Traits communs et différences entre un Etat ouvrier et un capitalisme d'Etat
 

Ce texte est extrait du livre Le capitalisme d’Etat en URSS de Staline à Gorbatchev. L’essentiel de cet ouvrage, dont le chapitre présenté ici,  fut écrit à la fin des années 1940 par Tony Cliff, révolutionnaire juif palestinien et publié en France, avec une mise à jour,  en 1990 par EDI.

Aucun théoricien marxiste n'a contesté que, si un jour la concentration du capital pouvait atteindre un stade tel qu'un capitaliste, un groupe de capitalistes ou l'État, concentre entre ses mains la totalité du capital national alors que la concurrence sur le marché international subsiste, une telle économie serait encore une économie capitaliste. En même temps, tous les théoriciens marxistes ont insisté sur le fait que, bien avant que la concentration du capital ait pu atteindre un tel niveau, ou bien l'antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie amènerait une révolution socialiste victorieuse, ou bien les antagonismes entre les États capitalistes les conduiraient à une guerre impérialiste tellement destructrice que la société péricliterait.

Alors que le capitalisme d'État est possible théoriquement, il ne fait aucun doute dans la pratique que le capitalisme individuel, à travers un développement évolutif, n'arrivera jamais à la concentration de tout le capital social dans les mains d'une seule personne ou institution. Trotsky a clairement expliqué pourquoi cela ne se produirait pas :
« On peut, sur le plan de la théorie, se représenter une situation dans laquelle la bourgeoisie tout entière se constituerait en société par actions pour administrer, avec les moyens de l'État, toute l'économie nationale. Le mécanisme économique d'un régime de ce genre n'offrirait aucun mystère. Le capitaliste, on le sait, ne reçoit pas, sous forme de bénéfices, la plus-value créée par ses propres ouvriers, mais une fraction de la plus-value du pays entier, proportionnelle à sa part de capital. Dans un "capitalisme d'État" intégral, la loi de la répartition égale des bénéfices s'appliquerait directement, sans concurrence des capitaux, par une simple opération de comptabilité. Il n'y a jamais eu de régime de ce genre et il n'y en aura jamais par suite des profondes contradictions qui divisent les possédants entre eux — d'autant plus que l'État, représentant unique de la propriété capitaliste, constituerait pour la révolution sociale un objet vraiment trop tentant1 ».

Les deux derniers facteurs, les « contradictions entre les possédants eux-mêmes » et le fait que, s'il était le « dépositaire universel de la propriété capitaliste, l'État serait un objet trop tentant pour la révolution sociale », expliquent pourquoi il est tout à fait improbable que le capitalisme individuel traditionnel se développe progressivement jusqu'à ce qu'il atteigne le capitalisme d'État à cent pour cent Mais ces deux facteurs excluent-ils la possibilité qu'après le renversement de la classe ouvrière au pouvoir, ce soit non pas le capitalisme traditionnel, mais le capitalisme d'État qui soit restauré ? Le prolétariat révolutionnaire a déjà concentré les moyens de production dans les mains d'un seul corps social, et a ainsi éliminé le premier facteur. En ce qui concerne le second, dans tous les cas, toute oppression et toute exploitation des travailleurs par l'État en font un « objet tentant pour la révolution sociale » ; l'expropriation politique de la classe ouvrière est donc identique à son expropriation économique.

Le seul argument que l'on puisse opposer à la possibilité de l'existence du capitalisme d'État est que, si l’État devient dépositaire de tout le capital, l'économie cesse d'être capitaliste ; en d'autres termes, théoriquement le capitalisme d'État est impossible. En fait cet argument a été avancé par J. Burnham, Dwight MacDonald et d'autres. Ainsi, par exemple, J. Burnham écrit dans L'ère des managers :
« Le terme "capitalisme d'État" semble du à une incompréhension... Quand l'État possède seulement une partie, et une partie minime de l'économie, le reste de l'économie restant aux mains de l'entreprise privée capitaliste, on pourrait à juste titre parler de "capitalisme d'Etat" pour cette partie minimale possédée par l’État : étant donné que, comme nous l'avons vu, l'économie reste, à tout prendre, capitaliste et que même la partie étatisée peut être dirigée avant tout au profit de la partie capitaliste. Mais le "capitalisme", dans le "capitalisme d'État" ne provient pas de la partie contrôlée par l’État. Quand cette dernière disparaît ou devient négligeable, alors le capitalisme a disparu. Il n'y a pas de paradoxe à dire que 10 fois 10 % de capitalisme d'État, loin d'égaler 100 % de capitalisme, font 0 % de capitalisme. On multiplie l'État, pas le capitalisme. Bien que les mathématiques soient beaucoup plus complexes, ce serait une meilleure analogie de dire que, tout comme 10 % d'économie capitaliste d'État laissent subsister seulement 90 % d'économie capitaliste, de même 100 % (ou même 80 % ou 70 %) d'économie d'État auraient complètement éliminé le capitalisme. »2

Bien sur, si le capitalisme d'État renferme une contradiction dans les termes, on choisira tout à fait arbitrairement le nom d'une société dans laquelle la concurrence sur le marché mondial, la production de marchandises, le travail salarié, etc. dominent. On peut l'appeler société des managers ou collectivisme bureaucratique, en déterminant arbitrairement ses lois. Bruno Rizzi nous dit que le collectivisme bureaucratique conduit automatiquement au communisme. J. Burnham nous affirme que, dans la société des managers, la production s'accroîtra sans interruption (p. 115-116), que n'éclateront pas de crises capitalistes de surproduction (p. 114), que le chômage n'existera jamais, que la société des managers développera les pays arriérés (p.154-155), qu'elle deviendra de plus en plus démocratique et que, en raison de tout cela, elle reçoit le soutien enthousiaste des masses (p. 160). Alors qu'au contraire, Max Shachtman nous dit que le collectivisme bureaucratique, c'est la barbarie.

Si Adam Smith vivait de nos jours, il aurait de grandes difficultés à découvrir quelque ressemblance que ce soit entre, disons, l'économie de l'Allemagne nazie, avec ses énormes organisations monopolistiques, sa réglementation étatique de la distribution des matières premières, sa réglementation étatique du marché du travail, l'accaparement par l'État de plus de la moitié du produit national, etc., et la manufacture du XlXeme siècle fondée sur l'emploi de tout au plus quelques dizaines de travailleurs, la libre concurrence entre les entreprises, la participation active des capitalistes à l'organisation de la production, l'inexistence des crises capitalistes de surproduction, etc. Il est plus facile de voir ce qui est commun aux deux économies, et de constater qu'elles obéissent toutes deux aux lois capitalistes en examinant attentivement le passage progressif du capitalisme d'un stade à l'autre. La différence entre l'économie soviétique et l'économie nazie est beaucoup plus réduite que la différence entre l'e9conomie nazie et l'économie de l'époque d'Adam Smith. C'est seulement parce que le développement ne s'est pas fait progressivement, en passant par le stade du capitalisme monopoliste, qu'il est difficile d'appréhender les ressemblances et les différences entre l'économie soviétique et le capitalisme monopoliste traditionnel, et la dissemblance entre le capitalisme d'État et le capitalisme traditionnel d'une part, et un État ouvrier de l'autre.

Lorsqu'on considère que le capitalisme d'État est la limite théorique extrême que le capitalisme puisse atteindre, il est nécessairement le plus éloigné du capitalisme traditionnel. C'est la négation du capitalisme sur les bases du capitalisme même. De même, lorsqu'on considère qu'un État ouvrier est le stade le plus bas de la nouvelle société socialiste, il doit nécessairement avoir de nombreux traits communs avec le capitalisme d'État. Ce qui les distingue catégoriquement, c'est la différence fondamentale, essentielle entre le système capitaliste et le système socialiste. La comparaison du capitalisme d'État avec le capitalisme traditionnel, d'une part, et avec un État ouvrier, de l'autre, montrera que le capitalisme d'État est un stade transitoire vers le socialisme avant la révolution socialiste, alors qu'un État ouvrier est un stade transitoire vers le socialisme après la révolution socialiste.

Le capitalisme d'État, négation partielle du capitalisme

La régulation de l'activité économique par l'État est, en elle-même, une négation partielle de la loi de la valeur3, même si l'État n'est pas encore le dépositaire des moyens de production.

La loi de valeur assume la régulation des fonctions économiques de façon anarchique. Elle détermine les rapports d'échange entre les différentes branches de l'économie et explique comment les rapports entre les gens n'apparaissent pas comme des rapports directs, clairs comme du cristal, mais de façon indirecte, noyés dans le mysticisme. Cependant, la loi de la valeur n'est absolument déterminante que dans les conditions de la libre concurrence, c'est-à-dire lorsqu'il y a libre circulation du capital, des marchandises et de la force de travail. Par conséquent, même les formes les plus élémentaires de l'organisation monopoliste sont déjà dans une certaine mesure une négation de la loi de la valeur. Ainsi, quand l'État réglemente l'affectation du capital et de la force de travail, le prix des marchandises, etc., il ne fait aucun doute que c'est une négation partielle du capitalisme. C'est encore plus vrai lorsque l'État devient important acheteur de produits. Sur cette question, Lénine a écrit :

« Quand les capitalistes "travaillent" pour la défense, c'est-à-dire pour le compte du gouvernement, il ne s'agit évidemment plus de capitalisme "pur", mais d'une forme particulière d'économie nationale. Le capitalisme pur signifie la production de marchandises. La production de marchandises signifie la production pour un marché inconnu et libre. Mais le capitaliste qui "travaille" pour la défense ne "travaille" pas du tout pour le marché. Il exécute la commande du gouvernement, et dans la plupart des cas pour de l'argent qui lui a été avancé par le Trésor. »4
Avec la monopolisation croissante de l'économie, la négation partielle de la loi de la valeur s'étend progressivement Le capital bancaire prend une forme sociale bien avant le capital industriel. Comme Marx le notait : « II est vrai que cette institution (le système bancaire) fournit la forme d'une comptabilité générale et d'une répartition des moyens de production à l'échelle sociale, mais ce n'en est que la forme»5.

C'est encore plus vrai quand l'État devient la principale forme d'investissement pour le capital-argent. Et cela est poussé à l'extrême quand l'État capitaliste prend en main le système bancaire.

La propriété privée capitaliste aussi trouve sa négation partielle dans la structure monopoliste. Alors qu'à l'époque du capitalisme de libre concurrence, le capitaliste était le possesseur absolu de sa propre propriété privée, à l'époque du capitalisme monopoliste, et tout particulièrement à l'époque da sa forme la plus poussée, le capitalisme d'État, le capitaliste individuel n'a plus la propriété absolue des moyens de production. Dans les sociétés par actions, le capital prend « directement la forme de capital social. C'est l'abolition du capital en tant que propriété privée dans les limites de la production capitaliste elle-même »6.

C'est encore plus vrai lorsque l'État réglemente la circulation du capital. Dans ce cas la propriété privée perd sa liberté de contracter. Le capital privé disparaît, alors que l'appropriation individuelle se poursuit. Cela est poussé à l'extrême lorsque l'État prend en main les moyens de production. Le détenteur d'actions, en tant qu'individu, perd tout contrôle sur sa part de capital social.

Bien plus, le capitalisme d'État représente une négation partielle la force de travail en tant que marchandise. Pour que la force de travail apparaisse comme une marchandise « pure » sur le marché, deux conditions doivent être réunies : d'abord, le travailleur doit être « libéré » des moyens de production ; et ensuite, il ne doit rencontrer aucun obstacle légal à la vente de sa force de travail. Lorsque l'État réglemente le marché du travail, par exemple sous le fascisme, le travailleur n'est plus libre de vendre sa force de travail. Si ensuite l'État devient le véritable propriétaire des moyens de production, la possibilité du choix d'un employeur est totalement abolie, et le choix du lieu de travail est très restreint. Et si le capitalisme d'État s'accompagne d'un blocage des salaires, d'une mobilisation obligatoire, etc., cette liberté est encore plus niée.

Cependant, la négation partielle de la loi de la valeur ne libère pas l'économie de cette loi. Au contraire, l'ensemble de l'économie lui est encore plus subordonnée. La différence réside seulement dans la forme sous laquelle la loi de la valeur se manifeste. Quand un monopole accroît son taux de profit par rapport à d'autres industries, il accroît simplement sa part de la plus-value totale, ou il accroît le degré d'exploitation de ses ouvriers en les forçant à produire davantage de plus-value. Quand une industrie reçoit des subventions de l'État et vend ainsi des marchandises au-dessous du coût de production, une partie du coût total de production est simplement transférée d'une branche à une autre. Quand l'État réglemente les prix, le point de départ reste toujours les coûts de production. Dans toutes ces circonstances, quelles que soient les formes particulières qu'il prenne, l'antagonisme du travail salarié et du capital persiste, la plus-value continue d'être produite et convertie en capital. La totalité du temps de travail de la société et la totalité du temps de travail affecté à la production des moyens d'existence des travailleurs dans leur ensemble déterminent le taux d'exploitation, le taux de plus-value.a totalité du temps de travail destiné à la production de nouveaux moyens de production détermine le taux d'accumulation. Alors que le prix de chaque marchandise ne reflète pas exactement sa valeur (ce n'était même pas le cas, sauf exception, à l'époque du capitalisme individuel), la division de toute la production de la société entre les différentes classes, ainsi que son orientation vers l'accumulation et la consommation dépendent de la loi de la valeur. Là où l'État possède tous les moyens de production et où les travailleurs sont exploités alors que l'économie mondiale est encore divisée et atomisée, cette dépendance prend sa forme la plus pure, la plus directe et la plus absolue.

Le capitalisme d'État, phase transitoire vers le socialisme

Tout ce qui concentre les moyens de production concentre la classe ouvrière. Le capitalisme d'État pousse cette concentration des moyens de production au stade le plus élevé possible dans le système capitaliste ; le capitalisme d'État concentre la classe ouvrière autant qu'il est possible.
La négation partielle du capitalisme sur la base des rapports de production capitalistes signifie que les forces productives qui se développent au sein du système capitaliste le débordent tellement que la classe capitaliste est contrainte d'utiliser des mesures « socialistes » et les manipule dans son propre intérêt. « En dépit de leur volonté et sans qu'ils en aient conscience, les capitalistes sont entraînés en quelque sorte vers un nouvel ordre social, intermédiaire entre l'entière liberté de concurrence et la socialisation intégrale. »7

Les forces productives sont trop développées pour le capitalisme et des éléments « socialistes » pénètrent par conséquent dans l'économie. (Engels parlait de « l'invasion de la société socialiste »). Mais ces éléments sont subordonnés aux intérêts de la préservation du capitalisme. De même, dans un État ouvrier, la classe ouvrière est contrainte d'utiliser des mesures capitalistes (par exemple la loi capitaliste appliquée à la distribution) dans l'intérêt de la construction du socialisme, parce que les forces productives sont insuffisamment développées pour le socialisme.

Le capitalisme d'État et l'État ouvrier sont deux stades de la période transitoire du capitalisme au socialisme. Le capitalisme d'État est l'extrême opposé du socialisme : ils sont symétriquement opposés et dialectiquement unis.

Alors que sous le capitalisme d'État le travail salarié est partiellement nié en ce sens que le travailleur n'est pas libre de choisir son employeur, sous la dictature du prolétariat le travail salarié est partiellement nié en ce sens que les travailleurs pris dans leur ensemble cessent d'être « libérés » des moyens de production. En même temps, dans un État ouvrier, le travail salarié cesse d'être une marchandise. La « vente » de la force de travail est différente de la vente de la force de travail dans le capitalisme puisque, dans un État ouvrier, les travailleurs en tant qu'individus ne vendent pas leur force de travail, mais la mettent à leur propre service dans le rôle qu'ils jouent en tant que collectivité. La force de travail cesse vraiment d'être une marchandise, parce qu'ici l'échange a lieu entre les travailleurs en tant qu'individus et ces mêmes travailleurs en tant que collectivité, et non entre deux entités totalement indépendantes l'une de l'autre sauf dans leurs échanges. Alors que le capitalisme d'État fusionne les syndicats dans l'État jusqu'à ce qu'ils soient finalement abolis en tant que tels, l'État ouvrier accroît au maximum leur influence. Alors que le capitalisme d'État signifie d'un point de vue historique le totalitarisme de l'État, un État ouvrier permet le plus haut degré de démocratie que la société ait jamais connu. Le capitalisme d'État signifie l’assujettissement extrême de la classe ouvrière à une classe capitaliste qui contrôle les moyens de production. Un État ouvrier signifie la répression des capitalistes par une classe ouvrière contrôlant les moyens de production.

Lénine a formulé clairement le rapport entre le capitalisme d'État et le socialisme en ces termes :

« Ce que les Plekhanov allemands (Scheidemann, Lensch et autres) appellent le « socialisme de guerre » n'est en réalité que le capitalisme monopoliste d'État du temps de guerre ou, pour être plus clair et plus simple, un bagne militaire pour les ouvriers en même temps que la protection militaire des profits capitalistes.

Eh bien, essayez un peu de substituer à l'État des capitalistes et des hobereaux, à l'État des capitalistes et des grands propriétaires fonciers, l'État démocratique révolutionnaire, c'est-à-dire un État qui détruise révolutionnairement tous les privilèges quels qu'ils soient, qui ne craigne pas d'appliquer révolutionnairement le démocratisme le plus complet. Et vous verrez que, dans un État véritablement démocratique et révolutionnaire, le capitalisme monopoliste d'État signifie inévitablement, infailliblement, un pas, ou des pas en avant vers le socialisme !

[...] Car le socialisme n'est autre chose que l'étape immédiatement consécutive au monopole capitaliste d'État. Ou encore : le socialisme n'est autre chose que le monopole capitaliste d'État mis au service du peuple entier et qui, pour autant, a cessé d'être un monopole capitaliste8 ».
Boukharine, qui a largement traité de la question du capitalisme d'État, a formulé très clairement le rapport entre le capitalisme d'État et la dictature du prolétariat :

« Dans le système du capitalisme d'État, le sujet économique est l'État capitaliste, le capitaliste collectif. Dans la dictature du prolétariat, le sujet économique est l’État prolétarien, la classe ouvrière organisée collectivement, "le prolétariat institué en pouvoir d'État". Sous le capitalisme d'État le processus de production est un processus de production de plus-value, accaparée par la classe des capitalistes, qui a tendance à transformer cette valeur en surproduit Avec la dictature prolétarienne, le processus de production sert de moyen pour la satisfaction planifiée des besoins sociaux. Le système du capitalisme d'État est la forme la plus accomplie de l'exploitation des masses par une poignée d'oligarques. Le système de dictature du prolétariat rend inconcevable toute forme d'exploitation puisqu'elle transforme la propriété capitaliste collective et sa forme capitaliste privée en "propriété" collective prolétarienne. Par conséquent, en dépit d'une similitude formelle, ces deux formes sont par essence diamétralement opposées. Cette opposition détermine aussi le caractère antagoniste de toutes les fonctions des systèmes examinés, bien qu'elles puissent être formelleme semblables. Ainsi, l'obligation générale du travail dans le système du capitalisme d'État correspond à un asservissement des masses ouvrières ; au contraire, dans le système de la dictature prolétarienne, elle n'est rien d'autre que l'auto organisation des masses au travail ; la mobilisation industrielle est, dans le premier cas, un renforcement du pouvoir de la bourgeoisie et une consolidation du régime capitaliste, tandis que, dans le second cas, il s'agit d'un renforcement du socialisme ; toutes les formes de coercition étatique dans la structure du capitalisme d'État constituent un élément d'oppression qui assure, élargit et approfondit le processus d'exploitation, tandis que la coercition étatique par la dictature prolétarienne est une méthode d'édification de la société communiste. Bref, l'opposition fonctionnelle de phénomènes formellement similaires est ici entièrement prédéterminée par l'opposition fonctionnelle des systèmes d'organisation, par leurs caractéristiques antagonistes de classe. »9

Bien plus tôt que Lénine ou Boukharine, Engels avança des idées fondamentalement semblables dans L'Anti-Dûhring :
« Plus il [l'État moderne] fait passer de forces productives dans sa propriété, et plus il devient capitaliste en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n'est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble. Mais, arrivé à ce comble, il se renverse. La propriété d'État sur les forces productives n'est pas la solution du conflit, mais elle renferme en elle le moyen formel, la façon d'atteindre la solution. »10'

Tony Cliff
Notes
1. L Trotsky La révolution trahie, Editions de Minuit 1974, p164
2. J. Burnham L’ère des managers
3. Lénine Œuvres vol 5, p67
4. K Marx Le Capital  Editions Sociales,1976, Livre 3, p 519
5. Idem, p 408
6. Lénine L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Œuvres vol. 22, p233
7.Lénine Œuvres vol. 25, p338
8. N. Boukharine, Economique de la période de transition, EDI 1976, p 144
9 F. Engels Anti-Dühring, Editions Sociales, 1973, p 315
 

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