Le racisme - une arme de la classe dirigeante

Pour " lutter contre l’immigration clandestine ", un policier a assassiné un enfant à la frontière franco-italienne, avec la bénédiction du ministre de la justice Toubon, qui estime que " la police a fait son travail normalement ". En attaquant les droits des immigrés, en multipliant les contrôles au faciès et les expulsions, le gouvernement cherche à développer le racisme.

La classe dominante s’est forgé l’arme du racisme d’abord pour justifier l’esclavagisme à un moment où celui-ci était de plus en plus contesté, puis pour justifier le colonialisme et l’impérialisme. L’idéologie bourgeoise affirmait l’universalité des droits de l’Homme. Puisque le capitalisme privait des peuples entiers de tout droit, il fallait prouver qu’il s’agissait de peuples inférieurs.

Aujourd’hui la science a balayé la théorie des races. Mais la classe dominante continue de développer le racisme. Elle parle de différences culturelles, de valeurs incompatibles... Chirac parlait de " l’odeur " des immigrés, le gouvernement met en avant la difficulté de les intégrer.

Boucs-émissaires

Le gouvernement prétend que l’expulsion des étrangers en situation irrégulière permettra d’améliorer la situation économique en France. En faisant du contrôle de l’immigration une priorité gouvernementale, Juppé, de même que ses prédécesseurs, montre du doigt les immigrés comme les principaux responsables de la crise. Ce n’est pas la première fois que la classe dirigeante utilise cette stratégie du bouc-émissaire pour occulter son entière responsabilité dans le désastre économique. Dans les années 1930 ce sont les immigrés (Italiens, Polonais) et les juifs qui ont été accusés de mettre le système en faillite. L’exercice de certaines professions leur fut interdit par une loi de 1933. Pour les chômeurs étrangers, c’était le retour forcé dans leur pays d’origine. L’échec du Front Populaire permit à la classe dominante d’accentuer cette politique et d’instaurer le régime de Vichy.

Division

Avec le développement de la crise depuis le début des années 1970, le contrôle de l’immigration n’a cessé d’être renforcé, et des idées racistes, comme la notion de " seuil de tolérance ", sont réapparues dès 1975.

C’est le racisme qui a permis aux patrons de commencer à porter des coups à la classe ouvrière, en attaquant d’abord les travailleurs les plus faibles. Au début des années quatre-vingts, à un moment où les organisations syndicales étaient fortes, la classe dirigeante a utilisé le racisme pour diviser les travailleurs et faire passer les premières mesures d’austérité : moins qualifiés, connaissant peu leurs droits, les travailleurs immigrés ont été les premiers licenciés. Le discours des patrons a présenté l’attaque des immigrés comme la solution qui permettrait aux autres travailleurs d’échapper à la crise.

mensonge



La réalité est bien éloignée de ces promesses, car depuis le début de la crise, les attaques contre les immigrés sont toujours allées de pair avec une détérioration de la situation de l’ensemble de la classe ouvrière. Pour ne prendre que deux exemples, les lois Pasqua sont contemporaines de la réforme du système de calcul des retraites, et les expulsions systématiques par charter ont recommencé cet été, en même temps que l’augmentation de la TVA.

Le racisme ne permet pas seulement à la classe dirigeante d’éviter d’être mise en accusation lors de la crise. Par la médiatisation outrancière de la lutte contre l’immigration, il est un moyen de détourner l’attention des travailleurs des attaques dont ils sont tous victimes simultanément. En opposant les travailleurs français et immigrés, il réduit leur capacité à s’unir pour lutter

Loin d’être une fatalité, le racisme est une arme idéologique qui peut être mise en échec par la solidarité de l’ensemble des travailleurs. La lutte contre le racisme est essentielle dans la lutte contre la classe qui nous exploite. Réciproquement, c’est dans cette lutte qui démontre nos intérêts communs que les préjugés racistes commencent à reculer.
 
 

Delphine Prudhomme
 

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