Amérique latine -
une explosion  de luttes

Cet article est paru dans Socialisme International N° 86, septembre 1995
 

A Buenos Aires, le pélerinage du 15 août, accompagné de la traditionnelle prière demandant " du pain et du travail " a battu cette année tous les records. L’Argentine, " enfant modèle du FMI " est aujourd’hui en crise profonde, la plus grave depuis cinquante ans selon les analystes. L’hyperinflation des années 1980 a fait place à " l’hyperchômage " qui touche 20 % de la population active. Le pouvoir d’achat a baissé depuis deux ans. Le ministre de l’économie a fait savoir qu’il suivrait le FMI. La Banque Mondiale a donc accordé un prêt de 350 millions de dollars pour financer de nouvelles réformes. Il s’agirait en particulier de licencier plusieurs milliers de fonctionnaires.

Mais la politique d’austérité du gouvernement ne passe plus. Les enseignants sont en grève totale et depuis la rentrée du mois de mars, seuls quelques jours de classe ont eu lieu. A Cordoba, les fonctionnaires en colère, non payés depuis des mois, ont incendié des bâtiments publics. Le gouverneur de cette région a dû démissionner. Première victoire, le gouvernement a dû lâcher un peu de lest sur son budget.

Dans la plupart des pays du cône sud, les mêmes problèmes se posent. Le FMI impose des coupes dans les dépenses de l’Etat et notamment dans les maigres budgets sociaux. Un exemple frappant : le Costa-Rica que l’on considérait il y a quelques années comme " la Suisse de l’Amérique latine ". Le président Figuéres a été élu il y a un an sur la promesse de " combatttre la misère et défendre la justice sociale ". Mais la Banque mondiale lui a refusé un prêt de 80 millions de dollars, " les conditions macro-économiques n’étant pas réunies " Il s’est alors engagé à réduire les dépenses de l’Etat, notamment en licenciant 5000 travailleurs du secteur public. Des dizaines de milliers d’enseignants (90 % du secteur) se sont donc mis en grève contre ce projet, mais aussi contre une nouvellle loi sur les retraites. Ils ont été soutenus par des salariés d’autres secteurs : banque, électricité, pétrole. Le 5 août, 100 000 personnes ont manifesté, la plus importante manifestation depuis 25 ans. Après de violents affrontements, le gouvernement a accepté de réexaminer son programme.

Au Panama, les ouvriers du bâtiment et des bananeraies ont déclenché le 2 août une grève contre la réforme du code du travail qui prévoyait qu’en cas de crise, les patrons pourraient baisser les salaires. Ils ont été rejoints une semaine plus tard par les deux plus importantes centrales syndicales du pays. Pendant plusieurs semaines, des émeutes et des manifestations se sont succédées. Les heurts avec la police ont fait quatre morts le 9 août. Le président a versé des larmes de crocodile : " la répression est malheureuse et désagréable pour mon gouvernement mais nécessaire pour faire respecter la loi. " En fait, il s’agit de maintenir le calme quand chômage et sous emploi touchent 50 % de la population et que les riches ne paient pas d’impôts.

Au Brésil et au Mexique, la crise actuelle aggrave des problèmes anciens : les occupations de terres par des paysans pauvres se multiplient. Au Brésil, dans l’Etat de Rondovia, 600 familles ont occupé à la mi-juillet un domaine boisé non cultivé. Une attaque nocturne de la police a fait, selon la Fédération des travailleurs agricoles de Rondovia, 70 morts. Un deuxième massacre a été commis dans la même région par des mercenaires au service des propriétaires. Dans ce pays pourtant, certains domaines sont grands comme des pays européens et 1 % des propiétaires possèdent 45 % des terres. Le président Cardoso avait promis l’an dernier au cours de sa campagne de distribuer les terres à 200 000 familles. Mais l’austérité interdit au gouvernement de racheter des terres.

La colère monte face à des politiques d’austérité de plus en plus insupportables. Pour appliquer les conseils du FMI, les Etats comptent de plus en plus sur la répression : l’état de siège a été déclaré en Colombie et en Bolivie, les parlements ont été dissous au Pérou et au Guatémala, l’armée réprime au Panama...

Le 19 août, un délégué argentin déclarait : " nous ne souhaitons pas la violence mais nous ne voulons pas non plus être comme des moutons que l’on conduit à l’abattoir. "

Bertrand Lazard-Peillon

 


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