La joie de se battre

Rosa Luxemburg, épistolière

Gilbert Badia

Editions de l'Atelier 1995

255pages 125F

"Le public sent toujours l'état d'esprit des combattants, et la joie de se battre confère à la polémique une résonance plus vive" écrit Rosa Luxemburg en 1904, en prison. C'est cette joie de se battre qui caractérisa sa vie entière, à travers des années de prison, souvent dans des cellules d'isolement, jusqu'à sa mort en 1919, exécuté sans procès par des soldats aux ordres des dirigeants du parti social-démocrate allemand. Ses funérailles rassembleront des dizaines de milliers de travailleurs allemands.

Née en Pologne en 1871 d'une famille juive, elle devient révolutionnaire à l'âge de 16 ans. Elle milite au sein du parti social-démocrate allemande (SPD), menant la lutte de l'aile gauche contre les dérives nationalistes de la direction, rédigeant des centaines d'articles. Tandis que l'aile droite du SPD vote en 1912 la préparation d'une guerre en Europe, la gauche mène une campagne anti-militariste de masse.

En 1914, le SPD vote le soutien à la guerre. Luxemburg, meurtrie, ayant pensé que la base du SPD ne le permettrait pas, se retrouve à organiser une petite minorité de socialistes contre la guerre. Elle passe la plus grande partie de la guerre en prison. A la fin de la guerre, les insurrections en Allemagne et la formations de conseils ouvriers dans de nombreuses villes la remplissent d'espoir, mais elle n'aura pas le temps de jouer le rôle primordial qu'elle aurait pu dans cette situation révolutionnaire.

Elle insista toujours que le socialisme ne pouvait venir que des masses : "Nous ne prendrons le pouvoir que si la grande majorité des masses prolétariennes de l'Allemagne approuvent consciemment nos vues, nos buts, et nos méthodes de lutte". C'était dans la lutte que les travailleurs apprendraient : "Toutes les vertus civiques socialistes, ainsi que les connaissances et les capacités nécessaires à la direction des entreprises socialistes, la classe ouvrière ne saurait les acquérir que par son activité propre, en faisant elle-même sa propre expérience.

Le livre de Badia raconte dans la première partie le parcours militant de Luxemburg. les trois autres parties sont consacrées à des sélections de lettres écrites par elle : Lettres politiques, lettres d'amour et "souvenirs rêves et pensées d'une prisonnière". Il essaie de montrer à quel point elle était humaine, pour contredire le stéréotype du révolutionnaire comme un robot dogmatique sans sentiment. Par moments, ça devient ennuyeux, car les lettres d'amour d'une révolutionnaire sont au fond identiques à ceux des réformistes ou des conservateurs - touchantes ou prise de tête selon l'état d'esprit du lecteur. Et ses lettres sur son chat sont fascinantes.... seulement pour ceux qui aiment les chats. Pourtant, il est intéressant de voir la gamme extrêmement large de ses intérêts - science, littérature, histoire naturelle...

La perspective de Badia n'est pas toujours la nôtre. Il regrette par exemple, l'enlèvement du nom de Luxemburg des places de l'ex-RDA, mais la suppression d'un culte stalinien ne peut qu'être positif pour le vrai socialisme. Et il défend Luxemburg quand elle met dos-à-dos le nationalisme des opprimés et celui des oppresseurs.

Mais dans l'ensemble c'est un livre facile à lire et rempli d'inspiration. A lire aussi les oeuvres de Luxemburg "Réforme ou Révolution", "Grève de masse", "L'accumulation du capital".

John Mullen
 

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