La naissance du bolchevisme
Par Paul D’Amato, membre du comité de rédaction de l’International Socialist Review aux USA. Cet article est paru dans le numéro 33 de l’ISR, datée de janvier-février 2004.

L’année 2004 est celle du 80ème anniversaire de la mort de Lénine, fondateur, inspirateur et dirigeant du Parti bolchevique – l’organisation politique qui a mené la Révolution russe de 1917. Ce parti est né de l’éclatement du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) lors de son congrès inaugural de 1903. Aux dires de nombreux participants et observateurs de l’époque, « les débats se limitaient à rien que des querelles obstinées sur des mots et des définitions techniques1 ». L’opinion la plus courante est que cet épisode révèle le « mépris de la démocratie » de Lénine et sa volonté de créer une organisation « restreinte et hautement disciplinée » qui « exercerait son contrôle sur le mouvement révolutionnaire2 ».

Ces accusations contre Lénine et le parti bolchevique sont encore courantes y compris au sein de la gauche. Cet article ne peut livrer une histoire exhaustive de la vie de Lénine et du parti bolchevique3. Il se tiendra plutôt à essayer de dissiper les débris du combat idéologique qui a obscurci la rupture de 1903 et les controverses qu’elle a suscité ultérieurement. Pourquoi tant de débats houleux autour du marxisme russe ? Quel était précisément le sens de cette rupture ? Y a-t-il quelque chose d’utile que les révolutionnaire puissent aujourd’hui apprendre de cette période ?

« Un penchant excessif pour la polémique »

« On se complaît chez nous à répéter que les Russes en général, les sociaux-démocrates en particulier et plus spécialement les Bolcheviques ont un penchant démesuré pour la polémique et pour la scission. On se complaît également chez nous à oublier que les conditions des pays capitalistes en général, les conditions de la bourgeoisie en Russie en particulier et plus spécialement les conditions de vie et d'activité de notre intelligentsia engendrent un penchant démesuré à passer du socialisme au libéralisme4 ».

Voilà ce que Lénine écrit en 1907, en passant en revue l’histoire du marxisme russe. Depuis sa naissance, le marxisme incorporait des éléments politiques très hétérogènes dont il découlait la nécessité de débats vifs. La principale question en discussion était celle du développement du capitalisme en Russie. Le mouvement populiste, connu sous le nom des Narodniks, affirmait avec force que son développement n’était pas possible en Russie et que, de ce fait, la commune paysanne constituerait la base du socialisme qui se construirait en évitant complètement la phase du développement capitaliste. 

Les premiers marxistes russes, anciens populistes comme George Plekhanov, Paul Axelrod et Vera Zassoulitch, ont défendu l’idée que le développement du capitalisme russe créait une nouvelle classe capable de jouer un rôle décisif dans la lutte contre l’autocratie, un rôle que la paysannerie n’avait pas pu remplir en tant que force indépendante : la classe ouvrière. La particularité de l’histoire russe était que les tâches normalement dévolues à une révolution bourgeoise – la redistribution des terres et l’instauration de la démocratie – incombaient désormais à la classe ouvrière. « La bourgeoisie a épuisé son rôle historique écrit Plekhanov en 1883, et le prolétariat est le seul représentant des forces progressistes dans la société [russe]5. »

Mais au sein du mouvement marxiste naissant apparut également une tendance plus modérée s’orientant vers le libéralisme. Des gens tels que Strouvé sont des démocrates bourgeois pour lesquels, écrit Lénine, « la rupture avec le populisme n'impliquait pas comme pour nous un passage du socialisme petit-bourgeois (ou paysan) au socialisme prolétarien, mais au libéralisme bourgeois6 »

Cette tendance libérale au sein du marxisme fut encouragée par l’État tsariste. Au cours des années 1890, il légalisa les publications marxistes afin de contrecarrer le populisme, qu’il considérait alors comme plus dangereux. John Molyneux note dans son excellent ouvrage, Marxism and The Party, le point le plus important : très tôt, et afin de préserver l’essence même du mouvement, le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans sa lutte contre l’autocratie, les marxistes authentiques ont été contraints d’engager une polémique féroce contre les tendances libérales qui, nées dans le cadre du marxisme, rejetaient néanmoins l’émancipation de la classe ouvrière par elle-même7

La naissance de l’Iskra

Les années 1890, au cours desquelles Lénine devint marxiste, furent une période de croissance rapide du mouvement socialiste. Des comités locaux et de petits cercles de sociaux-démocrates attirant des étudiants, des intellectuels et une couche d’ouvriers spécialisés émergèrent partout dans le pays. Selon Lénine, ces cercles « étroits, fermés, fondés presque toujours sur l'amitié personnelle d'un effectif très réduit, n'en constituèrent pas moins une étape nécessaire du développement du socialisme et du mouvement ouvrier en Russie8 ».

Vers le milieu des années 1890, une nouvelle remontée des luttes ouvrières9 encouragea le mouvement à passer de la propagande à l’agitation de masse. « Les tâches des sociaux-démocrates » écrit alors l’auteur de Sur l’agitation , la brochure qui annonce cette nouvelle phase, sont de mener une  « agitation constante parmi les ouvriers des usines sur la base de leurs besoins quotidiens et leurs exigences10». Cette « agitation constante », affirmait la brochure, constituerait le creuset de l’agitation politique à l’avenir. Lénine et d’autres activistes, comme le jeune militant Jules Martov, tous les deux dirigeants de premier plan de l’Union de lutte pour l'émancipation de la classe ouvrière à Saint-Petersbourg, s’engagèrent dans l’agitation d’usine11

Au cours de cette période, une nouvelle tendance émergea au sein du mouvement socialiste, « l’économisme ». Représentée par la publication illégale du Credo, un pamphlet qui prolongea les arguments développés dans Sur l’agitation, selon lesquels les socialistes devaient suivre la « ligne de la résistance minimale » et limiter leur activité au soutien des luttes économiques ouvrières. Le Credo s’identifiait à la nouvelle tendance réformiste en Europe, connue sous l’appellation de Bernsteinisme ou « révisionisme », et affirmait en écho : « le mouvement est tout, le but final n’est rien. »

Le Credo rejetait toute organisation illégale, ce qui, dans l’Etat policier et autocratique russe, signifiait rejeter toute organisation révolutionnaire (pour être légalisée, une organisation politique devait renoncer à prôner le renversement du Tsar). Il critiquait le « marxisme intolérant » et préconisait qu’on le remplaçât par une organisation sociale-démocrate qui « reconnaîtrait la société » et « élargirait » ses « tâches sectaires » en transformant « sa lutte pour le pouvoir » en une « lutte pour une réforme de la société actuelle ». Il appela à « une aide aux luttes économiques du prolétariat et à la participation aux activités de l’opposition libérale 12». Lénine dénonça aussitôt cette nouvelle tendance « rétrograde » comme une « tentative de convertir le parti ouvrier révolutionnaire en un parti réformiste13 ». Si l’on suivait cette orientation, « l’économisme » (c’est ainsi que l’on nomma cette tendance), le rôle historique de la classe ouvrière serait réduit à une simple lutte pour des conditions meilleures et au soutien apporté aux libéraux revendiquant une Constituante. Lénine, pour sa part, préconisait la fusion de la lutte économique et de la lutte politique, la classe ouvrière assumant la direction des deux combats.

« Sur ses épaules solides, l’ouvrier russe doit faire, et fera aboutir, la lutte pour la liberté politique. Etant donné que sa tâche immédiate est de renverser l’autocratie, la social-démocratie doit agir comme l’avant-garde dans la lutte pour la démocratie et, par conséquent, ne serait-ce que pour cette raison, doit s’allier avec tous les autres éléments démocratiques de la population russe et les gagner à sa cause. Seul un parti ouvrier indépendant peut servir de rempart dans le combat contre l’autocratie ; ce n’est qu’en s’alliant avec ce parti, seulement en le soutenant, que tous les autres combattants pour la liberté politique joueront un rôle réel14 ».

La polémique de Lénine contre les partisans de « l’économisme » prit aussi une dimension organisationnelle. Ils affirmaient que le mouvement ouvrier avait déjà largement démontré sa capacité de lutte politique et que le mouvement socialiste retardait sur les développements de la situation. Ils chantaient des louanges au mouvement à ce stade du développement au lieu de tenter de déterminer les tâches futures que la croissance du mouvement posait aux socialistes. Le problème essentiel, que Lénine souleva dans une série d’articles écrits à la fin des années 1890 et au début des années 1900, c’était que la croissance du mouvement ouvrier exposait, et ce de manière de plus en plus flagrante, les limites du caractère local et amateur de l’organisation socialiste. Par conséquent, il était nécessaire de créer un parti social-démocrate ouvrier à l’échelle nationale avec un journal et une autorité centrale, capable d’apporter une aide aux sections locales, généralisant à partir de ces expériences locales et coordonnant ces sections en une lutte d’ampleur nationale contre l’autocratie.

À cette fin, les plus jeunes leaders, Lénine, Martov et Potresov, prirent contact avec des vétérans marxistes comme Plekhanov, Axelrod et Zassoulitch, pour publier le journal Iskra et la revue Zarya dans le but d’infliger une défaite décisive à l’économisme et de conquérir une majorité dans le mouvement socialiste russe.

L’objectif était d’unir le mouvement; une unité fondée sur des principes fermes élaborés lors de débats rigoureux et non d’une unité seulement formelle, de façade. « Avant de pouvoir s’unir, écrit Lénine dans un article annonçant la publication d’Iskra, et afin d’être en mesure de réaliser l’unité, nous devons d’abord définir des lignes de démarcations fermes et précises. Sinon, notre unité ne sera que pure fiction qui cachera la confusion ambiante15 ».

Ainsi, des pratiques qui seront plus tard associées au bolchevisme – des polémiques acerbes, des formes d’organisation et méthodes clairement définies et un journal politique national – étaient déjà présentes dans la nouvelle politique de l’Iskra.

Que faire ? et le mythe léniniste

Lénine publia son ouvrage Que faire ? en 1902, comme contribution au débat contre les « économistes » et comme moyen de proposer une série d’arguments nécessaires pour organiser le futur parti révolutionnaire russe. De nos jours, ce livre est considéré, bien à tort, comme une sorte de bible léniniste, comme un pamphlet supra historique valable en tous lieux et en toutes circonstances.

Que défendait-il ? Il prônait un parti fortement centralisé, rompu aux méthodes clandestines, constitué principalement de révolutionnaires professionnels, autrement dit de révolutionnaires à plein temps. Il préconisait un journal à l’échelle nationale russe qui agisse, selon ses propres termes, non seulement comme « propagandiste et agitateur collectif » mais aussi comme « organisateur collectif ». Il affirmait la nécessité d’un centre de direction du parti basé à l’étranger qui pourrait fonctionner sans être atteint par la police tsariste. Cette conception de l’organisation fut attaquée non seulement par les « économistes » hostiles à l’Iskra, mais aussi plus tard par des partisans de l’Iskra, et par de nombreux commentateurs depuis. Mais à l’époque, elle fut acceptée par la plupart des socialistes, tout simplement parce qu’aucune autre forme d’organisation ne pouvait survivre à la clandestinité qu’imposait le régime tsariste. Comme le note Duncan Hallas :

« Est-ce, oui ou non, un bon modèle d’organisation ? La question n’a aucun sens si on ne prend pas en considération les buts de l’opération et les circonstances dans lesquelles elle est conduite… Sous un régime despotique aucune autre forme d’organisation n’a de chance de survivre, et encore moins de croître. Par force de nécessité, une structure plus ou moins « militaire » s’impose à l’organisation16 »

Dans Que faire ? Lénine réitéra l’idée que la tâche dévolue aux socialistes n’est pas simplement de suivre la lutte économique, mais de former les ouvriers à prendre en compte tous les aspects de l’oppression, y compris ceux qui règnent en dehors de la sphère des rapports entre ouvriers et patrons. « Le social-démocrate ne doit pas avoir pour idéal le secrétaire de trade-union, mais le tribun populaire sachant réagir contre toute manifestation d'arbitraire et d'oppression, où qu'elle se produise, quelle que soit la classe ou la couche sociale qui ait à en souffrir17 ».

Empruntant au socialiste allemand Karl Kautsky, Lénine poursuivit son argumentation : « L'histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvrière ne peut arriver qu'à la conscience trade-unioniste… Quant à la doctrine socialiste, elle est née des théories philosophiques, historiques, économiques élaborées par les représentants instruits des classes possédantes, par les intellectuels18 ».

Cet extrait est passé dans la postérité comme la preuve que Lénine considérait la classe ouvrière comme l’élément passif, les intellectuels devant être l’élément actif. En fait, comme le démontre Duncan Hallas, il défendait une « position extrêmement abstraite, partielle et simplificatrice, que Lénine avait, typiquement, exagérée dans le feux de la polémique. » Lénine admit lui-même plus tard que certaines argumentations exposées dans Que faire ? et dans Un pas en avant et deux pas en arrière étaient unilatérales. Dans son empressement à combattre ceux qui voulaient « transformer le mouvement ouvrier, alors à ses débuts, en appendice du mouvement libéral », il « tordit le bâton19 » avec excès.

« La principale erreur que commettent ceux qui, à l'heure actuelle, polémiquent avec Que faire ?, c'est de vouloir absolument extraire cet ouvrage de son contexte historique et faire abstraction d'une période précise et déjà lointaine du développement de notre parti20 ».

« Que faire ? par la polémique, corrige l'économisme. Considérer le contenu de cette brochure en faisant abstraction de cette tâche serait erroné »21.

Lorsque, plus tard, les arguments exposés dans Que faire ? seront « utilisés par ses disciples pour défendre la ‘pureté’ du parti contre la menace de dilution par des ouvriers militants mais peu formés politiquement 22», Lénine contre attaquera, défendant l’idée qu’il fallait « ouvrir les portes du parti » afin de faire accéder autant d’ouvriers militants que possible à la tête de l’organisation. Pendant la Révolution de 1905, lorsqu’il s’avéra très clairement que l’organisation de révolutionnaires professionnels, à la construction de laquelle il avait consacré tant d’efforts, adoptait une attitude de suspicion et sectaire envers le soviet ouvrier de Saint-Petersbourg, Lénine défendra avec véhémence l’idée qu’il fallait travailler avec et à l’intérieur de la nouvelle organisation au lieu de lui poser des ultimatums. À l’opposé de ses propres anciennes formulations de Que faire ?, Lénine affirmera que la classe ouvrière est « instinctivement, spontanément social-démocrate23. »

De plus, Lénine expliqua en 1905 qu’il fallait abandonner les formes non démocratiques, conspiratrices d’organisation pour adopter un système de décision politique et de choix des directions fondé sur des élections démocratiques. « Nous, Bolcheviques, avons toujours accepté que dans des conditions nouvelles, quand les libertés politiques seront acquises, il serait essentiel d’adopter le principe électif24. » Les critiques anti-léninistes refusent d’admettre que les recommandations organisationnelles de Lénine étaient destinées à faire face à des circonstances historiques et politiques précises. Mais, j’essaierai de le montrer, il existe bien un fil conducteur dans le discours de Lénine qui dépasse un intérêt purement historique ou conjoncturel.

Le Congrès 1903 et la naissance du bolchevisme

Le deuxième congrès du POSDR devait être la plus grande réussite de Lénine, de Martov et des autres Iskristes. Au contraire, il résulta en un divorce irrémédiable entre les deux ex-collaborateurs, divisant totalement la direction de l’Iskra.

Le débat commença d’abord sur les règles définissant l’adhésion au nouveau parti. La proposition de Lénine était ainsi formulée : « Est membre du POSDR celui qui accepte son programme et soutient le parti aussi bien financièrement que par sa participation personnelle à une des organisations du parti ». La définition de Martov s’alignait sur les deux premières propositions de Lénine, mais sur le dernier point définissait le membre comme « celui qui apporte un soutien personnel régulier sous la direction d’une de ses organisations ».

La défense que fit Axelrod de la formulation de Martov montre clairement que le débat portait sur la définition de la relation entre le parti et la classe ouvrière :

« Si nous adoptons la formule de Lénine, nous allons évincer une partie de ceux qui, même s’ils ne peuvent être directement admis dans l’organisation, sont de fait des membres du parti… Etant donné que nous sommes un parti de classe, nous devons faire attention de ne pas éloigner des personnes qui consciemment, quoique peut-être de manière peu active, s’associent avec ce parti25 ».

Le parti devait compter parmi ses membres ceux qui n’étaient pas très actifs. Martov suivait Axelrod, lui apportant son soutien appuyé et allait même plus loin dans l’argumentation :

« Plus largement est adopté le titre de membre du parti, mieux ce sera .Nous devrions nous réjouir que tout gréviste, tout manifestant qui met en pratique ses slogans, puisse se proclamer membre du parti. Pour ma part, une organisation conspirative n’a de sens qui si elle est entourée par un large parti ouvrier social-démocrate26 »

Plekhanov s’éleva en défense de la proposition de Lénine. Ceux qui n’étaient pas actifs dans le parti, mais qui s’en « déclaraient » membres, ne rendraient compte à personne, ne seraient responsables devant personne. À ceux qui affirmaient que les règles strictes préconisées par Lénine fermeraient la porte du parti aux ouvriers, il répondait :

« Les travailleurs qui veulent adhérer au parti n’ont pas peur de se joindre à une de ses organisations. La discipline ne leur fait pas peur. Beaucoup d’intellectuels, imbus d’individualisme bourgeois, ont peur de rejoindre une organisation… La proposition de Lénine servira de rempart contre leur entrée dans le parti, et ne serait-ce que pour cette raison, tout adversaire de l’opportunisme devrait lui apporter son vote27 »

Les arguments de Lénine

Lénine ne considérait pas ces questions suffisamment importantes pour provoquer une scission. Avant d’aborder le vif du débat, il déclara qu’il ne considérait pas « nos différences si vitales qu’elles représenteraient une question de vie ou de mort pour le parti. Nous n’allons sûrement pas succomber à cause d’un mauvais article de nos statuts !28 »

Il précisa ensuite quelle était le désaccord : « Ma formulation tend à rétrécir la conception d’un membre du parti tandis que celle de Martov l’élargie ». Lénine souligna cependant qu’il ne préconisait pas que le parti soit limité uniquement à des révolutionnaires professionnels. Il pouvait comprendre des membres actifs engagés dans différents types d’organisations, de la cellule clandestine à des organisations « plutôt larges et assez souples ». L’idée sous jacente de Lénine était que le parti et la classe ouvrière ne sont pas identiques. Il poursuivit :

« Le parti doit être seulement le fer de lance, la direction de la masse des travailleurs, qui sont tous (ou presque tous) sous le contrôle et la direction des organisations du parti, mais qui tous ne sont pas membres et ne devraient pas être membres du parti ».29

Tenant parole, Lénine ne quitta pas le parti lorsqu’il fut mis en minorité lors du vote sur cette question (28 contre 23). Pourtant, on ne peut pas en dire autant de ses opposants. Vers la fin du Congrès, Lénine l’emporta à une courte majorité contre la fraction de Martov et réussit à faire élire un nouveau comité de rédaction de l’Iskra, composé de lui-même, de Plekhanov et de Martov. C’est ce conflit qui créa la célèbre scission entre la majorité (Bolchevik veut dire majorité) qui soutenait Lénine et la minorité (Menchevik signifie minorité) qui soutenait Martov. Martov, Axelrod, Zassoulitch, Trotsky et d’autres furent révoltés par la proposition de Lénine d’écarter Zassoulitch, Axelrod et Potresov du comité de rédaction de l’Iskra, y voyant même une attaque personnelle. Pourtant les trois n’avaient joué qu’un rôle minime dans la rédaction, l’édition et la production de l’Iskra. Pour Lénine, les dirigeants devaient être choisis pour leur capacité à accomplir une tâche donnée et de répondre aux besoins du parti, et non pour préserver des titres ou pour ménager les susceptibilités. 

Isaac Deutscher, un des grands biographes de Trotsky, écrivit de ces débats sur l’organisation : « En dépit de son caractère éminemment fortuite, cette scission a marqué le début d’un long et irréversible processus de différentiation, au cours duquel le parti de la révolution allait se séparer du parti des modérés30 » Tandis que les Bolcheviques continuaient à défendre « l’orthodoxie » du marxisme russe, selon laquelle le renversement de l’autocratie devait être dirigée par les ouvriers et paysans russes, les Mencheviques défendirent l’idée d’une nécessaire direction bourgeoise dans la révolution russe.

Lénine écrivit une réponse longue et détaillée à la scission, Un pas en avant, deux pas en arrière, pour tenter de clarifier ses enjeux et son sens. Ici, Lénine a tenté de développer et mettre en forme ses analyses. Il est utile de le citer longuement, car on y trouve la première justification théorique pour la construction d’un parti ouvrier exclusivement révolutionnaire :

«Au contraire, plus fortes seront nos organisations du Parti englobant de véritables social?démocrates, moins il y aura d'hésitation et d'instabilité à l'intérieur du Parti, et plus large, plus variée, plus riche et plus féconde sera l'influence du Parti sur les éléments de la masse ouvrière qui l'environnent et sont dirigés par lui. Il n'est pas permis en effet de confondre le Parti, avant?garde de la classe ouvrière, avec toute la classe ».

« Etant donné les différents degrés de conscience et d'activité, il importe d’établir une différence dans le degré de rapprochement vis-à-vis du Parti. Nous sommes le Parti de la classe, et c’est pourquoi presque toute la classe (et en temps de guerre, à l'époque de guerre civile, absolument toute la classe) doit agir sous la direction de notre Parti, doit serrer les rangs le plus possible autour de lui. Mais ce serait du manilovisme31 et du ‘suivisme’ que de penser que sous le capitalisme presque toute la classe ou la classe toute entière sera un jour en état de s'élever au point d'acquérir le degré de conscience et d'activité de son détachement, d'avant?garde, de son Parti social?démocrate ».

« Ce ne serait que se leurrer soi?même, fermer les yeux sur l'immensité de nos tâches, restreindre ces tâches, que d'oublier la différence entre le détachement d'avant?garde et les masses qui gravitent autour de lui, d'oublier l'obligation constante pour le détachement d'avant?garde d'élever des couches de plus en plus vastes à ce niveau avancé. »

« Chaque gréviste doit avoir le droit de se déclarer membre du Parti ? Par cette thèse, le camarade Martov pousse d'un coup son erreur à l'absurde… Nous légaliserons en opportunistes ce qui est notoirement faux, si nous donnons à chaque gréviste le droit de ‘se déclarer membre du Parti’, car pareille ‘déclaration’, dans la grande majorité des cas, sera une déclaration mensongère. Nous nous bercerons de rêves à la Manilov si ? avec l'incroyable dispersion, oppression et abêtissement qui, sous le capitalisme, continueront inévitablement à peser sur des couches extrêmement larges d'ouvriers « non spécialisés », non qualifiés ?nous entreprenons de nous persuader nous?mêmes et de persuader les autres que chaque gréviste peut être social?démocrate et membre du Parti social?démocrate… »

« Nous sommes le Parti de la classe, du fait que nous dirigeons effectivement en social?démocrates presque toute ou même toute la classe du prolétariat; mais il faut être un Akimov pour en déduire que nous devons identifier en paroles le Parti et la classe32. »

Le parti révolutionnaire embrasse, non pas l’ensemble de la classe, dont la conscience est confuse, contradictoire en raison de « l’incroyable dispersion, oppression et abêtissement » qui pèsent sur des fractions de la classe ouvrière, mais seulement sa minorité la plus militante.

Une contribution exceptionnelle

Que Lénine ait défendu le marxisme contre le réformisme n’avait rien d’exceptionnel. Beaucoup d’autres marxistes, de Plekhanov à Kautsky en passant par Luxembourg, faisaient la même chose au cours de cette période. La différence fut la capacité qu’eut Lénine à tirer des conclusions organisationnelles des débats sur des différences de principes. En 1904, la conception de Lénine sur l’organisation était, même s’il n’en était pas encore pleinement conscient, très différente de celle de ses contemporains sociaux-démocrates. L’éminent dirigeant marxiste allemand Karl Kautsky avait écrit : « L’organisation idéale est l’unification de tous les partis prolétariens33».

« En vérité la social-démocratie n'est pas liée à l'organisation de la classe ouvrière, elle est le mouvement propre de la classe ouvrière. » affirmait Rosa Luxembourg dans une critique de « l’ultra-centralisme » de Lénine, selon le terme qu’elle employa après la scission de 190334. Lénine préconisa une organisation de révolutionnaires qui se démarquaient des socialistes non révolutionnaires. Il ne le fit pas au nom de la pureté révolutionnaire, mais pour une plus grande efficacité dans la lutte. En effet, il considérait l’unité fondée sur « l’amalgame » de forces hétérogènes comme un obstacle à la construction authentique de fronts uniques entre partis et forces différents combattant pour des objectifs partiels et clairement délimités.

« Nous ne préserveront pas nos forces, nous les disperseront par de telles tentatives de regroupement », écrivait t-il en 1905. Pour atteindre une « unité de combat » réelle et pas seulement en paroles, nous devons savoir clairement, précisément, et par l’expérience, exactement comment et jusqu’où nous pouvons être unis. Sans cela, toute discours sur l’unité de lutte ne sera que de vains mots, des mots, des mots… Par conséquent, même dans les périodes les plus révolutionnaires, nous ne renoncerons jamais à l’indépendance la plus complète du Parti social-démocrate ni à l’intransigeance de notre idéologie »

« Pensez-vous que cela exclu toute unité de lutte ? Vous vous trompez… Nous ne renonçons pas à des accords pour la lutte et au cœur de la lutte35»

Rosa Luxembourg identifiait bien les deux dangers qui guettent le mouvement socialiste : « L’un est la perte de son caractère de masse, l’autre, l’abandon du but final. L’un est le danger de retourner à la condition de secte, l’autre de se transformer en mouvement de réforme bourgeoise36 ». En d’autres termes, les socialistes pouvaient soit être des « conciliateurs », fusionnant avec le mouvement et s’y dissolvant ou, au contraire, pouvaient s’en écarter et devenir une secte isolée. Avant que la Révolution russe et le déclenchement de la révolution en Allemagne ne la convainquent de la nécessité de réaliser une rupture organisationnelle avec le réformisme, Rosa Luxembourg était incapable de concevoir la formation d’un parti révolutionnaire indépendant soit autre chose que la création d’une secte isolée. Mais le danger pour les révolutionnaires de se transformer en sectaires, bien que réel, n’est pourtant pas inévitable. La solution toujours proposée, par les « économistes » et d’autres, était simplement d’aller à l’autre extrême : de devenir des supporters passifs du mouvement tel qu’il est et ainsi se transformer en un mouvement de « réforme sociale bourgeoise. »

Lénine cristallisa dialectiquement les deux difficultés dans sa conception d’une organisation interventionniste de révolutionnaires, une organisation qui participe et tente de créer une direction dans la lutte quotidienne afin de gagner les couches de plus en plus larges de travailleurs à l’idée d’un renversement révolutionnaire du système quand les conditions seraient propices. Une telle organisation doit combattre – comme l’a fait Lénine à maintes reprises – les manifestations des deux extrêmes. Lénine a donc combattu non seulement l’aile droite dans le mouvement socialiste, les Mencheviks, mais aussi l’aile ultra gauche qui, sous prétexte que cela violerait la « pureté révolutionnaire », refusait de participer aux syndicats ou aux élections parlementaires.

La vraie conception d’une organisation socialiste selon Lénine, formulée initialement en 1904, devint la pierre angulaire du mouvement communiste international après la fondation de la Troisième internationale en 1919. « Séparez vous de Turati (le dirigeant socialiste réformiste) déclara Lénine aux révolutionnaires italiens en 1920, puis faites alliance avec lui 37 ». S’ils veulent agircomme force indépendante dans le champs politique, les révolutionnaires ne doivent être dans la même organisation que les réformistes ; mais afin d’être en contact avec des couches plus larges de travailleurs et afin de les convaincre, des alliances avec les partis réformistes pour des objectifs de combats sont absolument nécessaires. Car en dernière instance, un parti révolutionnaire ne peut jouer son rôle tant qu’il ne parvient pas à entraîner une majorité de la classe ouvrière à ses côtés. Les marxistes italiens Antonio Gramsci et Palmiro Togliatti rédigèrent un rapport en en 1926 pour exposer synthétiquement ce point de vue.

« Nous affirmons que la capacité de diriger la classe est liée non pas à ce que le parti « se proclame » comme son organe révolutionnaire, mais à ce qu’il parvienne « réellement », comme composante de la classe ouvrière, à se lier à toutes les couches de cette classe et à faire adopter par les masses une orientation qui corresponde et soit favorisée par les conditions objectives. Ce n’est que par cette action parmi les masses que le parti arrivera à les convaincre qu’il est « leur » parti (emportant l’adhésion de leur majorité) ; et ce n’est que lorsque cette condition sera réalisée que le parti pourra peut imaginer entraîner la classe ouvrière derrière lui38 ».

L’interprétation la plus juste de la conception léniniste d’une « avant-garde » est qu’elle est un « organe dirigeant ». Afin de le devenir réellement, elle ne peut s’auto-proclamer ou être imposés par en haut ; elle ne peut pas plus être construite en restant isolée de la classe ouvrière pour professer des idées révolutionnaires vers laquelle elle imaginerait que les masses se rueraient le moment venu. Elle doit être bâtie en pratique, au cours des luttes pour des revendications « partielles ».

Le parti communiste lie toute les revendications immédiates au but révolutionnaire ; il saisit l’occasion de chaque lutte partielle pour enseigner aux masses la nécessité d’une action générale et de l’insurrection contre le pouvoir réactionnaire du capital ; il cherche à s’assurer que toute lutte partielle est préparée mais aussi dirigée de telle sorte qu’elle puisse mener à la mobilisation et l’unification des forces prolétariennes et non à leurs dispersion39.

Un révolutionnaire italien, lors du Congrès du Parti communiste italien en 1926, argumenta comme s’il débattait avec le Martov de 1903 : « Aucun de nous ne pense qu’il existerait une coïncidence statistique entre le parti et la classe ouvrière et que chaque ouvrier, parce qu’il est ouvrier, devrait être membre du parti », déclara-t-il. « Nous, ayant défini le parti comme une « composante » de la classe ouvrière, définissons clairement quelle est cette composante en question, autrement dit, l’avant-garde... Il n’est pas plus vrai que nous affirmions que le parti doive « en toutes circonstances » être un parti de masse. Cependant, nous affirmons en effet qu’en toute circonstance nous devons « aspirer » à le devenir40  »

Quant à nous, nous sommes encore loin d’être en mesure de construire des partis révolutionnaires de masse aujourd’hui. Mais sur le chemin menant à leur création – quels que soient les zigzags tactiques et organisationnels que nous devrons accomplir – l’héritage théorique et pratique de Lénine et des Bolcheviks ne peut être ignoré.

Traduit de l’anglais par Greg Williamset Omar Nidhal

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1 Paul Frolich, Rosa Luxemburg, Pluto Press, Londres, 1972, p. 82.

2 R.N. Carew Hunt, The Theory and Practice of Communism, Penguin Books, Baltimore, 1966, p. 187.

3 Il existe de nombreux ouvrages qui s’y sont attelés. Nous pouvons citer Tony Cliff dans son histoire en quatre volumes : Tony Cliff, Lenin : Building the Party, Haymarket Books, Chicago et Londres, 2001 ; Lenin : All Power to the Soviets, Bookmarks, Chicago et Londres, 1976 ; Lenin: Revolution Besieged, Bookmarks, Chicago et Londres, 1987 ; Lenin : Bolcheviks and World Revolution. Paul Le Blanc, Lenin and the Revolutionary Party, Humanities Press, Atlantic Highlands, 1990 ; Alexander Rabinowitch, The Bolsheviks Come to Power, à paraître chez Haymarket Books ; Marcel Liebman, Le Léninisme sous Lénine, Editions du Seuil, Paris ; George Lukács, Lénine, EDI, Paris ; Neil Harding, Lenin’s Political Thought, two volumes in one, Humanities Press, Atlantic Highlands, 1983.

4 Préface au recueil En douze ans, 1907, disponible en ligne à http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1907/09/vil19070900.htm

5 5 George Plekhanov, « Le socialisme et la lutte politique ». Il faut cependant noter que Plekhanov a aussi certaines formulations dans cet article qui constitueront plus tard les fondements de son glissement vers le menchévisme. « Sans essayer d’effrayer qui que ce soit en agitant le « spectre rouge », un tel programme politique suscitterait de la sympathie pour notre parti révolutionnaire parmi tous ceux qui ne sont pas des ennemis avérés de la démocratie. Bien des représentant du libéralisme russe comme de nombreux socialistes pourraient y souscrire ». Les libéraux, affirmait-il, soutiendraient les sociaux-démocrates parce qu’ils « ne verraient plus les publications social-démocrates affirmer que le renversement du tsarisme constituerait le signal pour une révolution sociale en Russie » (Le socialisme et la lutte politique, traduction libre). Ainsi, les socialistes se feraient des alliés libéraux en leur promettant de ne pas renverser le capitalisme, autrement dit, en renonçant à leurs objectifs finaux. Cette position allait devenir la caractéristique centrale du menchévisme. 

6 Lénine, op.cit, disponible à http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1907/09/vil19070900.htm

7 John Molyneux, Marxism and the Party, Haymarket Books, Chicago, 2003, p. 40. Le présent article doit beaucoup aux analyses de Molyneux, comme à celles de Chris Harman, « Parti et classe », dans Party and Classe,Haymarket Books, Chicago, 2003) et Tony Cliff, Lenin: Building the Party, 1893-1914, Haymarket Books, Chicago, 2002.

8 Lénine, Idem, http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1907/09/vil19070900.htm

9 En 1896, par exemple, 35 000 ouvriers du textile de St Pétersbourg firent grève. 

10 Cité dans Tony Cliff, Lenin: Building the Party, 1893—1914, op.cit., p. 40.

11 L’épouse de Lénine, Kroupskaia, note dans ses mémoires que l’engagement direct des socialistes dans les luttes quotidiennes n’a pas été pratiqué par les socialistes français. « Je ne compris que quelques années plus tard l’efficacité de cette méthode, alors que j’habitaisen France comme réfugiée politique. J’observais comment, lors de la grande grève des postiers à Paris, le Parti socialiste français était resté totalement extérieur au conflit. C’était le travail des syndicats m’affirmaient les membres de ce parti. Ils estimaient que la responsabilité du parti se limitait à la lutte politique. Ils n’avaient aucune idée précise pour combiner la lutte économique et la lutte politique » (N. K. Kroupskaia, Réminiscences de Lénine, traduction libre). Cette lacune marquait pratiquement l’ensemble de la social-démocratie occidentale.

12 Cité dans Lénine, « Une protestation des sociaux-démocrates russes », traduction libre. 

13 Idem, traduction libre.

14 Idem, traduction libre. 

15 Lénine, « Déclaration du comité de rédaction de l’Iskra », traduction libre.

16 Duncan Hallas, « Building the Revolutionary Party », International Socialism (1st series), n° 79, juin 1975, p. 17-22, disponible à http://www.marxists.org/archive/hallas/works/1975/06/lenin1.htm, traduction libre.

17 Lénine, Que faire ?, disponible à http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200o.htm

18 Idem.

19 Idem

20 Lénine, Préface au recueil En douze uze ans, disponible à http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1907/09/vil19070900.htm 

21 Idem.

22 Hallas, "Building the Revolutionary Party", op.cit.

23 Lénine, « La réorganisation du Parti », traduction libre.

24 Idem.

25 Voir la transcription des minutes de la réunion dans 1903: Second Congress of the Russian Social Democratic Labor Party, New Park, Londres, 1978, p. 311. Traduction libre.

26 Idem., p. 313.

27 Idem., p. 322.

28 Idem, p. 326.

29 Idem., p. 327

30 Isaac Deutscher, Trotsky : Le prophète armé, 1879—1921, traduction libre.

31Manilovisme, du nom de Manilov, personnage des Ames mortes de Gogol, type de philistin sans principes, doucereux, à l'esprit chimérique.

32 Lénine, Un pas en avant, deux pas en arrière, 1904, disponible à http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1904/05/vil19040500.htm

33 Karl Kautsky, « Sectes ou partis de classe », dans Neue Zeit, juillet 1909, traduction libre.

34 Rosa Luxembourg, « Centralisme et démocratie », 1904, article mieux connu sous le titre « Questions d’organisation de la social-démocratie russe », disponible à http://lcr94.free.fr/livres/luxembourg/Centralisme_et_Democratie/Partie_I.htm

35 Lénine, traduction libre.

36 Rosa Luxembourg, traduction libre.

37 Antonio Gramsci, « Les cinq premières années du parti », traduction libre. 

38 Antonio Gramsci and Palmiro Togliatti, « La situation italienne et les tâches du PCI », traduction libre. 

39 Idem.

40 Intervention de Morelli, « Minutes de la commission politique nommée par le comité central pour éditer les documents du Congrès de Lyon », traduction libre.

 

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