Les Harkis : Les oubliés de l'histoire 1954-1991

Michel Roux

Editions la Découverte, 1991; 419 P, 138F

 Les révoltes des enfants des harkis cette année ont rappelé à l'attention des médias ces «oubliés de l'histoire», sujet de ce livre bien documenté et indispensable à la compréhension de la guerre d'Algérie.

 La création de Haraka (du mot arabe pour «mouvement»), à savoir les supplétifs de l'armée française en Algérie, se fait pour trois raisons: la faiblesse extrême de l'armée française de l'Afrique, le caractère policière de la guerre elle-même et l'impact politique d'un tel ralliement.

 Le soulèvement algérien, précise Michel Roux, était considéré comme une attaque à main armée de citoyens français contre leur propre gouvernement légal, une rébellion de civils qui, se mettant hors la loi, relèvent de droit commun. C'est une des raisons pour laquelle il y en a officiellement jamais eu une guerre. Il y a eu des «événements».

 Pourquoi des Algériens choisissaient-ils cette voie de trahison? Il y a la faiblesse initiale du noyau armé du FLN, qui rendait peu crédible la perspective d'une victoire contre l'armée française. Les regroupements forcés des populations et le bouleversement que ceux ci a provoqué dans la société rurale (2.157.000 déplacés de force sur une population
rurale de 6.900.000) poussaient aussi des milliers de paysans dépossédés à intégrer les Harkas. L'usage massif de la torture, et la menace de représailles exercées sur les familles ont amené un certain nombre de membres du FLN incarcérés à collaborer avec les autorités françaises. Certains ont rejoint l'armée française à cause de l'autoritarisme et la violence du FLN, et les interdits ou exactions imposés par ses militants.
 Michel Roux précise aussi qu'une grande partie des harkis ne collaborait pas vraiment avec les troupes françaises, et une majorité payait régulièrement des cotisations au FLN.

 Les harkis servaient comme chair à canon, pour épargner les vies des militaires français, et dans certains centres on les appelait «allumettes», parce que souvent, ils ne servaient qu'une fois avant de mourir dans l'action.

 La deuxième partie du livre traite les événements après l'indépendance (mars 1962). Les accords d'Evian sur l'indépendance d'Algérie ne stipulent aucune mesure spéciale de rapatriement en France des harkis. Ils sont même refoulés aux frontières et interdits de séjour lorsqu'ils parviennent par des voies privées àvenir ici.

 Quelques 58.000 harkis estime Michel Roux furent tués par le FLN, (crucifiés sur des portes, fouettés à mort, la musculature arrachée avec des tenailles, enterrés ou brûlés vifs, ou par éventration, ébouillantage).

 Une fois admis en France, les harkis et leurs familles sont entassés dans des camps, sous régime militaire, y compris le couvre-feu. Ils ne sont pas considérés comme des adultes, et sont placés sous la tutelle de diverses associations qui détournent les fonds qui leur sont destinées (allocations familiales etc).

 Le régime militaire dans les camps, la pauvreté extrême, le chômage, et le racisme dont font l'objet ses «Français musulmans», contribuent à leur première révolte en 1975. Les enfants des harkis ont compris que s'ils veulent quelque chose, ils doivent se révolter eux aussi.

 Ce livre est très intéressant et indispensable pour la compréhension de la guerre d'Algérie, et des mécanismes de racisme en France contemporaine. Il démontre que l'idéologie de l'assimilation souvent masquée par le terme «intégration» ne résout pas les problèmes de racisme institutionnel.
Sonia Benoit

Cet article est paru dans Socialisme International en 1991

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