Chine S.A.. :
L’émergence d’une nouvelle puissance
par Ashley Smith

Fin octobre 2005 la chaine de radio France Info a présenté une « semaine spéciale Chine » sur « ce communisme qui fait dans l’économie de marché. » et en été 2006, Pékin accueillera les jeux olympiques... l’intégration pleine et entière dans le monde capitaliste semble acquis. Et pourtant, Donald Rumsfeld  pose publiquement la question de savoir « si les intentions des Chinois sont pacifiques » (AFP 10.10.2005)

Comment comprendre le rôle de la Chine dans le monde, et son modèle de société, modèle qui a sali le nom du communisme pour des centaines de millions de gens à travers le monde? Cet article de Ashley Smith tente une analyse marxiste de la position de la Chine et de son impérialisme aujourd’hui.
Ashley Smith est membre de l’équipe de la rédaction de International Socialist Review. Il est l’auteur de « L’occupation du Japon », ISR, n ° 29, mai-juin 2003, disponible sur www.isreview.org.

Ces 25 dernières années la Chine a connu la croissance économique la plus rapide au monde, avec en moyenne 10 % annuels au cours des années quatre-vingt et 9 % dans les années quatre-vingt-dix. En 2004, avec 9,5 % de croissance, elle est plus dynamique que toute autre des plus grandes économies. En doublant sa capacité dans les années quatre-vingt puis de nouveau dans les années quatre-vingt-dix, la Chine a fait un bond en avant dans la hiérarchie économique mondiale. Son produit intérieur brut (PIB) est passé de 104 milliards de dollars en 1970 à 1 400 milliards en 2004, faisant d’elle la septième économie . (1) Lorsque le produit intérieur brut de la Chine est calculé selon la Méthode de la parité des pouvoirs d’achats, qui ajuste les chiffres obtenus sur le coût relatif de la réalisation d’un ouvrage dans un pays donné, elle se situe en 2003 au second rang dans le classement des économies à l’échelle mondiale, avec un produit intérieur brut de 6,6 billions de dollars – devant le Japon dont le budget atteint 4,3 billions et derrière les États-Unis avec leur PIB de 10,1 billions de dollars.  (2)

La spectaculaire émergence de la puissance économique  de la Chine produit une secousse tectonique mondiale et engendre une rivalité de plus en plus aiguë avec les États-Unis, mais aussi, au niveau régional, entre la Chine et le Japon.
Les principaux médias américains ont été submergés de polémiques et de débats sur la meilleure façon de répondre à la « menace chinoise ». Lou Dobbs, de CNN, a mis en garde les États-Unis contre une « vague rouge atteignant nos côtes » .(3) Le président de Public Citizen a ainsi exprimé son inquiétude : « Imaginez-vous le chaos si une puissance étrangère – surtout un État imprévisible et potentiellement hostile comme celui de la Chine – prenait le contrôle de notre électricité ou, pire encore, avait en main les clefs d’accès aux matériaux nucléaires mortels que contiennent nos réacteurs commerciaux » . (4)

Plus récemment, la Compagnie nationale chinoise du pétrole en mer (CNOOC) a choqué l’establishment politique américain avec son offre de 18,5 milliards de dollars pour le rachat de la compagnie américaine d’énergie, Unilocal. Démocrates protectionnistes et Républicains de guerre froide ont entraîné le congrès des États-Unis à voter une résolution de non-engagement, demandant à Bush de repousser l’offre de la CNOOC comme une menace à la sécurité nationale.

Contrariée par ces manœuvres, la CNOOC retira son offre. Dans une réponse officielle à la résolution adoptée par le parlement, le ministre des affaires étrangères chinois déclara : « Nous demandons que le Congrès des États-Unis corrige ses pratiques erronées de politisation des questions économiques et commerciales » . (5)

La classe dirigeante étasunienne a répondu à la montée en puissance de la Chine d’une manière contradictoire. Elle l’a successivement considérée comme une menace - qu’il faut contenir - à la domination des États-Unis , (6) comme une source d’investissements juteux et de débouchés pour les produits étasuniens ou comme une économie instable dont l’effondrement (sous le poids de ses propres contradictions économiques) pourrait déclencher une récession mondiale . (7)
 

Quelles que soient ses approches de la Chine, la classe dominante étasunienne est unie dans sa détermination à défendre son statut de seule grande puissance mondiale contre tous les rivaux.  (8)La Chine représente pour les États-Unis précisément le genre de rival qui menace de détruire leurs efforts maintenir un monde unipolaire sous leur hégémonie. Les USA ne peuvent éviter la rivalité chinoise, qu’ils choisissent son intégration dans leur schéma économique, ou qu’ils tentent de se servir de leurs infrastructures politiques internationales. La Chine échappe au contrôle américain. Par conséquent les États-Unis sont passés d’une politique de tentative d’intégration de la Chine à une politique  d’endiguement.

Quant à la Chine, elle espère coopérer avec les USA tout en développant simultanément ses capacités économiques, militaires et politiques pour s’y substituer en tant que puissance mondiale majeure. Une transformation de la Chine en une telle puissance présage une longue période de concurrence politique, économique et probablement militaire avec les États-Unis pour la domination en Asie et dans le monde.

Le tournant vers un développement économique néolibéral.

Au cours des années soixante-dix, peu de gens auraient pu prédire la montée fulgurante de la Chine. Celle-ci a connu une croissante globale au cours des trois décennies qui ont suivi la révolution de 1949 portant au pouvoir le parti communiste de Mao Zedong (bien que certains de ses programmes, tels le « Grand bond en avant », aient eu des conséquences désastreuses qui ont temporairement ont fait régresser le pays) . (9) Grâce à l’utilisation de diverses politiques économiques, en suivant le modèle russe de propriété étatique et de planification bureaucratique, la production industrielle est passée d’un tiers du produit national brut en 1952 à 71,5 % en 1975 . (10) Mais, parce qu’elle démarrait d’une base économique si primitive et était si isolée du système économique mondial, la Chine fut de plus en plus distancée.

Après la mort de Mao en 1976 et l’achèvement d’une lutte pour le pouvoir, la bureaucratie chinoise adopta une stratégie économique néolibérale. Les « quatre modernisations » de Deng Xiaoping proposaient le développement d’une économie mixte avec un secteur d’Etat, un marché privé dans l’agriculture et l’industrie, des marchés ouverts aux investissements multinationaux et la modernisation de l’armée. Deng appela ce tournant vers le marché « socialisme à caractère chinois »

Les réformes commencèrent par la décollectivatisation de l’agriculture et la création de petites entreprises économique rurales. Les réformes libérales améliorèrent les conditions générales de vie des paysans, mais rendirent également la Chine plus sujette aux booms comme aux dépressions de l’économie mondiale. Elles créèrent d’énormes déséquilibres régionaux et des inégalités sociales croissantes. Les réformes produisirent également une masse de 200 millions de paysans sans terre, une armée de réserve de main-d’œuvre pas chère disponible pour être embauchées dans les nouvelles industries en expansion dans les villes. De plus, la bureaucratie commença au cours des années quatre-vingt-dix à démanteler lentement le secteur d’Etat vieillissant et non compétitif, fermant la plupart de ses entreprises et licenciant leurs ouvriers.

Parallèlement à ce processus, le parti mis en place des zones franches, vastes zones de manufacture d’export telles les Maquiladora sur les zones frontalières mexico US, qui servirent à attirer les investisseurs étrangers. La province du Guangdong, qui jouxte Hong Kong sur la côte sud-est de la Chine, devint la zone franche modèle. Les investisseurs de Hong Kong inondèrent la région, transportant toute leur industrie légère, comme le textile, vers des villes comme Shenzhen. Celle-ci fut transformée d’un village tranquille de pêcheurs de 70 000 habitants en 1980 en une agglomération de 7 millions d’habitants aujourd’hui. De nos jours, six millions de travailleurs, la plupart des ouvrières, sont employés dans 30 000 manufactures de Shenzhen et de sa périphérie . (11) Toute cette région a connu au cours des vingt-cinq dernières années une croissance en moyenne de 3 % plus élevée que celle du reste du pays. La bureaucratie a créé également une zone franche à Fujian, province située face à Taiwan. Le capital taïwanais s’y investit, y impulsa une autre expansion industrielle et la transformation de la région.

Le boom des années quatre-vingt provoqua le développement du pays à un rythme rapide, mais il engendra d’énormes inégalités et d’importants déséquilibres. Le principal symptôme des problèmes fut l’inflation, qui monta en flèche jusqu'à 18,5 % en 1988 . (12) Elle engendra un recul du niveau de vie et déclencha une crise sociale dans les villes, avec une consommation de panique et un rush sur les banques du pays. Dans les villes, le mécontentement des travailleurs s’accumula comme petit bois d’allumage. À l’opposé, les paysans dans les campagnes bénéficièrent en partie de la montée des prix et ne furent pas enclins à la révolte.

Dans les villes, il suffisait d’une étincelle pour déclencher la rébellion. Les étudiants pékinois la produisirent en 1989. Leur manifestation pour la démocratie sur la place Tienanmen incita les ouvriers à protester et à commencer à s’organiser, ce qui provoqua dans le parti la peur que les travailleurs chinois reproduisent à leur manière la révolte du mouvement Solidarnosc (Solidarité) des ouvriers polonais en 1980 . (13) Terrifiée, la bureaucratie écrasa le mouvement, tuant des milliers de personnes, en arrêtant des dizaines de milliers d’autre au cours d’une vague de répression.

Contrairement aux prédictions occidentales d’un effondrement rapide du projet réformiste de Deng, les reformes s’accélérèrent. Deng rassembla ses supporters libre-échangistes en déclarant : « Nous devons maintenant accélérer les réformes » . (14) Il procéda à l’ouverture de nouvelles zones franches sur le littoral et à l’intérieur des terres.  (15) Le cœur de ce projet fut l’expansion des zones d’exportation de produits manufacturés, tout spécialement celles de Shanghai et de la ville voisine, Pu Dong. Elles supplantèrent Guangdong et Fujian comme nouveaux modèles de zones franches Le capital international se précipita dès l’ouverture ; vers 1997 déjà, 44 multinationales avaient démarré des sociétés en commun avec les capitalistes chinois et les entreprises d’État.  (16) Shanghai et Pu Dong ont évolué en tous points, passant de l’industrie des petites manufactures textiles à l’industrie lourde et la fabrication de haute technologie.

Shanghai devint également le centre d’un boom de la construction spéculative. Entre 1992, date de l’ouverture de la zone franche, et 1995, les compagnies du bâtiment de Shanghai ont construit près de 500 000 mètres carrés de surface destinés à des bureaux.  (17)  Cette ville compte désormais le gratte-ciel le plus élevé de la planète, le plus grand chantier naval et la plus grande roue (de foire) que l’on connaisse.  (18) Les bureaucrates de Shanghai ont récemment annoncé des plans d’investissement d’environ 120 millions de dollars pour la construction d’une ville de l’espace, entièrement consacrée au programme chinois d’expansion de l’espace de construction.  (19)

Un vague d’investissement provenant de Taiwan, Hong Kong et d’investisseurs chinois à l’étranger permit à la Chine de poursuivre son boom malgré les sanctions économiques et militaires prises par les USA ainsi que l’Union européenne après Tienanmen. Le Japon et la Corée du Sud accrurent également leurs investissements. La Chine absorbait des capitaux de toute l’Asie et commençait à s’intégrer effectivement à l’économie régionale.

Sentant qu’ils y perdaient du terrain, les États-Unis et l’Europe oublièrent leurs critiques des droits de l’Homme. Clinton déclara la Chine « partenaire stratégique » en 1994, lui redonnant un statut de « Nation la plus favorisée ». Finalement, à la fin de son second mandat, il installa des « Relations permanentes d’échange économique » avec la Chine et ouvrit la voie de son accession à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. Vers 1999, 212 436 entreprises à capital mixte étranger comptaient pour 15 % de la production industrielle brute du pays et pour 45 % de ses exportations mondiales.  (20)

La Chine connu un boom tout au long des années quatre-vingt-dix, échappant à la crise financière asiatique en accrochant sa monnaie au dollar étasunien. Sous les régimes de Deng, Jiang Zemin et maintenant de Hu Jintao, la bureaucratie profita de la fin de la Guerre froide, de l’ouverture néolibérale au marché mondial et du réajustement structurel de l’industrie mondiale à la recherche de main-d’œuvre bon marché. La Chine s’est hissée aux sommets du capitalisme mondial en gagnant la course vers le bas.

Le nouvel atelier du monde

La Chine se transforme rapidement en centre de l’économie mondiale. En 2003, elle est devenue la première destination des investissements directs étrangers, avec 53 milliards de dollars, surpassant les États-Unis, qui n’accueillirent que 40 milliards de dollars.  (21) Le commerce de la Chine avec le reste du monde s’est accru à un taux annuel de 16 %, ce qui représente le double de la moyenne d’autres pays, quels qu’ils soient. La balance commerciale des États-Unis avec la Chine est largement déficitaire avec 162 milliards de dollar de dettes.  (22) La Chine possède l’équivalent de 700 milliards de dollar en monnaie étrangère, principalement en dollars. Elle a utilisé ces réserves pour acheter 230 milliards de dollars de bonds du trésor étasunien – un investissement remarquable dans la dette des États-Unis. Elle est devenue le principal partenaire commercial du Japon, qui à lui-même déplacé une part croissante de sa base industrielle vers la Chine pour profiter de la main-d’œuvre chinoise très bon marché. La Chine et l’Europe sont mutuellement les plus gros partenaires commerciaux et échangeront bientôt annuellement 200 milliards de dollars en produits manufacturés.  (23)

Le succès de la Chine est du en grande partie à ses réserves presque illimitées d’ouvriers, extraits de sa population rurale de 800 millions d’individus. Les travailleurs chinois gagnent en moyenne 60 centimes de dollar par heure, soit 5 % des salaires américains et 10 % du salaire asiatique moyen.  (24) Ces bas salaires attirent l’industrie légère à forte « consommation » de main-d’œuvre tant du monde capitaliste avancé que du monde en développement. Les États-Unis ont délocalisé 400 000 emplois en 2004, dont un quart vers la Chine.  (25) De nombreuses multinationales opérant dans la zone des Maquiladora de Mexico se sont déplacées vers la Chine.  (26) Avec l’expiration des accords « multifibre » qui autorisaient dans le monde entier des droits de douane à l’importation pour l’industrie du textile, on s’attend à ce que la République dominicaine perde un tiers de ses emplois du textile pour la Chine.  (27) Les entreprises et les multinationales chinoises basées en Chine dominent désormais l’industrie légère. La Chine produit 70 % des jouets à l’échelle mondiale, 60 % des bicyclettes, 50 % des chaussures et 33 % cent des baguages.  (28)

Mais la Chine progresse aussi dans le secteur de l’industrie lourde. Cette avancée a engendré le développement d’une nouvelle industrie de l’électroménager qui est devenue compétitive non seulement sur le marché chinois mais aussi à l’échelle mondiale.

Par exemple, la compagnie chinoise Haier a récemment offert 2,25 milliards de dollars pour l’achat de Maytag (le leader de l’électroménager aux USA), avant de se rétracter. L’industrie automobile a également décollé. L’industrie mondiale de l’automobile a investi 12 milliards de dollars dans le pays. Aujourd’hui, il y a 120 constructeurs, qui comptent pour un tiers de la croissance mondiale de la vente d’automobile. La plus grande part de l’industrie a visé le marché local et, si les Chinois continuent à acheter au rythme actuel, le pays représentera le plus grand marché automobile au monde dans 15 ans. Désormais, les constructeurs chinois et multinationaux commencent à exporter des voitures fabriquées en Chine vers le reste du monde, y compris les États-Unis.  (29)

L’industrie de haute technologie connaît également un boom. Dell fabrique presque tous ses ordinateurs en Chine. En raison du transfert technologique issu des associations avec des entreprises étrangères, plusieurs fabricants du pays ont désormais une portée mondiale et une compétitivité comparable aux principaux fabricants d’ordinateurs et ce sur tous les plans. Par exemple, Lenovo, une compagnie créée à Shanghai, est en train d’acheter la branche de construction d’ordinateurs personnels d’IBM pour un montant de 1,8 milliard de dollars, devenant ainsi le troisième plus grand constructeur d’ordinateurs personnels au monde. Le PDG d’Intel, Andrew Grove, a déclaré : « La Chine est le marché le plus florissant pour les États-Unis et en même temps son plus farouche compétiteur. »  (30)

L’expansion massive de la Chine augmente la concurrence au sein du système mondial et, par conséquent, accentue sa tendance vers une crise de surproduction. Avec ses bas salaires et une domination grandissante dans beaucoup de secteur de l’industrie, la Chine est capable de produire et vendre ses produits à des prix extrêmement bas – « le prix chinois » comme on dit. Avec ses bas salaires produisant des marchandises à très bas prix, la Chine est une des principales sources de déflation et par conséquent réduit les marges de profits à travers le système économique mondial.

D’un autre côté, l’expansion chinoise produit également de l’inflation. Sa demande de marchandises de base a fait augmenter les prix. Le pays du Levant est désormais le plus grand consommateur de pétrole après les États-Unis. Il est le premier consommateur d’acier dans le monde, absorbe 25 % de l’aluminium mondial, 33 % de son fer et de son charbon et 40 % de son ciment.  (31) Il fait s’élever les prix dans tous ces secteurs, entraînant une inflation qui de nouveau écrase les marges de profits du capital mondial.

La stratégie globale de la Chine se heurte à l’endiguement étasunien

La Chine a développé une stratégie en quatre points pour poursuivre ses aspirations à devenir une puissance aux échelles régionale et mondiale. Premièrement et avant tout, elle tente de maintenir des relations amicales avec les grandes puissances et les pays émergents ou en développement afin de continuer à attirer du capital étranger et ainsi se maintenir sur la voie d’une expansion économique rapide. Le président Hu Jintao répète continuellement que la Chine veut progresser pacifiquement.

Deuxièmement, étant donné son retard en matière militaire, la Chine limite son recours à la force tout en accélérant la modernisation de son armée pour parer à des conflits éventuels. Troisièmement, elle essaie de s’intégrer aux institutions politiques et économiques internationales pour établir sa position dans le monde et prendre avantage des coopérations commerciales avec des pays plus développés. Finalement, la Chine veut empêcher les États-Unis de restreindre ou même de contrarier sa montée en puissance. Par conséquent, la Chine oscille entre sa volonté de tenir tête aux USA et celle d’entretenir des relations amicales avec son principal marché d’exportation, son principal investisseur et fournisseur de technologie de pointe. Ceci dit, la Chine se réserve du temps et de l’espace pour s’affirmer plus unilatéralement à l’avenir.

Pour étendre et protéger son pouvoir économique, la Chine voulait, au cours de ces vingt-cinq dernières années, moderniser son appareil militaire archaïque. Elle vient seulement de commencer à le faire et, bien qu’elle ait acquis un statut de puissance militaire régionale, elle ne constitue pas du tout pour le moment une menace pour les États-Unis.

La Chine a révisé sa doctrine militaire en adoptant celle de « Guerres limitées à haute technologie ». Elle a réduit ses effectifs militaires de 4 millions à 2,5 millions de soldats, ce qui lui a permis d’investir dans le développement de son armée de l’air et de sa marine ainsi que dans l’augmentation du nombre de ses batteries de missiles balistiques. Aujourd’hui, son budget de la Défense de 30 milliards de dollars est un des plus importants au monde et augmente de 12,6 % par an. La CIA estime que les dépenses militaires de la Chine avoisinent plutôt les 60 milliards de dollars. Cependant cela ne reste très en dessous des 400 milliards de dollars du budget militaire étasunien et par contre analogue aux 47 milliards de dollars du budget de la Défense du Japon.  (32)

La Chine veut surmonter ses difficultés en utilisant son industrie de haute technologie en pleine croissance pour achever sa révolution dans les affaires militaires. C’est justement cette nécessité de développer ses armements de haute technologie qui explique son programme spatial.

Les États-Unis sont pris dans une contradiction pour leur réponse stratégique face à l’émergence de la Chine. Ils « raffolent » de la Chine comme destination d’investissements, mais ils savent aussi qu’elle devient leur principal rival régional et pourrait bientôt être leur rival mondial. De plus, les États-Unis ne disposent d’aucun mécanisme multilatéral pour le contrôle ou l’endiguement de la Chine comme ils en ont avec l’Union Européenne. Ils n’ont jamais créé d’OTAN asiatique, mais ont plutôt développé des relations en étoile entre eux et chaque pays du continent pris individuellement. Par conséquent, en la Chine, les USA sont confrontés à une puissance indépendante.

La politique étrangère étasunienne a continuellement oscillé entre intégration de la Chine et endiguement de la Chine. Sous l’administration Clinton, les USA ont essayé d’assurer leur domination sur le système mondial à travers ce que certains appellent le multilatéralisme agressif. Ils ont utilisé différentes institutions telles l’ONU, l’OTAN et l’OMC pour conforter leur position d’unique superpuissance. Bien entendu, Clinton n’a néanmoins jamais manqué l’occasion de déployer les troupes étasuniennes pour défendre les intérêts US, que ce soit en Europe de l’Est ou au Moyen Orient.

Appliqué à la Chine cela voulait dire une stratégie d’intégration. Les États-Unis ont levé leurs sanctions économiques contre ce pays et ont développé avec lui des relations diplomatiques amicales, tout en entretenant une force militaire destinée à le dissuader et à l’endiguer. Clinton a plusieurs fois de suite déployé la force militaire étasunienne pour lancer un message à la Chine, l’exemple le plus frappant étant lorsqu’il donna l’ordre du déploiement de la 7e flotte dans le détroit de Taiwan durant les élections de 1996 à Taiwan. Intentionnel ou non, le bombardement de l’ambassade de Chine à Belgrade pendant la guerre étasunienne contre la Serbie était un signal fort envoyé au pays du Levant. Il provoqua une condamnation officielle de Pékin et des manifestations nationalistes assez importantes qui dénoncèrent l’« hégémonie » étasunienne.

Bush tourna explicitement la politique étasunienne vers l’endiguement de la Chine. Il l’intégra à la préoccupation globale du maintien de l’hégémonie étasunienne dans un futur prévisible. Zalmay khalilzad, actuel ambassadeur des États-Unis en Irak, défini en 2001 les objectifs clefs de la politique étrangère de son pays :

« La nécessité de prévenir l’émergence d’une puissance dominante régionale ou continentale. C’est important pour deux raisons principales : l’une est de faire en sorte qu’on ne puisse refuser aux États-Unis l’accès économique, politique et militaire à une partie importante du globe ; l’autre est d’empêcher une concentration de ressources qui pourrait constituer un défi aux États-Unis du même ordre que celui posé par l’ancienne Union soviétique. »  (33)

En accord avec cela, Bush et son équipe de partisans de la guerre froide déclarèrent la Chine concurrent stratégique  (34) plutôt que partenaire stratégique. Dans le magazine Foreign Affairs, Condoleezza Rice a écrit que la Chine était un pouvoir révisionniste qui cherchait à défier la suprématie étasunienne en Asie.  (35)

La politique d’endiguement a entraîné les États-Unis dans des conflits croissants avec la Chine durant la première année de l’administration Bush. Le président US promit de poursuivre la politique de défense par missiles nucléaires y compris par le déploiement d’un théâtre de défense antimissile en Asie avec l’objectif évident de neutraliser l’avantage de la Chine sur les autres nations asiatiques en matière de missiles balistiques. En 2001, alors qu’un avion espion américain entrait en collision avec un avion de chasse chinois au-dessus son espace aérien (provoquant une crise diplomatique), l’administration Bush semblait avoir mené les choses au bord d’une nouvelle guerre froide. Les États-Unis et la Chine se réconcilièrent finalement parce qu’ils avaient alors plus à perdre qu’à gagner d’une confrontation durable.

Il est significatif que les États-Unis aient choisi de faire du Japon leur principal allié dans la région. Comme le dit l’American Enterprise Institute (un groupe de think-thank – ou « tête pensante » - étasunien) : « Il ne fait aucun doute que le Japon a décidé de s’allier aux États-Unis dans sa stratégie globale pour calmer les ambitions de puissance de la Chine » . (36)

L’administration Bush tente également d’utiliser les deux conflits politiques majeurs d’Asie (en Corée du Nord et à Taiwan) pour contenir la portée diplomatique et politique de la Chine. C’est pourquoi les USA veulent maintenir « brûlante » la question des armes nucléaires de la Corée du Nord, sans pour autant résoudre la crise : cela contribue à justifier ce qui pourrait autrement apparaître clairement comme des ententes politiques et militaires totalement dépassées. La menace Nord-coréenne offre tant au Japon qu’aux États-Unis l’occasion de renforcer leurs prouesses militaires dans la région sans directement admettre que leur souci principal est bien la Chine. L’administration Bush a abondamment et clairement affirmé qu’elle armerait et défendrait Taiwan contre la Chine. Les USA veulent neutraliser la stratégie chinoise de réintégration politique de Taiwan au territoire de la Chine. Ils veulent maintenir le face-à-face actuel qui empêche la Chine de s’emparer de Taiwan, les écartant et prenant le contrôle des voies de pêches vitales en mer de Chine méridionale.

Les États-Unis utilisent aussi la « guerre contre le terrorisme » pour contraindre l’Asie à la soumission aux diktats étasuniens. Bush a demandé l’année dernière aux pays présents aux sommets économiques des pays de l’Asie et du Pacifique de s’engager aux côtés des USA dans la « guerre contre le terrorisme ». Bush a aussi envoyé Condoleezza Rice et Donald Rumsfeld en tournée en Asie au début de son nouveau mandat pour renforcer cette soumission. Pendant leur tournée, baignant dans l’hypocrisie, tous deux ont dénoncé l’important budget militaire chinois. Rumsfeld questionna la montée des dépenses militaires chinoises en déclarant : « puisque aucune nation ne menace la Chine, on se demande bien pourquoi donc cet investissement croissant ? » . (37) Pourtant les États-Unis exercent véritablement une menace sur la Chine, utilisant leur « guerre contre le terrorisme » pour repositionner leurs bases militaires en Asie et pour nouer des alliances afin d’encercler le pays de Levant. L’État US a établi de nouvelles bases militaires en Afghanistan comme en l’Asie centrale et remis en service leurs vieilles bases aux Philippines. Ces dernières se sont ajoutées à la présence de leurs troupes en Corée du sud, au Japon et dans d’autres nations, tant et si bien qu’avec leur toute-puissante 7e flotte, régnant sur les mers d’Asie, les USA ont effectivement encerclé la Chine.

Sur le front économique, les USA veulent prendre avantage de l’accession à l’OMC de la Chine pour empêcher le piratage de technologies informatiques en faisant observer les règles de l’OMC sur la propriété intellectuelle. Ils veulent ouvrir les marchés protégés chinois des céréales et les inonder avec les produits agricoles étasuniens. Ils demandent que la Chine se mette en règle et ouvre davantage son marché à l’importation de produits américains.

Sur le plan militaire, les États-Unis ont développé des stratégies de dissuasion et d’endiguement de la Chine. Le Pentagone poursuit sa révolution en matière militaire afin d’établir sa domination complète sur tous les systèmes d’armement. Il utilise donc les derniers gadgets de la haute technologie afin de rendre son avance militaire insurmontable. Ainsi, il forcera la Chine soit à abandonner ses plans développement militaire ou à s’engager dans une course à l’armement très coûteuse et « ingagnable » telle que celle qui ruina la Russie durant la Guerre froide. Les États-Unis ont aussi l’intention de déployer un théâtre de missiles nucléaires de défense au Japon, en Corée du Sud et potentiellement à Taiwan aussi.

La Chine poursuit ses objectifs de puissance avec la multipolarité

Ce genre de stratégie n’en est pas ignoré pour autant par la classe dirigeante chinoise. La Chine a essayé d’enrayer la politique d’endiguement que pratiquent les USA par une combinaison de coopération tactique et de poursuite d’alliances pour contrer la stratégie américaine de maintient d’un ordre mondial unipolaire.

C’est à son avantage que la Chine collabore avec les États-Unis économiquement et militairement. Elle a accepté une série de concessions en contrepartie de son admission à l’OMC. Elle a accepté de taxer l’exportation de ses textiles après l’expiration de l’accord multifibres. La Chine a approuvé la guerre étasunienne en Afghanistan, en partie pour s’allier avec les États-Unis, mais aussi pour masquer l’oppression qu’elle exerce sur le Tibet et sur la province musulmane de Xinjiang.
En même temps, la Chine a expressément dénoncé les ambitions américaines de maintient du statut de seule superpuissance mondiale en critiquant sa politique hégémonique. « Les États-Unis essayent de préserver leur statut de seule puissance mondiale » a déclaré le premier ministre chinois Wen Jiabao, « et ne laissera à aucun pays la chance de les défier… Le cœur de la politique étasunienne envers la Chine est toujours « intégration et endiguement » » . (38)

Le président du Parti communiste chinois (PCC), Li Ruihuan a signalé que lorsque les États-Unis : « regardent notre potentiel de développement, [ils savent que] si l’économie chinoise continue à croître ainsi pendant quelques décennies, elle sera assez forte pour se mesurer avec leur économie. Alors ils veulent nous contenir, ils veulent instaurer la politique de la carotte et du bâton. Il est inutile de perdre sa salive à réfuter leur « théorie de la menace chinoise ». Les Américains n’écouteront pas » . (39)

Pékin s’est opposé à la guerre de Bush en Irak parce qu’il considérait que c’était une tentative étasunienne d’interdire à la Chine un accès indépendant au pétrole mais aussi de l’encercler grâce à des bases militaires qui puissent contenir l’émergence de ce pays. À l’opposé, celui-ci se veut l’avocat d’un ordre mondial multipolaire dans lequel il puisse disposer d’espace pour son développement. La Chine tente de gagner la faveur de différents États pour établir des alliances faisant contrepoids à la domination étasunienne. La bataille victoire de Pékin pour accueillir les jeux olympiques de 2008 fait clairement partie de cet effort. La Chine utilisera les jeux pour se projeter parmi les plus grandes nations du monde et conclure des alliances indépendamment des USA.

La tentative la plus importante de la Chine de construire une alliance pour faire contrepoids est son partenariat stratégique avec la Russie. Les deux pays ont apposé leur signature au Pacte des cinq à Shanghai en 1996, se promettant coopération mutuelle avec trois États clefs d’Asie centrale – le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan. Ils ont élaboré des plans pour éradiquer les islamistes fondamentalistes, stopper l’incursion des USA en Asie centrale et développer le commerce du pétrole ainsi que du gaz naturel autour de la Mer Caspienne. En 2001, à Shanghai, ils transformèrent ce pacte en Organisation de coopération, ajoutant l’Ouzbékistan à la liste des États membres.

La Chine a initié des sommets sans précédent avec l’Inde en vue de résoudre leurs différents historiques frontaliers mais aussi d’établir des liens stratégiques et politiques.

La Chine a poursuivi la bataille pour construire un réseau d’alliance au cœur même de l’OMC. Aux côtés du Brésil, elle a pris le leadership du G20, une alliance de nations en voies de développement protestant lors du sommet de Cancun. Elles demandèrent que les États-Unis et l’Europe cessent leurs subventions agricoles, barrières injustes contre les exportations des pays du tiers-monde vers les États-Unis. La Chine a ainsi essayé de tourner le consensus de Washington (politique ultralibérale) contre les États-Unis eux-mêmes et de rallier le monde en voie de développement sous sa bannière. Bien sûr, elle n’a pas du tout à l’esprit l’intérêt des classes dirigeantes des pays en voie de développement, puisqu’elle le pays qui les atteint le plus directement économiquement.

La confrontation stratégique entre la Chine et les États-Unis provoque des conflits en Asie particulièrement entre la première, le Japon et Taiwan. Malgré la forte interdépendance et l’intégration économique de ces pays, au sein de chacun les dirigeants attisent le nationalisme pour promouvoir leurs projections géopolitiques. La Chine s’est toujours opposée avec acharnement à l’entrée du Japon au conseil permanent de sécurité de l’ONU. En avril 2005, un grand nombre de manifestations de colère, parfois violentes, comptant des dizaines de milliers de participants dans plusieurs villes de Chine constituèrent une campagne approuvée par le gouvernement contre les manœuvres du Japon pour obtenir un siège au conseil de sécurité de l’ONU. Cette vague de manifestations fut relancée lorsque le gouvernement japonais approuva le contenu d’un manuel scolaire d’histoire qui sous-estime au point de les rendre anodines les atrocités commises par les troupes japonaises en Chine au cours des années trente et quarante.

Le Japon a, aux côtés des USA, ouvertement déclaré que Taiwan est un sujet d’inquiétude mutuel sur la sécurité. La Chine a, de son côté, menacé d’une action unilatérale contre toute tentative taiwanaise de déclarer son indépendance et a dénoncé le soutient américain et japonais à Taiwan. La bureaucratie du Parti communiste chinois a fait de cela la partie principale de son orientation stratégique dans la région. Elle a déjà récupéré les anciennes colonies britanniques (Hong Kong) et portugaise (Macao) et n’a de cesse que Taiwan soit réintégré aussi.

Guerres de ressources ?

Un élément central de la stratégie multilatérale de la Chine est sa détermination à échapper à la volonté des États-Unis de contrôler son accès aux ressources primordiales, tout particulièrement le pétrole et le gaz naturel. Les États-Unis ont très clairement déclaré cet aspect de leur politique d’endiguement. Comme le dit un supporter de Bush, Patrick Seal : « pour maîtriser la Chine, les États-Unis ont besoin de prendre le contrôle exclusif du Golf persique, qui abrite plus de 25 % des réserves mondiales de pétrole, une ressource dont la Chine a désespérément besoin puisqu’elle a l’intention d’étendre et de consolider son pouvoir économique, déjà formidable. »  (40)

Les entreprises chinoises ont considérablement augmenté leurs investissements étrangers directs. Elles ont dépensé 3 milliards de dollars en 2004 pour acheter des entreprises étrangères et ont s’attend à ce qu’elles déboursent 25 milliards en 2005.  (41) Au lieu de dépenser tous ses bénéfices et ses réserves de monnaie étrangère en bonds du trésor américains aux taux d’intérêts très faibles, la Chine a opté pour des investissements qui lui assurent des ressources et des parts de marché qui vont dans le sens de son intérêt de sécurité national.

Les plus importants de ses nouveaux investissements vont dans le pétrole et le gaz naturel. Depuis 1993, la Chine dépend d’un besoin d’importation de 1,7 million de barils de pétrole par jour pour pallier au déficit de sa production nationale. Le ministère de l’énergie des États-Unis prévoit que la Chine importera 9,4 millions de barils par jour dès 2025, soit cinq fois la consommation de 2001.  (42) Suivant l’exemple des États-Unis, la Chine a élaboré des plans pour la construction de réserves stratégiques de pétrole de 33 milliards de barils afin d’être en mesure de tenir face à des réductions ou des ruptures d’importation de pétrole. Elle est de plus en plus soucieuse d’établir un accès indépendant aux ressources en pétrole, libre de l’interférence des États-Unis, en passant des contrats avec les soit disant « États voyous » et en nouant des relations plus proches avec les nations productrices de pétrole sous influence américaine. C’est une des causes principales de l’accroissement de la tension entre les États-Unis et la Chine.

En Asie, la Chine est en compétition avec d’autre pays pour l’exploration pétrolière. En mer de Chine orientale, la Chine et le Japon sont constamment en concurrence dans la recherche de pétrole, ce qui a presque provoqué un incident entre les deux pays. En novembre 2004, un sous-marin nucléaire chinois, probablement à la recherche de pétrole, est entré dans les eaux territoriales japonaises. Le Japon riposta en envoyant ses propres vaisseaux pourchassant le sous-marin chinois. La Chine est aussi en concurrence avec le Vietnam, la Malaisie, Taiwan et les Philippines à propos des îles Spratly et de leurs probables réserves en pétrole. Il en est résulté une douzaine de conflits au cours de ces 20 dernières années.

Les contradictions du capitalisme chinois

« L’Europe c’est le passé, les États-Unis le présent et une Asie dominée par la Chine le futur de l’économie mondiale. Ce futur, c’est certain, se réalisera. Les seules questions sont : quand et avec quelle intensité ? »  (43) C’est ainsi que s’exprime Martin Wolf dans le Financial Times. Les tendances sont indéniables, mais la Chine fait face à beaucoup de contradictions qui auront un fort impact sur le développement de ces tendances. Comme l’écrit le Far Eastern Economic Review.
« La centrale industrielle chinoise est également une économie fragile et en développement qui aura besoin de fournir du travail pour des dizaines de millions d’ouvriers licenciés du secteur public. Les emprunts bancaires menacent la stabilité du système financier et le gouvernement… devra aussi faire en sorte que les retraites soient payées et que les tensions sociales n’atteignent pas leur point d’ébullition. »  (44)

Dans la gestion de son expansion économique, la Chine doit faire face à des problèmes politiques et économiques cruciaux. Le Parti communiste se rattache au peu de légitimité qu’il lui reste en attisant un nationalisme virulent et en distribuant une amélioration du niveau de vie pour une grande partie de la population, résultat d’une croissance économique continue. Ce nationalisme trouve écho particulièrement chez les étudiants des classes moyennes et, dans une certaine mesure, chez les travailleurs et les paysans. Cependant, la montée de ce nationalisme non seulement en Chine mais aussi au Japon et dans le reste de l’Asie pourrait déclencher des guerres et contrecarrer les plans de la bureaucratie qui envisage une émergence en douceur de la Chine.

Le parti communiste craint désormais tellement que la montée des inégalités puisse déclencher des rébellions qu’il a lancé une campagne en son sein centrée sur la nécessaire réduction des abus les plus révoltants infligés aux travailleurs et aux paysans. La contradiction à laquelle toute économie capitaliste en développement doit faire face est la suivante : sa compétitivité est fondée sur de très bas salaires ; mais la croissance de la Chine nécessite une main-d’œuvre plus qualifiée et, progressivement, mieux payée. Cela exercera des pressions sur la bureaucratie vers l’ouverture tout comme la Russie l’a fait pendant la glasnost. Mais la bureaucratie à aussi peur d’un nouveau Tienanmen. Elle est donc réticente à risquer une cinquième modernisation, la démocratie, par crainte de l’instabilité. Elle continuera donc probablement à vaciller entre réforme et répression.

L’État chinois possède une moindre part de son économique comparé à la situation des États-Unis.  (45) Cette perte du contrôle économique centralisé a rendu difficile le management des bureaucrates régionaux, des nouveaux capitalistes privés et de la présence massive des multinationales. Il en est résulté une régionalisation de l’économie chinoise. Les régions opèrent indépendamment les unes des autres, se font concurrence pour décrocher des contrats avec les multinationales et ont ainsi fréquemment fait émerger une relation d’antagonisme les unes envers les autres. Une autre conséquence a été l’apparition d’une corruption massive dans l’économie. Les bureaucrates se sont enrichis grâce à toutes sortes de magouilles, de l’achat de marchandises du secteur public pour les revendre à prix élevé sur le marché privé, à la simple corruption. Les abus de la bureaucratie sont devenus le grief populaire principal contre le parti communiste.

Au cours de ces quinze dernières années, Pékin a pu contrôler la situation malgré ses faiblesses politiques. Mais la Chine connaît d’énormes problèmes au cœur même de son économie. Le système agricole chinois s’est montré incapable de subvenir aux besoins en nourriture de la société. Par conséquent, la Chine est devenue importatrice de produits agricoles pour la première fois en 2004.  (46) Plus encore, une industrialisation sauvage a provoqué une crise grandissante de l’environnement ; les villes ont absorbé les champs de culture ; le développement a produit des niveaux toxiques de pollution et le pays vit désormais une désertification croissante. Avec son accession à l’OMC, la Chine sera de plus en plus inondée de céréales moins chères provenant du marché mondial qui minera la production locale incitant des paysans de plus en plus nombreux à l’exode rural. Si ces paysans ne trouvent pas de travail, leur désespoir pourrait facilement déclencher des révoltes paysannes dans les campagnes.

Pour maintenir leur marge de profit les entreprises chinoises se tournent de plus en plus vers des investissements spéculatifs, tout spécialement dans l’immobilier. Leur spéculation immobilière a majoré les prix de 34,9 % alors que 26 % des logements construits restent inoccupés.  (47) Il y a tout juste un an, cette bulle spéculative combinée avec une augmentation massive du prix des marchandises, en particulier du pétrole, a créé une inflation et la crainte d’une surchauffe de l’économie. Pékin a pu se tirer d’affaire en relevant les taux d’intérêts (et ralentir ainsi l’économie), mais la surproduction et le glissement vers la spéculation continueront à bouleverser ses plans de développement et à déstabiliser la société.

Pékin a évité de s’attaquer à une des causes de cette surproduction – son important secteur d’État, ni compétitif ni rentable. Au cours de la dernière décennie, il a éliminé beaucoup de petites entreprises d’État mais a conservé des milliers de plus grandes.  (48) Deux tiers des entreprises restantes opèrent à perte.  (49) La bureaucratie doit restructurer son secteur d’État et éliminer les pertes si elle veut utiliser son capital pour des investissements plus rentables. Dans le secteur public, elle a déjà diminué l’emploi de 53 millions de postes depuis 1996, mais elle doit procéder à des dizaines de millions de licenciements supplémentaires.  (50) La bureaucratie voudrait bien en finir avec le « bol de riz en fer » de la naissance jusqu'à la mort, un des acquis sociaux dans le secteur d’État, payé aux fonctionnaires actifs ainsi qu’aux licenciés. Cependant elle a peur de déclencher une révolte chez les travailleurs et donc a évité de restructurer ce qui reste du secteur public.

Cette crise rampante du secteur public a introduit la pagaille dans les quatre banques nationales de Chine. Elles ont soutenu le secteur public par des prêts massifs attribués à des entreprises non rentables. Aujourd’hui, elles disposent de 490 milliards de dollars de mauvaises dettes  (51) - près de 40 % du total de leurs prêts - et elles ne récupéreront jamais cet argent.  (52) En outre, la dette continue de s’accroître. En conséquence, une crise bancaire menace la Chine et le reste du monde avec.

L’accession de la Chine à l’OMC intensifie tous ces problèmes. La bureaucratie espère que cela lui ouvrira aussi des marchés, accroîtra l’investissement et engendrera une forte croissance continue. Une économie en expansion donnera du travail aux paysans déplacés et aux fonctionnaires licenciés et ainsi amortira les chocs de la crise dans l’agriculture et le secteur étatique. La Chine doit créer 15 millions d’emplois par an si elle veut parvenir à absorber la main-d’œuvre surnuméraire. Mais elle fait face à une dynamique du système mondial qu’elle ne peut maîtriser. Si l’économie mondiale ralentie, l’effet boomerang atteindra la Chine. Les investissements pourraient se tarir, ses marchés d’exportation s’effondrer et la croissante chuter, amenant tous ses problèmes politiques, sociaux et économiques à un point d’ébullition.

Ainsi, la Chine est à la fois le plus fort et le plus faible maillon du système mondial. Une crise économique chinoise menace d’engouffrer le monde entier dans une dépression majeure. Une récession mondiale déclenchée par une crise en Chine augmenterait les tensions économiques et politiques au niveau régional et au niveau global. Il n’y a aucun doute que la Chine, tout comme les autres pays capitalistes, vivra des crises cycliques et structurelles. Mais d’une façon ou d’une autre, que ce soit à faible ou à fort taux de croissance, la Chine défiera de plus en plus les États-Unis pour la maîtrise de l’Asie et du monde.

La lutte par en bas

Tandis que la bureaucratie chinoise se prépare à un tel conflit impérialiste, elle est confrontée également une montée de la lutte de classe à l’intérieur de ses frontières. L’échelle des d’inégalités sociales en Chine est incroyable, les griefs des paysans et des travailleurs s’amassent et génèrent des vagues de manifestations et de grèves. Il y a aujourd’hui en Chine deux millions de milliardaires alors que la plupart des gens arrivent à peine à vivre décemment. Les 3 % les plus nantis possèdent une richesse globale égale à celle des 800 millions les moins riches. Bien que la bureaucratie se targue d’avoir sorti 150 millions de gens de la pauvreté (et puisse revendiquer de véritables progrès en la matière), le coefficient Gini de la Chine, qui mesure l’écart entre les riches et pauvres, est le plus fort de tous les pays en développement.

Quarante-sept pour cent de la population vit avec à peu près deux 2 dollars par jour  (53) tandis qu’un quart (350 millions) souffre d’une pauvreté affligeante.  (54)
Ces inégalités alimentent le feu de la révolte sociale. Contrairement à 1989, les étudiants ne sont pas l’aile marchante de ce soulèvement potentiel, parce qu’ils ont largement accepté le projet néolibéral dans l’espoir de faire carrière comme technocrates, programmateurs, ingénieurs et scientifiques. Mais si l’économie se ralentissait et que leurs rêves partent en fumée, ils pourraient rapidement se soulever à nouveau.

Les pays ont souffert aux cours des années quatre-vingt-dix, voyant leur revenu chuter par rapport à celui des salariés urbains. Ils manifestent une hostilité croissante envers les bureaucrates locaux en raison d’impôts injustes, du non-paiement de leurs produits, du net recul de leur accès à l’éducation et aux soins médicaux et de la pollution industrielle des campagnes.

La Chine a vécu une vague de manifestations et de révoltes paysannes. Récemment 20 000 paysans ont marché à Huaxi contre la construction du complexe industriel Zhuxi qui menaçait de leur ravir leurs terres. En octobre 2004 dans le Sichuan, 50 000 paysans manifestèrent contre le projet du gouvernement de les expulser pour construire un barrage. Des milliers ont manifesté pendant trois jours consécutifs au début du mois de juillet 2004 dans Xinchang, un village situé à 300 km au sud de Shanghai, demandant la fermeture d’une usine pharmaceutique qui polluait leurs sources d’eau. Selon un reportage du New York Times,

« Au moins 15 000 personnes se sont rassemblées ici dimanche dernier et ont mené une bataille en rangs serrés contre les autorités, renversant des voitures de police et jetant des pierres pendant des heures, sans être découragés par les gaz lacrymogènes…

« « C’est la seule manière de résoudre les problèmes comme le nôtre », a déclaré un villageois de 22 ans dont la maison se situe à moins de 100 mètres des grilles défoncées de l’usine où les policiers étaient massés. « Si vous allez voir le maire ou un responsable de la ville, ils prennent votre argent et ne font rien. »

« Les émeutes de Xinchang font parti d’une vague de mécontentement en Chine, le nombre de manifestations de masses comme celle-ci ayant connu une croissance éclair, selon les chiffres officiels, de 10 000 environ au milieu des années quatre-vingt-dix à 74 000 incidents en 2004. D’un incident à l’autre, les variations sont nombreuses, mais les manifestations récentes ont toutes en commun d’être fondées sur une colère accumulée en raison de l’incapacité du système politique chinois à répondre aux revendications légitimes et à la méfiance existant contre les autorités locales souvent considérées comme corrompues ».  (55)

Les salariés tant des industries d’État que du nouveau secteur privé commencent également à résister. Les grèves dans la vieille industrie d’État ainsi que dans les zones franches ont considérablement augmenté, de 8 700 en 1993 à 58 000 en 2003, impliquant 3 millions de travailleurs. Ces mouvements sont fragmentaires et, pour autant que nous le sachions, locaux par leur organisation, leur caractère et leurs objectifs. Mais le gouvernement en est terrifié comme il l’est de toute organisation non officielle, y compris le Falung Gong, groupement religieux réprimé par le gouvernement depuis sa manifestation de 20 000 personnes à Tienanmen en 1999. Ce que la bureaucratie redoute le plus est que naisse dans ses frontières un mouvement ouvrier similaire à celui qui a émergé au cours des années quatre-vingt en Corée du Sud. Mais elle redoute aussi que les luttes locales, dont le nombre augmente puissent se fondre en un mouvement national de grande ampleur qui défendrait des revendications collectives.

L’opposition internationale aux rivalités impérialistes.

Les théoriciens de la mondialisation se sont trompés en déduisant du fait que le libre-échange intensifie l’intégration de l’économie mondiale, un apaisement des tensions nationales. L’intégration du système économique mondial n’a pas mis fin à la compétition économique, stratégique et diplomatique entre États capitalistes : bien au contraire, elle les exacerbe.  (56) Les rivalités inter impérialistes grandissantes entre les États-Unis, en tant que seule superpuissance, et la chine comme puissance émergence montrent que, comme le prédirent Vladimir Lénine et Nicolas Boukharine, la tendance du capitalisme vers l’internationalisation s’effectue encore au travers des États-nations et donc produit des rivalités inter impérialistes parce que les grandes puissances se font concurrence pour la domination du système global.  (57)

Les États-Unis aujourd’hui ont un pouvoir économique et militaire sans égal. Cependant penser que cette situation persistera indéfiniment est erroné. Bien que la guerre entre les États-Unis et la chine ne soit pas à l’ordre du jour, ils sont enchaînés dans une rivalité grandissante dans une région du monde hautement instable. Toutes sortes de différents comme par exemple sur Taiwan ou la lutte en Asie centrale pour les ressources en pétrole et en gaz naturel pourraient déclencher à l’avenir un conflit militaire imprévu mais catastrophique. En tout cas, les États-Unis font face à une situation, tout comme le furent toutes les autres puissances passées, où des changements en profondeur créent des tensions à la surface qui pourront, à terme, engendrer des batailles pour la réorganisation des relations de pouvoir à l’échelle mondiale.

Dans cette concurrence volatile, une fraction de la classe capitaliste US, tout spécialement dans son incarnation de la droite républicaine, revendique une nouvelle guerre froide et une politique plus protectionniste pour défendre l’industrie étasunienne. Ainsi, Peter Morici de la RH Smith School of Business à l’université de Maryland peste : « Une Chine bien armée et autoritaire, tendue vers la subversion des autorités globales qui soutiennent les valeurs de la démocratie et du marché libre » pourrait rapidement devenir « une menace fasciste pouvant porter sur le monde » . (58) L’ancien directeur de la CIA, James Woolsey a déclaré lors de son témoignage au Congrès au sujet de l’offre de CNOOC pour Unocal : « En aucun sens raisonnable nous n’avons affaire ici à la tentative de prise de contrôle d’une compagnie par une autre. Nous avons affaire une tentative de prise de contrôle par la dictature communiste la plus puissante du monde ».  (59)

Une fraction de la bureaucratie syndicale et ses alliés du Parti démocrate, à l’instar du sénateur de New York Charles Schumer ou des Indépendants comme le membre du Congrès de Vermont, Bernie Sanders, lancent de façon similaire des appels à de telles politiques protectionnistes prétendument pour défendre les travailleurs étasuniens. Mais trois décennies d’une telle approche à la course du capitalisme international ont mené à la faillite. Le protectionnisme n’a sauvé les emplois dans aucune industrie, de l’industrie automobile à celle de la sidérurgie ou du textile. Au lieu de l’impasse du protectionnisme et du nationalisme qui cède aux tentatives du capital de lever les travailleurs de différentes nations les uns contre les autres, nous devons construire la solidarité au-delà des frontières qui unit les salariés contre leurs patrons tant étasuniens que chinois.

Il existe un véritable danger que le nationalisme non seulement divise les travailleurs à l’échelle internationale, mais qu’il transforme également en bouc émissaires les travailleurs chinois et les autres asiatiques aux USA mêmes, affaiblissant ainsi le mouvement ouvrier domestique. Étant donné la campagne déjà menée par la droite contre les immigrés, les attaques incessantes contre la Chine de la droite et de la prétendue gauche pourraient aisément alimenter cette sorte de racisme que le protectionnisme anti-japonais a alimenté au cours des années quatre-vingt. Seule une lutte unie des travailleurs, immigrés et domestiques, au sein des frontières US et par-delà les frontières peut permettre de défendre les emplois et élever les niveaux de vie partout dans le monde d’aujourd’hui.

Une renaissance de la politique anti-impérialiste est nécessaire pour mener cette lutte internationale des travailleurs. Les USA veulent prévenir l’émergence de tout rival ou de tout réseau de rivaux. Cela provoquera des conflits non seulement avec les prétendus « États voyous » mais aussi avec des puissances rivales telles que la Chine sur tous les plans, du pétrole aux marchés et aux intérêts géopolitiques. Ce n’est qu’à travers la solidarité internationale et l’anti-impérialisme que nous pourrons trouver une voie hors de cet enchevêtrement de crise et de guerre vers lesquelles le monde s’oriente.

Ashley Smith
Traduction de François Laforge

Notes
  1 Ted Fishman, China Inc.: How the Rise of the Next Superpower Challenges America and the World (New York: Scribner, 2005), p. 9.
  2  Fishman, 9–10. Bien sûr, étant donné sa population massive, le PNB per capita de la Chine ne se trouve qu’en 95ème position, derrière le Pérou et l’Algérie.
  3 Cité dans Doug Henwood, “Chinese shark attack,” Nation, July 12, 2005, disponible au http://www.thenation.com
  4 Cité dans Public Citizen, “When China owns our utilities,” June 27, 2005, disponible à http://www.citizen.org
  5 Cité dans Mark Magnier, “China stakes a claim for major access to oil around the world,” LA Times, July 17, 2005.
  6 Voir par exemple Constantine Menges, China: The Gathering Threat (New York: Nelson Current, 2005).
  7 Voir par exemple, Gordon Change, The Coming Collapse of China (New York: Random House, 2001).
  8 Voir Rebuilding America’s Defenses: Strategy, Forces and Resources for a New Century, Project for a New American Century, disponible à http://www.newamericancentury.org/RebuildingAmericasDefenses.pdf.
  9 Les meilleurs histoires de l’époque de Mao sont : Nigel Harris, The Mandate of Heaven: Marx and Mao in Modern China (London: Quartet, 1978) et Maurice Meisner, Mao’s China and After: A History of the People’s Republic (New York: The Free Press, 1988). On peut trouver le livre de Harris dans son ensemble, en anglais, en ligne : http://www.marxists.de/china/harris/.
  10 Maurice Meisner, The Deng Xiaoping Era: An Inquiry Into the Fate of Chinese Socialism, 1978–1994 (New York: Hill and Wang, 1996), 255.
  11 Fishman, p. 88–89.
  12 Willem Van Kemenade, China, Hong Kong, Taiwan, Inc.: The Dynamics of a New Empire (New York: Random House, 1997), 281.
  13 Pour plus de détails sur Tian An Men voir Ahmed Shawki, “China: Deng’s legacy,” International Socialist Review 2, Fall 1997. Sur Solidarnosc en Pologne voir Colin Barker, “Poland 1980” in Colin Barker, ed., Revolutionary Rehearsals, (Chicago: Haymarket Books, 2002).
  14 John Gittings, Real China: From Cannibalism to Karaoke (London: Simon and Schuster, 1997), 271.
 15 Kamenade, 14.
  16 Ibid., 303–04.
  17 Ibid., 303.
  18 Fishman, 32.
  19 “Shanghai plans space city,” Agence France Press, January 23, 2005.
  20 Kjeld Erik Brodsgaard, China’s Place in Global Geopolitics: International, Regional, and Domestic Politics (New York: Routledge -Curzon, 2002), 1.
  21 Fishman, 15.
  22 Neil Hughes, “Trade war with China?” Foreign Affairs, July/August 2005, 96.
  23 Fishman, 287.
  24 “Is the wakening giant a monster?” Economist, February 13, 2003.
  25 Fishman, 273.
  26 Oded Shenkar, The Chinese Century: The Rising Chinese Economy and its Impact on the Global Economy (Upper Saddle River: Wharton School Publishing, 2005), 111.
  27 Shenkar, 139.
  28 Ibid., 2.
  29 Fishman, 206.
  30 Cité dans “High tech in China,” BusinessWeek, October 28, 2002, 83.
  31 Shenkar, 81.
  32 Fishman, 216–19.
  33 Hughes, 94.
  34 “La Chine est un concurrent, et non un partenaire” a dit Bush dans un discours qu’on peut trouver en ligne : http://usinfo.state.gov/journals/itps/0900/ijpe/pj52bush.htm.
  35 Condoleezza Rice, “Campaign 2000: Promoting the national interest,” Foreign Affairs, January/February 2000.
  36 Dan Blumenthal, “The revival of the U.S.-Japanese alliance,” American Enterprise Institute, February 25, 2005, disponible à  http://www.aei.org/publications/pubID.22027/pub_detail.asp.
  37 Evelyn Iritani, “A new player in the Canadian sandbox,” LA Times, July 17, 2005.
  38 Cité dans Nathan and Gilley, 208.
  39 Cité dans Nathan and Gilley, 209.
  40 Cité dans Michael Klare, Blood and Oil: The Dangers and Consequences of America’s Growing Dependency on Imported Oil (New York: Metropolitan Books, 2004), 173.
  41 “The dragon tucks in,” Economist, éditorial, July 2, 2005, 54.
  42 Klare, 164–65.
  43 Cité dans Giovanni Arrighi, “Hegemony unraveling,” New Left Review, March/April 2005, 77.
  44 “Has SARS deferred the boom in China,” Far Eastern Economic Review, May 6, 2003, disponible à http://www.emsnow.com/newsarchives/archivedetails.cfm?ID=1524.
  45 Shenkar, 21.
  46 Fishman, 140.
  47 Macabe Keliher, “China’s economy in 2004 dimming or brilliant?” Asia Times, January 6, 2004.
  48 Chang, 57.
  49 John Bryan Starr, Understanding China: A Guide to China’s Economy, History and Political Culture (New York: Hill and Wang, 2001), 75.
  50 Fishman, 74.
  51 Chang, 125.
  52 Ibid., 124.
  53 Fishman, 58.
  54 Chang, 184.
  55 Howard W. French, “Riots in a village in China as pollution protest heats up,” New York Times, July 19, 2005.
  56 Michael Hardt and Antonio Negri, Empire (Cambridge: Harvard University Press, 2000). Pour une critique sévère de ce livre, voir Tom Lewis, “Empire strikes out,” ISR 24, July–August 2002.
  57 Voir Lenin, Imperialism the Highest Stage of Capitalism (New York: International Publishers, 1969) and Nicolai Bukharin, Imperialism and World Economy (New York: Monthly Review Press, 1974).
  58 Peter Morici, “The danger of a soft approach to China,” Asian Wall Street Journal, July 5, 2005.
  59 Toby Eckert, “Critics question motives of China,” San Diego Union Tribune, July 14, 2005, disponible à http://www.signonsandiego.com/uniontrib/20050714/news_1b14unocal.html.

 

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