De la grève à la révolution

Cet article est paru dans Socialisme International en 1996

 Beaucoup ont critiqué les mouvements de l'hiver dernier car "ils n'avaient pas de projet de société". "La classe ouvrière n'a pas de drapeau" a écrit le sociologue de gauche Michel Verret.

  Comment pouvons-nous voir  dans les grèves des cheminots ou des instituteurs le grain d'une révolution sociale qui mettra fin à la pauvreté aux famines  et aux guerres ? Les luttes des travailleurs ne sont-elles pas étroitement matérialistes et  corporatistes ?

Les mêmes intérêts
 Il est évident qu'il y a aujourd'hui extrêmement peu de travailleurs révolutionnaires. Pourtant,  la réalité des luttes des travailleurs est bien différente de ce qu'on nous montre dans les médias.

 Les revendications sont souvent loin de rapporter aux seuls intérêts particuliers des grévistes. Les traminots de Marseilles se sont battus pour que les embauchés récents aient les mêmes conditions que les salariés en place . De très nombreuses grèves en 1996 revendiquent la titularisation des précaires  (à la Poste, au CNRS, à la mairie de Sceaux, chez les enseignants...), mais ce sont les titulaires qui font la grève la plus solidement. Dans les arsenaux de Brest on se bat contre les suppressions d'emploi aussi pour qu'il y ait des emplois pour les jeunes de la ville. Les grèves contre le plan Juppé défendaient les intérêts de tous les travailleurs.

  Depuis toujours des grèves des sections les plus organisées de la classe ouvrière ont gagné des droits (allocations chômage,  congés payés, SMIC, délégués du personnel....) qui ont amélioré la situation de tous les salariés.

 Mais même quand une grève revendique une simple augmentation salariale, il est dans l'intérêt de tous les travailleurs que la grève soit victorieuse. Car quand une section des travailleurs gagnent, tout le patronat hésite pendant un temps à attaquer les salariés aussi durement, de peur d'une réaction combative.

Apprendre dans les luttes
 Le capitalisme ne peut pas régler de façon permanente les problèmes des salariés. Il faudra toujours recommencer à lutter. Ainsi l''acquis le plus important d'une grève victorieuse est la confiance dans la lutte collective qui est gagnée chez les travailleurs, et l'amélioration de l'organisation des travailleurs.

 Par ailleurs, dans la lutte on voit plus facilement l'importance de ne pas se laisser diviser. Ce n'est pas un accident que c'est six mois après les grèves de décembre qu'il y a eu une implication importante de syndiqués dans les luttes des sans-papiers.

 Et on voit ( surtout dans les grandes luttes) à quel point l'Etat, les médias, la police, les juges sont rangés contre les travailleurs. Dans les manifestations de décembre dernier les grévistes dénonçaient la partialité des médias.  Les ouvrières de l'usine de l'Epée, expulsées violemment de leur usine   par des gendarmes, ont mieux compris le rôle de la police dans la société. "J'ai encore ce bruit dans la tête, de la porte qu'ils attaquaient à coups de hache" disait une d'entre elles.

 Les luttes combatives suscitent des questions politiques générales, et renforce la confiance des travailleurs pour des luttes plus larges, même quand la revendication paraît "purement économique".

Revolution
 La crise du capitalisme s'aggrave, et les attaques vont se multiplier et devenir plus dures. Les plus grandes luttes sont devant nous, pas derrière nous.

 C'est dans le processus de ces luttes de masses qu'un nombre significatif de travailleurs peuvent être gagné à l'idée que le système doit être renversé et que ce sont les travailleurs qui ont le potentiel de le faire.

 La prise de conscience politique des travailleurs en lutte n'a pourtant absolument rien d'automatique. S'il n'y a pas un réseau de militants , une organisation pour tirer les leçons des victoires et des défaites, et pour faire le lien entre les luttes différentes de travailleurs et d'opprimés,  la prise de conscience révolutionnaire restera un phénomène complètement marginale.

 Il n' y a pas, en France aujourd'hui, une telle organisation d'une taille significative.  A Socialisme International, nous voulons la construire.
John Mullen