Pourquoi la défaite de la révolution russe ?

Dans son livre Le passé d'une illusion, François Furet affirme "Lénine ne laisse pas d'héritage", pour affirmer qu'il n'y a rien dans le travail de Lénine et du parti bolchevique qui permet d'inspirer d'encourager ou d'instruire.

Nous défendons sur ce site la tactique et la stratégie du parti bolchevique, et la prise de pouvoir des travailleurs en octobre 1917.

Nous ne prétendons pas (contrairement aux idéologues staliniens d’antan) que Lénine et les bolcheviques n’ont pas fait d’erreurs, qu’il n’y a pas eu d’injustice commise. Nous avons souligné la nature extrêmement embryonnaire et fragile de cette première expérience au niveau d’un Etat du pouvoir des travailleurs. Lénine lui-même ne sous-estimait pas la faiblesse de pouvoir des travailleurs et s'attaquait sans arrêt à la bureaucratisation de l'appareil, inévitable dans une certaine mesure avec l’affaiblissement de la classe ouvrière industrielle.

Mais nous considérons que les erreurs et les injustices ont peu d’importance à côté du sens fondamental de la stratégie du parti bolchevique qui a été la défense des intérêts des travailleurs du monde contre le tsarisme et le capitalisme. Nous croyons que cette révolution comporte des leçons cruciales pour la classe ouvrière et pour la gauche d’aujourd’hui.

Pourtant, très rapidement les travailleurs ont perdu le pouvoir en Union soviétique. L’Etat ouvrier a perdu de sa force face au capitalisme dès le début, acceptant des pertes territoriales énormes dans le traité de Brest Litovsk, souffrant une dévastation incroyable à cause des invasions et des embargos et faisant des concessions devant les paysans aisés lors de la Nouvelle Politique économique.

Mais ce n’est ni directement les puissances occidentales ni directement la paysannerie qui ont tué la révolution, mais une nouvelle classe dirigeante surgie de l’appareil d’Etat de l’Etat ouvrier, reflétant pourtant aussi les pressions de ces deux forces et la faiblesse extrême de la classe ouvrière russe.

Quinze ou vingt ans après la révolution d’octobre, la Russie était dirigée par une dictature qui vaut celle des pires régimes capitalistes traditionnels. Tous les acquis de la révolution avaient été détruits.

De très nombreux auteurs prennent pour acquis que le stalinisme n'était que la suite logique du bolchevisme, et ils ne ressentent aucune nécessité de défendre en détail cette opinion. François Furet titre un des chapitres de son livre "Stalinisme, stade suprême du communisme" ; la couverture du livre de Carrère d'Encausse sur Lénine parle du passage "de l'utopie révolutionnaire à son application concrète...du léninisme au stalinisme".

Mais le stalinisme est le contraire du bolchevisme. C’est à dire que les deux ont en commun la détermination de se battre avec acharnement pour leur classe, mais ils se battaient pour des classes opposées. Le stalinisme russe se battait pour la nouvelle classe exploiteuse en URSS, développant l'oppression et la répression au besoin. Le bolchevisme luttait pour le pouvoir effectif de la seule classe qui peut en finir avec l’exploitation, la classe ouvrière internationale. La forme des deux partis dépend des besoins véritables des classes. Pour prendre le pouvoir, la classe ouvrière a besoin de dépasser ses divisions et de développer sa conscience - d’où la nécessité pour le parti bolchevique d’encourager le débat et de se battre contre l’oppression. La classe capitaliste d’Etat a besoin d’exploiter les travailleurs et les paysans, d’où la nécessité pour le stalinisme de renforcer toutes les oppressions, et d’utiliser mensonges, propagande et répression du peuple entier.

Ainsi dans chaque domaine, le stalinisme va être l’opposé exact du bolchevisme. Staline va " liquider le parti bolchevique pour le remplacer par le parti de Staline " (Marie p 82)
 
 

Les bolcheviques du temps de la révolution ont appelé à la révolte des travailleurs de tous les pays et ont fondé l’Internationale Communiste qui regroupait dès 1920 des partis comptant plus d’un million et demi de membres en dehors de l’URSS, et. (voir ci-dessus, chapitre N). Le quatrième congrès de l'Internationale répéta un argument défendu mille fois par Lénine, Trotsky et d’autres dirigeants : "La révolution prolétarienne ne saura être victorieuse dans un seul pays".

Staline va imposer la nouvelle théorie du "socialisme dans un seul pays" à partir de 1928. En 1943 il va dissoudre l'Internationale pour convaincre les classe dirigeantes occidentales qu'il ne menace pas leurs intérêts domestiques, pour qu'elles le laissent participer au partage du monde à Yalta en 1945.

Le principe bolchevique du droit aux peuples à choisir leur propre destin sera remplacé dès la fin des années 1920 par l’oppression nationale la plus féroce. Un des derniers combats de Lénine (Voir Lewin) était d’insister que la constitution de l’Union soviétique soit une union volontaire des nations "chacune d'elle disposant du droit de quitter librement l'union". (cité Lewin p149) .

Le traitement de la question de la Géorgie par Staline choquera Lénine de son vivant. Et la période triomphante du stalinisme est marquée au contraire par la déportation de populations entières appartenant à des minorités nationales si elles osaient exhiber le moindre attachement à leur propre culture. En février 1944, par exemple, tous les Tchétchènes, les Tatars de Crimée et en tout près de 4 millions de membres de minorités nationales furent déportés à d'autres régions, accusés de trahison collective.
 
 

Là où les bolcheviques arrêtèrent la première guerre mondiale, publièrent les traités secrets et appelèrent les peuples du monde à dénoncer toute annexion ou exaction contre d’autres nations, Staline signera un traité avec Hitler (avec une clause secrète sur le partage de la Pologne) même après que le dirigeant nazi a détruit le mouvement ouvrier allemand. Il se déclarera en 1941 " un supporter loyal de l’Axe " hitlérien. ( Marie p88) et le montrera en faisant de l’URSS pendant un an le premier fournisseur de matières premières pour la machine militaire nazie. Loin de dénoncer les annexions, Staline va annexer les pays de l’Europe de l’Est en 1945. Même l'hymne de la révolution "L'internationale" fut remplacé en 1944 par un hymne patriotique russe.
 
 

Les tentatives de libération des femmes par l’établissement de crèches, la liberté de divorce, et des services sociaux collectifs sera remplacé par l’institution des médailles pour les mères , ( Médaille de la maternité , 1ère et 2ème classe pour celles avec 5 ou 6 enfants, médaille de la gloire de la maternité 1ère 2ème et 3ème classe pour celles avec 7, 8 ou 9 enfants, Mère héroïne pour celles avec dix) la glorification de la famille, l’interdiction de l’avortement et des restrictions sévères sur le divorce. (Rosenberg p95)

Le débat permanent au sein du parti, accompagné de polémiques acerbes, plates-formes et articles, où la violence entre camarades était impensable, donnera place à l’interdiction de tout débat, l’exécution sommaire des opposants politiques et des procès-spectacles où de vieux révolutionnaires sont accusés d’être ligués avec les nazis, de saboter l'ensemble de l'industrie soviétique, et de préparer des attentats contre Staline.

Même ceux qui participaient à une vague de répression risquaient d'être fauchés par la suivante. En 1934, au XVIème congrès du parti ( où tous les délégués ont été triés sur le volet par l'appareil stalinien), 292 délégués votent (à bulletin secret) contre Staline. Staline trafiquera le résultat, et dans les 4 ans qui suit fera liquider 60 des 63 membres de la commission de dépouillement, 1 108 des 1 966 délégués au congrès, et 98 sur 139 élus au comité central par ce congrès.

La répression de ceux qui menaçaient de rétablir le tsarisme et noyer la révolution dans le sang sera remplacée par la répression contre toute la classe ouvrière et la paysannerie. Staline a fait déporter, estime-t-on selon les archives du Kremlin nouvellement accessibles, 2,7 millions de personnes, et à peu près le même nombre sont devenus des " colons spéciaux ". La Russie atteint un niveau de répression et de terreur en temps de paix qui dépassa de mille fois la terreur bolchevique en temps de guerre. La torture, interdit par les soviets en 1917 et réprimée quand découverte, fut explicitement autorisée par Staline en 1937, et forma une des bases des aveux incroyables de vieux révolutionnaires aux procès de Moscou.

Staline n’aura plus besoin d’un parti de révolutionnaires intègres, formés à comprendre la société et à convaincre les travailleurs autour d’eux, mais d’un appareil de fonctionnaires terrorisés et dictatoriales. Dès juillet 1922, quand Lénine est malade, Staline met en place un nouvel organisme de contrôle du parti, qui fixera le même mois le salaire minimum d’un secrétaire de section du parti à 30 roubles - pas beaucoup d’argent mais pourtant trois fois le salaire moyen dans l’industrie, et le salaire minimum d’un membre du comité central à 43 Roubles. (Marie 1995:47) Ce sera le début des privilèges des membres du parti, qui seront renforcés et multipliés dans les dix ans qui suivent.

Pour commémorer la mort de Lénine, Staline fait voter un recrutement spécial de 200 000 nouveaux membres au parti. Ceux qui rejoignent le parti avant la révolution, au risque, fréquemment de leur vie, sont d’une toute autre trempe dans l’ensemble que ceux qui adhèrent lorsque l’adhésion garantit une certaine sécurité financière dans un pays en crise. Ce nouveau recrutement permettra les staliniens de noyer les révolutionnaires internationalistes dans le nombre, et les nouveaux bureaucrates formeront un soutien solide pour la politique de Staline.

L’encouragement de l’initiative et l’éducation populaire sera balayé pour faire place à la glorification religieuse de Lénine (son corps embaumé dans une mausolée malgré l’opposition de sa veuve qui déclara "N'élevez pas de monuments... ne faites pas de cérémonies à sa mémoire. Il attachait si peu d'importance à tout cela, tout cela lui pesait tant." - cité Broué p201) et de Staline. Staline fera entreprendre des recherches " scientifiques " sur le cerveau de Lénine pour tenter de trouver la " base biologique " de son " génie " (!)et couvrira le pays de statues de Lénine et de lui-même.
 
 

La reconnaissance du droit des paysans de posséder les terres et la stratégie de les convaincre lentement des avantages du travail collectivisé, sera remplacé par la collectivisation forcée et sanglante, une véritable guerre civile et une des premières causes des famines des années 1920 et 1930.

Le reconnaissance de l’égalité légale des relations homosexuelles est remplacé par l'interdiction de l'homosexualité. En 1923 Bakkis a écrit "La législation soviétique traite l'homosexualité, la sodomie et d'autres formes de plaisir sexuel considéré par la loi européenne comme contraires à la moralité, exactement comme les rapports sexuels soi-disant "naturels"."( cité dans Halifax 1988:17) En 1934, l'homosexualité a été rendu illégale en Russie (punie par des peines de prison) et le restera plus de cinquante ans.

La liberté de culte et la lutte contre les massacres antisémites des russes blancs (Rees p 36) a cédé la place à l’interdiction de la religion et l’encouragement à peine voilé de l’antisémitisme.

En 1949 la presse officielle déclara " Notre peuple estime infâmes les cosmopolites dépourvus du sens patriotique", utilisant un langage codé antisémite. On arrêta les écrivains de langue yiddish. En 1952 une série de personnalités juives ont été jugées et exécutées après des procès publics, certains accusés de travailler "en liaison avec l'organisation juive bourgeoise internationale". ( Ulam 1977:364). L’information que Lénine avait un grand-parent Juif, découvert par un biographe n’était pas révélé après que Staline ordonne " le secret absolu " sur ce point. (L’Histoire 01/1997)

La floraison culturelle impressionnante soulevée par la prise de pouvoir des travailleurs sera remplacée dans le domaine artistique par l’orthodoxie paralysante du " réalisme socialiste ", véritable insulte aux travailleurs et aux artistes, où des oeuvres répétitives sur des ouvriers héroïques côtoieront des hymnes à Staline ("Tu es l’oeil du monde et la source, le soleil et la pensée contre les ténèbres/ le destructeur des nuages noirs et sombres, l’arc en ciel éclatant, Staline" écrit un " poète " arménien en 1939).
 
 

POURQUOI

Pour comprendre le processus de la contre-révolution il faut commencer par la nature extrêmement embryonnaire et fragile de l'Etat des travailleurs en Russie. Tous les marxistes avaient imaginé que la première révolution socialiste se déclencherait dans un pays industrialisé, avec une classe ouvrière cultivée et expérimentée majoiritaire dans le pays. Mais la révolution russe s'est produite dans un pays arriérée, attaqué de suite par toute la puissance de l'impérialisme. Le fait même d'avoir survécu quelques années est très impressionnante.

Les coups de la guerre civile déclenchée par la réaction tsariste, et l’arriération de l’économie russe ont massivement affaibli le pouvoir économique des travailleurs. Cette faiblesse extrême ouvrira la voie à la lente formation d’une nouvelle classe dirigeante capitaliste.

Les dirigeants bolcheviques étaient

conscients que leur Etat était un Etat ouvrier surtout en intention. La situation politique ne permettait que deux choix : faire des concessions dans le court terme pour tenir en attendant et en encourageant la révolution à l’étranger, ou abandonner le projet de la révolution.
 
 

Staline représente l’autre possibilité : abandonner l’idée d’une révolution internationale et tenter de concurrencer les pays capitalistes occidentaux sur leur propre terrain . Pour faire ceci, Staline doit s’occuper de se débarrasser de la direction du parti bolchevique, bien trop attaché à l’internationalisme et à la lutte contre l’oppression pour permettre un abandon de ce sidées et le sacrifices de tous les principes à l’accumulation..
 
 
 
 

Résistance

Il n’y avait rien d’automatique dans la victoire de la solution nationale de Staline. Les années 1923 à 1928 sont des années de luttes entre une résistance, souvent confuse de la part des révolutionnaires, et la nucvelle classe dirigeante en formation. Dès octobre 1923, 46 bolcheviques dont des dirigeants de premier plan tels Préobrajensky, signent une lettre au bureau politique dénonçant " Le caractère de hasard, irréfléchi et désordonné des décisions du comité central " dans le domaine économique, et une " division sans cesse grandissante ...entre une hiérarchie de secrétaires et les gens tranquilles’ , entre les fonctionnaires professionnels recrutés d’en-haut et la masse du parti qui n’a pas de part à la vie commune ". (Edité dans Cahiers Léon Trotsky :117)

les années qui suivent vont être une lutte entre les deux options politiques. Mais les révolutionnaires internationalistes, dans une situation où la Russie est isolée, et la politique de l’internationale communiste dans le monde est de moins en moins révolutionnaire, vont être mal placés pour convaincre des masses de les suivre.

Ainsi la défaite de s révolutionnaires en Russie va aller de pair avec le reflux de la révolution au niveau mondial. La situation révolutionnaire en Allemagne en 1919 et de nouveau en 1923 aurait pu amener un gouvernement des travailleurs qui forts de leur économie industrialisée, aurait pu soutenir la Russie soviétique affamée et permettre une extension de la révolution.

Sa défaite a démoralisé bien de révolutionnaires russes et encouragé les bureaucrates qui voyaient dans la nouvelle doctrine stalinienne du " socialisme dans un seul pays " la possibilité d’une vie plus stable et plus privilégiée.

La révolution chinoise de 1925 à 1927, ruinée par la tactique désastreuse de la direction stalinienne de l’Internationale, qui cherchait des alliances avec la bourgeoisie chinoise qui ont mené au massacre des révolutionnaires en Chine ont été également un coup très dur dna la morale des révolutionnaires russes qui combattait le stalinisme naissant. Comment en effet garder l’espoir dans une révolution internationale qui avait l’air de s ’éloigner ?

Certains des révolutionnaires capitulait devant Staline, pensant que sa stratégie valait miuex que rien. Ils paieront leur capitaluation le plus souvent de leur vie quelques années plus tard dans les purges des années 1930, car Staline veut extirper toute trace de la tradition révolutionnaire qui risquerait de lui ôter sa légitimité comme héritier auto-proclamé de la tradition communiste.

Les militants révolutionnairesqui restaient , regoupé autour de Trotsky dans l’opposition de gauche menèrent des luttes héroïques mais seront écrasés et réduits, au niveau international à une taille de groupuscules pendant de longues décennies.

Que la révolution soit défaite et que le capitalisme soit rétablie était une possibilité que les dirigeants bolcheviques avaoent toujours considéré comme possible. On ne peut jamais garantir par avcne une victoire. Mais cette contre-révolution n’était conçu que possible que par invasion étrangère : la réduction de la Russie à l’état d’une colonie, ou par rétablissment du capitalisme par des paysans riches et ambitieux.

Ce que personne d’entre eux n’a prévu était l’introduction du capitalisme par une autre porte. Personne n’avait imaginé que l’exploitation capitaliste, avec l’accumulation du capital comme moteur de la stratégie économique pouvaient être introduit dans un pays où l’industrie restait nationalisée et où l’appareil dirigeant de privilégiés gardent le vocabulaire et certains des symboles du mouvement ouvrier et communiste.

Staline représente l’imposition par le capitalisme mondial de ses priorités sur la Russie affaiblie. Dans un pays dévasté, sa classe ouvrière décimée, Staline, qui représentait les intérêts de la bureaucratie montante, avaient bien plus de chances objectives de son côté que Trotsky .
 
 
 
 

Capitalisme d’Etat ou Etat ouvrier dégénéré

Même Trotsky, pourtant ayant participé à la révolution en premier plan et ayant passé de longues années à analyser le processus de la prise de pouvoir du stalinisme, a fait des erreurs importantes d'analyse. Il a toujours refusé l’analyse selon laquelle la bureaucratie stalinienne avaient mis en place une nouvelle société capitaliste, et constitué une nouvelle classe dirigeante.

(voire quelques mois......)
 
 
 
 
 
 

Il est évident que certaines des dispositions prises par le parti bolchevique dans la situation désespérée du début des années 20 ont plus tard servi d’arme à Staline pour son projet de stabiliser une nouvelle classe capitaliste. Certaines de ces décisions, comme l’interdiction par le congrès du parti des fractions organisées dans le parti bolchevique en 1922 ont été lourdes de conséquence une fois la nature du parti avait changé.

Pour gagner la guerre civile et assurer un minimum de stabilité dans la vie économique du pays, il fallait un appareil gouvernemental. Cet appareil fut composé d’anciens ouvriers pour l’essentiel, nommés par le gouvernement. Mais en mettant en place cet appareil essentiel, ils affaiblissaient aussi la classe ouvrière, en enlevant les meilleurs communistes des usines, et en prenant le risque que la bureaucratie développe des intérêts propres de plus en plus grands.

Car la victoire de Staline n’avait rien d’inévitable. Pour vaincre, Staline a été obligé de tuer la quasi-totalité des révolutionnaires qui avaient dirigé la révolution, et une bonne partie de la génération qui avait commencé à militer pendant la guerre civile et l’intervention étrangère impérialiste. Une bonne partie de la vieille garde des bolcheviques a combattu pas à pas la transformation du parti bolchevique, préparant des plates-formes, souvent depuis leurs prisons ou leur lieux de déportation, intervenant dans les congrès, proposant des résolutions à des réunions dans les usines pour analyser la situation du pays et donner des orientations qui auraient pu permettre une réorientation sur les intérêts de la classe ouvrière internationale. Mais les forces sociales fondamentales dans un pays de 80% de paysans, une classe ouvrière décimée et démoralisée étaient contre eux. Des milliers ont payé de leur vie leur fidélité aux idéaux de la révolution.

Capitalisme d'Etat et oppression.

Une fois mise en avant la priorité de la révolution industrielle et l'accumulation du capital, les nouveaux capitalistes russes ont utilisés toutes les armes traditionnelles des capitalistes pour assurer le profit. Mais, en retard sur la concurrence mondiale, l'URSS a souvent poussé ces armes encore plus loin que le capitalisme occidental. Le vol des terres de s paysans au bout des fusils, , la famine, la criminalisation du chômage, le renforcement de la famille et de l'oppression des femmes des homosexuels et des minorités ethniques. La peine de mort pour le vol de nourriture (Marie p72) comme pendant la révolution industrielle anglaise. Ces armes du capital avaient dans les deux siècles précédents tué des millions pour construire une base solide pour le capitalisme européen. Au Xxème siècle ils tueront des millions dans vingt ou trente ans pour la même raison : l’accumulation du capital.

En 1928 lors d’une réunion du comité central, Staline expliquera clairement son projet capitaliste :

" Dans les pays capitalistes l’industrialisation s’est d’ordinaire effectuée, pour l’essentiel, par le pillage des pays étrangers, par le pillage des colonies ou des pays vaincus, ou par des emprunts extérieurs plus ou moins léonins... Notre pays ... ne peut pas et ne doit pas piller des colonies... Notre pays n’a pas et ne veut pas avoir d’emprunts léonins... Que nous reste-t-il alors ? Il nous reste une seule chose : développer l’industrie, industrialiser le pays sur la base de l’accumulation intérieure... Où sont les sources de cette accumulation ? .... d’abord la classe ouvrière... ensuite la paysannerie."(cité Marie p66)
 
 

Il est évident qu’on peut toujours en conclure qu’il ne fallait pas essayer, que l’impérialisme occidentale aurait dû écraser les peuples de la Russie et maintenir le tsar en place comme une marionnette de l’impérialisme à l’instar des dictateurs de l’Afrique centrale. Il y a toujours eu ceux qui disent que la guerre d’indépendance de l’Algérie ne valait pas la peine puisqu’après quelques années le nouveau gouvernement étaient presqu’autant complice de l’impérialisme qu’avant la guerre d’indépendance.

Nous ne prenons pas cette perspective. La révolution de 1917 aurait pu triompher et évité au monde les horreurs du nazisme , de la seconde guerre mondiale, de la guerre froide et de la nouvelle crise capitaliste qui frappe le monde depuis 20 ans. Même en tant que tentative écrasée dans le sang, elle a d’innombrables leçons pour nous aujourd’hui. Les leçons de la révolution russe reste vivants . Il est possible pour les travailleurs de prendre le pouvoir. l’organisation des opposants au capitalisme les plus conscients au sein d’un parti est un élément fondamental.
 
 
 
 
 
 

Bibliographie et références

* Pourquoi l’échec de la révolution russe ? Chris Harman (Edité par Socialisme International)

Les raisons de la défaite et l’espoir pour l’avenir.

Le capitalisme d’Etat en URSS Tony Cliff Ed EDI

Une description détaillée de l’économie de la Russie sous Staline et une défense de la théorie du capitalisme d’Etat

Moscou sous Lénine Alfred Rosmer ED. Pierre Horay, Paris 1953

Le dernier combat de Lénine Moshe Lewin Ed Minuit 1978, 170 pages Récit fascinant des derniers mois de la vie de Lénine et sa tentative de mettre en place des sauvegardes contre la bureaucratisation et la montée de Staline.

Staline Jean Jacques Marie Que sais-je ? P.U.F. 1995 128 pages

Une bonne introduction.

On the Eve of 1917 (A la veille de 1917 ) Alexander Shlyapnikov Allison & Busby Londres 1982. Mémoirs d'un ouvrier bolchevique.

Women and Perestroika Chanie Rosenberg Bookmarks Londres 1989

Staline : L'homme et son temps A.B. Ulam Gallimard 1977

Oeuvres Léon Trotsky ( 1928 - 1940) 27 tomes EDI Paris

Out, proud and fighting : Gay liberation and the struggle for socialism Noel Halifax, Socialist Workers Party Londres 1988 Petite histoire des liens entre les socialistes révolutionnaires et la libération des homosexuels.

Le passé d'une illusion François Furet Livre de poche, Paris 1995

Naissance de l’Opposition de Gauche 1923 dans Cahiers Léon Trotsky décembre
 
 
 

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