Caricatures de Mahomet :
La gauche abandonne le combat antiraciste
 

Lorsque la droite française utilise le racisme anti-musulman dans la construction de sa logique de bouc émissaire pour détourner l’attention des vrais problèmes des salariés, rien de moins étonnant. Si la gauche dans sa quasi-totalité refuse de défendre les musulmans contre le racisme, elle commet alors une erreur gravissime et dangereuse. Dans cet article, CLAUDE MEUNIER retrace « l’affaire des caricatures » et accuse la gauche et l’extrême gauche d’avoir abandonné ses responsabilités dans la lutte contre toutes les oppressions, lutte sans laquelle l’anticapitalisme a peu d’avenir.

Lorsqu’en septembre 2005, le quotidien danois de droite Jyllands-Posten a publié des dessins du prophète Mahomet – dont un le montrait coiffé d’une bombe – il ne savait certainement pas qu’il allait être à l’origine d’une crise diplomatique et d’un boycott de produits danois et européens, ni que des ministres allaient démissionner, pour des raisons différentes, en Italie, en Suède, au Liban et en Libye. Il ne s’attendait surtout pas à devoir présenter ainsi ses excuses, par un message adressé à un journal algérien : « Nous nous excusons pour le grand malentendu généré par la publication des caricatures qui ont présenté le prophète Mahomet et nourri des sentiments belliqueux à l'égard du Danemark ».

Il ne fait aucun doute que la publication des caricatures, la surdité du gouvernement danois pendant plusieurs semaines, enfin et surtout leur réédition « pour le principe » dans une soixantaine de journaux à travers le monde ont été vécus par des centaines de millions de musulmans ordinaires comme une véritable provocation. L’exploitation de l’affaire par des islamophobes avérés a ensuite amplifié le phénomène, créant par réaction et contre-réaction une ambiance malsaine de « guerre de civilisations ».
Sur la droite de l’échiquier politique américain, l’islamophobie ne semble pas avoir de limites. Pour la journaliste politique Ann Coulter « Les musulmans ont une prédilection pour la violence » et l’Islam est une secte de « brûleurs de voitures » (en référence aux émeutes de novembre 2005 en France dont les images les plus spectaculaires ont été passées en boucle par les chaînes de télévision américaines).

L’animateur de radio Michael Savage a critiqué la « faiblesse » de la politique américaine en disant qu’il faudrait « tuer 100 millions de musulmans ».1

Mais nul besoin d’être chrétien évangélique ou faucon néo-conservateur dans le pays de George Bush pour être islamophobe. En Europe, si Le Pen en France et Haider en Autriche ont plutôt penché du côté de leur électorat traditionaliste catholique, opposé à toute sorte de « blasphème », l’extrême- droite et une partie de la droite extrême ont plutôt choisi la voie de la surenchère. En France, Philippe de Villiers ne cesse d’évoquer « l’islamisation de la France » et proclame l’incompatibilité de l’Islam avec la République, alors que Bruno Mégret dénonce le licenciement du directeur de France-Soir (qui avait publié certains des dessins) comme « un acte de censure islamique ». En Belgique, le Vlaams Blok a manifesté en criant des mots d’ordre « Nous sommes tous danois ! » et « Arrêtons l’Islam ! » ; en Italie, Roberto Calderoli de la Ligue du Nord, alors ministre dans le gouvernement de Berlusconi, a appelé le pape Benoît XVI à « créer une grande coalition pour vaincre le danger islamiste ». En Grande-Bretagne, le British National Party a progressé aux dernières élections locales, en développant une propagande antimusulmane sans nuances ; en Russie, les skinheads visent les minorités musulmanes, ainsi que les Roms et les étudiants africains.

Pendant la controverse, l’extrême droite a fait des bonds spectaculaires dans les sondages au Danemark et dans les pays voisins. Selon le Figaro du 13 mars : « Le Parti du peuple danois (PPD) de Pia Kjaersgaard, qui n'hésite pas à qualifier les imams de “ graines de mauvaise herbe ”, enregistre une forte progression, avec 17,8% des intentions de vote. Allié parlementaire du gouvernement libéral-conservateur, le PPD avait obtenu 13,3% des suffrages aux législatives de février 2005. » Le PPD « récolte les fruits de sa politique », explique Peter Skaarup, son vice-président. « Les Danois constatent que nous avions raison, en affirmant pendant des années qu'il existe une cinquième colonne au Danemark, une sorte d'ennemi de l'intérieur qui mène une entreprise de sabotage dans le royaume. En Norvège, également impliquée dans la crise après la publication des dessins dans un petit magazine, l'extrême droite a carrément été propulsée en première place dans les sondages ! […] En 2004, un haut responsable du FRP avait comparé le Coran au livre Mein Kampf de Hitler, et réclamé l'interdiction de l'Islam en Norvège. »

Remontée de la xénophobie

Ces phénomènes s’inscrivent dans une tendance lourde de remontée de la xénophobie dans les pays développés, dirigée contre les minorités ethniques et religieuses, les immigrés clandestins et les demandeurs d’asile. Aux États-Unis, où les religions ont en général une forte cote de popularité, le pourcentage d’opinions favorables à l’Islam est passé de 45% début 2002 (quatre mois après les attentats de New York et de Washington) à 33% en avril 2006, alors que la Chambre des représentants a voté une loi criminalisant les immigrés clandestins (majoritairement des Latinos). En France, 34% de la population pensent aujourd’hui que le Front National est « proche de leurs préoccupations ». Ce racisme prend de multiples formes, du racisme anti-noir à l’antisémitisme, et s’accompagne de l’homophobie et du sexisme envers les femmes. Nous ne tomberons pas dans le piège d’établir une hiérarchie des racismes – tous sont dangereux et doivent être combattus. Mais l’islamophobie joue aujourd’hui, dans une conjoncture marquée par de fortes tensions au Moyen-orient, un rôle central et souvent prépondérant.

Le (ou la) musulman(e) a l’avantage, pour ceux qui cherchent un bouc émissaire, d’avoir souvent la peau basanée, d’avoir une culture et une religion « différentes » et de faire partie des « ennemis » déclarés de l’Occident. Les musulmans sont accusés, directement ou indirectement à travers leur religion, de ne pas vouloir « s’intégrer », autrement dit d’être « inassimilés » ou « inassimilables ». Mais leur appartenance à un groupe religieux ou culturel permet de réfuter toute accusation de racisme basée sur l’ethnicité, en fondant le rejet de l’autre sur des principes plus « nobles » comme la prétendue défense des traditions judéo-chrétiennes ou celle de la laïcité républicaine. Le racisme anti-musulman devient ainsi « respectable », voire « progressiste ».2

Le problème ne serait pas, dit-on, les musulmans, mais l’Islam lui-même, ou bien une certaine interprétation de l’Islam. Ainsi, pour Claude Imbert, rédacteur en chef du magazine le Point, « L’islam constitue un obstacle à l’intégration et les musulmans de France ne pourraient être intégrés que s’ils renonçaient à une conception communautaire de leur existence. Faute de quoi, ils seraient toujours perçus comme des éléments perturbateurs de la vie en communauté. »3 Philippe de Villiers peut même se permettre de dire : « Je pense qu’il y a des musulmans modérés, c’est même l’immense majorité. Je ne crois pas qu’il y ait un Islam modéré. »4 De telles distinctions ne sont évidemment pas opératoires pour la majorité de ceux qui applaudissent ce genre de déclaration. Que cela ne plaise ou non aux éditorialistes et aux prétendus philosophes qui pontifient quotidiennement sur les ondes, le fascisme se nourrit non seulement des délires des démagogues racistes, mais d’une certaine islamophobie bien-pensante, véhiculée par des intellectuels parfois issus de la gauche ou du mouvement féministe. Idem pour des caricaturistes qui, au nom de « leur » liberté d’expression, flattent les préjugés les plus primaires parmi leurs lecteurs.
Un activiste belge n’a pas tort quand il constate que « Nous assistons au cœur de l’Europe à une extrême droitisation des idées qui s’analyse par une virulence rare envers les musulmans. […] Le journal danois ne cherche ni à ouvrir le débat, ni à faire avancer nos sociétés et encore moins à construire un monde fait de paix et de justice […]. [Il] s’est permis des caricatures grossières, indignes, véhiculant un racisme primaire “proche” de la propagande nazie à l’égard des juifs (les juifs furent caricaturés comme des voleurs en mettant en avant soit disant des particularités physiques propres, sale, hirsute, méchant, agressif ou riche et bourgeois bedonnant préparant un complot mondial, foisonnèrent avant la solution finale). Il y a une espèce de fascination morbide à des idées et idéologies haineuses, racistes et parfois meurtrières toujours à l’heure actuelle. »5

Cette droitisation intervient, dangereusement, à un moment où la volonté hégémonique des États-Unis et de leurs alliés au Moyen-orient se heurte à une résistance de plus en plus forte, ou désespérée, notamment en Irak et en Afghanistan, où la tension monte en Palestine après la victoire du Hamas aux élections générales, où les menaces d’agressions contre l’Iran prennent forme et où les dispositifs répressifs contre les immigrés se généralisent dans les pays riches.

L’historien libanais Georges Corm situe bien l’affaire des caricatures dans son contexte : les Palestiniens opprimés sont punis par Israël d’avoir osé élire un gouvernement radical ; la politique d’isolement de l’Iran et de la Syrie par les États-Unis fait monter de nouveau la tension. Conséquence inévitable de la doctrine du choc des civilisations, de l’humiliation quotidienne des Palestiniens, de la corruption des élites, l’Islam politique modéré et/ou djihadiste se renforce, avec l’élection de quatre-vingts membres des Frères musulmans au parlement égyptien en décembre 2005 : « C’est dans cette atmosphère irrespirable qu’est survenue l’affaire des stupides caricatures danoises dénigrant le prophète Mahomet et lui imputant la responsabilité des actions terroristes. La virulence des manifestations dans tout le monde musulman résulte de la montée des frustrations et du sentiment d’injustice. Faute de pouvoir libérer la Palestine ou le Golan syrien, et de parvenir à desserrer l’étau de la domination occidentale sur le monde arabe et musulman (Irak, Afghanistan, Iran, Palestine en tête), les foules qui manifestent leur colère s’attaquent aux représentations diplomatiques des pays où ont circulé les provocantes caricatures. » 6

Le Danemark : « victime »?

Dans les grands médias et une partie de la presse d’opinion, en revanche, la pauvreté des analyses et l’inanité des commentaires n’avaient d’égal que l’outrance et la puérilité des caricatures elles-mêmes.7 L’affaire a généralement été traitée sous l’angle d’une manifestation d’intolérance de la part… des musulmans. Les médias audiovisuels ont naturellement mis en avant les manifestations anti-occidentales, les drapeaux brûlés et les ambassades attaquées. A Londres, alors que des milliers de musulmans et des militants de gauche manifestaient pacifiquement, les quelques cas isolés de banderoles appelant à la violence ont occupé la « une » des journaux pendant plusieurs semaines. Le « sens commun » occidental a véhiculé l’idée que le Danemark, ce « petit pays tranquille et pacifique », était la victime innocente d’un fanatisme musulman d’un autre âge. Pratiquement aucun commentateur n’a cru bon de rappeler que ce pays appartient à la coalition qui a envahi et occupe l’Irak, et qu’il fait partie des pays dans lesquels le racisme anti-immigrés et notamment anti-musulman est depuis plusieurs années le plus virulent. En outre, en présentant les manifestants comme des gens opposés au jeu démocratique normal on a occulté le fait que les caricatures étaient des commandes de la rédaction du journal danois, animée par la volonté de tester la patience des musulmans danois et de provoquer des groupes islamistes—en bref, qu’elles n’avaient rien de « spontané ».

Les critiques et les prises de position d’intellectuels et de religieux musulmans ont été fort peu analysées sérieusement, tellement il était commode de laisser s’installer l’impression fausse d’un monde musulman gagné par une folie collective. Chez les intellectuels et dirigeants les plus écoutés dans les communautés musulmanes des pays occidentaux, les réactions ont été nuancées, certaines appelant au respect des traditions des pays d’accueil, d’autres demandant des excuses.8 Ils ont pratiquement tous appelé au calme et critiqué les excès des manifestations organisées par certains mouvements islamistes.

Ainsi, pour Tariq Ramadan : « Il faut non seulement se calmer mais également faire preuve d’intelligence et de dignité. Lancer, comme cela vient d’être fait en Iran, un concours de caricatures sur l’extermination des juifs est totalement inacceptable. Á condamner absolument. Le génocide dont ont été victimes les juifs est une profonde blessure dans la conscience européenne : il est normal, et juste, que, aux abords de cette blessure et de la souffrance qu’ont subie les juifs nous fassions preuve de mesure quant à l’usage de la liberté d’expression.» Et le philosophe, « sulfureux » et objet d’un boycott  de la part de l’intelligentsia républicaine, d’ajouter : « Voilà Charlie Hebdo qui publie à son tour les caricatures dans le but évident de provoquer et de montrer, en grand champion de la liberté absolue d’expression, qu’il ne cède pas devant la menace. La rédaction a ajouté un dessin avec un commentaire où le Prophète s’apitoie en s’exclamant : « C’est dur d’être aimé par des cons ». Quel courage ! Faut-il poursuivre en justice, s’alarmer, crier au scandale ! C’est manifestement ce que cherchent les responsables de l’hebdomadaire qui a tellement viré à droite sur cette question ces dernières années, qu’en perspective Nicolas Sarkozy apparaît bien ancré à gauche. Convoquer la justice est inutile et vain. Il vaut mieux s’en tenir à la logique implacable de l’algèbre : être traités de « cons » par des « cons » est une assurance mathématique d’intelligence. Pas de procès, pas d’interdiction... laissons s’exprimer le tribunal informel de l’intelligence qui est en soi accablant pour Charlie Hebdo ».9

 De nombreux commentateurs ont souligné le caractère peu spontané des manifestations de protestation, comme si des manifestations de masse surgissent habituellement du néant sans qu’aucune force politique organisée n’y soit associée. Mais ils ont rarement pris la peine d’informer le public des tensions politiques et sociales qui traversent des pays comme le Pakistan, le Nigeria ou l’Indonésie. Ils n’ont pas expliqué les raisons pour lesquelles il est si facile de diriger le mécontentement populaire contre les pays occidentaux. Il n’est pas surprenant que beaucoup de gens ordinaires ont simplement retenu quelques idées clé : le bien est du côté des journalistes et dessinateurs occidentaux, héritiers fiers des Lumières, le mal du côté des hordes fanatiques de musulmans. Toutes les violences s’expliqueraient par l’existence de forces occultes dans des pays où la Civilisation (à savoir « La civilisation occidentale ») n’existe pas. L’impact de tels stéréotypes sur la conscience populaire est tout simplement désastreux pour ceux qui travaillent à unir les travailleurs et les opprimés dans une lutte commune contre le système.

Heureusement, quelques voix sensées se sont élevées à gauche. Ainsi, Denis Sieffert refuse l’ « histoire grandiloquente de liberté qui ne peut souffrir aucune entrave […] Tout le monde sait bien que ce n’est pas si simple. Que cette liberté invoquée peut cacher des motifs moins nobles, et que règne ces temps-ci au royaume du Danemark une ambiance pourrie […] autour de la question de l’immigration. On en sait aussi un peu plus sur les engagements sulfureux du journal, Jyllands-Posten, qui a lancé ce périlleux appel d’offres à des talents impatients d’explorer les limites de leur propre liberté, et de livrer au monde un message  « courageux » et ô combien « original » sur le thème « islamistes violeurs » et « musulmans terroristes ». L’humour est évidemment une chose subjective. Mais on peut tout de même se demander où est l’intérêt d’en passer par l’art supposé de la dérision pour reprendre les préjugés les plus vulgaires que colporte notre époque. » 10

Un autre exemple qu’il faut particulièrement saluer vient des militants internationalistes au Danemark même. La principale organisation de la gauche radicale, l’Alliance Rouge et Verte, a clairement dénoncé la xénophobie des caricatures et du journal Jyllands-Posten et « l’irresponsabilité » du gouvernement danois, qui a refusé toute discussion avec les associations musulmanes du pays : « Ces dernières années, il a été donné de plus en plus d’espace aux points de vues xénophobes dans le débat public danois. Partout dans le monde, le Danemark s’est fait connaître comme un pays ayant une attitude particulièrement négative envers les immigrés et les réfugiés. […] Les caricatures sont devenues un symbole du traitement dont sont victimes de nombreux musulmans au Danemark et dans d’autres parties du monde : les musulmans sont exposés à la haine ; des guerres sont menées en Irak et en Afghanistan ; les pays occidentaux appuient Israël alors que les Palestiniens sont humiliés et privés d’un État propre. Par conséquent, l’attitude occidentale fait partie intégrante du climat qui a favorisé les manifestations massives parmi les musulmans. Ces manifestations comprenaient des formes légitimes d’expression, parmi lesquelles le boycott de différents produits (ce qui est agaçant mais constitue une forme pacifique et acceptable d’expression), contrairement aux inacceptables menaces contre des individus ou autres feux boutés aux ambassades. Dans différents pays, les actions massives peuvent également être perçues comme une réaction à des régimes incompétents et dictatoriaux, qui ont souvent été installés par l’Occident et qui sont des alliés des États-Unis et des pays occidentaux. » 11

En Grande-Bretagne, un rassemblement organisé par des associations musulmanes a été soutenu par une partie de la gauche radicale et les manifestants ont applaudi des interventions de représentants de Stop the War Coalition, de la Campagne pour le désarmement nucléaire et de RESPECT.12 Piers Mostyn, de Socialist Resistance, l’organisation anglaise de la Quatrième Internationale, traite la question avec le sérieux qu’elle mérite et conclut concrètement : « Dans les circonstances actuelles, le devoir de tous ceux qui s’opposent à la guerre et au racisme et qui défendent les libertés publiques est de défendre la communauté musulmane. Ceci est vrai quelque soit le caractère fondamentaliste – qu’on doit dénoncer – d’une partie de ceux qui ont protesté contre les caricatures ou des États réactionnaires qui ont instrumentalisé la question. » L’auteur s’oppose à la censure et à la criminalisation des propos haineux, mais il ne se trompe pas de cible : « Le climat actuel est alimenté par des éléments droitiers et racistes qui ont sauté sur le train de l’islamophobie et utilisent de façon délibérée la notion légitime de la « liberté de la presse » comme cheval de Troie pour leur propre projet réactionnaire. » Il défend le droit de critiquer toutes les religions, mais insiste sur le fait qu’ « il est parfaitement possible de conduire un tel débat en respectant le droit de tous de pratiquer leur religion, d’être fiers de leur culture, de leur communauté et leur identité, et en restant ferme contre le projet raciste et islamophobe et en défendant la communauté musulmane. »13

Qu’a dit la gauche française?

De la gauche réformiste nous avons eu droit à des poncifs sur « les valeurs universelles de la République ». Pour Anne Hidalgo, secrétaire nationale du PS à la culture et aux médias, « la presse en France est à la fois libre et responsable des choix de sa ligne éditoriale » et les libertés d’expression de la presse constituent « des garanties de notre propre liberté et de la démocratie ». (2 février 2006). Pour Jean Glavany, porte-parole national du PS : « Certains disent qu’ils défendent la liberté de pensée et la liberté de la presse, mais qu’en même temps, il faut que chacun soit respectueux et veille à ne pas blesser les autres. Je suis d’accord. Mais on ne peut pas mettre les deux sujets sur le même plan. Il y en a un qui ne se discute pas, c’est la liberté. » S’il est prêt à « appeler à la responsabilité des caricaturistes », il appelle surtout les « Français » à « défendre les valeurs qui sont celles de la République qui sont : la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité », et à « faire de la pédagogie auprès de nos amis musulmans […] à l’ensemble des jeunes Français et même au-delà, à l’extérieur. » (3 février 2006). Ainsi en quelques lignes est résumé l’essentiel de la pensée social-démocrate française, selon laquelle la gauche française est appelée à apporter la lumière au reste du monde, et en particulier aux peuples « arriérés ».

Dans toutes ces déclarations, de la gauche comme de la droite du PS, le fameux esprit des Lumières s’arrête à la critique de « l’obscurantisme religieux ». Il ne comprend ni une critique de la discrimination dont sont victimes les musulmans en France, ni la dénonciation du racisme antimusulman et son exploitation par des forces réactionnaires, ni un exposé de la réalité qui se cache derrière la « liberté de la presse » dans les pays capitalistes.

Même démarche chez SOS Racisme, pour qui le combat contre « la pression des islamistes » semble être devenu la priorité des priorités. « Ce qui est en jeu ici, souligne son président, Dominique Sopo, en affichant son soutien à Charlie Hebdo, ça n’est en aucun cas la lutte contre l’« islamophobie » mais une volonté, déjà présente lors des débats sur le voile, de faire acter par la République que les religions sont au-dessus des considérations démocratiques. » (Notons au passage les guillemets à « islamophobie »). La direction de SOS Racisme prétend que ceux qui s’opposent politiquement à la publication des caricatures et à l’islamophobie qu’elles véhiculent sont forcément des antiracistes naïfs incapables de résister à l’influence des islamistes. Plus malhonnêtement, elle insinue qu’ils sont également partisans d’une loi « anti-blasphème ».

Le Parti Communiste Français reconnaît la « très vive émotion » légitime suscitée par la publication des caricatures dont une « assimile explicitement Islam et terrorisme », tout en condamnant, avec raison, toute violence ou menace contre des journalistes ou des représentants des pays concernés. Le droit à la polémique, toujours selon le PCF, ne saurait couvrir des cas de diffamation ou d’incitation à la haine raciale ou religieuse, en concluant faiblement pour un parti supposé « révolutionnaire » : « C’est alors à la justice d’en décider ».(6 février 2006)

Malheureusement, la gauche révolutionnaire également a abandonné sur cette question la lutte contre la xénophobie. En ce qui concerne la Ligue Communiste Révolutionnaire, l’embarras face à une question qui divise l’organisation est devenu une constante.14  A la différence de presque tous les autres partis, la Ligue n’a pas (à notre connaissance) publié de communiqué au sujet des caricatures ou des manifestations dans les pays musulmans. Son hebdomadaire Rouge s’est contenté d’un seul et court article signé par Christian Piquet, qui, contrairement à ce qui s’est passé lors du débat sur le voile, n’a pas été suivi d’autres contributions. La minorité de la LCR, qui défend des positions correctes sur ces questions, a été partiellement gagnée par le découragement dans un débat interne qui avance peu, ou a préféré taire certains désaccords dans une période de congrès.

Dans son article, Piquet commence par dresser un constat juste : « Certains des dessins danois s’avèrent destinés à générer l’amalgame entre Islam, intégrisme et terrorisme. […] Le parti pris idéologique est parfaitement clair, ce qui n’étonne pas de la part d’une publication très marquée à droite, toujours prompte à entonner le credo bushien du « choc des civilisations » et à souffler sur les braises de la xénophobie et du racisme antimusulman. […] Si certaines des caricatures du Jyllands-Posten doivent être dénoncées, ce n’est nullement en raison de leur caractère dérangeant pour quelque dogme établi, mais parce qu’elles encouragent les discriminations à l’encontre de toute une population. » Cependant, sa conclusion laisse une toute autre impression. En fin de compte, ce qui est primordial, ce n’est pas « la fraternité entre les peuples » qu’il invoque de façon quasi rituelle à la fin (nous aurions écrit « l’unité des travailleurs »), mais la défense d’une démocratie définie essentiellement comme une société dans laquelle « la liberté de conscience » est garantie et « la critique de toutes les croyances et de toutes les superstitions, la caricature et même le blasphème sont des droits indissociables des principes de démocratie et de laïcisation de la société. Ils sont donc imprescriptibles… » 15

Laissons de côté la notion curieuse de « blasphème » que nous ne reconnaissons pas en tant qu’athées. Oublions qu’il n’appelle pas explicitement à une quelconque solidarité avec les populations visées par les caricatures. Notre critique est surtout que la position de Piquet se fonde sur une définition libérale (au sens philosophique du terme) de la démocratie. On pourrait sans grande difficulté en déduire que nous vivons – malgré toutes les inégalités sociales contre lesquelles nous nous battons – sous le meilleur régime possible. Dans « nos » pays, la presse est « libre » et la liberté d’expression est garantie par des intellectuels, des « humoristes » et des artistes éclairés. En tant que marxistes, ne devons-nous pas surtout insister sur le caractère limité et hypocrite de cette liberté-là, sur le fait que la véritable démocratie pour toute la population, et non pour une petite minorité de propriétaires et leurs laquais dans les médias, ne peut résulter que d’une révolution socialiste ?

Quant à Lutte Ouvrière, nous connaissons ses positions depuis longtemps. Cette organisation a applaudi des deux mains la loi interdisant les signes religieux à l’école, allant jusqu’à manifester à côté de ministres de droite. Certains de ses militants ont participé activement à l’exclusion de jeunes filles voilées avant même que la loi soit votée, se rangeant du côté des éléments les plus réactionnaires parmi les enseignants et la hiérarchie de l’Éducation Nationale. Sur l’affaire des caricatures, son hebdomadaire a publié deux articles contrastés. Le premier a le mérite de présenter honnêtement les motivations de ceux qui les ont publiées et d’exposer l’hypocrisie des défenseurs de la « liberté de la presse ». Il développe également les raisons pour lesquelles certains régimes et mouvements politico-religieux du Moyen-orient ont exploité l’affaire, tout en ajoutant, correctement, que : « S’ils peuvent le faire avec succès, c’est aussi parce que la politique des grandes puissances impérialistes, le mépris qu’elles affichent pour les victimes de leurs interventions en Irak et en Afghanistan, leur soutien à Israël et leur déni de fait des droits du peuple palestinien, l’exploitation des ressources et des travailleurs des pays du Tiers-monde, suscite dans la population des sentiments de haine envers tout ce qui représente l’Occident. » Malheureusement, le deuxième article n’est qu’un brûlot anti-religieux qui sert à défouloir pour ses militants les plus « laïcards ». Lutte Ouvrière semble hésiter entre une analyse matérialiste du rôle de la religion, et des conceptions idéalistes qui l’amènent à publier des affirmations aussi douteuses que « l’humanité n’est pas sortie du Moyen-âge ». 16

Á Socialisme International, nous avons apporté une modeste contribution au débat sur la liberté de la presse : « La liberté de la presse est un droit démocratique fondamental. Mais son existence ne démontre pas la supériorité des sociétés dites  « occidentales ». Cette liberté a été arrachée de haute lutte par le mouvement ouvrier et populaire, contre nos propres classes dirigeantes. Mais dans les faits elle bénéficie essentiellement à ceux qui, jour après jour, l’utilise pour dénigrer des syndicalistes, des paysans ou des altermondialistes en lutte et répandre l’idée qu’ « il n’y a pas d’alternative » aux politiques néo-libérales.

Les moyens d’expression et de communication appartiennent, dans leur immense majorité, à ceux-là même qui ont intérêt à nous diviser sur des bases ethniques ou religieuses. Défendre la liberté d’expression signifie d’abord lutter contre la mainmise de quelques grands groupes capitalistes, qui sont chacun propriétaires de plusieurs dizaines de titres nationaux et régionaux, ainsi que de chaînes de télévision, et qui sont loin d’être « neutres ». Elle ne signifie pas voler au secours de n’importe quel organe de presse, surtout quand il choisit de cibler, non pas les puissants de ce monde, mais les membres d’un groupe social discriminé ! ». 17

Liberté de la presse  et  incitation à la haine

Sur le fameux dessin montrant le prophète coiffé d’une bombe, Laurent Lévy, militant de longue date contre l’islamophobie et membre d’ Alternative Citoyenne, dit très justement : « On ne peut reprocher à un caricaturiste de forcer certains traits, et de dessiner par exemple des oreilles d’éléphant à qui aurait simplement de grandes oreilles : il ne fait là que son métier de caricaturiste. Le dessin en cause n’est pas de ce registre ; il n’est ni satirique ni caricatural : il est simplement l’exposé d’une thèse dénonçant l’Islam comme terroriste par définition (sous le turban même de son prophète) - ou le terrorisme comme musulman par essence. Il est donc, de ce fait même, une incitation raciste à la haine islamophobe - dans un contexte où, bien souvent, toute incitation est hélas en la matière superfétatoire. »

Sur le plan pénal, Lévy précise qu’ « il n’existe pas, en tous cas en France, de principe général de la liberté d’expression. […] La loi sur la liberté de la presse, qui régit cette question, lui donne des limites : il est interdit - et pénalement sanctionné - de diffamer autrui ou de l’injurier ; il est interdit d’inciter à la haine raciale. » Et il démolit en quelques traits de plume les arguments sur le droit de « critiquer » la religion – chose que les dessins ne font absolument pas – ou le droit au « blasphème », quand il est revendiqué par des athées ou des laïcs pour lesquels la notion de blasphème n’a aucune portée et ne peut donc signifier que le droit d’injurier les croyants. Mais Laurent Lévy a également raison quand il affirme que le vrai combat ne se situe pas sur le plan des actions en justice ou des droits intangibles, mais au niveau de combat politique. Ce n’est pas parce qu’on a le droit de faire quelque chose qu’on doit le faire : « [La] liberté d’expression n’est pas, en France, un absolu intangible ; mais à supposer qu’elle le soit, rien ne permettrait de dire pour autant que la publication de nos caricatures se justifiait […] La question […] n’est donc pas simplement celle de la liberté d’expression, mais celle de l’expression elle-même, de ses raisons d’être, de sa signification idéologique et politique dans un contexte donné. » 18

Enfin, sur les manifestations anti-caricatures, il remet les choses à leur place : « On peut regretter la violence des réactions suscitées par l’affaire des caricatures dans le monde musulman ; on ne saurait s’en étonner. Le monde musulman a toutes les raisons de considérer qu’il ne reçoit de l’Occident que mépris et humiliations. Les dictatures au pouvoir ont beau jeu de s’appuyer sur les manifestations de ce mépris pour canaliser contre d’autres qu’elles mêmes les rancœurs populaires : l’Occident fournit pour cela surabondance de prétextes ; il n’est pas surprenant qu’à l’occasion, les intéressés s’en saisissent. »19

La gauche française dans son ensemble ne s’est pas distinguée du reste de l’establishment politique et des grands médias. 20 Elle a ainsi failli à son devoir de défense d’une minorité opprimée. Nous ne voulons pas suggérer que l’affaire ne suscite pas de réactions légitimes différentes et parfois opposées, même au sein de la gauche anticapitaliste. Nous ne devons ni tomber dans l’idéalisation de la démocratie bourgeoise occidentale, ni ignorer les différentes motivations de ceux qui ont organisé les manifestations contre les caricatures. Mais le danger que représente le racisme anti-arabe et anti-musulman, et la nécessité de soutenir la résistance à l’impérialisme au Moyen-orient, nous obligent à nous engager.

En réalité, la controverse a joué le même rôle et révélé les mêmes failles politiques à gauche que le soutien quasi-unanime à la loi raciste et sexiste de 2004 interdisant les signes religieux à l’école. Notre satisfaction quant au renforcement de la gauche radicale après les victoires du « Non » à la Constitution européenne et contre le CPE ne doit pas nous aveugler sur le fait que cette gauche-là est tout autant, et parfois plus, influencée par l’idéologie du « choc des civilisations », que la gauche franchement libérale. Nous avons beau jeu de ridiculiser la croisade de la droite chrétienne aux États-Unis, alors qu’il existe bel et bien chez nous une islamophobie de gauche qui vient essentiellement de l’idéologie nationale-républicaine dans laquelle de nombreux militants ont été bercés.

Pour notre part, nous considérons que, venant après d’autres affaires plus ou moins liées à ce qu’on présente comme le « problème » de l’Islam (la controverse autour de la loi interdisant les signes religieux à l’école, l’affaire du RER B, les émeutes de novembres 2005, le meurtre d’Ilan Halimi…), cet incident et ses suites constituent des signaux inquiétants de la montée du racisme anti-arabe et anti-musulman qui gangrène nos sociétés.21 Cette question n’est pas, selon nous, à reléguer aux questions diverses, mais doit être placée au centre des préoccupations de la gauche radicale et du mouvement social. Concrètement, il aurait fallu exprimer notre solidarité totale avec les musulmans opprimés, dénigrés, agressés, « caricaturés » et transformés en boucs émissaires, tout en expliquant sans démagogie les véritables ressorts d’une affaire complexe et révélatrice. En clair, intervenir sur le terrain et faire de la pédagogie, ce qui est pour nous le rôle d’un parti révolutionnaire.

Claude Meunier
 

NOTES
1 Merci à « Lenin’s Tomb » pour ces informations : http://leninology.blogspot.com/. Une excellente source d’information en anglais est Islamophobia Watch : www.islamophobia-watch.com/

2 Le fait que cela soit un journal qui bénéficie d’une réputation d’être « anti-establishment », Charlie Hebdo, qui a choisi de se faire de la publicité en se posant en champion de la liberté, a semé une grande confusion, y compris chez des militants de gauche.

3 Claude Imbert, le Point, 31 mai 2002.

4 Philippe de Villiers, interviewé sur Europe 1, 23 avril 2006. Son livre « Les mosquées de Roissy » a fait partie des dix meilleures ventes de livres documentaires en France.

5 Moudden Mohsin, La liberté d’expression se mue-t-elle à l’incitation à la haine raciste ?, publié sur www.minorites.org/

6 Georges Corm, Révoltes et refus au nom de l’islam, Le Monde Diplomatique, mars 2006. Un autre auteur originaire de la région, Ilan Halevi, a publié un excellent article dans la Revue d’Études Palestiniennes, n° 99, printemps 2006, intitulé Vers une guerre des civilisations ?

7 Nous soutenons néanmoins le droit à l’inanité et à la puérilité.

8 De nombreux exemples se trouvent sur le site Oumma.com : www.oumma.com/.

9 Tariq Ramadan, « Faire preuve d’intelligence et de dignité », 7 février 2006. Publié sur www.oumma.com/. L’association Femmes Solidaires a fait preuve de beaucoup moins d’intelligence en se retirant du Forum Social Européen d’Athènes en raison de la présence de Ramadan et d’autres « personnes indésirables ». Sabine Salmon, sa présidente, a dénoncé également l’organisation de séminaires « qui ne nous plaisent pas du tout », en particulier le séminaire intitulé « Contre l'islamophobie et le choc des civilisations : le cas des dessins danois » (Dépêche de l’AFP, le 5 mai 2006). Preuve que cette affaire continue à faire des dégâts au sein de la gauche. Cette association, qui se veut à la pointe de la lutte féministe et  pour la démocratie, s’est distinguée en diffusant des tracts dans lesquels elle appelle sur la même ligne à lutter contre les problèmes de « femmes violées » et  de « femmes voilées ». Une telle confusion d’idées chez des militantes sincères est vraiment désolante.

10 Denis Sieffert, Politis, 9 février 2006 : www.politis.fr/

11 Voir www.sap-pos.org/fr/index/htm. L’Alliance Rouge et Verte danoise est un parti large soutenu, entre autres, par l’organisation sœur de la LCR.

12 Socialist Worker (G-B), n° 1988, 18 février 2006 : www.socialistworker.co.uk/

13 Voir www.socialistresistance.net/. Les membres de l’organisation sœur de la LCR en Angleterre et au Pays de Galles militent au sein de la coalition RESPECT, tout en critiquant sur plusieurs points la ligne majoritaire.

14 Il n’était pas difficile de trouver des militants au sein de la LCR pour défendre ouvertement la démarche de Charlie Hebdo. « Je veux avoir le droit de montrer mes fesses à Mahomet », a expliqué un militant, sans doute encore plus inconscient sur cette question que la majorité des camarades de la LCR.

15 Christian Piquet, « Ni racisme, ni obscurantisme », Rouge, le 9 février 2006 : www.lcr-rouge.org/

16 Lutte Ouvrière, 10 février 2006. Les arguments souvent facétieux contre la religion qui sont développés dans les publications officielles de Lutte Ouvrière ne sont rien à côté des idioties vulgaires qui paraissent sur le Forum du site officieux Les Amis de Lutte Ouvrière.

17 « Le guide de l’antiraciste sur l’affaire des caricatures de Mahomet », février 2006, publié sur www.minorites.org/ et sur notre site web www.revue-socialisme.org/

18 Alors que pour Julien Dray du PS, « Il y a solidarité totale de notre part avec les journaux qui ont publié, parce que c’est leur droit. »  Quelle logique implacable !

19 Laurent Lévy, « Censure », « Droit au blasphème et islamophobie », 13 février 2006, publié entre autres sur http://indigenes37.org/. Voir aussi Ghazi Hidouci, Les caricatures anti-islamiques dans les médias : une provocation et un appel à la haine calculés, sur http://www.indigenes-republique.org/

20 La gauche française n’est malheureusement pas seule. Aux États-Unis, Deepa Kumar a poussé un grand cri de révolte dans un article publié par la revue marxiste Monthly Review : « Danish Cartoons : Racism Has No Place on the Left » : « J’en ai marre de lire des articles de gens qui prétendent être de gauche qui répètent, à peine gauchis, les arguments de la droite au sujet du “ choc des civilisations ”. J’en ai marre d’un mouvement antiguerre aux États-Unis qui refusent de lever le petit doigt pour défendre les Musulmans contre toutes les attaques qu’ils ont subies aux États-Unis et à l’étranger. […] La controverse au sujet des caricatures danoises, et la réponse anémique de la gauche américaine, ne sont que le dernier exemple de cette tendance droitière [sur la question du racisme anti-arabe et anti-musulman]. […] Des progressistes ont soutenu la guerre en Afghanistan, acceptant l’argument de Bush qu’elle « libérerait » les femmes afghanes. Une partie de la gauche colporte l’argument du « fardeau de l’Homme blanc » selon laquelle les États-Unis (ou l’ONU) doivent continuer à occuper l’Irak parce qu’un retrait provoquerait une guerre civile. Une partie de la gauche prétend que l’administration Bush « apporte la démocratie » au Moyen-orient, puisque des élections ont eu lieu dans plusieurs pays. […] En octobre 2005, le journal The Progressive publia un article [dans lequel on peut lire que] l’Occident doit vaincre le mouvement Al-Qaeda, une force impérialiste classique, parce que celui-ci haït les meilleurs aspects de l’Occident, en particulier le « pluralisme, le rationalisme, la liberté individuelle, l’émancipation de la femme, l’ouverture et le dynamisme social qui représente l’héritage le plus fort des  Lumières » […] avec à la une, une caricature raciste d’un homme costaud musulman (identifié par sa barbe, son turban et son sabre menaçant) se battant avec un petit homme blanc dans ce qui paraît être un combat inégal du “ choc des civilisations ”. » Voir www.mrzine.monthlyreview.org/, traduction de Claude Meunier.

21 Des militants de la communauté noire en France ont raison d’insister sur le fait qu’on assiste également dans certains milieux à une montée de la négrophobie. Le jeune Noir et le jeune Arabe sont assimilés à des « barbares » qui menacent la civilisation occidentale. Ainsi, Alain Finkielkraut peut traiter les Antillais à la fois d’« assistés » et d’antisémites. L’écrivain martiniquais Raphaël Constant lui a répondu magistralement, voir sur le site du Collectif des Antillais, Guyanais et réunionnais : http://www.collectifdom.com/
 

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