriers à l’Allemagne, l’Italie et les révoltes dans les pays coloniaux. La Seconde guerre mondiale, malgré l’écrasement des salariés par le nazisme, le franquisme et la réaction au Front populaire de 1936, contribua à déclencher les insurrections de Paris à la " libération ", les radicalisations de masse en Italie.
La guerre coloniale en Algérie fit mûrir et participa à l’éclatement du mai 1968 français. La guerre coloniale portugaise en Angola suscita et attisa les mouvements de masse du " printemps portugais " de 1975. La guerre russe en Afghanistan – et sa défaite – contribuèrent à l’éclatement du capitalisme bureaucratique en Russie et dans les pays de l’Est. La guerre des Balkans aboutit au renversement du dirigeant serbe Milosevic par un mouvement de masse populaire et démocratique.
Plus encore que la crise et la récession, la guerre remet en cause les relations établies pendant des années voire des décennies. Le système capitaliste prouve de plus en plus sa faillite face aux tâches même les plus élémentaires : assurer la survie de chacun sur la planète, permettre une vie décente en relation avec les richesses immenses disponibles, garantir la paix et la sérénité.
Maintenant, nous assistons à l’ouverture d’une nouvelle période : celle de guerres et de révolutions, pas seulement dans les pays moins solides économiquement, mais de plus en plus aussi au cœur même des bastions du capitalisme mondial.
Les idées anticapitalistes et socialiste- révolutionnaires sont d’une actualité brûlante.
Hassan Berber
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Bush libérateur des femmes ?
Le président Bush a affirmé que l’un des objectifs de cette guerre serait la libération des femmes afghanes, particulièrement opprimées par les Taliban. Mais venant d’un homme issu de la droite la plus conservatrice et réactionnaire, cette prétention est pour le moins du cynisme. L’une des ses premières décisions en tant que président a été de couper les subventions aux associations américaines travaillant à travers le monde, dès lors qu’elles favorisent la contraception.
Rappelons qu’en 1991, lors de la guerre du Golfe, Bush senior, moins préoccupé que son fils par la condition féminine, a restauré le régime de l’émir du Koweït, où les femmes n’ont pas le droit de vote.
La situation des femmes en Afghanistan semble émouvoir les dirigeants occidentaux depuis le 11 septembre. Mais il existe un autre pays où la condition des femmes est assez similaire : l’Arabie Saoudite. Un grand nombre d’emplois leur sont interdits. Elle peuvent mener des études universitaires mais séparées des hommes ; elles ne peuvent conduire ou voyager seules ; enfin, face à la justice, elles sont inférieures aux hommes.
S’il y a eu en Afghanistan dégradation des conditions de vie des femmes depuis l’arrivée des Taliban, cela concerne essentiellement les femmes des grands centres urbains. Dans les zones rurales du pays, où vit l’écrasante majorité de la population, les femmes vivent recluses ou, dans le " meilleur " des cas, elles peuvent sortir revêtues du tchadri.
Nous sommes évidemment solidaires des femmes en Afghanistan et ailleurs, et nous luttons pour leur émancipation. Mais croire que l’intervention militaire améliorera leur sort est une dangereuse illusion. Pendant dix ans, les bombardements soviétiques ont été menés entre autres au nom de la libération du peuple et des femmes afghanes. Il n’en sera pas autrement pour des bombardements américains.
Les femmes afghanes, comme le peuple de ce pays, ne peuvent compter que sur leurs propres luttes et sur leurs propres forces.
Stéphane Lanchon
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