Réponses aux
mensonges racistes

Cet article est paru dans Socialisme International en septembre 1995

La droite a beau s’effrayer officiellement de la montée du Front National, elle en répand de plus en plus les idées La droite a beau s’effrayer officiellement de la montée du Front National, elle en répand de plus en plus les idées en renforçant sa politique d’attaques contre les immigrés. Au moment où les partis de gauche font des concessions au racisme en admettant que l’immigration est un problème et en acceptant la chasse aux clandestins, il faut démonter toutes les idées mensongères développées par les discours officiels et relayées par de nombreux médias.

" N’y-a-t-il pas de plus en plus d’immigrés ? "

Non. Le recensement de 1990 a comptabilisé 3,6 millions d’étrangers en France, moins qu’en 1982, soit une proportion de 6,4 % de la population totale, comme en 1931. Les ressortissants du Maghreb et d’Afrique noire représentent 45,4 % des étrangers Depuis les sévères restrictions de 1974 ce taux n’a pratiquement pas bougé. Au début des années 1970, près de 200 000 étrangers étaient autorisés à venir travailler en France chaque année. Ils n’étaient plus que 24 388 en 93, dont 59 % venant de l’Union européenne. Le regroupement familial a bénéficié à 32 400 personnes en 1991. Les restrictions à la demande du droit d’asile (l’impossibilité d’obtenir une autorisation de travail, les mesures expéditives de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides) ont entraîné une chute très importante des demandes. Il y en a eu 61 300 en 1989 contre 26 500 en 1993. Parmi celles-ci, seules 28 % ont été acceptées.

" Il y a de plus en plus de clandestins "

Mensonge. L’immigration clandestine est par nature difficile à comptabiliser. Mais en 1981, lors de la régularisation des clandestins rentrés en France depuis 1974, seuls 150 000 dossiers ont été déposés, soit l’équivalent de 21 500 entrées irrégulières par an. Le Bureau international du travail estimait le nombre de clandestins vivant en France à 350 000 en 1991. On est bien loin des chiffres permettant de résorber le chômage. D’autant plus que les clandestins sont utilisés par des patrons qui s’en servent, dans des conditions effroyables, comme main d’oeuvre à très bas prix. Ils n’ont aucun droit et leurs patrons ne payent aucune cotisation. Après l’expulsion des Zaïrois par charter en juillet dernier, Debré disait: " Si nous voulons intégrer les immigrés en situation régulière, il faut être intraitable avec les étrangers en situation irrégulière ". Rien ne distingue un immigré régulier d’un clandestin. Une telle politique ne sert qu’à montrer du doigt tous les immigrés, à développer le racisme envers les Blacks et les Beurs, immigrés ou français. En multipliant les entraves aux démarches administratives, Debré comme Pasqua poussent de plus en plus d’immigrés dans l’irrégularité.

" Ils prennent le travail aux Français "

En 1992 la France comptait 1,5 million d’actifs étrangers, dont près de la moitié d’origine européenne; bien moins que le nombre de chômeurs. Tous les pays industrialisés, qu’ils soient des pays d’immigration ou non, sont touchés par le chômage massif. Le taux de chômage dépasse les 20 % en Espagne alors qu’il n’y a pratiquement pas d’immigrés. Faire des immigrés les responsables du chômage, c’est faire oublier que ce sont les patrons qui licencient aujourd’hui. De plus, les immigrés sont ceux qui sont le plus touchés par le chômage. De 1975 à 1990 le chômage a été multiplié par 2,75 parmi les Français mais par 4 parmi les immigrés où il atteint le taux de 18,6 %. De 1979 à 1988, le nombre de salariés étrangers a été réduit de 370 000, le chômage des français n’a pas pour autant cessé d’augmenter. Seuls les patrons en ont profité.

" Les immigrés coûtent cher à la Sécu "

En 1991, Chirac avait repris ce mensonge en affirmant que grâce aux aides sociales, une famille d’immigrés vivait mieux qu’une famille française. Une enquête des élèves de l’ENA faite en 1984 montrait que les étrangers cotisent plus qu’ils ne perçoivent dans les deux secteurs déficitaires de la Sécu. Ils cotisent à hauteur de 7,6 % pour le régime maladie alors qu’ils ne touchent que 6,3 % des prestations. De même ils cotisent à hauteur de 7,9 % pour les retraites alors qu’ils n’en perçoivent que 5 %. Ceci est dû à la jeunesse de leur population et au fait qu’ils consultent moins souvent le médecin : 3,7 fois par an en moyenne pour les Maghrébins contre 6,6 fois pour les Français (1991). Par ailleurs, ayant rarement les moyens de cotiser à une mutuelle complémentaire, le taux de remboursement des dépenses médicales n’étaient que de 56,4 % pour les immigrés en 1991 contre 77,8 % pour les Français. Leur contribution est déficitaire dans la seule caisse qui ne l’est pas : la caisse d’allocation familiale. Ils versent 7,9 % mais touchent 14,4 % des prestations. C’est le résultat d’un taux de natalité plus important qui ne cesse cependant de diminuer, et d’une grande jeunesse de leur population.

" Les immigrés sont la cause principale de la délinquance "

A condition sociale identique, la délinquance n’est pas plus élevée chez les immigrés que chez les Français. La petite délinquance est généralement plus importante dans les milieux défavorisés où se retrouvent les immigrés venant des pays pauvres. Sur les condamnations prononcées en 1991, 15,7 % concernaient des étrangers. Mais un quart des délits se rapporte à des infractions aux lois sur l’immigration. Infractions qui ne cessent d’augmenter du fait d’une législation de plus en plus dure. Le harcèlement incessant de la police explique aussi le fait que les immigrés soient plus souvent mis en cause. Les chiffres sont encore plus biaisés en ce qui concerne l’incarcération : 27 % des détenus sont étrangers. Mais pour une même infraction, 35 % des personnes seront envoyées au parquet si elles sont françaises contre 63 % si elles sont maghrébines. En 1986, 40,5 % des inculpés étrangers étaient en détention provisoire contre 27,4 % pour les Français.

" Les immigrés ont tous les HLM "

Mensonge. Trois ménages immigrés sur quatre vivent dans le privé.

Les étrangers occupent 7 fois plus souvent des logements précaires et 4 fois plus souvent des logements surpeuplés que les Français de même condition sociale. Un quart des familles manquent soit d’un W.C. soit d’une installation sanitaire. Un dixième seulement des HLM est occupé par une famille étrangère. En 1988, 9,5 % des HLM parisiens étaient occupés par des cadres supérieurs. Le gouvernement Balladur a augmenté en 1993 le plafond d’accès au HLM, défavorisant encore les familles les plus nécessiteuses. Dans le même temps, alors que 60 000 familles prioritaires avaient fait une demande de logement en région parisienne on y comptabilisait plus de 120 000 logements vacants.
 

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