Editorial mars 2008

                Un nouveau parti, c’est urgent

                L’actualité politique est dominée par trois grandes questions. L’offensive tous azimuts de Sarkozy, les élections municipales et une série de grèves sur les salaires dans le public comme dans le privé.

                Sarkozy espère cacher derrière ses coups de théâtre ridicules (sur la commémoration de la Shoah, les programmes scolaires ou la reconnaissance par l’UNESCO de la gastronomie française (!), …) et ses mesures populistes (rétention de sûreté, instruction morale, ...) les attaques centrales (le Traité européen modifié, le nouveau contrat de travail, la réduction des effectifs dans la fonction publique,  …).

                Sa baisse spectaculaire dans les sondages contredit les pronostics catastrophistes de certains militants pour lesquels son élection représentait une défaite historique de la gauche. L’absence d’opposition sérieuse de la part du Parti socialiste, cependant, laisse à la droite une marge réelle. Après une probable claque bien méritée aux municipales, elle peut relever la tête. La relative popularité du premier ministre  Fillon – fait sans précédent sous la Cinquième République – en est un signe qui ne trompe pas.

                Le besoin d’un parti de combat à gauche du PS se fait lourdement sentir. Qui peut organiser la solidarité avec les grévistes, devenir une force de proposition dans les mouvements, aider à faire le lien entre les différents combats, être le porte-parole des opprimés et des salariés ? Quand Sarkozy ment, qui répondra haut et fort ?

                Dans ce contexte, l’état de la gauche radicale et révolutionnaire n’est pas encore à la hauteur du défi. Lutte Ouvrière a étonné ses soutiens traditionnels en décidant de faire liste commune là où elle peut avec le Parti socialiste gestionnaire dès le premier tour. Il ne s’agit pas seulement de négocier des fusions techniques en gardant son indépendance politique, puisqu’il a été décidé dans certaines villes que les élus de Lutte Ouvrière voteraient le budget d’une majorité PS.

                Cette nouvelle tactique provient en partie du fait que sa direction analyse la période actuelle comme marquée par un profond recul. Il faudrait par conséquent  viser à survivre et non pas à construire un parti de masse. Son attitude sectaire voire méprisante à l’égard de beaucoup de mouvements de ces dernières années (manifestations anti-Le Pen en 2002, contre le Traité constitutionnel en 2005, les Forums sociaux…) lui a fait perdre une bonne partie de son milieu et a renforcé son pessimisme.  L’opportunisme actuel risque de lui en faire perdre une autre partie, et l’exclusion en cours de sa minorité critique (la Fraction) approfondira la crise de l’organisation.

                Lutte Ouvrière a mené la campagne en 2007 sous le slogan “Qui d’autre peut se dire sincèrement dans le camp des travailleurs”, slogan d’un sectarisme extrême. Et voilà qu’on voit que, pour pallier aux très faibles scores électoraux de 2007, elle est prête à entreprendre un tournant opportuniste majeur. Entre autres choses, ceci démontre que ce n’est pas la référence constante à des principes révolutionnaires dans les discours qui protège de l’opportunisme...

                Du côté de la Ligue Communiste révolutionnaire, la décision lors de son récent Congrès qu’un nouveau parti anticapitaliste devait être mis en place en faisant appel avant tout aux « anonymes », puisque il n’y aurait pas de partenaires possibles parmi les courants politiques constitués, est contredite par la réalité des listes présentées aux élections municipales.

                Sur les 200 listes présentées ou soutenues par la LCR, elle ne se présente seule que dans environ 80 communes. Dans 50 villes, elle présente une liste commune avec les collectifs antilibéraux ou la gauche alternative (dont Clermont-Ferrand, Marseille, Toulouse, Lille, Nancy, Strasbourg). Dans 30 cas, elle se présente avec le PCF local, contrairement à la ligne nationale du PCF (Chartres, Béziers, Noisy, Alfortville, Cahors….). Neuf listes sont présentées avec les Alterékolos (dont Morlaix et Vienne), 13 listes sont décrites comme « unitaires » sans autre précision, 11 listes sont présentées avec des groupes alternatifs locaux (dont Rennes, Nantes, Annecy). En plus, les 23 départements dans lesquels aucune liste n’est soutenue par la LCR  relativisent l’idée que la LCR seule est capable de se transformer en un nouveau parti anticapitaliste de masse.

                Cette configuration démontre que les partenaires existent – mais aussi que la LCR en a bien besoin. Les collectifs antilibéraux sont, certes, bien plus faibles qu’il y a deux ans. Mais dans des dizaines de villes, ils restent dynamiques, et ce serait une grave erreur de les exclure d’un nouveau parti. La LCR n’est pas condamnée à répéter les erreurs de 2007, dans la construction d’un nouveau parti. Encore faut-il que sa majorité en tire toutes les leçons.

                Le nouveau parti autour de la LCR tel qu’il se présente actuellement a beaucoup de défauts. La méthode qui consiste à refuser de négocier avec des partenaires et à imposer unilatéralement le calendrier  est mauvaise. Le projet dans sa forme actuelle est le résultat d’un compromis entre ceux à l’intérieur de la LCR qui veulent un parti composé seulement de révolutionnaires et ceux qui veulent un parti anticapitaliste un peu plus large. La délimitation du parti n’est pas claire, et trop souvent on essaie d’éviter la question en inventant des formules peu sérieuses, comme “un parti pour révolutionner la société”.

                Cependant, ce projet est actuellement le seul qui rencontre un vrai écho. L’implantation, les traditions militantes et le dynamisme de la LCR font en sorte que les autres forces de gauche ne peuvent pas présenter une construction alternative dans l’immédiat.

                Il faut donc attirer le maximum de personnes vers le nouveau parti, tout en bataillant pour qu’il soit le plus ouvert, le plus orienté vers les luttes et le plus populaire possible. Les révolutionnaires doivent y créer un courant fort. Mais le parti ne peut pas se réduire à celui-ci, même débarrassé d’un certain bagage idéologique hérité du passé – ou « relooké» pour faire plus moderne. Il faut déclarer publiquement qu’il ne s’agit pas d’un parti limité aux seuls révolutionnaires mais aussi affirmer le besoin d’un courant révolutionnaire au sein du nouveau parti.

                Il faut que les structures clé du nouveau parti - les permanents, les publications, les porte-parole - reflètent une réelle ouverture et ne soient pas contrôlés par la seule LCR.

                En parallèle – et sans ignorer la nécessité de compromis et d’alliances dans le court terme – il nous faut continuer à travailler à la clarification des grandes questions de pouvoir posées par la crise de la gauche : quel anticapitalisme, fait par qui et sur quelles bases ?

                Á Socialisme International, nous avons toujours affirmé qu’il faut une révolution pour renverser le capitalisme et qu’un parti révolutionnaire est un élément indispensable qui servira d’outil pour les travailleurs lors des profondes crises à venir. C’est l’objectif stratégique. Mais la mise en place d’un parti large de la gauche radicale, avec différents courants dont les révolutionnaires à l’intérieur, est un premier pas nécessaire, et constitue la tâche centrale de la période actuelle.
 
 
 

Editorial janvier 2008
Congrès de la LCR - la position de Socialisme International

  Le 17ème Congrès de la LCR vient de prendre fin avec une large   majorité (plus de 80%) pour l'orientation proposée par la direction. Il   pose deux questions majeures.
   D'abord, une question d'analyse. Est-ce que Sarkozy représente une simple accélération du néolibéralisme, ou une contre-révolution conservatrice qui change donc fondamentalement la nature de ce qu'il faut faire aujourd'hui à gauche ? Nous dirions une accélération. Malgré sa large victoire et l'absence d'opposition des partis de gauche et des directions syndicales, Sarkozy peut et doit être mis en échec.
   Une question de stratégie. Il nous faut un parti plus large, mais comment le construire, avec qui et pour quoi faire ?
   Faut-il un parti relativement puriste qui réunit la LCR et ses plus proches contacts, sans qu'il y ait discussion avec d'autres courants au niveau national, comme par exemple les communistes unitaires ou les collectifs antilibéraux, voire les militants autour de J-L Mélenchon.
   Cette option est défendue par ceux qui pensent que les autres courants auront toujours tendance à finir par poursuivre une dynamique d'accompagnement du libéralisme plutôt que de lutte déterminée.
   Faut-il au contraire un parti plus large construit dans le dialogue avec d'autres groupes et courants ? Cette option est défendue par ceux qui croient qu'un tel parti permettrait de faire militer ensemble des révolutionnaires et des non-révolutionnaires qui croient quand même que c'est la lutte des classes qui est primordiale et pas la façon de gérer le système.
   Dans une telle optique, les révolutionnaires auraient vocation à construire ce parti tout en essayant de convaincre d'autres militants que la solution à long terme est le renversement du capitalisme et le contrôle démocratique de la société par les salariés.
   Une partie des militants qui défendent cette deuxième option considère un parti révolutionnaire comme n'étant plus nécessaire, et la révolution comme une perspective dépassée. Ce n'est pas notre cas.
   Ces différentes sensibilités ne vont pas forcément être d'accord avec cette présentation nécessairement simplificatrice, mais nous pensons qu'elle résume l'essentiel des enjeux.
   A Socialisme International, nous défendons la perspective d'un parti plus large comme un premier pas indispensable pour faire avancer les intérêts des travailleurs et des opprimés, y compris à court terme en devenant une force de proposition et d'unité dans les luttes. La méthode choisie par la majorité de la LCR, qui consiste entre autres choses à imposer la date et les modalités de la proclamation d'un nouveau parti, n'est pas la bonne.
   Dans un mouvement unitaire, il y aura tout le temps de convaincre de la nécessité de l'option révolutionnaire. Dans l'absence d'un mouvement politique d'ensemble, l'audience des révolutionnaires sera plus réduite et nous aurons la possibilité de convaincre très peu de monde.
   Il existe aujourd'hui en France un espace politique pour un parti de la gauche radicale de vingt ou trente mille militants.
   Nos lecteurs auront compris, nous sommes - une fois n'est pas coutume - minoritaires. C'est l'option "parti moins large" qui a gagné haut la main au congrès. Mais ce n'est qu'un début.
 
 

Editorial  octobre 2007

Où va la gauche radicale ?

La gauche vit une crise majeure, secouée par l’élection de Sarkozy. Autour des communistes unitaires, des collectifs antilibéraux et des collectifs Bové et dans le mouvement social au sens large, les débats fusent.

Le nombre de bilans produits et diffusés, avec l’aide de l’internet, est énorme. La confusion règne souvent, et l’écart entre les déclarations des directions des organisations pour « l’effet d’annonce » et la politique réelle des mêmes organisations rend la situation encore moins claire.

Toutes les grandes questions de stratégie politique sont posées en même temps.

Faut-il tenter de vivre différemment sous le capitalisme en le transformant doucement de l’intérieur ou, au contraire, changer les structures sociales de fond en comble en confrontant le problème du pouvoir économique et étatique ?

Comment militer dans une France gouvernée par la droite décomplexée ? Faut-il jouer un rôle institutionnel ou plutôt un rôle protestataire ? Animer les luttes ou réfléchir sur la nouvelle société à construire ?

Quel type d’organisation faut-il pour se battre efficacement contre la dictature du profit ? Le parti à construire doit-il conserver des références révolutionnaires et marxistes ou adopter des contours plus flous ou plus dans l’air du temps (« libertaro-guévariste », par exemple ?).

Le questionnement de certains va même au-delà de la question de comment construire la résistance au quotidien. La gauche n’a-t-elle pas subi une défaite historique rendant toute nouvelle avancée quasi-impossible ? Un fascisme ‘soft’ est-il en train de s’installer en France ?

Les militants doivent être suffisamment armés pour répondre à ce type d’arguments.

A la gauche radicale, l’échec de la candidature unitaire a laissé beaucoup d’amertume, envenimant les débats à l’intérieur, et entre les différentes organisations. A Socialisme International, nous avons soutenu la campagne de José Bové, parce qu’il nous semblait essentiel que la volonté d’unité soit présente sur les bulletins de vote.

La campagne Bové est loin d’avoir été parfaite, mais c’est la seule à avoir mobilisé autant de militants d’organisations diverses et de non-organisés dans les banlieues et les grandes villes comme dans les régions rurales. Les meetings ont été grands, chaleureux et intéressants. Nous assumons pleinement notre choix, qui n’était pas basé sur des calculs du type « qui fera plus de voix que qui ? » mais sur une logique politique – celle de la recherche de l’unité – et même sur une conception de l’éthique. En effet, fallait-il accepter sans broncher les manœuvres et la mauvaise foi des responsables du PCF et de la LCR ?

Mais après la victoire de Sarkozy nous nous trouvons face à de nouveaux défis. En même temps qu’une mobilisation déterminée contre les attaques de Sarkozy, il nous faut un nouveau parti pluraliste, à la hauteur de la colère qui s’est exprimée depuis quelques années contre le néolibéralisme. Cette organisation ne peut pas être constituée seulement par ceux qui pensent, comme nous, que le capitalisme doit être renversé et remplacé par le pouvoir organisé des salariés.

Nous défendons en même temps le besoin d’une voix révolutionnaire indépendante, qui participe aux multiples débats en apportant son expérience et ses idées, dans un esprit de discussion fraternelle. Les sujets ne manquent pas. Si quasiment personne ne défend aujourd’hui le bilan du capitalisme d’Etat en URSS, il n’y a aucun consensus sur quelle nouvelle société est possible. Existe-t-il un modèle pour les anticapitalistes ? Le Cuba du Che et de Fidel ? Le Venezuela de Chavez ? Et si ceux-ci ne conviennent pas, quel bilan devons-nous tirer de leurs actions ? Les mouvements les plus efficaces pour changer le quotidien des travailleurs et des opprimés ont souvent été animés par une vision commune d’un nouveau monde possible. Cette vision manque terriblement aujourd’hui.

C’est pour cela que nous voulons à la fois contribuer à mettre en place les conditions d’une nouvelle organisation de la gauche radicale, forte de dizaines de milliers de militants, et aussi participer pleinement aux débats refondateurs de l’anticapitalisme.

Cette nouvelle organisation ne viendra pas d’un seul des mouvements de la gauche radicale.

La Ligue communiste révolutionnaire, encouragée par sa bonne campagne du premier tour, n’a pas subi le même choc que la plupart des militants communistes ou unitaires. Mais il est peu probable que l’afflux de nouvelles recrues – inexpérimentées pour la plupart – change fondamentalement la donne.

Même sa direction le reconnaît officiellement : la LCR ne pourra pas à elle seule accroître son influence au point de ne pas avoir besoin de collaborer avec d’autres au sein d’un nouveau regroupement. N’en déplaise aux plus sectaires de ses membres, la question de la construction d’une telle alternative politique au Parti Socialiste devient plus aigüe que jamais. L’exemple de l’Allemagne, où il a été possible de fonder un nouveau parti de la gauche radicale, Die Linke, pousse à penser que c’est aussi possible en France.

Le succès au moins électoral – toutes proportions gardées – de la stratégie de la direction de la LCR - place l’organisation devant un choix quasi-historique. Poursuivra-t-elle une politique basée sur la consolidation des acquis en termes d’adhérents, d’implantation syndicale, de ‘gestion’ du vote Besancenot ? Ou cherchera-t-elle par tous les moyens possibles de créer une nouvelle force, avec d’autres partenaires que les seuls « anonymes » dont parlent parfois ses porte-parole ? (Sommes-nous les seuls à trouver ce terme méprisant, non seulement pour ceux qui ont un nom et une histoire politique, mais surtout pour ceux qui adhèrent pour la première fois à une organisation et qui considèrent qu’ils ont autant à y contribuer qu’à apprendre ?)

La LCR doit jouer un rôle important dans le processus de recomposition. Mais elle aurait tort d’appeler seulement à un rassemblement autour d’elle, selon des échéances imposées par elle. La majorité des militants – sans parler de la masse des salariés et des opprimés – ignore quasiment tout des débats internes à la gauche radicale. Et quand ils les suivent, ils rejettent les prétentions de former l’ « avant-garde » ou le « noyau » d’un nouveau mouvement révolutionnaire. L’unité doit se construire patiemment au jour le jour et avec tous ceux, organisés ou pas, qui peuvent se mettre d’accord sur un programme minimum de revendications, un type ouvert d’organisation et un fonctionnement souple

Les communistes unitaires et les collectifs de la gauche alternative auraient tort d’éviter une certaine centralisation nécessaire à l’efficacité. Il leur faut une publication régulière populaire, des structures de décision démocratiques, une réelle ouverture envers les jeunes et les minorités. Il faut également qu’ils restent ouverts à l’idée d’un travail en commun avec les organisations politiques.

Contribuer à cette tâche difficile mais indispensable constitue une grande ambition pour un tout petit courant politique comme Socialisme International. C’est la raison pour laquelle nous invitons ceux et celles qui trouvent notre revue utile et qui partagent l’essentiel de nos analyses, quelque soit leur appartenance ou non à une organisation ou leur domaine d’activité, à collaborer avec nous.

avril 2007 :
Mobilisation générale pour battre la droite

Leçons du 1er tour pour la gauche radicale :
une première réaction

Déclaration de la Rédaction de la revue Socialisme International 24.04.07

Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle comportent des leçons cruciales pour toute la gauche radicale en France.

Le réflexe du « vote utile » a pesé lourd – bien des gens ont voté pour Ségolène Royal par peur de revoir Le Pen au deuxième tour comme en 2002.

Du côté du PCF, Marie-George Buffet n’a pas réussi à se présenter comme une candidate de rassemblement à gauche ; son mauvais score va aggraver la crise au sein du parti.

La candidature d'Arlette Laguiller a souffert du fait que son organisation a été absente de certaines des mobilisations les plus populaires de ces dernières années (forums sociaux, manifestations anti-Le Pen de 2002). La direction de Lutte Ouvrière va sans doute conclure que le pays a évolué vers la droite et qu’il y a peu de possibilités de résistance du côté des travailleurs. Son pessimisme va être renforcé. L’appel inhabituel à voter Royal au deuxième tour provient d’un souci de ne pas se couper entièrement de sa base électorale réduite.

La division entre les candidats de la gauche radicale a pesé lourd. L’ensemble de la gauche de la gauche s’est vu cantonné à de petits scores.

Celui qui s’en est le mieux sorti, Olivier Besancenot est un candidat talentueux qui passe bien auprès des médias et sait attirer de nombreux jeunes, notamment. Mais la direction de la LCR aura tort de tirer la conclusion qu’elle a eu raison de faire cavalier seul. A elle seule, la LCR ne pourra pas rassembler l’essentiel des forces de la gauche antilibérale et anticapitaliste. Elle doit tirer les leçons de l’échec de l'unité, dont elle porte une part importante de responsabilité. Sa décision il y a quelques mois de tourner le dos au processus unitaire a produit beaucoup de méfiance (au mieux) parmi les militants engagés dans les collectifs et largement au-delà. Son annonce d'un retour à une stratégie unitaire ne convaincra personne si elle n'est pas suivie d'une ouverture franche et substantielle aux autres forces de la gauche radicale.

Malgré son score décevant, nous devons remercier José Bové d’avoir porté les couleurs de la gauche antilibérale unitaire. Sa campagne, lancée sans organisation et sans financement, a été caractérisée par beaucoup d’amateurisme, surtout au début, mais la dynamique militante a été indéniable, comme témoignent les nombreuses initiatives locales, les dizaines de milliers de personnes qui ont assisté aux meetings, l’accueil chaleureux que José a reçu dans des quartiers populaires généralement délaissés par les autres candidats, la diversité de ses porte-parole. La campagne Bové était la seule à être soutenue par des communistes unitaires, par la petite partie de la LCR qui a résisté aux pressions de la discipline de l’organisation, par des Verts de gauche, les Alternatifs, des organisations de travailleurs immigrés, des associations de quartier, et par une partie importante des collectifs antilibéraux. Cette candidature a pu démontrer ce qui aurait été possible ensemble.

Nous avons beaucoup de témoignages d’électeurs et même de militants dans les quartiers populaires qui ont, malgré tout, préféré par « réalisme » politique voter pour Ségolène Royal ou même pour François Bayrou dès le premier tour. Ils ne sont pas pour autant acquis aux thèses de ces deux candidats. Ils seront disponibles pour les luttes électorales et sociales à venir. Le capital de sympathie et les liens qui ont été noués à travers la campagne Bové sont un acquis qui doit être préservé pour la construction future d’une nouvelle force politique à la gauche du PS.

La gauche radicale doit toujours se rappeler que les luttes sont au moins aussi importantes que les élections, et que ce sont les réseaux de militants plutôt que de simples électeurs qui porteront l’influence de la gauche radicale dans les combats à venir.

Il faut maintenant une mobilisation générale pour un vote Royal au deuxième tour. Il faut des initiatives communes, des meetings communs.  Si Sarkozy est élu, tous les combats antilibéraux deviendront beaucoup plus difficiles, non seulement à cause de la détermination de cet individu, mais surtout à cause de la démoralisation qui guetterait l’ensemble de notre classe.

Sarkozy est un homme dangereux. Si l'actuel président de l'UMP avait été élu président il y a cinq ans, il se pourrait bien que de jeunes soldats français se trouvent aujourd’hui en Irak pour tuer et se faire tuer pour le pétrole. Sa victoire annoncée au 2ème tour a déjà été saluée par des partisans de l'administration américaine. Les initiatives de Sarkozy pendant sa campagne – comme la proposition d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale – sont également là pour nous rappeler le danger qu’il pose pour les immigrés, enfants d’immigrés, et tous ceux qui détestent le racisme.

Tous ensemble dans la campagne pour battre Sarkozy !
 

Editorial du numéro 17/18 mars 2007
Avec Bové, pour l’unité!

A l’heure où nous écrivons, la campagne présidentielle bat son plein et la priorité absolue est de battre la droite sarkozyste. Le danger devient chaque  jour plus clair  – l’annonce de «L’identité nationale» comme cheval de bataille pour Sarkozy est la dernière horreur. Il prévoit une offensive de grande ampleur contre les immigrés, mais aussi contre les travailleurs et les jeunes.

La campagne de Royal peine à attirer les classes populaires, tant il est évident que son projet se limite à un accompagnement social des attaques néolibérales. Le PS, incapable de proposer de radicales améliorations de nos vies, s’est converti à la «démocratie participative», comme s’il fallait 5000 réunions de quartier pour connaître les revendications du «peuple», qui veut des emplois et des services publics. Royal a remarqué «un profond désir d’avenir» et propose «un ordre juste pour que la France se relève». On renouvelle la langue de bois, mais cela nous avance peu.

Royal n’est pas Blair. Blair et ses supporters ont réussi à détruire la gauche du parti travailliste avant de se mettre au gouvernement, avec des slogans comme «Nous sommes le parti du milieu des affaires», et en promettant de ne pas toucher aux lois antisyndicales de Thatcher. Blair passe ses vacances dans les chateaux des milliardaires de la presse réactionnaire, et soutient avec enthousiasme toutes les guerres de Bush. Dans le PS, Royal n’est qu’au tout début d’un tel processus – les adhésions à 20 euros visaient à diluer le milieu militant du parti, par exemple. Mais la gauche du PS est encore assez puissante, et combinée à la force du mouvement anti-CPE, elle fournit une pression qui a obligé Royal à introduire des mesures de gauche dans son programme (logements sociaux, SMIC, objectif 17 élèves par classe en ZEP…), à côté des mesures de droite (encore des cadeaux aux entreprises, visées sécuritaires). Pour le grand dossier – les salaires et le pouvoir d’achat - elle compte sur les directions syndicales pour l’aider à limiter encore plus les hausses salariales, en jouant sur la peur d’un retour de la droite (proposition d’une conférence salariale) .

La montée dans les sondages de Bayrou, vieux routard de la droite, reflète un rejet du jusqu’auboutisme réactionnaire de Sarkozy, mais aussi une déception à l’égard de la politique du précédent gouvernement socialiste.
Il fallait absolument une candidature unitaire de la gauche antilibérale. La demande était immense. L’unité a été cassée par le sectarisme du courant majoritaire de la LCR, et par les méthodes d’un autre temps de Marie Georges Buffet. Lorsqu’elle a déposé, le 16 mars, 800 signatures de maires, alors que Besancenot et Bové peinaient à réunir les 500, on a vu ce que valaient ses désirs d’unité…

La direction de la LCR l’a aidée en suivant un chemin sectaire. Au lieu d’une implication active dans un front électoral au sein duquel il y avait toute liberté d’exprimer des nuances et des mises en garde (contre une nouvelle gauche plurielle entre autres), elle a préféré insister sur des «divergences» . Surtout sa vision – on ne peut s’unir que si tous promettent de ne jamais entrer dans un gouvernement PS – est celle de la politique par en haut. Ce qui compte ce sont les milliers de militants avec qui la LCR dans son ensemble aurait pu travailler et – surtout en cas d’éventuelles trahisons de dirigeants PCF – auxquels elle aurait pu démontrer l’intérêt de l’analyse révolutionnaire.

Qui plus est, l’analyse des divergences de la part de la direction de la LCR était parfois extrêmement tirée par les cheveux – qui croit vraiment que le rêve de José Bové est de devenir ministre de Ségolène Royal? Ou qu’il pourrait surgir de la campagne Bové un culte de la personnalité? Depuis l’annonce de la campagne Bové, les critiques sectaires fusent dans les milieux LCR. Entre temps, Bové déclare (le 19 mars) « Ma candidature, collective, est celle de tous les citoyens qui veulent changer vraiment la vie et qui ne font confiance ni à la droite antisociale ni à la gauche social-libérale pour engager la révolution sociale, féministe, démocratique, anti-raciste et écologique. » La direction de la LCR peut-elle vraiment prétendre qu’un travail commun était impossible ?
Leur erreur de perspective combinait un certain sectarisme identitaire avec un électoralisme. Les quelques pour cent de suffrages qu’on pouvait grignoter à l’aide d’un candidat vitrine de nos positions leur semblaient plus importants que la construction de réseaux de militant(e)s, garanties pour les durs combats sociaux et politiques à venir.

Les meetings organisés autour de la campagne de José Bové furent plus intéressants. Des meetings de masse, des appels à «l’insurrection électorale», une large participation d’associations des quartiers populaires–ils sentaient le combat plus que le positionnement médiatique.

La crise de la gauche antilibérale est profonde, mais présente une occasion historique. Les Communistes unitaires s’organisent et s’adressent ouvertement à ceux qui se reconnaissent dans l’idée communiste, adhérents au PCF ou non. Une minorité de la LCR et des Verts refusent d’enterrer l’unité. Le potentiel d’un nouvel espace politique qui  peut à terme donner lieu à un nouveau parti anticapitaliste est réel. Les deux victoires de ces dernières années (défaite du traité européen ultralibéral et du Contrat Première Embauche) ont politisé des dizaines de milliers de personnes, dont la majorité ne se retrouve pas dans les organisations éparpillées de la gauche antilibérale.
A Socialisme International, même si la plupart de nos camarades sont à la LCR, nous avons pensé que la présence d’une candidature unitaire était indispensable, c’est pour cela que nous nous impliquons au maximum dans la campagne Bové.

Autour de cette campagne pour une gauche radicale unitaire, il faut, d’urgence, élargir et approfondir l’organisation de réseaux structurés pour les législatives, et surtout pour les différents combats dans les mois à venir. Que nous nous retrouvions en juin avec un gouvernement UMP ou PS, les contre-réformes néolibérales attendent, certaines ayant été mises en veille après la raclée qu’ont reçue gouvernements et patrons sur le CPE.
Une telle priorité de l’unité ne signifie évidemment pas taire les désaccords, et les révolutionnaires ont toute leur place dans les mobilisations et les débats qui marqueront la prochaine période.

 
Déclaration de la rédaction de Socialisme international
 le 31 janvier 2007

Tous ensemble, avec José Bové : contre le libéralisme, pour battre la droite

100 jours pour battre la droite, en offrant une alternative véritable à une gestion social-libérale du capitalisme.
Comme au cours des cinq dernières années, la France va connaître des séismes politiques et sociaux, tant lors des prochaines échéances électorales présidentielles et législatives qu’après.

Aux présidentielles, soit ce sera la victoire de la droite la plus dure avec Sarkozy. Elle veut une « rupture » ultralibérale et populiste, autrement dit une offensive plus systématique contre les travailleurs, les paysans modestes et les pauvres, contrairement à la droite offensive mais plus prudente de Villepin et Chirac. Cette victoire ultralibérale serait flanquée à sa droite d’un Front national ragaillardi et plus menaçant.
Soit ce sera une victoire de la gauche. Elle serait une victoire populaire, donnerait plus confiance, créerait des conditions plus favorables aux exploités et aux opprimés, à tous ceux qui souffrent de ce système capitaliste au quotidien.

Mais, la candidature de Ségolène Royal comme la campagne du Parti socialiste pour les présidentielles et les législatives sont ancrées dans le social-libéralisme. Ils risquent ainsi de se couper encore davantage de leur électorat populaire et de nous conduire tous à une défaite, voire pire, à la répétition de la catastrophe du 21 avril 2002.

Après la victoire du « Non » au Traité constitutionnel européen, cette situation crée une opportunité inespérée pour la gauche radicale, antilibérale et anticapitaliste. Le Rassemblement antilibéral, avec ses centaines de collectifs en France, ses « 125 propositions », son programme Ambition-stratégie-candidatures a désormais son candidat aux présidentielles : José Bové. L’unité de tous les antilibéraux doit se faire autour de cette candidature.
Il faut de l’audace et de l’imagination. Il faut des campagnes de masse en direction des travailleurs, des quartiers populaires, des jeunes, des femmes, des immigrés, des homosexuel(les), des sans papiers, des gens du voyage, des chercheurs, des artistes, des peuples opprimés par la métropole cocardière, colonies françaises des Antilles à la Nouvelle Calédonie, de la Polynésie à la Corse, de la Réunion à Wallis et Futuna : une campagne vers « France invisible » qui représente la majorité de ce peuple, et pour que cette majorité l’emporte.

Cette audace manque à la direction de la LCR. Compte tenu du rôle qu’elle avait joué dans la campagne contre le Traité constitutionnel européen (TCE), elle aurait pu être à la pointe de ce nouveau combat plein d’espoirs. Pensant sans doute détenir une carte maîtresse en la personne d’Olivier Besancenot, elle a préféré jouer les Cassandre, prédisant l’essoufflement de la dynamique unitaire. Le plein engagement de la Ligue dans le processus aurait aidé à la fois à l’amplifier et à l’aider à adopter une orientation politique plus claire. Mais elle a commis une erreur importante en posant comme préalable à sa participation l’obtention de « garanties » sur la non-participation dans un gouvernement avec le Parti socialiste, tout en profitant largement d’un statut d’ « observateur » privilégié, ce qui a rebuté de nombreux militants pourtant réceptifs à ses arguments. Seule la minorité unitaire de la LCR a adopté une politique juste et de principe.

José Bové a totalement raison d’appeler la direction de la LCR à se ressaisir et à prendre toute sa place dans cette campagne antilibérale qui se lance. Seule l’unité d’action en ce sens, chaque organisation gardant son indépendance et sa personnalité, peut permettre de vaincre aux élections tout en construisant l’alternative antilibérale que tant de gens espèrent depuis si longtemps.

La direction du PCF a tenté une OPA sur le rassemblement antilibéral. Elle a échoué. Désormais, elle entraîne le PCF dans un parcours d’isolement avec sa candidate Marie-George Buffet. On paie toujours le prix de la division. La direction du PCF a déçu à nouveau non seulement un grand nombre de militants du Rassemblement antilibéral, mais aussi des milliers de ses propres adhérents. Une minorité dynamique et active, les Communistes unitaires, s’organise pour poursuivre le combat et la campagne unitaire. Elle est sérieuse et s’exprime publiquement pour l’unité contre le sectarisme. Ses principaux dirigeants ont démissionné de l’exécutif du PCF pour poursuivre le travail nécessaire de construction d’une alternative antilibérale.

José Bové et les Communistes unitaires ont totalement raison d’appeler le PCF à reprendre toute sa place dans la campagne antilibérale. Ensemble, nous gagnerons ; seul, le PCF subira de nouveaux échecs électoraux tout en affaiblissant le camp de l’alternative antilibérale.

Bien des forces politiques et des sensibilités sont déjà rassemblées autour de la candidature de José Bové. Mais il faut construire le « TOUS ENSEMBLE ». Appelons à nous rejoindre : Jean-Luc Mélanchon et le PRS ; le courant de gauche du PS, « Forces militantes- Démocratie et socialisme », dont les figurent emblématiques sont Gérard Filoche et Marc Dolez ; Action socialiste (Seine-Maritime) qui a lancé une résolution d’action pour l’unité de la gauche socialiste dans le PS ; les Indigènes de la République et les associations qui préparent des états-généraux des quartiers populaires ; les dizaines d’associations des diverses communautés qui résistent contre l’austérité et le tout répressif du Bonaparte aux petits pieds Sarkozy ; Lutte ouvrière et sa candidate Arlette Laguillier. Appelons TOUS les antilibéraux, où qu’ils soient, quels qu’ils soient, à l’unité dans l’action.

TOUS ENSEMBLE !

À Socialisme international (anticapitalisme et révolution), nous nous sommes impliqués dès le début dans le processus unitaire. Qu’enfin naisse dans ce pays une riposte à la hauteur ; que la droite soit battue par la contribution décisive de la gauche antilibérale unie dans l’action ; que naisse une grande formation politique antilibérale et anticapitaliste, populaire, de combat, d’audace et d’imagination, offrant une alternative face à une classe de capitalistes et de possédants arrogante.

Il n’est pas nécessaire d’être un « fan » du syndicaliste paysan à la moustache pour comprendre que cette campagne peut bouleverser la donne. Elle donnera un grand coup de pouce et de dépoussiérage à la recomposition politique de la gauche radicale.

Nous comprenons que d’aucuns hésitent à soutenir une candidature dont la naissance a été pour le moins agitée et hors normes. Mais le temps des hésitations est fini. Il faut choisir, s’engager, ne pas se contenter d’un fauteuil de spectateur. La campagne aura le caractère que les militants qui l’impulsent lui donneront. Sa réussite est loin d’être garantie, l’échec non plus. L’histoire n’est pas écrite à l’avance. C’est à nous de l’écrire.

Editorial du numéro 15/16 juillet 2006
Pour une gauche radicale combative!

Pour un rassemblement anti-libéral de gauche et des candidatures communes, il y a urgence!

Dans plusieurs pays européens la gauche antilibérale a fait des pas importants vers la construction d’une alternative unitaire, que cela soit sous la forme de nouveaux partis, de coalitions ou d’alliances électorales (Bloc de Gauche au Portugal, WASG-Linkspartei en Allemagne, RESPECT en Angleterre, le SSP en Ecosse, l’Alliance Rouge et Verte au Danemark …). En Belgique, des Appels à l’unité ont conduit à la constitution de Collectifs unitaires en Wallonie et en Flandre. Au Brésil, la candidature d’Héloïsa Helena du PSOL est soutenue entre autres par le PC brésilien, alors qu’au Canada francophone deux composantes de la gauche radicale ont fusionné en janvier 2006 pour créer Québec Solidaire.

Ces développements répondent à une demande forte de la part de tous ceux et de toutes celles, plus nombreux-ses chaque jour, qui se sont révolté-e-s contre la politique libérale menée par les classes dirigeantes à l’échelle du monde. L’offensive impérialiste menée par les Etats-Unis et leurs alliés a mis en mouvement des millions de personnes derrière des coalitions anti-guerre. Le mouvement altermondialiste a réuni des dizaines et des centaines de milliers de personnes, dont beaucoup de jeunes, des manifestations contre l’OMC à Seattle en 1999 au FSE d’Athènes en 2006, en passant par Porto Alegre, Florence, Londres, Bamako, Mumbai et Karachi. Des grèves massives pour la défense des retraites ou ce qui reste de ‘L’Etat-providence’, des mouvements contre la précarité de l’emploi des jeunes ou la libéralisation de l’enseignement (en France, mais aussi en Grèce et au Chili), la révolte des jeunes des banlieues en France en novembre 2005 ont tous démontré la disponibilité de secteurs de plus en plus larges de la population pour combattre les politiques antisociales de nos gouvernants. .

Dans tous ces mouvements, des révolutionnaires et des militants antilibéraux se sont rencontrés et de nouvelles pratiques unitaires expérimentées. En France, la dynamique de la campagne pour le ‘Non’ au Traité constitutionnel a fait sauter de nombreux obstacles à l’unité, tout comme les grèves et manifestations de ces dernières années, du mouvement pour la défense des retraites aux luttes contre le CPE et aujourd’hui contre le traitement ‘colonial’ de l’immigration et la politique tout sécuritaire dans les banlieues.

Nous, militants politiques, devons fournir des réponses qui sont à la hauteur de ces attentes. Nous devons faire la preuve que nous mettons les intérêts du mouvement au-dessus de nos propres intérêts partisans à court terme. Nous devons démontrer que nous sommes capables d’innover. Les organisations existantes – dont nous ne nions pas le rôle indispensable dans la formation des militants et la centralisation des luttes – commettraient une erreur majeure de croire qu’il suffit d’avoir le ‘bon’ programme et un ‘bon’ candidat pour cueillir les fruits de cette lame de fond. Ou de penser que la gauche d’accompagnement et de compromission est trop discréditée pour rebondir – l’histoire (et les sondages!) nous prouve(nt) exactement le contraire.

On peut trouver, bien sûr, beaucoup de bonnes raisons pour ne pas se lancer dans la construction d’une alternative nouvelle. Nous savons qu’il y a des réponses à trouver. Tous les regroupements que nous avons cités ont rencontré des problèmes. Ils ont en commun le fait de rassembler des militants qui ne partagent pas la même culture politique et peuvent avoir des désaccords importants entre eux. Dans le meilleur des cas, ils comprennent des militants révolutionnaires, des syndicalistes, d’anciens électeurs et militants des partis réformistes, des associatifs, des laïcs, des croyants, des représentants des minorités ethniques, des féministes, des écologistes … D’anciens dirigeants réformistes ayant exercé des responsabilités étatiques les ont parfois rejoints.

Cette diversité doit être considérée comme une richesse et un acquis. Mais elle nous lance aussi des défis. Dans ces conditions, des questions programmatiques importantes n'ont pas été tranchées, la référence au 'socialisme' ou à 'la lutte des classes' a parfois été gommée, la question de la participation au gouvernement laissée en suspens, des modes de fonctionnement divers et variés adoptés .. Le succès dans les urnes peut arriver vite et encourager des tendances électoralistes, voire carrément opportunistes.

Nous pensons que la meilleure façon de clarifier ces questions – non pas aux yeux d’une petite minorité de militants très politisés mais aux yeux du plus grand nombre – est de tester ensemble les hypothèses. C’est pour cette raison d’ailleurs que nous continuons à penser que les révolutionnaires doivent maintenir leur propre organisation, avec leur propre presse, tout en participant pleinement et sans préalables à la construction de telles ‘nouvelles forces’. Les acquis des expériences révolutionnaires du passé– le besoin d’une analyse globale du système, le rôle central de la classe ouvrière, la nécessité d’un parti révolutionnaire, la place incontournable des questions de l’Etat et de l’impérialisme – sont plus que jamais de l’actualité.
L’heure est à l’audace. La constitution d’une force antilibérale unitaire aura sans doute des répercussions électorales – au moins nous l’espérons – même si le succès n’est pas garanti. La structure de la vie politique française signifie que, dans l’année à venir, le débat politique se mènera autour des élections présidentielles et législatives. Les élections ne sont jamais le terrain préféré des révolutionnaires, et nous devons constamment rappeler les dangers de l’électoralisme. Des millions de salariés et d’opprimés cherchent inévitablement à savoir «fera quelque chose pour nous?» au lieu de se demander «’est-ce qu’on peut faire ensemble pour imposer un rapport de forces?».

Mais elle produira sûrement d’autres effets en donnant de la confiance à tous ceux et à toutes celles qui ont la volonté de se battre contre ce système. L’unité dans les urnes encouragera l’unité et la combativité sur le terrain des luttes. Une campagne unitaire pour des candidats de la gauche radicale pourrait mettre en œuvre une force politique proche des luttes, lieu d’un débat riche entre anticapitalistes, catalyseur de mobilisations de masse, de reconstruction de syndicats démocratiques, capable de passer un cap vers une gauche radicale large et combative. Nous devons utiliser les élections comme tribune et aussi comme outil de construction d’alliances d’action.

La méthode qui consiste à poser nos conditions avant toute autre démarche conduira à la marginalisation de l’extrême gauche. Il est absurde, par exemple, de demander comme préalable à une telle alliance des promesses sur le long terme, comme un engagement de ne jamais gouverner avec le PS. La question de notre attitude dans le cas d'un deuxième tour droite/gauche doit également être abordée sans sectarisme. Nous devons rejoindre la campagne en défendant un programme de revendications radicales (retour aux 37,5 annuités, renationalisations .), tout en expliquant régulièrement et fraternellement pourquoi nous ne croyons pas qu'un gouvernement avec le PS puisse défendre les intérêts des gens ordinaires. Nous pourrons ainsi défendre nos positions dans des centaines de débats, sans rester à l'écart et rater l'occasion d'un mouvement qui pourrait donner envie à toute une nouvelle génération de militer contre le capitalisme.