Dossier : Homosexualité et Révolution
Socialisme, stalinisme et
mouvements homosexuels 1900-1950
 

La lutte contre l’oppression des homosexuels ne commença pas dans les années 1960, et l’implication de la gauche dans cette lutte non plus. Cet article de Colin Wilson retrace l’histoire de la lutte dans la première partie du XXème siècle, jusqu’au moment où le stalinisme tenta de casser tout lien entre marxisme et libération gaie...

Il y a deux grandes stratégies pour lutter pour la libération des gays. L’une est celle de la réforme qui veut rapiécer et réformer le capitalisme jusqu'à ce qu’un jour à l’avenir l’oppression des gays disparaisse. L’autre est la méthode révolutionnaire qui reconnaît que l’oppression des homosexuels est intrinsèque au système et donc lutte pour le renversement du système capitaliste par la révolution. Le contraste flagrant entre ces deux stratégies apparut dans les développements politiques de deux pays au début du siècle dernier, la Russie et l’Allemagne.  Envisageons d’abord l’Allemagne.

Magnus Hirschfeld et le comité humaniste scientifique

Pendant la période allant de 1900 jusqu’aux années trente, Magnus Hirschfeld fut le leader d’un grand mouvement de défense des homosexuels en Allemagne. Le raisonnement de Hirschfeld fut très influencé par un précédent penseur allemand, Karl Heinrich Ulrichs. Ecrivant dans les années 1860, Ulrichs documenta l’existence et pris la défense de l’homosexualité, ce qu’il appelait « l’amour Uranien ». Il croyait que la clef de la libération des gays serait de prouver qu’ils étaient biologiquement différents des hétérosexuels. Hirschfeld choisit cet angle d’attaque. Dès 1914 il avait rassemblé des données sur plus de 10 000 homosexuels qu’il utilisa pour construire un portrait robot de ce qu’il pensait être biologiquement identifiable chez les gays et les lesbiennes. Hirschfeld documenta ces supposées différences biologiques parce qu’il espérait prouver que les homosexuels étaient une variante naturelle du genre humain, faits comme cela par nature, dont les actes sexuels ne pouvaient donc être contraire à la loi.  Dès les années mille neuf cent vingt de telles opinions étaient largement acceptées par les chercheurs en sexualité et chez les politiciens progressistes.

Hirschfeld établit le comité humaniste scientifique, la première organisation pour les droits des homosexuels, en 1897. Situé à droite du parti social-démocrate (le SPD), l’équivalent du parti socialiste en France, Hirschfeld n’était pas un socialiste révolutionnaire. Son comité s’engagea dans la lutte pour l’abrogation d’une loi allemande contre les actes homosexuels en circulant des pétitions dans les milieux d’influence. Un historien du mouvement raconte que :

« Des signatures furent accumulées seulement parmi les faiseurs d’opinion… les scientifiques d’importance, les avocats, les enseignants, les écrivains, les fonctionnaires de haut rang, les hommes d’église et autres ».

Le SPD fut le seul groupe politique à soutenir son action. Dès 1905 le comité avait collecté 5 000 signatures.  Le parlement rejeta son appel à la réforme immédiatement.  En ce temps là, la classe ouvrière allemande était une des mieux organisée du monde.  Hirschfeld et son comité auraient pu lui demander son soutien pour continuer la campagne face à la rebuffade du parlement.  Au lieu de cela, les leaders gays se replièrent sur eux-mêmes et commencèrent une campagne d’« exposition » d’hommes éminents homosexuels, engendrant une chasse aux sorcières de la part de la classe dirigeante envers les hommes politiques gays.

Les homosexuels bourgeois de droite, de la part desquels le comité obtenait la plupart de ses fonds, abandonnèrent leur soutien en réponse à cette chasse aux sorcières, ayant peur de perdre leur statut à cause de leur implication dans le mouvement.  Le débat sur la réforme de la loi ne fut plus possible jusqu'à la fin de la première guerre mondiale ; même s’il fut suggéré en 1909 que la loi anti-gay soit étendue aux femmes au même titre que les hommes.

La fin de la guerre déclencha un vague de luttes révolutionnaires dans toute l’Europe.  La classe ouvrière allemande chassa la monarchie, établit une république et commença à s’accaparer le pouvoir.  La révolution déplaça le climat politique vers la gauche, rendant le débat sur les droits des homosexuels nouvellement possible.  Hirschfeld exprima son soutien pour la république et il lui fut possible d’établir un institut pour l’étude de la sexualité qu’il décrivit comme « enfant de la révolution ». Pendant les années vingt, une douzaine d’associations homosexuelles et de magazines gays naquirent. Hirschfeld lui-même attribua cet essor à l’effet de radicalisation due à la révolution : « L’évènement de l’année 1918 a sans aucun doute eu un certain effet sur la lutte pour la libération des homosexuels… car au delà des groupes des scientifiques humanistes et justes, des organisations homosexuelles se sont développées… et ont repris la lutte pour leur semblables » .

Le parti communiste allemand – s’appuyant sur le succès de la révolution Russe – demandait l’égalité complète pour les gays et les lesbiennes : «  Le prolétaire politiquement engagé… aborde la question de la vie sexuelle et aussi le problème de l’homosexualité sans préjugé… le prolétariat…demande la même liberté pour ces formes d’actes sexuels que celle pour les rapports entre sexes » .
Malgré ce soutien des organisations ouvrières, comparé à l’intransigeance du parlement allemand, Hirschfeld s’entêta dans la démarche parlementaire.  Plutôt que de se rapprocher des travailleurs et de la lutte du prolétariat qui permit de remettre les droits des homosexuels à l’ordre du jour, le mouvement gay se basa sur l’idée que, « la libération des homosexuels ne peut être que le fruit de la lutte des homosexuels eux-mêmes ».

Hirschfeld fut un défenseur courageux et déterminé des droits des homosexuels.  En 1920 il fut sérieusement agressé, en 1921 il fut attaqué et laissé pour mort avec une fracture du crâne et en 1923 il reçut une balle pendant un cours. Malgré cela il continua à se battre pour les droits des homosexuels jusqu'à sa mort en 1935. Pourtant, pendant toutes ces années de campagne politique, il n’a jamais accompli le but de sa réforme, sans même parler d’une plus grande libération des homosexuels. Hirschfeld se trompait quand il se basait sur l’idée que des arguments rationnels et scientifiques pouvaient changer la loi et accomplir la libération des gays. Quand le mouvement nazi prit de l’ampleur en 1930 et que des parlementaires nazis s’attaquèrent aux homosexuels, Hirschfeld et son comité étaient si déterminés à rester politiquement neutre qu’ils refusèrent de condamner les nazis.  Au lieu de cela ils déclarèrent dans un communiqué : « nous demandons avec urgence à nos nombreux membres » dans le parti nazi de « rappeler à l’ordre leur parlementaires ».  Tristement pour le comité, ce genre de politique les laissa incapable de se défendre eux-mêmes, ainsi que les autres homosexuels, contre la barbarie fasciste qui allait s’instaurer.

Russie – le pouvoir ouvrier et la libération des homosexuels

L’histoire de la lutte contre l’oppression des homosexuels en Russie est en complet contraste avec celle en Allemagne. En 1917, la défaite militaire et l’austérité due à la première guerre mondiale engendrèrent une grande colère contre les dirigeants du pays.  En février 1917 le Tsar et les aristocrates qui gouvernaient la Russie furent renversés. Le pouvoir passa entre les mains du gouvernement provisoire, dominé par les classes moyennes, espérant établir le même genre de démocratie capitaliste que celles qui existaient dans les pays comme l’Angleterre et la France.  En Octobre 1917 le gouvernement provisoire fut à son tour renversé par une révolution ouvrière. La Russie était maintenant gouvernée par des assemblées de travailleurs élus dans les usines, et par des conseils de soldats et de marins élus dans l’armée et la marine.
Pour la première fois dans l’histoire un pays fut sous le contrôle des travailleurs.

La Russie était l’un des pays les plus pauvre et sous-développé d’Europe. L’immense majorité des Russes étaient encore faite de paysans vivant de la terre. Avec une économie pratiquement médiévale allaient de paire des idées très arriérées. Un antisémitisme virulent était chose commune.  Il était légal pour un mari de battre sa femme. A la campagne, l’attitude vis-à-vis de la sexualité était dominée par l’église. Chaque maison contenait des icônes qui devaient être couvertes lors des rapports sexuels parce que l’acte sexuel était considéré comme étant sale.  La contraception était inconnue – une paysanne sur quatre avait enduré plus de dix grossesses à l’age de 45 ans. Dans les villes, la prostitution était commune : pour  au moins une femme sur cinquante dans la capitale, St. Petersbourg, c’était le moyen de gagner sa vie. L’homosexualité était illégale.

Le gouvernement révolutionnaire d’octobre 1917 fut mené par le parti bolchevique avec à sa tête Lénine et Trotski. Quelques semaines après la prise de pouvoir les Bolcheviques abolirent les vieilles lois concernant le mariage et la sexualité. L’homosexualité fut légalisée et le divorce facilement accessible.  En 1920 l’avortement fut mis à la disposition des femmes gratuitement et sur demande.  Les Bolcheviques cherchèrent aussi à s’attaquer au conditions qui entraînaient la prostitution, en faisant construire des logements communaux pour les jeunes travailleuses qui seraient tentées par la prostitution et des habitations temporaires pour les femmes qui venaient juste d’arriver en ville.

Les Bolcheviques tentèrent aussi de remplacer la cause profonde de l’oppression des femmes et des homosexuels – la famille. Trotski expliqua comment les différentes fonctions déléguées à la femme au sein de la famille seraient reprises par la société toute entière et comment alors il serait possible qu’hommes et femmes soient en relation d’égalité : « La lessive doit être faite aux lavoirs publiques, la cuisine dans des restaurants publiques, la couture dans des ateliers publiques.  Les enfants doivent être éduqués par de bons enseignants publics qui auront une véritable vocation pour leur profession.  Alors les liens entre mari et femme seront libérés de tout ce qui est extérieur et accidentel, et l’un cessera d’absorber la vie de l’autre.  Une égalité véritable sera finalement établie. Les liens ne dépendront uniquement de l’attachement mutuel » .

Dans un pays aussi pauvre que la Russie, il était évident qu’il serait difficile de mettre de tels projets en pratique. Cependant, dès 1920 plus de 12 millions de gens mangeaient dans des cantines populaires, dont plus de 90% de la population de St Petersbourg. En même temps que la famille se dissolvait l’oppression des homosexuels disparaissait. Le Bolchevique Grégori Batkis décrivait l’attitude de la nouvelle société socialiste en 1923 : « La législation courante en matière sexuelle en Union Soviétique est le fruit de la révolution d’octobre. Cette révolution est non seulement importante en tant que phénomène politique qui assure le rôle politique du prolétariat, mais aussi pour les révolutions qui, prolongeant celle d’octobre, se sont étendues à toutes les sphères de la vie courante… [la législation soviétique] déclare la séparation absolue entre l’Etat et la société en matière de relations sexuelles, à condition qu’elles ne blessent personne et n’enfreignent pas les intérêts de personne… l’homosexualité, la sodomie et les autres formes de plaisirs sexuels condamnés par la législation européenne comme offenses à la moralité publique sont traitées par la législation soviétique exactement comme est communément appelé l’accouplement ‘naturel’ ».

Ces idées si avancées fleurirent et, pour une courte durée, furent mises en pratique parce que le système qui les retenait – le capitalisme – fut balayé par une révolution prolétarienne. Les gays en Russie n’allèrent pas quémander leur liberté à la classe dirigeante. Il se sont unis avec la lutte des travailleurs et en ont aussi récoltés les fruits.

Russie – la révolution trahie

Le fait que la révolution russe ne se répandit pas à d’autre pays, que des armées étrangères envahirent la Russie et que la contre-révolution continua à faire rage enlisa la révolution.  Staline s’accapara le pouvoir, s’employa à rétablir la famille et à mettre fin à la liberté sexuelle. Il écrit : « Nous avons besoin d’hommes. L’avortement, qui détruit la vie, n’est pas acceptable dans notre pays.  La femme soviétique a les mêmes droits que l’homme, mais cela ne la libère pas du grand et honorable devoir que la nature lui à donnée : elle est mère… »

On donna des médailles aux femmes ayant plus d’un certain nombre d’enfants.  Le retour à la famille signifia aussi le retour à l’oppression des homosexuels, marqué par la nouvelle criminalisation de l’homosexualité en 1934.  Des milliers de gays furent raflés et envoyés dans des camps.  L’homosexualité fut décrite par l’état stalinien comme une « perversion fasciste ».

Dire que l’homosexualité fut associée au fascisme fut le comble de l’ironie puisque les Nazis emprisonnèrent et tuèrent plusieurs milliers de gays et de lesbiennes. Les homosexuels s’engagèrent au début dans le mouvement fasciste. Ernst Rohm, le leader des SA – l’armée privée des Nazis – était gay. Mais cela ne veut pas dire que les Nazis soutenaient l’homosexualité.  Les Nazis vinrent au pouvoir, déterminés à casser l’emprise des travailleurs et à secourir le capitalisme allemand.  Détruire l’unité des travailleurs allemands en utilisant les juifs, les socialistes révolutionnaires et les gays comme bouc émissaire faisait parti de leur plan.  Trois semaines après qu’Hitler fut nommé chancelier en 1933, les organisations de défense des droits des homosexuels furent bannies en même temps que celles des révolutionnaires.  Un mois plus tard un leader de la cause gay fut envoyé dans un camp de concentration.  Six semaines plus tard, l’institut de Hirschfeld fut mis à sac par des étudiants nazis.  Dans l’année qui suivit la police berlinoise et les SS arrêtèrent plus d’homosexuels que durant les 15 années précédentes.
En 1935 toute « activité indécente » entre hommes fut criminalisée : un baiser, une caresse ou une lettre d’amour pouvait entraîner une inculpation. Les bars gays furent raflés, les carnets d’adresses saisis et les gens listés furent arrêtés. Tout cela fut fait au nom de la promotion de la famille – comme en union soviétique, des médailles de maternité furent décernées.

Dès 1938, les gays accusés d’activités indécentes commencèrent à être envoyés dans les camps de concentration. Selon les écrits d’Himmler, le chef des SS, : « nous devons exterminer ces gens, racines et branches… les homosexuels doivent être entièrement éliminés » . Il est impossible de déterminer précisément le nombre d’hommes gays tués par les Nazis mais il y en eu certainement des dizaines de milliers peut-être même des centaines de milliers.

L’histoire de la première moitié du siècle dernier nous éclaire sur deux aspects. Premièrement, les acquis obtenus et les pertes subies par les homosexuels vont de pair avec ceux et celles des travailleurs. Le moment où la classe ouvrière eut le plus de pouvoir, pendant la révolution d’octobre 1917 en Russie, fut aussi le plus grand triomphe pour les gays et lesbiennes. Hitler détruisit les syndicats allemands, emprisonna et assassina les socialistes révolutionnaires, en même temps qu’il écrasait le mouvement gay et massacrait les personnes gays et lesbiennes.  Deuxièmement, les événements montrent que travailler à changer le système de l’intérieur est cause perdue. Toutes les études scientifiques d’Hirschfeld, son appel à la raison, son attachement à ne pas heurter les patrons, ne lui reportèrent rien. Ce fut seulement quand les travailleurs allemands entrèrent en révolution qu’il y eut un progrès dans la campagne pour la réforme et dans la situation des gays et lesbiennes allemands. En Russie il n’y avait pas de mouvement gay – mais la révolution libéra les gays et les lesbiennes tout de même.  Dès le départ, la lutte pour la libération des gays a été inextricablement liée à la lutte révolutionnaire pour le socialisme.

Avec le mouvement gay allemand détruit par le Nazisme et les avancées de la révolution russe renversées par Staline, les années cinquante et le début des années soixante furent bien sombres pour les gays et lesbiennes. Aux États-Unis la guerre froide signifia la chasse aux sorcières contre les communistes et les homosexuels car, encore une fois, les attaques contre la classe ouvrière et les gays allèrent de pair. Mais au fur et à mesure des années soixante l’humeur politique changea.  L’année 1968 a vu la plus grande grève de l’histoire, en France.  Des centaines de milliers de noirs tout autour des États-Unis se battirent pour leurs droits civils à la fin des années cinquante et durant la décennie suivante. Dès 1970 quatre millions d’étudiants américains manifestaient contre la guerre du Vietnam. Le mouvement gay moderne naquit de ces luttes.

Cela commença aux États-Unis. Dès le milieu des années soixante un mouvement anti-raciste puissant s’y était développé. 250 000 personnes marchèrent sur Washington pour la défense des droits civils en 1963.  Au cours des cinq années suivantes, des centaines de milliers de noirs prirent part dans des rébellions partout dans les États-Unis. Ils rejetèrent la non-violence du mouvement précèdent et adoptèrent une approche plus radicale et révolutionnaire pour obtenir l’égalité. Ces luttes eurent une influence profonde sur les groupements gays. En 1965 des gays et lesbiennes commencèrent à manifester contre le gouvernement, en nombre restreint cependant. En 1966, deux mois après que Stokely Carmichael du groupe militant les Panthères Noires en appela au « Pouvoir Noir », la phrase « Pouvoir Gay » commença à faire son apparition. En 1968, le slogan « Gay is Good » - faisant écho à « Black is Beautiful » - fut prononcé pour la première fois. L’agitation contre la guerre du Vietnam, l’activisme dans les universités et le mouvement pour la libération de la femme entraînèrent aussi une augmentation de la radicalisation parmi les quelques milliers de gens faisant campagne pour les droits des gays et lesbiennes.  Le terrain était préparé pour la naissance du mouvement gay moderne.

Ce texte, de Colin Wilson, est extrait d’une brochure du Socialist Workers Party anglais
Traduction François Laforge
 

poing rouge  Socialisme International   anticapitalisme & révolution

Revue trimestrielle publiée par des militant(e)s anticapitalistes

Cliquez ici pour vous abonner au bulletin électronique mensuel gratuit
 
 
N° 1  novembre 2001 N°  2 février 2002
Dossier : Palestine
Supplément "Comment battre Le Pen"
N° 3 mai 2002
N° 4  juillet 2002 N° 5 octobre 2002
Dossier : Quel parti nous faut-il ?
N° 6 février 2003
Dossier : Economie
 N° 7 juin  2003
Dossier : la Socialdémocratie
N° 8 septembre 2003
Dossier : la Libération des femmes
 N° 9 janvier 2004 
Dossier Islam et politique
N° 10 juin 2004
Dossier : En défense de Lénine
N° 11 novembre 2004
Dossier : Combattre l'impérialisme
N° 12 mars 2005
Dossier : Ecole et capitalisme
N° 13 août 2005
Dossier : Altermondialisme et anticapitalisme
N° 14 janvier 2006
Dossier : Que faire de l'Etat?
N° 15/16  juillet 2006
Dossier : Homosexualité et révolution