Histoire des banlieues populaires

L’Etat, la classe ouvrière et les « cités-ghettos »
 

Les banlieues populaires sont à présent de plus en plus perçues comme des « zones » à l’abandon, détachées du reste de la société, en somme des lieux de déperdition. Le regard ainsi posé sur ces quartiers populaires oscille entre crainte et compassion. On n’hésite pas en général à comparer les « cités » de banlieues avec les « ghettos » américains.

Les nouveaux « experts » des problèmes urbains, relayés par les médias, diffusent et imposent une représentation des « problèmes sociaux » en terme d’inclus et d’exclus, de in et de out. La banlieue serait alors plus que jamais le lieu mis au ban, le out par rapport au in. La lutte contre la marginalisation urbaine est ainsi logiquement appréhendée à travers le prisme de la lutte contre l’exclusion. Cette mystification idéologique permet en définitive de mieux masquer la centralité de la lutte des classes et la forme concrète qu’elle prend dans la division de l’espace social et dans l’urbanisme.

Ces représentations misérabilistes dominantes ont permis de dissocier les problèmes que vivent aujourd’hui les « quartiers sensibles » de la détérioration des conditions d’existence de la classe ouvrière. Elles encouragent le réflexe qui consiste à imputer aux caractéristiques des habitants de ces quartiers (« exclus », « marginaux », « inadaptés », « non intégrés »…), la responsabilité des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien.

La contrepartie de ces discours dominants sur « les banlieues » est la dépolitisation des tensions observables dans les cités populaires : on invoque le problème des cohabitations « inter-communautaires », on pointe du doigt le « racisme populaire » à l’égard des étrangers, on n’hésite pas à parler d’un « antisémitisme des banlieues »… Ce qui conduit à vouloir faire la morale au peuple pour lui apprendre à être plus tolérant et moins arriéré culturellement.
La solution à ces problèmes est à présent toute trouvée : c’est le mot d’ordre de « mixité sociale » porté en étendard des politiques publiques locales. Ce mot d’ordre est agité telle une formule magique afin d’exorciser les vieux démons de la ségrégation sociale et urbaine.

Tout ce discours permet évidemment de mettre de côté les causes structurelles de la dégradation des cités populaires et des conditions d’existence de ceux qui y vivent : le chômage de masse, la précarisation des contrats de travail, la disqualification sociale des jeunes sans qualification, le blocage des salaires, la discrimination à l’embauche et au logement des enfants d’immigrés maghrébins et africains, et la réduction drastique des dépenses publiques pour la construction des logements sociaux.

D’où vient que toutes les « tares » de la société (pauvreté, chômage, délinquance, immigration, violence…) semblent se concentrer aujourd’hui dans des « zones » bien délimitées : les cités populaires de banlieue, territoires sensés abrités les nouvelles « classes dangereuses » qui font la hantise des classes dominantes. La focalisation opérée par les grands médias sur la visibilité des « immigrés » dans les cités, sur leur surreprésentation qui « pose problème », contribue à penser la banlieue comme un espace « en marge de la République », constitué de « zones de non-droit », nouveaux territoires du désordre social.

La politique de « mixité sociale » vient alors à point nommer pour tenter de disperser les « immigrés » et les répartir plus « équitablement » sur l’ensemble du territoire.

C’est en faisant un détour par l’histoire du peuplement des banlieues et par l’histoire de la politique du logement social que l’on pourra comprendre comment s’est construit dans le cours du temps le problème des « cités-ghettos».
 


 
 

Logement et classe ouvrière

Dès la seconde moitié du XIXe siècle, on observe que le développement des grands centres urbains provoque le départ des ménages populaires vers la périphérie des villes. Le peuplement ségrégationniste des « banlieues » est un processus qui commence très tôt, comme l’indique cette citation extraite du livre d’Engels La question du logement paru en 1872 : « L’extension des grandes villes modernes confère au terrain dans certains quartiers, surtout dans ceux situés au centre, une valeur artificielle, croissant parfois dans d’énormes proportions ; les constructions qui y sont édifiées, au lieu de rehausser cette valeur, l’abaissent plutôt, parce qu’elles ne répondent pas aux conditions nouvelles ; on les démolit donc et on les remplace par d’autres. Cela a lieu surtout pour les logements ouvriers qui sont situés au centre et dont le loyer, même dans les maisons surpeuplées, ne peut jamais, ou du moins qu’avec une extrême lenteur, dépasser un certain maximum. On les démolit et à leur place on construit des boutiques, des grands magasins, des bâtiments publics… Il en résulte que les travailleurs sont refoulés du centre des villes vers la périphérie, que les logements ouvriers, et d’une façon générale les petits appartements, deviennent rares et chers et que souvent même ils sont introuvables. Car, dans ces conditions, l’industrie du bâtiment, pour qui les appartements à loyer élevé offrent à la spéculation un champ beaucoup plus vaste, ne construira jamais qu’exceptionnellement des logements ouvriers »(1).

Engels relève bien ici les effets de la spéculation capitaliste sur la construction des espaces urbains. Son constat illustre les formes de la réorganisation urbaine à l’œuvre notamment dans la politique des grands travaux parisiens du Second Empire orchestrée par le baron Haussmann. Cette politique est une entreprise réussie de « modernisation » de la ville consistant dans la valorisation capitalistique de son patrimoine immobilier et foncier, qui a pour effet de réunifier la capitale en une entité urbaine cohérente qui assigne une place spécifique à chaque classe sociale. La politique bonapartiste consistant à coaliser toutes les fractions de la bourgeoisie sous la tutelle du capital financier, c’est la classe ouvrière et ses fractions les plus précarisées qui seront déportées vers les périphéries des faubourgs puis des futurs « banlieues ».

C’est dans ce contexte que la politique du « logement social » à destination de l’habitat ouvrier va connaître ses premiers développements dès la fin du XIXe siècle. En effet, en 1894, la loi Siegfried est votée et donne naissance aux HBM (Habitations à Bon Marché). Cette loi constitue l’acte de naissance des sociétés de droit privé de construction et de location d’habitations à bon marché. Elle sera suivie dans les années suivantes par d’autres lois qui favoriseront l’accès à la propriété par l’octroi de prêts bonifiés. En 1912, le vote de la loi Bonnevay autorise la création d’offices publics d’HBM et prévoit des mesures particulières pour les familles nombreuses.

Cet ensemble législatif fait partie de la politique « réformatrice » de l’Etat qui vise alors à favoriser l’intégration sociale et politique des « citoyens modestes », nouvelle catégorie de l’action publique qui remplace alors dans le vocabulaire institutionnel les catégories d’ouvriers ou de populations démunies. Il s’agit de favoriser au sein du prolétariat urbain une catégorie d’habitants qui, vivant dans des villes exposés aux taudis, doivent être dorénavant considérés comme des « citoyens » reconnus comme des membres à part entière de la société (2). Il s’agit donc d’une volonté de promotion d’une partie de la classe ouvrière en l’extirpant des « classes dangereuses » composant le sous-prolétariat urbain.

Cette politique de l’Etat vis-à-vis du logement ouvrier ne cherche pas à répondre avant tout à des considérations morales sur la prise en compte de conditions d’existence décentes pour les familles ouvrières. Il s’agit bien plutôt de promouvoir un projet politique bien défini : la politique du logement social s’inscrit dans la politique plus large d’intégration sociale et politique de la classe ouvrière à l’ensemble de la société bourgeoise.

Il nous semble que c’est la principale raison pour laquelle c’est l’Etat et non directement le Capital qui prend en charge la production de logements au tournant du XIXe – XXe siècle. L’Etat, fonctionnant comme un capitaliste collectif, prend en charge la production de certains biens, surtout quand celle-ci assure une faible rentabilité financière. Il faut alors rappeler que jusqu’à la fin du XIXe siècle, la fraction dirigeante de la classe dominante n’envisageait pas que ce soit l’Etat qui s’engage pour résoudre la question du logement des classes populaires. Deux types d’expérience avaient jusqu’alors vu le jour : le logement patronal et le philanthropisme. Le premier consiste dans l’encadrement du personnel ouvrier dans un espace résidentiel dépendant directement de la manufacture. Cette expérience échoue principalement car, comme le note Jean Harari, « elle fait obstacle au principe de la libre disposition de la force de travail sur le marché de l’emploi qui permet à l’économie capitaliste de réguler la part variable du capital en fonction des conjonctures du marché. Toute la logique de l’économie capitaliste tend ainsi à libérer le capital industriel privé de l’obligation d’assurer aux travailleurs, au-delà de la stricte rémunération de leur force de travail, les conditions matérielles de sa reproduction »(3).

Le second, le logement philanthropique, s’intègre pleinement dans le fonctionnement du marché foncier et immobilier mais en consentant toutefois à ce que le rendement des capitaux qui s’y investissent ne s’y valorisent que très faiblement. Ainsi ce type de logement vise des ménages ouvriers très peu solvables et attend peu en terme de retour sur investissement. Il répondait surtout à la préoccupation croissante au sein d’une fraction de la bourgeoisie à l’égard du sort dans lequel sombrait toute une partie des classes laborieuses et des risques d’émeutes urbaines que cette déchéance sociale engendrait. Mais au final cette politique ne répondit qu’à une part infime des besoins en logements populaires et ne concerna essentiellement que les fractions supérieures de la classe ouvrière (4).

D’autres raisons structurelles permettent de comprendre la prise en charge croissante par l’Etat du logement ouvrier, si l’on suit ici l’argumentation développée par Michel Pialoux et Bruno Théret : « Le logement n’est pas un produit simple qui se prête aisément à une production sous forme de marchandise. Sa fixation au sol entraîne des difficultés particulières de production (problèmes de rente foncière). Son caractère de patrimoine engendre d’autres problèmes spécifiques : la réalisation de sa valeur d’échange ne peut s’opérer à partir du revenu direct du travail mais doit passer au travers des formes fonctionnelles spécifiques de capital que sont le placement immobilier dans la location de logements, ou le capital d’intermédiation financière opérant une socialisation privée ou publique des épargnes salariales, et une redistribution sélective de celles-ci aux accédants à la propriété. Son caractère de « cadre » du mode de vie enfin, le fait qu’il est un élément d’un système de vie, qu’il exige de l’occupant un certain style de vie, fait que les formes qui sont données à sa valeur d’usage relèvent directement de l’exercice de la domination et ne peuvent donc être entièrement fixées en dehors de l’Etat dès lors que la domination s’exerce principalement à ce niveau. C’est pour l’ensemble de ces raisons que la bourgeoisie, si elle a pu produire directement son propre logement, n’a pu historiquement prendre en charge celui de la classe ouvrière qu’avec la médiation d’un Etat unificateur coercitif des divers intérêts bourgeois et fonciers » (5).

Il est donc important de garder à l’esprit que la politique du logement fut, et reste encore dans une large mesure, un des instruments privilégiés de la domination politique. La bourgeoisie assure ainsi son hégémonie politique par l’intermédiaire de l’action de l’Etat dans le domaine du contrôle social sur le logement des classes laborieuses. Cela est d’autant mieux mis en évidence lorsqu’on considère la tendance lourde qui se développe tout au long du XXe siècle dans la division de l’espace urbain entre les lieux de travail et les lieux de logement. Ce processus sera la matrice de la détérioration des conditions matérielles et morales d’existence des classes populaires, de leur aliénation par le rétrécissement de l’horizon des possibles (6), et constitue l’arrière-fond de la construction du problème des « cités-dortoirs », devenus « cités dépotoirs », et, ultérieurement, des « cités-ghettos ».

Mais, dans le même temps, ce mouvement d’exode massif des classes populaires vers des banlieues de plus en plus lointaines tout au long des premières décennies du XXe siècle (surtout pendant l’entre-deux guerres) s’est accompli dans des conditions idéologiques qui ont pu en partie le légitimer : ainsi, comme le remarque justement Jean Harari, les conditions déplorables de l’habitat populaire dans les grandes agglomérations urbaines vont nourrir le « rêve » d’un retour à une ruralité mythique, une sorte d’exode inverse de celui qui avait conduit dès le début du XIXe siècle des millions de paysans ruinés vers les villes. Cette tendance a de lourdes conséquences : « elle implique presque nécessairement la quête d’une solution individuelle à la question du logement ; elle induit une prédilection pour la petite propriété familiale ; elle engendre un rejet de la ville contemporaine, des effets physiques et sociaux de densité qu’elle produit ; elle encourage l’abandon des centres aux catégories sociales qui les dominent. Ainsi, ne fait-elle pas qu’aggraver les effets de séparation socio-spatiale inscrits dans les processus de sub-urbanisation ; elle renonce à la centralité et renforce les conditions de domination des catégories sociales les plus vulnérables » (7).

Ce mouvement d’exode est ainsi à la fois le produit d’une exclusion territoriale et d’une auto-exclusion quant au fait de devoir en rabattre par rapport à sa propre aspiration à une mobilité sociale et résidentielle « par le haut ».

La loi Sarrault de mars 1928 va marquer le début véritable de l’intervention directe de l’Etat dans les procédures d’aménagement urbain. La politique poursuivie par l’Etat va chercher à faire face à l’urbanisation anarchique croissante dans les banlieues durant l’entre-deux guerres, et surtout à répondre à ses effets politiques sur le terreau propice qu’elle offre au jeune Parti Communiste créé en 1920. La crainte de la constitution d’une « banlieue rouge » commence à pousser certains réformateurs au sein de l’administration étatique à ce que l’Etat intervienne pour pallier à l’incurie des lotisseurs privés afin d’« assainir la banlieue ». En juillet 1928, la loi Loucheur finance la construction de 200.000 HBM et de 60.000 logements destinés aux classes moyennes. Dans le même temps, le gel des loyers décidé depuis 1914 et maintenu jusqu’à la loi de 1948 va améliorer les conditions de logement pour la classe ouvrière tout en créant les conditions favorables à une limitation de la hausse des salaires (8).

Capitalisme d’Etat et production industrialisée de logements

L’après seconde guerre mondiale ouvre une nouvelle période dans le cours de la lutte des classes et dans l’histoire du logement populaire. En effet, les rapports de force entre les classes sont modifiés notamment par l’importance des mobilisations populaires lors de la Libération, le poids important du Parti Communiste dans la Résistance, et le discrédit qui frappe une partie de la bourgeoisie qui a participé à la collaboration avec les nazis pendant l’Occupation. Le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) rédigé le 15 mars 1944 atteste de l’importance des revendications d’un Etat social fort et interventionniste (« l’Etat providence »). Les thèses keynésiennes ont alors le vent en poupe, notamment depuis la crise économique de 1929, et une partie de l’administration étatique défend une conception « modernisatrice » du rôle de l’Etat dans la société. L’Etat ne doit plus seulement « intégrer » la société mais aussi la « moderniser ».

Ces considérations d’ordre politique ratifient le nouveau rapport de force entre les classes et viennent entériner la nécessaire régulation étatique du capitalisme (« l’économie administrée »). Se faisant, le mot d’ordre d’Etat providence repris par les élites politiques dirigeantes fournit un habillage idéologique à une tendance de fond du capitalisme français en cette période charnière, celle d’une accélération de la fusion partielle entre Etat et Capital, le capitalisme devenant de plus en plus monopoliste et étatisé. Comme l’explique Chris Harman : « La logique du capitalisme conduit à une concentration et à une centralisation du capital, au remplacement d’un grand nombre de petits capitalistes par un petit nombre de grands. Les grands groupes qui agissent dans un seul pays dépendent les uns des autres et de l’Etat, posant les bases d’une nouvelle intégration du capital industriel, financier, commercial autour de l’Etat. Chaque Etat devient le noeud où les capitaux se ramifient même lorsque leurs activités les amènent à s’installer partout dans le monde. Mais ce n’est pas tout. Les liens noués entre chaque Etat et quelques grands groupes commencent à faire disparaître les limites entre Etat et capital. Le capital utilise des pressions de plus en plus directes pour déterminer comment doit agir l’Etat (plutôt que d’attendre les pressions indirectes du marché) et la bureaucratie d’Etat se mêle de plus en plus de la gestion des grands groupes » (9).

Ces tendances vont particulièrement s’illustrer dans le domaine de la construction de logements. En effet, afin de mieux comprendre pour quelle raison l’Etat va s’engager avec un tel déploiement de moyens financiers jamais vu auparavant, il faut rappeler que le secteur des Travaux Publics a connu une demande d’activité très soutenue, déjà sous l’Occupation et surtout lors de la reconstruction du pays après 1945, alors que le secteur du Bâtiment, constitué de milliers de petites unités artisanales, a beaucoup souffert de l’Occupation et n’est plus en mesure de contribuer à l’effort national. En effet, les sociétés de Travaux Publics bénéficient de larges lignes de crédit grâce au plan Marshall américain et sont en première ligne pour la reconstitution des infrastructures productives du pays. Au début des années 1950, ces sociétés cherchent à rentabiliser les investissements importants déjà réalisés en équipement, en outillage et en formation de la main d’œuvre. Dans une optique à la fois de rationalisation industrielle et de rentabilisation des investissements, les pouvoirs publics (l’administration étatique) et les sociétés de Travaux Publics vont décider conjointement de se lancer dans la construction de « grands ensembles » locatifs afin de s’emparer d’un secteur tenu jusqu’à présent à l’écart des principaux circuits de valorisation du capital industriel.

Cela est rendu possible si on considère les évolutions qui s’opèrent dans les deux grands champs d’extension des rapports étatiques : En premier lieu, le champ législatif et réglementaire, dans lequel sont créés les conditions juridiques et financières d’un développement de la production de masse de logements. Ce travail législatif commence avec la loi du 3 septembre 1947 qui relance un programme annuel d’Habitations à Loyers Modérés (HLM, nouvelle dénomination des HBM) et élargit le réseau des SCI (sociétés de crédit immobilier) pour l’accession à la propriété. Puis les années suivantes se succèdent plusieurs lois qui favorisent la construction de logements et libèrent les prix des loyers des logements neufs à venir (dont la fameuse loi dite « de 1948 »).

A partir de 1953, l’Etat se fait plus massivement promoteur de construction immobilière en prenant en charge l’essentiel du financement via l’extension du secteur HLM et de la promotion parapublique. Le nombre de logements construits s’accroît de façon vertigineuse, et cela jusqu’au tout début des années 1970 où on arrive au record de 550.000 nouveaux logements par année. Le secteur HLM se développe ainsi très rapidement. Du début des années 1950 au milieu des années 1970, se sont environ 7 millions de logements qui sortiront de terre au cours de cette période qui fut qualifiée d’« âge d’or de la construction ».

La forme particulière que prend cette politique – les « grands ensembles » de logement sociaux – est l’expression matérielle de l’ordre de la production capitaliste : « C’est bien la situation désormais dominante des entreprises de travaux publics dans le secteur du bâtiment et celle de leur relais dans l’appareil d’Etat, donc la suprématie d’un segment du capital productif sur tous les autres, qui explique la forme spécifique que prendront les nouvelles périphéries résidentielles pendant ces vingt années décisives » (10). Cette logique productiviste implique pour être optimisé d’opérer sur des superficies considérables, c'est-à-dire sur des terres agricoles : trouver de grands terrains à bas prix nécessite de s’éloigner des centres urbains et de s’établir en marge des anciens noyaux villageois. « Ces circonstances, inhérentes au procès de production du logement industrialisé, créent les conditions de la séparation des quartiers d’habitat social, leur relégation urbaine, d’autant plus radicalement qu’entre le début des années 1950 et la fin des années 1970, la possession de la voiture reste marginale pour les catégories sociales qui résident dans ces quartiers. Quant aux transports collectifs, ils sont rarement programmés avant plusieurs décennies… On parle très tôt de « cités dortoirs » pour désigner l’effet d’une des orientations majeures qui président à l’aménagement « moderne» du territoire français, le zoning. » (11)

En second lieu, l’autre champ important d’extension des rapports étatiques est effectivement celui des formes d’intervention publiques qui « encadrent » une nouvelle division de l’espace social dévolu et approprié par les diverses classes : il s’agit de « l’aménagement du territoire » et de la réorganisation des structures de production, notamment par le biais de la planification. En 1950 est ainsi créé un Fonds national d’aménagement du territoire (FNAT) qui va permettre à l’Etat d’intervenir directement sur le développement urbain. La doctrine de cet organisme préconise une déconcentration territoriale des bassins d’activité et d’habitat au détriment de la région parisienne. Ces réaménagements vont se concrétiser par la décentralisation industrielle ainsi que par des opérations de rénovation urbaine. Ces opérations de rénovation urbaine, censées transformer un tissu urbain archaïque, vont offrir l’opportunité pour les investisseurs, en particulier les grandes banques, de lancer des opérations immobilières d’envergure. Le rythme croissant de ces opérations sera lié à celui de la pénétration du capital financier dans le secteur immobilier.

C’est en effet à partir de la fin des années 1950 que le capital financier va commencer à investir directement dans la promotion immobilière du logement de masse. C’est à ce moment là que la politique économique commence à encourager les banques et les groupes financiers à prendre le relais du financement public par l’épargne privée afin de combiner investissements publics et profits privés. De nouvelles mesures législatives ou réglementaires vont par la suite rendre plus attrayant fiscalement l’investissement dans les sociétés de promotion immobilière.

Rénovation urbaine et ségrégation sociale

Pour ce qui est des politiques de rénovation urbaine, nous nous limiterons dans cet article à l’étude de Paris et de sa banlieue. C’est en 1959 qu’est voté le plan de rénovation de Paris, conçu comme un plan de reconquête des taudis et qui est destiné à touché plus de 350.000 personnes. Même si ses objectifs sont au départ « sociaux », ce plan d’origine public vise à changer l’image des quartiers populaires et des quartiers avoisinants afin de rentabiliser à terme les opérations immobilières privées qui prendront ensuite le relais. « La rénovation est donc un des processus qui permet le développement de la production de logements neufs en entraînant à la fois la production de logements bourgeois au centre et celle de logements populaires à la périphérie. Mais elle permet aussi la réappropriation de l’espace central des villes par les diverses fractions de la classe dominante : multiplication des bureaux et des commerces de luxe, apparition de nouvelles formes d’artisanat (liées aux transformations du goût des anciennes et des nouvelles classes moyennes), réhabilitation et restauration des vieux appartements (liées à une redécouverte exaltée de l’« ancien » et de l’« authentique »), et aussi et surtout élargissement de la domination politique directe de la bourgeoisie sur la capitale. Par la même, l’expulsion, par le biais de la rénovation (et la redistribution spatiale), d’une grande partie de la classe ouvrière est une composante essentielle d’un processus de restructuration de cette classe dont l’origine est évidemment à rechercher ailleurs que dans la seule politique du logement. » (12)

La rénovation urbaine va toucher également, à la même période, les villes populaires de la banlieue parisienne. Il faut alors noter une concomitance entre la rénovation urbaine de ces villes et la reprise de l’immigration après 1945. La concomitance de ces deux conjonctures va engendrer des effets sociaux très importants comme nous allons le voir à présent.

Comme nous l’avons vu, c’est surtout à partir du milieu des années 1950 que l’intervention de l’Etat s’accroît dans les processus d’urbanisation et de production du logement social afin de « moderniser » l’habitat populaire. Les élus municipaux des communes populaires de la « ceinture rouge » parisienne, en particulier les élus communistes, veulent saisir cette occasion de « modernisation » pour transformer les cités prolétaires en villes à part entière, bénéficiant de nouveaux équipements culturels et socio-éducatifs, afin de susciter entre autre une identification positive à la classe ouvrière. Les grands projets d’habitat collectif sont alors destinés à loger une clientèle composée surtout d’ouvriers qualifiés, d’employés et de membres des classes moyennes. L’essor du logement social améliore les conditions générales de logement des classes populaires. Le fait d’habiter dans ces « grands ensembles » est alors effectivement considéré comme une promotion sociale pour les ménages modestes, contrairement à l’image que donne ces logements collectifs aujourd’hui…

Mais cette extension du logement social ne profite pas à l’ensemble de la classe ouvrière. En effet, ses fractions « inférieures » non qualifiées (employés de commerce, OS, manœuvres, personnels de services…) accèdent rarement au logement HLM. A partir de 1963, ce ne sont plus les offices publics d’HLM qui sont chargés de la sélection des candidats inscrits sur les listes d’attente – sur critères sociaux avec plafond des ressources – mais une commission dans laquelle les membres désignés par les autorités préfectorales disposent de la majorité.

C’est ainsi que, à partir de 1961, sont créés des « Programmes Sociaux de Relogement » (PSR), nouvelles HLM à normes réduites. Dans ce cadre là seront créés les premiers I.S.T. (« immeubles sociaux de transition »), les fameuses « cités de transit » qui seront en région parisienne, avec les « cités d’urgence » construites dans les années 1950, les premières pièces de ce qui est en train de devenir un « habitat dépotoir » vers lequel les services sociaux et les organismes HLM vont orienter leurs « familles à problèmes ».

Ce traitement discriminatoire qui est réservé aux fractions les plus vulnérables de la classe ouvrière – dont font partie de façon croissante les travailleurs immigrés maghrébins et leurs familles – va devenir la matrice de l’exacerbation des tensions et conflits de concurrence entre les différentes fractions de la classe ouvrière.

C’est dans ce contexte que la venue massive des travailleurs maghrébins a pu être perçue dans certaines communes populaires par les équipes municipales comme une menace pour les projets de rénovation urbaine. Ce fut le cas notamment dans la ville de Gennevilliers, en banlieue parisienne, sur laquelle le sociologue Olivier Masclet a mené une enquête très approfondie. Il explique notamment : « La stratégie visant à élever la valeur sociale et symbolique de la commune, c'est-à-dire à opposer au stigmate de la banlieue prolétaire une représentation plus digne de la condition ouvrière, suppose en effet de construire une bonne image du groupe. (…) Or, massivement embauchés comme OS et manœuvres, les immigrés appartiennent aux fractions les plus déqualifiées et les moins considérées du groupe ouvrier et sont éloignés du modèle de respectabilité ouvrière que les élus défendent, en raison de leurs conditions de travail et d’existence mais aussi de leur statut d’immigrés et de leur mauvaise réputation héritée de la colonisation. D’une certaine manière, ils contreviennent au but poursuivi de promotion collective de la classe ouvrière» (13).

Les élus communistes de la ville vont alors chercher à s’opposer aux logiques de regroupement territorial des immigrés dans leurs communes. Les immigrés maghrébins sont alors massivement appelés à venir s’installer en France pour répondre à la forte demande en main d’œuvre faite par le patronat et par l’Etat dans un contexte de fort développement économique. Face à l’absence de structures d’hébergement, les immigrés sont le plus souvent obligés de s’en remettre aux services des « marchands de sommeil » qui les rassemblent selon une logique de regroupement des émigrés originaires des mêmes villages, régions et pays. En effet, le patronat, disposant du réservoir de l’immigration, n’a pas besoin d’intervenir dans la reproduction de cette force de travail, ce qui permet de maintenir le coût de celle-ci à un niveau minimal. Les immigrés sont alors installés le plus souvent dans des taudis ou dans des foyers gérés par l’Etat. Réservés aux seuls « célibataires nord-africains », ces foyers visent dès le départ à empêcher les immigrés de faire venir leur famille.

De nouveaux foyers sont construits durant les années 1950 et 1960 afin de résorber les bidonvilles et les vieux immeubles insalubres reconvertis dans le logement pour immigrés. Les municipalités des villes constituant la « banlieue rouge » réclament dès cette période une répartition plus « équilibrée » des immigrés dans l’ensemble des communes de la région parisienne. Cela en réaction aux préfectures qui cherchent alors à augmenter le nombre de ces foyers dans les villes où les immigrés vivent déjà. En effet, pour les services préfectoraux qui gèrent l’installation des immigrés, ce sont les villes « de gauche » qui doivent gérer ces « populations encombrantes ».

Pour quelle raison les préfectures concentrent les « immigrés » dans des lieux réservés pour ces populations ? Cela s’explique notamment du fait que le personnel des services préfectoraux chargé d’ « encadrer » les Français musulmans d’Algérie (dénomination des travailleurs Algériens et de leurs familles jusqu’à la déclaration d’Indépendance) est lui-même directement issu de l’encadrement colonial des « indigènes » en Algérie (14). C’est ainsi que les préfectures, par ce recours à un personnel spécialement recruté dans les administrations française en Algérie coloniale, vont chercher à « encadrer » cette main d’œuvre immigrée en lui assignant des espaces territoriaux déterminés en fonction de « seuils » quantitatifs de populations à ne pas dépasser. Il s’agit donc de séparer et de répartir pour mieux pouvoir contrôler. La mise en place de cet encadrement se maintiendra après l’Indépendance en 1962, et ces critères coloniaux d’identification seront progressivement appliqués tout au long des années 1960 et 1970 aux étrangers de toutes nationalités. C’est notamment à travers la politique de résorption des logements insalubres, prélude aux politiques de réhabilitation du logement social, que s’effectuera l’extension de ces classifications coloniales à l’ensemble des populations « immigrées ». Il est aussi à noter que ces modes coloniaux d’appréhension de ces populations vont avoir tendance à « contaminer » tous les autres acteurs concernés par le logement et en contact direct avec les agents des services préfectoraux : employés municipaux, organismes HLM et notamment les présidents des offices HLM qui sont des élus locaux.

Dans les villes ouvrières comme celle de Gennevilliers, les offices HLM réservent dans un premier temps en priorité les logements sociaux aux « Français » modestes. Dans un contexte où la concurrence est forte pour l’obtention de ces logements, les immigrés maghrébins, en majorité algériens, bien qu’étant considérés comme faisant partie de la classe ouvrière par les responsables communistes locaux, ne sont pas traités à égalité des ouvriers français. Les représentations coloniales sont encore fortes dans le contexte de la guerre d’Algérie, et elles contribuent à un raidissement, y compris dans la gauche et dans le PCF, sur l’ « identité nationale française ». D’autre part, les projets de « villes modernes » en vigueur à cette période sont aussi conçus comme un instrument politique pour fidéliser l’électorat populaire. Les élus communistes cherchent alors surtout à représenter et à valoriser les fractions supérieures de la classe ouvrière – la dite « aristocratie ouvrière » – telles que les ouvriers qualifiés, contremaîtres, employés et techniciens, qui sont majoritaires dans les grands ensembles contrairement aux OS, aux manœuvres et aux personnels de services. Ainsi ces nouveaux logements rehaussent la légitimité électorale des municipalités communistes dont les scores aux élections augmentent des années 1950 jusqu’au début des années 1980, dans la plupart des villes PC de l’ancienne « banlieue rouge ».

Ce processus explique comment se sont accentués les différences de classe entre ces deux composantes de la classe ouvrière : la première, « française », qui dispose du droit de vote, défendue et organisée politiquement et syndicalement, et la seconde, « immigrée », qui n’a pas de porte-parole reconnu et qui est exclue de la citoyenneté politique et cantonnée au marché du logement insalubre. Cette division est aussi liée à la faiblesse des revenus des travailleurs et des familles maghrébines qui ne peuvent pas accéder aux logements neufs du fait d’un coût trop élevé. Tout au long des années 1950 et 1960, un secteur HLM « inférieur » (« cités d’urgence », « cités de transit », puis « HLM à normes réduites ») va se développer et accueillir les familles qui ne trouvaient pas place dans les grands ensembles. C’est sous l’impulsion de l’Etat qu’est entreprise la construction de ces nouveaux immeubles et que se renforce l’institutionnalisation de ce marché du logement au rabais.

Un arrêté d’octobre 1968 contraint les organismes HLM à faire entrer un contingent important de « mal logés » (30%) dans leur parc immobilier. Cette nouvelle politique de logement est déterminée par la multiplication des opérations de « rénovation urbaine » à Paris et dans les communes de banlieue qui entraîne l’expropriation de milliers de ménages. Cette politique rencontre l’hostilité des organismes HLM et des élus communistes qui luttent contre l’arrivée de ces ménages démunis comprenant une forte proportion d’immigrés.

A la fin des années 1960, la construction des HLM commence à stagner puis à décroître dans les années 1970. En même temps, les loyers connaissent une forte augmentation, conséquence de la diminution des crédits accordés par l’Etat qui encourage les ménages à s’orienter vers le marché privé du logement. Comme l’écrivent Michel Pialoux et Bruno Théret : « De Chalandon [ministre de l’Equipement et du logement de 1968 à 1972] à Guichard [son successeur au même ministère], du concours de maisons individuelles (dites "chalandonnettes") à la dénonciation des grands ensembles "inhumains" (circulaire Guichard en 1973), jusqu’à l’apologie par Valérie Giscard d’Estain [président de la république de 1974 à 1981] des nouveaux "villages" (où l’on doit retrouver le sens de la vie "communautaire" grâce à un harmonieux équilibre entre pavillons et "petits collectifs"), la politique de l’Etat vise à faciliter la production industrialisée de logements individuels à bon marché, produits à un prix qui permette de garantir aux promoteurs et aux constructeurs un profit "suffisant" » (15).

C’est à partir de ce moment là que les familles de classes moyennes, d’employés et les fractions supérieures de la classe ouvrière sont encouragées à quitter les logements HLM pour devenir propriétaires de petits pavillons gérés par le marché privé. Comme l’écrit Olivier Masclet : « Ce changement d’orientation des politiques du logement représente de fait pour les élus de Gennevilliers – comme pour l’ensemble des municipalités communistes dont la politique de promotion du logement social nourrit la légitimité – une réelle menace : la transformation des quartiers en « cités » pour les exclus de la mobilité résidentielle et la déstabilisation corrélative de leur assise politique » (16).

En 1969, les maires communistes de la région parisienne et des élus de Paris publient une déclaration dans laquelle ils affirment leur opposition à la politique d’immigration de l’Etat et du patronat et leur refus de la délégation à leurs communes des « travailleurs immigrés ». Ces maires accusent les « communes riches » de ne pas construire de logements sociaux et de laisser ainsi aux « communes pauvres » toute la charge du relogement des « pauvres » et des « immigrés ». C’est ainsi que l’on assiste dès la fin des années 1960 à la montée de la revendication d’une « dispersion » des immigrés et des familles immigrées dans l’ensemble des communes de la région parisienne. Les députés de droite issus des villes plus riches s’opposent au Parlement à tout projet de loi proposé par les élus de gauche qui obligerait l’ensemble des communes de banlieue à construire des logements sociaux accessibles aux ouvriers et aux familles immigrés.

C’est ainsi que va s’ajouter à la ségrégation sociale et ethnique entre les villes de banlieues un renforcement de cette ségrégation au sein même des communes populaires qui va prendre la forme que nous connaissons aujourd’hui : des cités HLM appauvris comprenant une forte composition de populations « issues de l’immigration » et côtoyant des quartiers pavillonnaires mieux lotis. Ces quartiers pauvres vont ainsi concentrer les familles considérées comme « indésirables » et « à problèmes », et vont devenir les nouvelles « zones de répulsion » pour les pouvoirs politiques locaux.

Cette configuration sociale marquée par une concentration des populations immigrées dans des « ghettos » urbains est donc directement liée aux transformations du peuplement des grands ensembles. Cette évolution est le résultat des nouvelles politiques pavillonnaires et des changements de majorité dans de nombreuses communes. En effet, au milieu des années 1970, avec l’approfondissement de la crise économique, intervient un tournant libéral dans la politique du logement de l’Etat.

En 1973, la circulaire Guichard signe l’arrêt de mort des « grands ensembles ». Le ministre Albin Chalandon se faisait auparavant le chantre d’un retour au pavillon individuel. Les « Villes Nouvelles » (telles que Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée…) constitueront le terrain favori de cette nouvelle orientation qui se veut l’antithèse des grands ensembles. Ce tournant libéral trouve son aboutissement avec la loi « Barre » en 1977 qui remplace « l’aide à la pierre » qui a permis la croissance de l’immobilier locatif social depuis les années 1950 par « l’aide à la personne » qui s’efforce de solvabiliser les ménages en quête de logement. Cette politique manifeste clairement la volonté de l’Etat de se désengager du financement du logement social au motif que son besoin quantitatif serait désormais satisfait.

La crise structurelle du système capitaliste qui s’ouvre au milieu des années 1970 va mettre un coup d’arrêt à l’amélioration lente mais continue des conditions d’existence de la classe ouvrière. Le chômage et la précarité vont se développer à un rythme soutenu et plonger dans la misère un nombre croissant de familles modestes. Dans le même temps, la nouvelle politique de l’Etat, s’appuyant sur l’offre de crédits que propose la loi Barre articulée à la relance de l’offre d’habitat individuel périurbain en accession, va provoquer le départ massif des quartiers HLM des ménages les moins vulnérables, les couches moyennes et les ouvriers qualifiés. Ces familles vont être attirées par cette perspective d’acheter leur logement à crédit car elle est susceptible de les mettre à l’abri des difficultés à venir. Les locataires qui ne pourront pas s’engager dans cette fuite vers la propriété – les familles ouvrières les plus vulnérables dont une grande part de familles immigrées – vont demeurer enfermées dans cet univers de tours et de barres en voie de dégradation généralisée.

Il est important de saisir dans le détail de quelle façon va se constituer cet apartheid social à la française : dans une commune comme Gennevilliers, suite au départ des familles des couches moyennes vers l’habitat pavillonnaire, les organismes HLM privés vont devoir remplacer une partie des habitants de leur parc immobilier par des familles ouvrières immigrées. Mais ils vont effectuer ce remplacement en cherchant à défendre la valeur globale de ce parc : ils vont sacrifier les secteurs les moins attractifs car dépourvus de moyens de transport, éloignés des lieux de travail et des centres urbains. Ce sont donc les ménages immigrés qui vont servir à faire le plein de locataires dans des bâtiments délaissés : « Tels de nouveaux « marchands de sommeil », certaines sociétés privées n’ont ainsi aucun intérêt à limiter le surpeuplement des logements et le développement des activités clandestines (ateliers de confection, fabrication de produits alimentaires) grâce auxquelles certains locataires acquièrent ou complètent leurs revenus. Si la population de certains immeubles a quasiment doublé en 20 ans, les moyens alloués aux nettoyages et autres réparations n’ont cessé de diminuer : effet d’une gestion minimaliste qui a pour seule finalité la rentabilisation maximale des logements. La concentration des familles comptant de nombreux enfants s’est alors traduite par une dégradation accélérée des parties communes des bâtiments dévolues aux immigrés, de plus en plus assimilés à des « lieux pourris » par les autres locataires. Ces quartiers semblent ainsi pris dans la spirale du déclin : la mauvaise réputation en détourne à présent les catégories moyennes du salariat », explique Olivier Masclet.

Le départ massif des couches moyennes et des fractions supérieures de la classe ouvrière des quartiers HLM va aussi avoir des effets politiques locaux très importants car ce sont ces catégories sociales qui constituaient auparavant la base sociale et électorale des municipalités de gauche : « Les communes acquises à la droite au début des années 1980 sont ainsi souvent celles que le PC avait gagnées dans les années 1960-1970, grâce au renfort de la population nouvelle des grands ensembles. La droite profite politiquement du déclassement des quartiers HLM dans la hiérarchie des formes et des statuts d’habitat. Mobilisation des abstentionnistes de droite en réaction à la dégradation de l’environnement, départ des couches sociales acquises à la gauche, démoralisation des électeurs captifs des cités, installation de nouveaux ménages sans tradition politique constituée et aspirant à quitter au plus vite le logement en HLM : autant de raisons au basculement des majorités municipales », explique encore Olivier Masclet.

La « mixité sociale » : enjeux et idéologies

A présent, aussi bien à droite qu’à gauche, les municipalités des villes de banlieue disent vouloir « en finir avec les ghettos » en favorisant la « mixité sociale ». Comme on l’a vu, la thématique de la « mixité sociale » n’est pas nouvelle, elle apparaissait déjà dans les débats des années 1960 et 1970, et elle resurgit en 1991 lors du débat qui entoure le vote de la loi d’orientation sur la ville (LOV). Cette loi vise à contraindre les communes à construire des logements sociaux : les débats au Parlement montrent la montée de la thématique de la « dispersion » des populations pauvres et immigrées sur l’ensemble du territoire et la représentation de la situation en termes d’ « équilibre des populations » et de « partage des charges ». La loi relative à la lutte contre les exclusions en 1998 fait figurer la « mixité sociale » dans son préambule. Ce mot d’ordre de « mixité sociale » devient ainsi au cours des années 1990 un objectif prioritaire de l’action publique.

Mais si la cause de la « lutte contre les ghettos » devient peu à peu le leitmotiv de la conduite de la « politique de la ville », c’est au prix d’une mise à l’écart des véritables causes structurelles de la détérioration des cités populaires, pour ne se focaliser que sur les problèmes de peuplement. La volonté de « casser les ghettos » ne cherche en général qu’à s’attaquer, au moins dans les intentions, aux conséquences de la ségrégation (la concentration dans l’espace des populations « à problèmes ») plutôt que de s’en prendre aux causes, telles que le fonctionnement du marché privé du logement et les mécanismes d’attribution des logements sociaux.

La « mixité sociale » est surtout un moyen d’attirer les catégories stables du salariat dans des quartiers où vivent aujourd’hui les fractions des classes populaires qui composent massivement le salariat d’exécution plus ou moins exposé à la précarité. Ainsi, au contact des classes moyennes, les classes populaires seraient sensées être « tirées vers le haut » et bénéficiées de ressources contre « l’exclusion sociale ». En assurant une meilleure « cohésion sociale et territoriale », la mixité sociale favoriserait aussi la diffusion des normes dominantes portées par le style de vie des classes moyennes en direction des groupes sociaux plus « défavorisés ». Voici en gros l’idéologie qui sous-tend l’injonction à la « mixité sociale ».

En pratique, les politiques de mixité sociale « restent dans une logique de contrôle étroit de la localisation des classes populaires », comme l’expliquent Patrick Simon et Jean-Pierre Lévy : « Il ne s’agit pas d’accorder la maîtrise du lieu de résidence à ceux qui subissent la ségrégation, mais bien de les disposer de manière autoritaire dans l’espace urbain afin de créer un damier social et ethnique » (17). On contrôle ainsi l’entrée des ménages stigmatisés (immigrés ou supposés tels et défavorisés) dans le parc social, mais on refuse de leur ouvrir les quartiers plus favorisés. « Au final du jeu de la patate chaude, l’objectif de mixité sociale cautionne les attributions au faciès et l’allongement des files d’attente dans les fichiers de demandeurs » (18).

En effet, la « mixité sociale », telle qu’elle est pratiquée au quotidien, est en réalité surtout pensée comme « mixité ethnique », et invoquée pour justifier des pratiques discriminatoires d’attributions de logements sociaux en sélectionnant les candidats par l’origine nationale (19). C’est ce que montre Sylvie Tissot à partir de son enquête menée dans la ville de Montreuil en Seine-Saint-Denis : « Le recours au principe de mixité sociale dans la gestion des attributions s’inscrit dans la continuité de pratiques de sélection à l’entrée dans le logement social qui s’opèrent en fonction de critères, illégaux en théorie mais en vigueur dans un certain nombre de mairies (quelle que soit leur couleur politique), ainsi que dans de nombreux organismes HLM : le niveau minimum de revenu et l’origine "ethnique" » (20).

Cette répartition qui se veut « équilibrée » des populations dans des « quartiers sensibles » passe alors en pratique par la mise en œuvre « d’une échelle de "non-désirabilité" des populations, construite sur l’origine géographique et la couleur de peau. Cette échelle va des Européens ne posant pas de problèmes, aux Africains et Antillais qui suscitent une méfiance immédiate, en passant par les Maghrébins pour lesquels, dit une chargée de mission de la ville interrogée, "on fait attention" » (21).

Ces politiques justifiées au nom de la « mixité sociale » ont des effets concrets qui se manifestent par les conditions de logement spécifiques que vivent aujourd’hui les populations étrangères en France : elles sont plus nombreuses a être « très mal logées » et subissent une discrimination dans le traitement de leur demande de logement HLM qui se traduit notamment par des délais d’attente beaucoup plus longs. Une enquête de l’INED (Institut National des Etudes Démographiques) a ainsi montré que si les ménages « très mal logés » représentent 11% de l’ensemble des ménages en France, ils sont en proportion quatre fois plus nombreux chez les originaires d’Algérie, de Turquie, d’Afrique noire et du Maroc (entre 45% et 50%) (22).

Par ailleurs, il faut aussi remarquer que ces politiques qui visent, à travers la « mixité sociale », à contrôler la répartition des étrangers dans l’espace, à l’aide notamment de « quotas » et de « seuils », font étrangement écho à la politique menée par les préfectures, les organismes HLM et les élus locaux dans les années 1950-1970, consistant dans une gestion coloniale des populations originaires du Maghreb. Ainsi, certaines habitudes ou réflexes hérités de l’histoire coloniale, et sans doute en partie inconsciemment, continuent d’être mis en œuvre jusqu’à aujourd’hui à travers des critères coloniaux d’identification des populations « immigrées ».

Mais la « mixité sociale » produit des effets politiques et idéologiques qui ne se limitent pas qu’aux seules populations « immigrées », car elle fait partie de tout l’arsenal de l’action publique qui vise à l’encadrement de l’ensemble des classes populaires. En effet, ces politiques renforcent le regard négatif porté sur les classes populaires en érigeant ces quartiers défavorisés et leurs habitants en « problèmes », du fait qu’ils cumulent tous les stigmates sociaux : forte visibilité des immigrés, des jeunes, pauvreté, chômage, précarité, délinquance…

Du coup, les municipalités de gauche, socialiste ou communiste, dans les villes de banlieue, n’ont plus la volonté de voir dans ces quartiers populaires leurs propres bastions, leur base sociale naturelle. « Les quartiers et leurs habitants tendent à redevenir l’objet de crainte qu’ils représentaient avant l’implantation du mouvement ouvrier en banlieue. Dans tous les cas, ils sont perçus comme une charge, un « fardeau », qu’il s’agit de partager « équitablement » (23).

Mais il est aussi important de rappeler que ces politiques de contrôle des familles populaires et immigrées sont privilégiées par les municipalités de gauche car celles-ci ont en charge les villes de banlieue les moins dotées en ressources financières. La « mixité sociale » doit ainsi être analysée comme « l’arme pauvre des communes pauvres de la Seine-Saint-Denis » (24). Les villes riches de banlieue n’ont pas besoin d’avoir recours à cette politique, dans la mesure où elles ferment de façon beaucoup plus radicale leurs territoires aux populations « indésirables ».
Une enquête récente en région parisienne a par ailleurs montré que, contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les catégories sociales les plus défavorisées qui sont les plus concernées par l'augmentation de la ségrégation sociale. Ce sont les classes supérieures qui sont les plus ségrégées. « La situation de mixité sociale reste la modalité résidentielle la plus fréquente pour les classes moyennes et populaires, bien que le tissu social de ces espaces est menacé par la montée du chômage et de la précarité, qui touchent de façon croissante les classes moyennes elles-mêmes » (25).

L’autre effet idéologique que produit le mot d’ordre de « mixité sociale » est d’aveugler, surtout à gauche, la perception des intérêts en commun qu’ont les habitants de ces quartiers : tout ce qui les réunit du point de vue de leurs conditions d’existence et de travail. A force de se focaliser sur les différences d’appartenance nationale, sur l’origine ethnique, sur la taille des familles, leur style de vie, on en oublie les intérêts de classe à défendre en commun.

Et c’est aussi les dynamiques d’engagement associatif et politique à l’œuvre dans ces quartiers qui sont mis de côté : comme ces cités populaires sont perçus comme des « quartiers à problèmes », des « ghettos à casser », alors les représentants de ces habitants, en particulier les jeunes militants de cités, sont du coup très peu considérés de la part des partis de gauche. Ils sont vus comme des « beurs en galère », ou alors comme de possibles « intégristes musulmans », et non pas comme les héritiers légitimes de la gauche et du mouvement ouvrier.

Un dernier point nécessite d’être abordé au terme de cet article : Est-ce que les banlieues populaires sont les « territoires colonisés » de la République ? Est-ce qu’on peut parler d’une « gestion coloniale des quartiers » ? Enfin, est-ce qu’il y aurait un rapport post-colonial ou néo-colonial qui viendrait scinder en deux la société française, au point qu’on puisse parler d’une « fracture coloniale » à l’image de la dite « fracture sociale » ?

Si l’histoire coloniale permet effectivement, comme on l’a montré, de mieux comprendre la permanence des politiques discriminatoires à l’égard des populations « immigrées », autant avant qu’après la période de la décolonisation, cette histoire doit néanmoins être replacée dans les processus sociaux qui ont façonné l’histoire de la classe ouvrière et l’histoire des conflits de classes. Les représentations et les pratiques coloniales continuent de produire des effets bien réels qui se maintiennent jusqu’à aujourd’hui (on pourrait y ajouter le traitement sécuritaire et répressif des révoltes de la jeunesse populaire dans les banlieues, telles celles de novembre 2005 : voire l’article de Romain Chencinsky dans ce dossier). L’erreur, d’un point de vue politique, est soit de nier les effets propres à cette histoire coloniale, soit de ne se focaliser que sur le « post-colonialisme » pour analyser les phénomènes de ségrégation et de discrimination (26). Il est vrai que la seconde attitude est souvent une réaction radicalisée à la première et pousse à vouloir tordre le bâton dans un seul sens.

Pour notre part, nous considérons que les rapports post-coloniaux ne peuvent expliquer en eux-mêmes les multiples formes de marginalisation dans lesquelles sont maintenues les populations issues de l’immigration maghrébine et africaine. Celles-ci ne peuvent se comprendre que comme le produit historique des différentes modalités de l’oppression de classe, ainsi que des luttes de concurrence entre les différentes fractions de la classe ouvrière, lutte exacerbée dans un contexte général de durcissement de la lutte des classes.

Cette oppression ciblée sur une composante spécifique du prolétariat a été largement déterminée sous l’effet des nouvelles conditions de la reproduction sociale et spatiale de la classe ouvrière. Ces conditions découlent de l’extension des besoins en main d’œuvre du capitalisme français, l’intensification du rendement escompté de cette force de travail, la réorganisation spatiale de la structure de production et la redéfinition des espaces sociaux dévolus à l’habitat des classes populaires. Les conditions optimales de cette évolution n’auraient pu être assurées sans la mise en place de nouvelles formes de domination politique visant à enrayer les capacités revendicatives croissantes du mouvement ouvrier. D’où les politiques menées par l’Etat capitaliste ou le patronat ayant recours à un traitement discriminatoire à l’égard des travailleurs immigrés aussi bien dans les usines que dans l’accès au logement, politiques visant à fragiliser les solidarités ouvrières (27).

Si les divisions au sein de la classe ouvrière, notamment entre sa composante « française » et « immigrée », ont pu être confortées, voire parfois renforcées, par la gestion par les municipalités de gauche du logement populaire et immigré, l’impulsion principale donnée à cette stratégie de fragmentation du prolétariat relevait avant tout de la politique étatique et fut mise en œuvre, avec des variantes, par les différentes instances de celle-ci : ministère de l’intérieur, autorités préfectorales, commissions d’attribution des HLM composées de représentants de l’Etat…

Les luttes de concurrence internes aux classes dominées ont pu encore se renforcer dans la conjoncture de crise économique depuis le milieu des années 1970. Celle-ci est caractérisée d’abord par la restructuration de l’appareil productif et la déstructuration puis la crise du monde ouvrier ; ensuite par la crise du logement social et de l’habitat populaire ; et enfin par la crise de la représentation politique des classes populaires (28). Dans ce contexte de recul des capacités collectives de résistance de la classe ouvrière (baisse des effectifs des syndicats ouvriers, crise du renouvellement des délégués et des militants, déclin du Parti Communiste, baisse du nombre de journées de grèves…), l’oppression de classe redouble de vigueur et tend à faire éclater les solidarités anciennes, terreau propice au renforcement des sentiments xénophobes, racistes, et au repli sur sa « communauté » d’origine.

La composante « immigrée » des classes populaires partage le sort commun des fractions les plus déqualifiées et vulnérables du prolétariat : considérées comme des « classes dangereuses », hostiles à la société et rétives à l’ordre et aux normes dominantes, elles sont d’autant plus exposées au contrôle social et aux politiques sécuritaires de l’Etat qu’elles subissent plus fortement la précarité, le chômage, la ségrégation sociale et urbaine.

Les deux dimensions « sociale » et « coloniale » sont donc totalement entremêlées, elles se renforcent mutuellement avec la consolidation de la domination politique qui pèse sur les opprimés. La preuve en est que ce ne sont pas n’importe quels individus « typés » maghrébins ou africains qui sont les plus stigmatisés : ce sont ceux qui de par leur apparence (vestimentaire, leur façon d’être et de parler) sont assimilés aux membres des classes populaires, aux « banlieusards ». Le stigmate est autant ethnique que social. On sait bien que les « immigrés » qui se comportent comme des bourgeois et parlent comme des bourgeois passent beaucoup plus inaperçus… On dira alors qu’ils sont «assimilés » !

La seule issue à cette situation de domination sociale et à l’impérialisme culturel de la  classe dirigeante ne peut résider que dans la reconstruction des solidarités de classe, à travers les résistances menées par les habitants des quartiers populaires, dans les lieux de vie comme dans les lieux de travail. Et un des terrains privilégiés pour ces combats communs est la lutte pour le droit à un logement décent pour chacun.

La question du logement est un enjeu crucial pour les classes populaires mais elle a été très peu prise en compte historiquement par les organisations du mouvement ouvrier. Toute l’histoire du mouvement ouvrier témoigne d’un manque d’intérêt des organisations politiques et syndicales pour la question du logement (29). Depuis les années 1990, cette question est redevenue centrale avec l’aggravation de la crise du logement, et elle surtout portée par des associations telles que le DAL (Droit au logement), le CDSL (Comité des sans logis), ou encore Droits devant !! Pourtant, ce serait à la gauche anticapitaliste de s’emparer de ces luttes essentielles, ce qui lui permettrait de réinvestir les quartiers populaires périphériques qui ont été en grande partie délaissés par la gauche traditionnelle.
L’intervention sur les problèmes du logement est un des leviers par lesquels on pourrait contribuer à la reconstruction des solidarités de classe au sein des catégories les plus fragilisées du salariat. C’est plus que jamais la tâche politique de la gauche anticapitaliste.
 

Alexandre Achrafieh (LCR 75)

NOTES
1 - Frédéric Engels, La Question du logement, Editions sociales, 1957, p. 23.
2 - Voir sur ce sujet : Suzanna Magri, « Des "ouvriers" aux "citoyens modestes", naissance d’une catégorie : les bénéficiaires des habitations à bon marché au tournant du XXe siècle », Genèses, n°5, sept 1991, p. 35-53.
3 - Jean Harari, « Ségrégation territoriale : L’effet des politiques foncières et des stratégies d’aménagement », revue ContreTemps, n°13, mai 2005, pp. 103-121.
4 - Engels dans La Question du logement évalue de 50.000 à 60.000 les personnes logées en France par les fondations bonapartistes à la fin du Second Empire.
5 - Michel Pialoux et Bruno Théret, « Etat, classe ouvrière et logement social », Critique de l’économie politique, n°9, Octobre-décembre 1979, pp. 22 à 72, et n°10, janvier-mars 1980, pp. 53-93.
6 - Que l’on pense par exemple au brassage social qui est possible en centre-ville où se mêlent bureaux, magasins, centres commerciaux, résidences et immeubles – avec tous les lieux potentiels de rencontres rendus possibles par cet entremêlement des lieux de travail et d’habitation –, et la négation même de cette diversité de l’espace urbain dans les quartiers périphériques totalement dévolus aux grands ensembles d’habitat uniformisés.
7 - Jean Harari, article cité, page 110.
8 - Au sujet du blocage des loyers maintenu pendant plus de 30 ans, Louis Loucheur, ministre de la Reconstruction industrielle, écrit dans un rapport, en 1923, relatif à la crise du logement : « Il s’agit d’éviter la hausse des salaires, au cas où la liberté aurait été rendue aux contrats ».
9 - Chris Harman, Etat et Capital, brochure éditée par Socialisme International en 1997, disponible en ligne à cette adresse : http://perso.orange.fr/revuesocialisme/etatcapital.htm
10 - Jean Harari, article cité, page 116.
11 - Idem.
12 - Michel Pialoux et Bruno Théret, article cité, pages 44-45.
13 - Olivier Masclet, « Du "bastion" au "ghetto" – Le communisme municipal en butte à l’immigration », Actes de la recherche en sciences sociales, n°159, septembre 2005, pp.10-25.
14 - Ce personnel administratif associé aux préfectures a pour titre celui de « conseillers techniques aux affaires musulmanes » (CTAM). Voir sur ce sujet l’article de Françoise de Barros, « Des "Français musulmans d’Algérie" aux "immigrés". L’importation de classifications coloniales dans les politiques du logement en France (1950-1970) », Actes de la recherche en sciences sociales, n°159, septembre 2005, pages 26-45.
15 - Michel Pialoux et Bruno Théret, article cité.
16 - Olivier Masclet, article cité.
17 - Voir Patrick Simon et Jean-Pierre Lévy, « Questions sociologiques et politiques sur la mixité sociale », revue ContreTemps, n°13, mai 2005, pages 83-92.
18 - Idem, page 88.
19 - Un cas récent de discrimination ethnique a donné lieu à la mise en examen d’un organisme HLM dans les Hauts-de-Seine, le 21 septembre 2006 (Cf. Le Monde du 14 octobre 2006). Un français d’origine ivoirienne s’est vu refuser en 2005 un appartement à Nanterre dans un immeuble géré par la Logirep. La décision notifiée par courrier s’était appuyée sur l’article 56 de la loi de lutte contre les exclusions de 1998 qui prévoit que « l’attribution des logements locatifs sociaux  (…) doit favoriser (…) la mixité sociale des villes et des quartiers ». Le demandeur débouté avait alors alerté SOS-Racisme et contacté la Logirep pour demander des explications. Au téléphone, son interlocuteur lui avait expliqué que la Logirep veillait à diversifier le « profil » de ses locataires dans le quartier où se situe l’appartement...
20 - Sylvie Tissot, « Une "discrimination informelle" ? Usages du concept de mixité sociale dans la gestion des attributions de logements HLM », Actes de la recherche en sciences sociales, n°159, septembre 2005, pp. 54-69.
21 - Idem, page 65.
22 - Patrick Simon, « Les immigrés et le logement : une singularité qui s’atténue », Données sociales, INSEE, 1996. Citée par Sylvie Tissot.
23 - Olivier Masclet, art. cité.
24 - Sylvie Tissot, art. cité.
25 - Edmond Préteceille, « La ségrégation sociale a-t-elle augmenté ? La métropole parisienne entre polarisation et mixité », Sociétés Contemporaines, n°62, 2006.
26 - C’est ce que tendent à faire, d’une part, les coordinateurs de l’ouvrage collectif La fracture coloniale (La Découverte, 2005), dans une perspective qui privilégie surtout sur le poids et le rôle des représentations héritées de l’histoire coloniale, ainsi que, d’autre part, les initiateurs du mouvement des Indigènes de la République, dans une perspective qui insiste plus sur le continuum des pratiques coloniales de la République à l’égard des populations immigrées. Pour une critique de la première perspective, voir mon article « Postcolonialité et lutte de classes », paru dans SI n°14, et consultable en ligne sur le site http://oumma.com
27 - Voir à ce sujet l’étude éclairante de Laure Pitti dans son article « Différenciations ethniques et luttes ouvrières à Renault-Billancourt », revue ContreTemps, n°16, janvier 2006, pp. 64-75.
28 - Voir à ce propos les ouvrages incontournables de Stéphane Beaud et de Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Fayard, Paris, 1999 ; ainsi que Violence sociale, violences urbaines. Genèse des nouvelles classes dangereuses, Fayard, Paris, 2002.
29 - Voir l’article de Jean-Paul Flamand, « La question du logement et le mouvement ouvrier français », Critique de l’économie politique, n°9, oct-dec 1979, pp. 81-102.
 

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