L'histoire du socialisme aux Etats-Unis

    L'impérialisme américain est un pilier fondamental de l'ordre international de la guerre, la famine et l'injustice. Mais si nous voulons construire le socialisme, la classe ouvrière américaine, une des plus grandes de la planète, sera un facteur essentiel. On nous dit souvent que les Etats-Unis est une société sans classes, ou que les travailleurs américains ne se battent jamais.

    Quelle est la vérité ? D'où vient la faiblesse du mouvement ouvrier américain dans un pays où il y a, semble-t-il, que deux grands partis de droite ? Et quelle est la tradition militante des syndicats américains ? Duncan Hallas explique le manque d'un parti ouvrier aux Etats-Unis.

Le mouvement ouvrier américain

    La question la plus importante quand on examine la classe  ouvrière américaine est de savoir pourquoi il n'y a jamais eu un
mouvement ouvrier politique de masses aux Etats-Unis, malgré le fait qu'il s'agit de la première puissance capitaliste du monde, et que déjà à la fin du XIXème siècle les USA avait une industrie très développée.

    Pour le XIXème siècle les explications sont surtout de nature sociologique. Elles consistent en deux propositions:

    La première est que le manque d'un parti ouvrier est dû aux particularités de la colonisation des terres aux USA, qui a empêché la formation d'un prolétariat stable. En effet, à la fin de la guerre civile (1865), les bourgeois radicaux qui ont remporté la victoire ont tenu leur promesse de donner des terres à tous ceux qui seraiént disposés à les cultiver. Une grande section du prolétariat des villes voulaient prendre cette porte de sortie et quittèrent les villes, étant remplacés dans les parcs à bestiaux et les aciéries par de nouveaux immigrés, dans un processus qui se répétèrent maintes fois pendant trente ans. La croissance extrêmement rapide (La production de fer, par exemple multipliée par cinq en moins de trente ans) se fit sur cette base de prolétariat temporaire.

    Ceci entraîna une deuxième conséquence : la transformation en ghettos des nouvelles villes industrielles telles que Chicago, un effet qui allait poser des problèmes d'unité entre les travailleurs des origines différentes.

INTEGRATION

    De ces conditions est né un autre facteur sociologique qui a freiné le mouvement ouvrier : le développement de la démocratie. La démocratie était beaucoup plus avancée aux Etats-Unis qu'en Europe. Il y avait dans presque tous les Etats un suffrage universel pour les hommes blancs bien avant qu'en Europe. Et la démocratie américaine était plus efficace. Les Etats individuels et les gouvernements municipaux avaient une indépendance beaucoup plus large qu'en Europe.

    Quel résultat pour l'immigré ? Il arrive pauvre dans un pays inconnu, sans services sociaux. C'est les hommes politiques des
gouvernements municipaux qui sont disposés à l'aider à trouver un emploi, lui trouver des écoles pour les enfants, ou des conseils juridiques, en échange de sa voix lors des élections;  Les machines politiques des villes américaines servaient donc en
remplacement d'un mouvement ouvrier réformiste. Ce n'est plus vrai de nos jours, mais à la fin du XIXème siècle, c'était le cas.

LUTTES DE CLASSES

    Mais s'il n'y avait pas de parti ouvrier, il y avait un niveau assez élévé de luttes. Dans les années 1870 il y eut des grèves très importantes, entraînant souvent des combats violents. Habituellement, cependant, ces grèves ne mirent pas sur pied une organisation syndicale permanente et ne changèrent pas le processus de renouvellement de la main d'oeuvre.

    Dans les années 1890 la "nouvelle frontière" est finie : il n'y a plus la possibilité d'échapper au prolétariat en devenant petit
propriétaire de terre. Le prolétariat est devenu permanent dans les villes, et il y a eu le développement du premier mouvement ouvrier à proprement parler, surtout parmi les ouvriers qualifiés des corps de métier. Un mouvement ouvrier donc très en retard par rapport à l'Europe.

    Le parti socialiste américain, fondé en 1901, n'avait pas comme base une bureaucratie syndicale, comme dans d'autres pays comme l'Angleterre. Il avait peu de liens avec les syndicats. Même si le PS comptait 100 000 adhérents en 1912, son soutien était avant tout dans l'Ouest peu industrialisée, nouvellement colonisée.

AFL

    Tous les facteurs sociologiques ne comptaient plus après 1920. Dans le XXème siècle il faut expliquer la faiblesse d'un mouvement ouvrier politique par des défaites particulières et des évènements précis.

    La première guerre mondiale a déclenché une poussée de tentatives de syndicalisation, qui menèrent en 1919 à une contre-
offensive patronale massive. Une campagne anti-immigrés et anti- communistes, l'échec de grandes grèves dans l'aciérie et dans
l'industrie d'emballage. Les syndicats se retrouvèrent affaiblis, et donc la droite dans la plus grande fédération, le AFL, était renforcée. Le boom des années 1924-27 ne facilita pas le tâche de la syndicalisation.

    La récession mondiale des années trente, et la transformation du parti communiste américain (fondé en 1919) d'une collection de tendances en guerre à un monolithe stalinien déterminait l'évolution du mouvement ouvrier dans les années trente. En 1938, le parti communiste comptait 100 000 militants. Il aurait pu y avoir le développement d'une conscience politique dans le mouvement ouvrier, mais le PC préférait suivre les zigzags de Moscou, et la nouvelle bureaucratie syndicale de droite favorisait une coalition du mouvement ouvrier avec le nouveau gouvernement de Roosevelt.

BOOM

    Dans l'après-guerre, il y a deux facteurs essentielles qui expliquent la faiblesse du mouvement ouvrier américain. D'abord la position dominante des Etats-Unis dans le monde capitaliste (40% de la production mondiale en 1950 était faite aux USA). Ceci permettait une hausse des conditions de vie de beaucoup de travailleurs, surtout les blancs, et aidait à développer un nationalisme qui soudait les travailleurs au patronat.

    Deuxièmement la guerre froide. La fonction réelle de la guerre froide aux USA était d' éliminer l'influence du parti communiste dans les syndicats, et ainsi consolider un bureaucratie syndicale droitière fidèle à l'Etat. Cette stratégie de la classe dirigeante a réussi.

    Avant 1955, la droite contrôlait la quasi totalité des syndicats, et c'est un des facteurs qui a entraîné une chute du taux de syndicalisation de 35% en 1955 à un taux de 17 % en 1987.

    Dans ces circonstances, une conscience politique de classes était impossible. Mais le déclin relatif du capitalisme américain aujourd'hui ouvre de nouvelles perspectives plus positives.

Duncan Hallas, Bernard Carrier
 

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