La guerre du Kosovo

Cette série d'articles est parue dans Gauche !



Table des matières

Introduction :La guerre du   Kosovo
Questions sur la guerre  Gauche! n°16    15 avril 1999
Pas d' OTAN au Kosovo !
Non aux bombes de l' OTAN !   Edito Gauche!  n°16     15 avril 1999
Urgence -  Arrêtons cette sale guerre ! Edito Gauche! n°17    Juin 1999
Des milliers de morts pour rienSupplément Gauche! n°17    Juin 1999
Les crimes de guerre de l'OTAN
L'OTAN : premier responsable de l'horreurGauche ! n°18     Juillet-Août 1999
D'ou viennent les guerres. Gauche ! n°17     Juin 1999
L'OTAN et Milosevic : Deux enfants du même système
L'ONU peut-elle apporter la paix ?   Gauche! n°18   Juillet-Août 1999


La guerre du Kosovo

Le bombardement de la Serbie par les avions de l'OTAN dont ceux de la France fut le fait politique marquant de l999. Dans les médias, un consensus régnait alors affirmant que cette sale guerre était nécessaire afin de défendre les droits nationaux des Kosovars opprimés

Les opposants à cette guerre ont été plus marginalisés et isolés que durant toutes les guerres dans lesquelles la France fut impliquée depuis 1945. La guerre d'Algérie, par exemple a suscité un grand mouvement d'opposition. Même lors de la  Guerre du Golfe, ou s'exprima cyniquement  le même pretexte du rôle civilisateur de la force militaire occidentale, les opposants organisèrent des manifestations de dix mille personnes dans les rues de la capitale.

Après les premiers jours de la guerre du Kosovo, des manifestations appelées par le PCF eurent lieu, mais restèrent dérisoires, ne dépassant rarement la centaine de personnes.

La faiblesse de cette opposition ne tient pas en premier lieu à la popularité, réelle, de la guerre. Dans d'autres pays - la Grèce, I'Italie, I'Angleterre, les Etats-Unis, il y a eu des mouvements de contestation relativement puissants. Cela tient principalement à la confusion qui régnait à gauche sur la nature de cette guerre, à laquelle s’ajoutait d’autres préoccupations des états-majors des partis à la veille du scrutin européen.

Le journal Gauche ! a tenté pendant cette guerre d'expliquer pourquoi il fallait s'y opposer. Cette publication est un recueil des articles que nous avons édité pendant et après le conflit..

La guerre au Kosovo représente un type de conflit qui risque de se reproduire. L'instabilité de l'économie mondiale mène inévitablement à des conflits entre différents peuples attisés par des dirigeants rapaces et/ou opportunistes. Les pays occidentaux, à la fois soucieux de maintenir leur domination sur le monde et leur accès aux ressources naturelles, et voulant compter sur des alliés sûrs dans chaque région instable, vont être poussés de plus en plus fréquemment à intervenir militairement…

En clamant évidemment des valeurs " humanistes et démocratiques " ou de " liberté ", là où il sont menés par leur désir d’asseoir leur influence et leur domination. Pour s'y opposer, les militants de gauche ont besoin d'être informés, et d'avoir une analyse claire du monde capitaliste de cette fin de siècle.

Si vous jugez notre analyse intéressante et utile, rejoignez-nous ! Un travail considérable reste à faire pour diffuser les idées du socialisme combatif, celui qui vient de la base de la société et qui œuvre dans son intérêt.

John Mullen pour Gauche !
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15 Questions sur la guerre

paru dans Gauche! N°16 (15 avril 1999)
1 - Les bombardements affaiblissent-ils Milosevic ?

Non, ils le renforcent. Rien de mieux que "la patrie en danger" pour exacerber le nationalisme. Les bombardements ont permis à Milosevic d'éliminer tout mouvement démocratique serbe sans protestation : il a notamment interdit la presse serbe indépendante (comme la radio B92). C'est le peuple serbe qui souffre, pas Milosevic.

La politique de l'Etat serbe avant les tueries de l'OTAN n'était pas de vider le Kosovo de ses habitants albanais mais de les dominer quel qu'en soient les moyens (brimades, massacres). Une politique d'exode massif des Kosovars ne correspondait pas aux intérêts de Milosevic. La province du Kosovo était tellement pauvre que les Serbes des autres régions ont refusé de s'installer là. C'est la guerre qui a provoqué une réelle campagne de purification ethnique meurtrière, bien qu'auparavant de nombreuses expulsions aient eu lieu. Les Serbes attaquent et expulsent les Albanais qu'ils considèrent comme des alliés de l'OTAN

2. Est-ce que les puissances occidentales défendent les intérêts des Kosovars ?

Les Kosovars veulent leur indépendance, et nous devons soutenir cette revendication. L'OTAN est contre ! Les accords de Rambouillet, que les dirigeants kosovars ont été contraints de signer sous la pression occidentale, excluaient explicitement la possibilité de l'indépendance du Kosovo et prévoyaient le désarmement de son armée, I'UCK.

Mais surtout, les Serbes du Kosovo, assistant aux bombardements aveugles de leur pays et de leurs familles, ont resserré les rangs derrière Milosevic. Les éléments les plus réactionnaires ont pu procéder à une purification ethnique devenue systématique, presque sans opposition (même s'il y a d'innombrables histoires de Serbes qui ont tenté de protéger des Albanais). L'OTAN savait que cela se produirait, mais défendre les Kosovars est vraiment le dernier de ses soucis.

3 - Est-ce que l'OTAN ne vise que des cibles militaires?

Un général de l'OTAN a déclaré "I'OTAN détruira tout ce à quoi Milosevic attache un prix". Ils ne feignent même plus de ne viser que des cibles militaires. Désormais, les cibles comprennent les lieux de vie et de travail des Serbes ordinaires. Depuis la deuxième semaine des bombardements, ils se concentrent de plus en plus sur les grandes villes de Belgrade et de Pristina.

Les cibles vont des ports, des raffineries, des centrales hydrauliques, des oléoducs, aux bureaux du Ministère de l'Intérieur en plein centre de Belgrade . Qaund on sait qu'une bombe peut endommager des bâtiments dans un rayon de 300 mètres...

Début avril, I'OTAN a déclaré que les installations de la télévision serbe feraient désormais partie des cibles. Selon France-info, un médecin de Belgrade rapporte que les hôpitaux de la ville ne peuvent plus assurer que trente pour cent des opérations.

 La plupart des cibles restent secrètes, même après les bombardements. Ce n'est certainement pas pour des raisons militaires, mais pour des raisons politiques.

4 - Qui est victime des bombes?

II est certain que la classe dirigeante serbe est à l'abri. C'est la population serbe et les réfugiés kosovars qui en sont les victimes.

Les dirigeants de l'OTAN n'ont pas pu cacher le massacre de dizaines de personnes dans un convoi de réfugiés le 14 avril (à moitié reconnu par l'OTAN après 24 heures de mensonges). Des centaines d'autres civils ont trouvé la mort.

Le 30 mars, CARE, une organisation humanitaire a confirmé qu'il y avait eu au moins neuf réfugiés tués lorsque" des habitations près d'un centre de réfugiés avaient été frappées par les bombes de l'OTAN. Quelques jours plus tard, huit personnes ont été tuées à Nis, quand les avions ont frappé des habitations de réfugiés. II s'agissait de Serbes qui avaient dû fuir la Bosnie pendant la guerre récente. Un autre missile est tombé sur un quartier résidentiel de la ville d'Aleksinac, faisant cinq morts et trente blessés. L'OTAN a reconnu ces faits.

Certaines bombes se sont carrément égarées et sont tombées sur la Macédoine! Un missile est tombé dans le Elov Dol, en Bulgarie. Deux missiles ont explosé près de la capitale de l'Albanie, Tirana.

5 - Les puissances occidentales s'occupent-elles des réfugiés?

La situation des réfugiés a déclenché une campagne humanitaire massive. Heureusement, car les gouvernements trouvent les ressources pour la guerre, mais peu pour l'aide. Plusieurs personnes sont mortes de faim, quinze jours après le début des bombardements, alors que l'OTAN connaissait parfaitement la situation dramatique des réfugiés.

Au début, la France refusait même d'accueillir des réfugiés! Tous les Etats belligérants réunis n'en accepteront que quelques milliers. Et ceci, malgré le fait que 300 000 familles françaises se soient déclarées prêtes à accueillir des réfugiés chez elles. Les Américains proposent même de faire camper des réfugiés dans une base militaire à Cuba (!).

6 - L'OTAN agit-elle au nom de la "communauté internationale"?

Absolument pas. La Grèce, la Russie, la Chine et l'Inde entre autres, s'opposent aux bombardements. L'ONU ne s'est pas exprimée. Pendant les bombardements de ['Iraq, et les sanctions qui ont tué des dizaines de milliers d'Irakiens, on n'entendait parler que de l'ONU, " force pour la paix " etc. . . Mais dès que son conseil de sécurité (déjà loin d'être une instance démocratique) ne veut pas voter la guerre, il est ignoré dans un cynisme complet. Le vrai rôle des misérables marionnettes de l'ONU est dévoilé: pas la moindre protestation de la part de sa direction!

7. L'OTAN défend-elle les droits des minorités ethniques?

C'est un mensonge éhonté. Nos dirigeants bombardent la Serbie et dans le même temps ils arment le gouvernement turc qui a tué 30 000 Kurdes et forcé trois millions de personnes à quitter leurs villages. Par ailleurs la Turquie est membre de l'OTAN! Les Etats-Unis ont aidé à organiser le rapt du dirigeant kurde, Abdullah Ocalan. Les Kurdes en sont réduits à des tentatives déséspérées pour faire avancer leur cause (immolation par le feu et attentats suicides contre des dirigeants militaires turcs), pendant que l'OTAN lâche ses bombes sur la Serbie.

Le gouvemement indonésien, qui continue à commettre des horreurs au Timor Oriental n'est même pas critiqué. Le 8 avril dernier, des milices gouvernementales ont massacré 25 personnes dans une église à Liquica au Timor Oriental. Aucune réaction de nos dirigeants.

8.Les Serbes soutiennent-ils tous Milosevic?

Pas du tout. Par deux fois durant cette décennie, il y a eu des mouvements de masse contre Milosevic. En 1991, 700 000 travailleurs ont fait grève, et Milosevic a envoyé des chars contre eux. Puis, de novembre 1996 à février 1997, d'imposantes manifestations ayant regroupé des centaines de milliers de citoyens serbes avaient laissé croire à une chute possible du régime autoritaire de Milosevic. Mais les mêmes groupes de musique qui se mobilisaient contre Milosevic en 1996, organisent aujourd'hui les concerts quotidiens pour protester contre l'OTAN. Les jeunes qui accrochent des cibles en papier à leur veste et passent la nuit sur les ponts de Belgrade sont les mêmes qui manifestaient contre Milosevic il y a trois ans.

9. Est-ce que les Serbes ont tonjours été derrière les purifications ethniques dans la région?

Non. Il ne faut pas oublier que la plus grande action de purification ethnique organisée en Bosnie fut la déportation massive des Serbes de Krajina. Au lieu de bombarder la Croatie qui organisait l'opération, les Etats-Unis fournissaient une aide logistique à Tudjman, le dirigeant croate ultranationaliste et antisémite. Il est évident que personne à gauche ne peut soutenir l'offensive sanglante de Milosevic au Kosovo. Mais dépeindre les Serbes comme un peuple sanguinaire ne permet certainement pas de mieux comprendre la situation.

10. Les Serbes et les Albanais peuvent-ils cohabiter ?

Dans les décennies d'après-guerre, la cohabitation se passait relativement bien. L'effondrement économique et politique de la Yougoslavie et la montée des opportunistes comme Milosevic ont rendu la situation beaucoup plus difficile. Maintenant, les bombardements ont enterré pour des décennies toute possibilité de cohabitation pacifique. La polarisation politique extrême, les exactions des forces serbes et les Serbes morts sous les bombes, fait disparaître la possibilité d'une vie pacifique.

11. Est-ce que Milosevic est un "nouvel Hitler"?

Milosevic, évidemment, est un ultranationaliste qui représente le contraire de tous les idéaux progressistes. Mais la comparaison avec Hitler est ridicule. Hitler fut le dirigeant de la deuxième puissance industrielle du monde lorsqu'il a écrasé le mouvement ouvrier et pris le pouvoir en 1933. La Serbie est un petit pays qui a un PNB plus petit que celui de la Tunisie. Hitler avait le pouvoir militaire de menacer tout autre Etat. La Serbie n'a même pas pu obtenir une victoire totale contre la Croatie et la Bosnie.

Le régime de la Serbie n'était pas plus répressif que celui de certains proches alliés de l'Occident. L'opposition existe. Le président du Monténégro a été élu contre le candidat soutenu par Milosevic.

En 1995, Richard Holbrooke, chef de l'équipe des négociateurs américains sur la Bosnie, a déclaré: "Milosevic est un homme avec qui on peut travailler, un homme qui reconnait les réalités de la vie en exYougoslavie". ~

Dans son intervention au parlement, le 26 mars, Lionel Jospin a déclaré: "ce conflit a déjà fait près de deux mille morts". C'est horrible, mais ceci est sans proportion avec les six millions de morts dans les camps nazis.

12. Une intervention au sol pourrait-elle améliorer la situation?

Une intervention au sol serait une catastrophe. On verrait deux armées modernes qui se battraient pour chaque pouce de terrain, détruisant tout. II y aurait de très nombreuses victimes de tous les côtés. Une telle guerre pourrait durer des années, et rendrait impossible le retour des réfugiés chez eux.

De plus, une telle guerre pourrait enflammer la région. Les Serbes de la Macedoine pourraient rejoindre le combat, et toute la région des Balkans pourrait s'embraser.

13. Où est l'ennemi principal?

La guerre dans les Balkans oppose deux forces dévastatrices. L'une, Milosevic, suit une politique ignoble, mais ne peut l'appliquer que sur une région limitée. L'autre, les Etats-Unis (avec ses serviteurs européens) peut organiser le même type d'horreur, mais sur une échelle mondiale. Des centaines de milliers de morts depuis 1945 en Amérique centrale, en Asie témoignent de ses crimes. Aujourd'hui, c'est l'ordre économique défendu par les Etats-Unis qui provoque misères, famines et guerres à travers le monde.

15. Quelle est l'alternative?

Une petite fraction de l'argent dépensé pour la guerre aurait permis de reconstruire l'économie yougoslave, dont l'effondrement a poussé les Serbes à chercher des boucs émissaires. Selon le Pentagone, cette guerre coûte entre 400 et 500 millions de francs par jour aux seuls USA.

Les Etats-Unis ont 21 bombardiers B2. L'argent dépensé pour ces avions pourrait fournir la nourriture et les médicaments à tous ceux qui souffrent de faim dans le monde pendant deux ans, Cela permettrait de sauver la vie des 30 000 enfants qui meurent CHAQUE JOUR à cause de la malnutrition.

Dans l'immédiat, aucune solution politique ne peut avancer sans que les bombardements ne cessent. Chaque jour de bombardement, chaque mort dans la guerre, renforcent la polarisation et la haine entre les peuples.

Pas d' OTAN au Kosovo !

Le drame kosovar nous donne étrangement un goût de déjà vécu. Comment ne pas faire le rapprochement avec la Bosnie, qui a accédé à une indépendance "ethnique" après une guerre qui ne finissait pas de tuer des civils. Mais le sort du Kosovo, aux dires des dirigeants, se joue actuellement à la conférence de Rambouillet, où Serbes et Kosovars sont contraints de trouver un accord. Cette conférence " de paix " était, dès le départ, bien mal partie pour les representants de l'armée de libération du Kosovo (UCK) qui se voyaient refuser leur départ pour la France par les autorités serbes, refusant de donner des visas de retour à des "terroristes". De plus, mardi 9 mars, l'agence officielle serbe a publié des avis de recherche contre des représentants du mouvement kosovar, dont certains négocient à Rambouillet...

Parallèlement, les forces serbes continuent leurs opérations militaires. I1 y a près d'un an que Milosevic a lancé l'offensive au Kosovo, menée conjointement par la police et l'armée serbe. Les représentants américains, et de la communauté internationale en général, ont cautionné cette opération, considérée comme un problème intérieur à la Serbie. Le Kosovo est reconnu comme une province serbe. Mais après 11 mois, plus de 2 000 Kosovars sont morts, et environ le quart de la population du Kosovo a fui. À la fin décembre et au début de janvier demier, la violence a connu une nouvelle montée en puissance, révélant la mise à mal de l'autorité serbe.

Le Kosovo est peuplé à 90% par des Albanais, réduit à l'état de seconde classe: interdiction de l'enseignement de la langue albanaise, emplois réservés aux Serbes... Cette expression légitime l'aspiration à l'indépendance des Kosovars. De plus, la stratégie de rébellion armée, dans cette province contrôlée d'une main de fer par la Serbie, a obtenu de façon très large l'appui des Albanais. Les occidentaux menacent les rebelles de fermer les frontières à toute arrivée d'armes... les autorités serbes seraient les premières à s'en féliciter. Les frappes aériennes que prévoit l'OTAN en cas de non-accord à Rambouillet ne pourront en rien servir la cause kosovare, au contraire. Milosevic se sert de la menace de frappes aériennes comme un moyen pour faire faire ltopposition àson pouvoir. Les menaces d'Octobre dernier ont permis à Milosevic de fermer des journaux et des radios. Face à l'agression extérieure, les opposants à Milosevic se discréditent, et l'intervention serbe au Kosovo n'apparaît que plus justifiée pour défendre la Serbie.

Le "plan de paix" proposé par la communauté intemationale à Rambouillet repose sur la menace militaire. En fait, il ne prévoit aucunement l'indépendance du Kosovo, mais son autonomic. Le Kosovo serait à la fois autonome et partie constituante de la Serbie... La population du Kosovo veut l'indépendance et peut voir l'intervention de l'OTAN comme un moyen pour stopper les atrocités serbes. En fait, la trentaine de milliers d'hommes qui constituerait la "force de maintien de la paix" ne serait là que pour appliquer un accord injuste envers les Kosovars. Les indépendantistes ne se battront plus contre les forces serbes, mais contre celles de l'OTAN. Rien des propositions internationales ne pourra faire aboutir à une paix juste.

Mathieu Schmitt

 
 
 

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Non aux bombes de l'OTAN !
Editorial de Gauche! N°16 (15 avril 1999)
Les images des réfugiés kosovars, mourant de faim aux portes de l'Europe, ont declenché un des plus grands mouvements de solidarité depuis la deuxième guerre mondiale. Des millions de gens ont fait des dons, des centaines de milliers ont déclaré qu'ils étaient prêts à accueillir les réfugiés. Cette campagne démontre à quel point les gens peuvent être solidaires, et contredit l'idée que l'individualisme est seul roi dans notre société.

Le droit des réfugiés de vivre en paix chez eux, et le droit des Kosovars à l'indépendance doivent être défendus par tout militant de gauche. Mais nos dirigeants utilisent ces images pour défendre une autre barbarie, celle des bombes qui tuent des centaines ou des milliers de personnes en Serbie.

Cependant la campagne pour gagner l'opinion publique n'est que partiellement gagnée. L'enthousiasme pour aider les Kosovars coexiste avec une énorme confusion au sujet de la cette guerre.

Au début des bombardements, la majorité des Français y était opposée. Aujourd'hui 70% déclarent qu'ils soutiennent les bombardements. En même temps, une majorité considère (au moment où nous écrivons) que la campagne de bombardements est en train d'échouer. Et des millions de gens sont sceptiques par rapport aux "informations" livrées par les médias sur la guerre.

Pour gagner le soutien de la population, la presse et la télé ont dû utiliser tous leurs moyens habituels. Ceux qui soutiennent la guerre sont invités en tant qu'"expert" dans les studios de télévision. Ceux qui sont contre sont interviewés rapidement en tant que "manifestant" doux rêveur.

Dans ce journal, nous développons bien des arguments historiques et factuels contre l'intervention occidentale. Mais les opposants à la guerre n'ont même pas le centième des ressources de l'appareil de l'Etat, de l'OTAN et des médias.

Après la guerre seulement, dans quelques mois ou quelques années, nous découvrirons la quantité de mensonges et de fraudes qu'on nous déverse au sujet de cette guerre, comme cela a été au sujet du Rwanda, de la guerre du Golfe ou de la Somalie.

Aujourd'hui, qui défend encore que la guerre du Golfe fut une guerre pour la démocratie?

Bien sûr, il ne suffit pas d'attendre que l'histoire rende son verdict. Il faut dès aujourd'hui mobiliser pour s'opposer aux bombardements. Le soutien de la majorité de la population au début d'une guerre est tout à fait prévisible. I1 ne dure souvent pas, comme le témoigne par exemple le mouvement contre la guerre du Viêt Nam.

I1 y a tout lieu d'être déçu aujourd'hui par les dirigeants des grandes organisations qui devraient mobiliser contre la guerre. Robert Hue, après avoir appelé à deux ou trois manifestations contre l'OTAN a refusé d'en appeler à d'autres, sous prétexte qu'il ne fallait pas manifester avec des organisations serbes qui ne reconnaissaient pas forcément le droit à l'indépendance des Kosovars. La vraie raison de son changement d'avis, c'est plutôt l'approche des élections européennes, et sa baisse dans les sondages.

Les Verts, et en premier plan Daniel Cohen Bendit soutiennent les bombardements, malgré leur tradition antimilitariste. La CGT et la FSU, qui ont pris position contre la guerre, ne mobilisent pas et tendent à avoir des positions plus "modérées" chaque semaine.

Le PS a pris position pour l' intervention occidentale, mais des militants contestent la direction sur ce point.

Les gens qui sont contre la guerre sont clairement en minorité. I1 faut qu' il s' organisent, et qu' ils prennent le temps d'argumenter et d'expliquer leurs raisons.

Au fur et à mesure que la crise mondiale s'approfondit, il y aura de plus en plus d'interventions de ce type. I1 y a un besoin urgent de clarifier les idées pour pouvoir mobiliser l'opposition contre l'horreur de cette guerre. Nous voulons que notre journal, notre affiche et la pétition contribue à la mobilisation. Prenez l'initiative, utilisez ces outils autour de vous, et contactez-nous pour savoir comment s'opposer à la guerre.

Urgence - Arrêtons cette sale guerre !

Editorial de Gauche! N°17 (juin 1999)
Hôpitaux, ambassades, convois de réfugiés prisons stations de télévision ports centrales éléctriques, usines, chemins de fer - les bombes de l'OTAN continuent de détruire la Yougoslavie. En Serbie et au Kosovo le nombre des victimes est bien plus important que celui qu'on nous annonce.

Et on commence à préparer une boucherie encore plus meurtière -la guerre terrestre - qui semble probable.

Les réfugiés kosovars parqués dans des camps, acceptés en tout petit nombre dans les pays occidentaux, sont bien le dernier des soucis de l'OTAN. C'est à contre-coeur que le gouvernement français a accueilli les quelques milliers de réfugiés hébergés dans notre pays.

On nous parlait d'une "question de jours, pas de semaines" pour les bombardements. Maintenant, certaines sources proches de l'OTAN parlent d'un retour des réfugiés chez eux "dans deux ans".

Des millions d'électeurs de gauche s'opposent aux bombardements. Mais les directions du PS et des Verts sont devenus des va-t-en-guerre répugnants. Et, de façon surprenante, les grandes forces supposées plus radicales, comme le PCF, ne mobilisent pas contre la guerre. Chaque meeting électoral aurait dû être un moment pour construire un grand mouvement contre la guerre, mais ils ont trop peur de perdre des voix aux élections européennes.

Grace au manque de mobilisation, une énorme confusion persiste chez les gens. Ils voient bien que les bombardements ne fonctionnent pas, que ce sont les civils qui meurent, que la région du Kosovo est en train d'être détruite.

Mais ils ont souvent tendance à demander "Quelle était l'alternative ?" "On ne pouvait pas laisser faire."

Cette question a deux réponses. D'abord, ce qu'il n'aurait pas fallu faire. II n'aurait pas fallu écraser la Yougoslavie sous les demandes du Fond Monétaire International. Il aurait fallu de l'aide économique il y a dix ans, qui aurait donné moins de base au nationalisme raciste de Milosevic, car celui-ci s'est construit sur la crise économique. Il n'aurait pas fallu soutenir les différents nationalismes en Bosnie, ni entériner la purification ethnique là bas, comme l'ont fait les puissances occidentales.

Deuxièmement, l'argument "qu'il faut faire quelque chose" ne peut pas excuser une politique de massacre. On ne libère pas un peuple en le bombardant!

L'OTAN ne fait pas la guerre pour les Kosovars, mais pour asseoir sa domination sur la région . L' accord de Rambouillet était écrit de telle façon qutil n'y avait aucune possibilité pour que Milosevic le signe .

Il faut exiger l'arrêt des bombardements, et l'accueil massif des réfugiés en France.

La guerre au sol approche, les Serbes et les Kosovars continuent à mourir. Milosevic est renforcé. II est urgent de construire des comités contre la guerre partout. Chaque jour, faites quelque chose pour arrêter cette guerre.

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Des milliers de morts pour rien

Éditorial au supplément de Gauche ! N.17 juin 1999)
En politique tout change, parfois très rapidement. Au moment où nous bouclions ce journal, la guerre des Balkans n'était pas encore finie, et c'est pourquoi nous avons donné des éléments pour se mobiliser contre la guerre. Mais après 75 jours d'horreur, I'OTAN, avec la bénédiction des Nations Unies, a conclu un accord avec Milosevic et installe désormais ses troupes au Kosovo.
    Cette sale guerre a tué des milliers de civils serbes ou kosovars indistinctement et détruit l'économie yougoslave. Plus d'un millier d'avions ont été engagés pour déverser quelque 14 000 bombes sur la République Fédérale Yougoslave. Selon le porte-parole militaire de l'OTAN, le colonel K.Freytag, il y aurait eu "plus de 10 000 morts" parmi les troupes serbes et yougoslaves. Ce bilan est bien plus élevé si l'on prend en compte les civils morts sous les bombes. Ajoutons à cela la souffrance des quelques 700 000 réfugiés kosovars qui ont fui massivement leur province au début des bombardements de l'OTAN, et qui y retrouveront un champ de ruines.
    Près de 60% des ressources de pétrole ont été détruites, environ 40% des centres de transmission radio sont inutilisables, la télévision de Belgrade a été réduite au silence et les capacités aériennes ramenées à 30% de leur niveau d'avant-guerre. Les principales usines ont été anéanties, mettant des centaines de milliers d'ouvriers au chômage. II ne reste plus qu'un seul pont en état de fonctionner sur les 45 qu'il y avait à Belgrade. On imagine l'enfer quotidien que vivent les populations civiles, serbe ou kosovare : diffcultés d'approvisionnement, impossibilité de déplacement, manque de soins...
   La guerre, en plus des atrocités qu'elle engendre, est très chère. Des experts militaires interrogés par le Financial Times estiment que l'intervention occidentale dans les Balkans a coûté près de 20 milliards de dollars. Ce sont les contribuables des pays membres de l'OTAN qui règlent la facture. Aussi, Belgrade estime le coût de la reconstruction a plus de 180 milliards de dollars... Qui va payer ? Les occidentaux refusent d'aider la République fédérale Yougoslave tant que Milosevic restera au pouvoir. Les bons vieux réflexes coloniaux reviennent -les États-Unis ne revendiquent pas des élections en ex-Yougoslavie pour savoir la volonté des peuples - ils revendiquent un résultat précis : la non-réélection de Milosevic ! La démocratie a vu de plus beaux jours.
   Partout, les médias se faisaient l'écho de nos dirigeants en disant que Milosevic avait poussé à la guerre et que celle-ci était en quelque sorte inévitable. Cela est faux. L'accord entre la République Fédérale Yougoslave et les occidentaux aurait pu être conclu sans qu'il y ait de guerre. En réalité, I'OTAN a reculé, en admettant que ses troupes ne puissent plus circuler en toute impunité à travers la RFY, Serbie comprise, comme le prévoyaient les accords de Rambouillet, que Milosevic a refusé de signer et qui ont déclenché la guerre. Les propositions du G8 ne concernent plus que la province du Kosovo, et ne touchent pas à la Serbie.

   Alors cette guerre n'avait rien d'une guerre juste. L'OTAN a intégré la Turquie, pays qui opprime les Kurdes, et n'a que faire de la défense des minorités. II suffit pour cela de voir l'attitude de l'OTAN envers l'UCK, I'armée de libération nationale du Kosovo. En fait, l'OTAN a cherché à faire de cette armée son pion au Kosovo dans l'éventualité d'une intervention terrestre. Mais les accords avec les autorités yougoslaves prévoient le désarmement de l'UCK Plus encore, dans la crainte d'une armée n'étant pas sous le contrôle de l'OTAN, les occidentaux n'ont pas hésité à bombarder début juin sept bunkers de l'UCK.

   Les bombardements sontfinis. Mais les problèmes qu'ils ont causé dans la région ne font que commencer. Les États-Unis et la Russie se disputent le contrôle de telle ou telle partie du Kosovo. Le retour des réfugiés ne semble pas évident. En Bosnie, 75% des réfugiés ne sont jamais retournés chez eux comme les accords le prévoyaient. L'OTAN s'en souciera très peu.

   Cette guerre criminelle pourrait bien reprendre : les troupes de l'OTAN combattant des Serbes irréductibles, voire même l'UCK. Mais, la situation économique et politique étant très instable, il y aura bien d'autres Kosovo. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'avenir dépendra de la mobilisation. Le compromis que vient de faire l'OTAN avec les autorités yougoslaves est pour partie dû à la forte mobilisation anti-guerre qu'il y a eu dans certains pays, notamment en Grèce et en Italie. Un mouvement de masse contre la guerre ici en France aurait pu écourter le conflit, et sauver des milliers de vies là-bas. C'est pour éviter que d'autres tragédies puissent avoir lieu qu'il est nécessaire de construire un réseau de militants poussant à la mobilisation anti-guerre lorsque de nouvelles situations de ce type se présenteront

Les crimes de guerre de l' OTAN

Nous savons maintenant que l'accord signé avec Milosevic aurait pu été atteint sans les bombardements. Pour le prestige de l'OTAN, des milliers de familles pleurent leurs victimes.

Les tueries comprennent :

    5 avril à Aleksinak. 17 morts civils

9 avril à Pristina. Bombe sur la centrale téléphonique touche les habitations voisines -plusieurs morts

12 avril à Grdelica. Deux missiles sur un train de passagers : 55 morts

14 avril à Dakovica. L'OTAN bombarde deux convois de réfugiés - 75 morts parmi les réfugiés kosovars.

28 avril à Surdulica. Bombe sur un quartier résidentiel : 20 morts

ler mai Luzane. Bombe de l'OTAN sur un bus de civils : 47 morts

7 mai Nis. Une bombe à fragmentation tombe au centre-ville : 15 morts

8 mai Belgrade. L'OTAN bombarde l'ambassade de Chine : 4 morts

13 mai Korisa. L'OTAN bombarde un village. Les journalistes occidentaux confirment qu'il n'y avait aucun cible militaire. 87 morts.

20 mai Belgrade. Un hôpital est bombardé - 4 morts

22 mai Kosare. L'OTAN bombarde les positions de l'UCK. 7 morts

30 mai Vanjarin. Un pont bombardé : 11 morts

31 mai Surdulica. Plusieurs missiles frappent un sanatorium : 20 morts.

Ce tableau ne représente qu'une petite partie des victimes civiles celles tuées soi disant "par erreur". Les journalistes tués dans le siège de la télévision serbe, les ouvriers tués dans les usines d'automobiles, dans les raffineries, les centrales électriques, sur les ponts de Belgrade, ne sont pas comptés, et on ne saura peut être jamais la vérité.

    Lors de certaines de ses "sorties", I'OTAN a délibérément voulu maximiser le nombre de victimes. Les bombes à fragmentation n'ont aucune justification militaire dans cette guerre, sauf la volonté de tuer autant de personnes que possible.

Deux jours avant la fin des bombardements, quand il était clair qu'un accord allait être signé rapidement, I'OTAN a lancé un tapis de bombes sur des bataillons serbes, tuant d'un seul coup plusieurs centaines de soldats.

    L'infrastructure a également été délibérément détruite par l'OTAN. Voici une liste d'une partie des bâtiments détruits ou endommagés.

    Écoles: 7 écoles élémentaires (à Belgrade, leskovac et Lucane). Deux crèches.

    Industrie: Deux usines pharmaceutiques, deux usines de tabac, une usine automobile, une autre de textile, une autre de fabrication de chaussures.

    Hôpitaux: Huit hôpitaux ont été frappés, dont le centre de gérontologie à Leskovac, et le centre des urgences à Belgrade.

    Monuments: Un monastère du 1 2ème siècle, un autre du 14ème siècle, et un troisième du 17ème siècle.
 

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L' OTAN : premier responsable de l'horreur

Paru dans Gauche ! N°18 juillet-août 1999
   Après avoir massacré des milliers de civils sans rien résoudre des problèmes politiques des Balkans, I'OTAN se met à crier victoire. La guerre au Kosovo était loin d'être inévitable. Pourtant, à en croire nos dirigeants politiques et les médias, les 78 jours de bombardements intensifs qu'a subi la République Fédérale Yougoslave seraient dus à la folie meurtrière d'un "dictateur' Milosevic. Cet ennemi, officiellement désigné par le Tribunal Pénal International, est considéré comme le responsable unique de la guerre. L'OTAN aurait été 'forcé' à intervenir, ayant le devoir de défendre les minorités opprimées. Mais derrière ces mensonges cyniques se cachent les réalités d'une intervention qui a été terriblement meurtrière et dont les buts sont tout sauf humanitaires.
L'OTAN, dès sa création, a été le bras armé de l'Occident sous la coupe des États-Unis. Au début, en avril 1949, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord se devait de créer une zone de sécurité contre l'URSS et ses satellites. Si l'un des leurs était gagné par la "peste rouge", les autres pays membres de l'OTAN avaient l'autorisation d'intervenir militairement pour éliminer le danger "communiste" et rétablir l'ordre.
   Pur produit de la Guerre Froide (le pacte de Varsovie fut son équivalent pour les pays de l'Est), I'OTAN a pourtant très bien survécu à l'effondrement des régimes qui justifiaient son existence. Au sommet des pays membres de l'OTAN à Rome, en novembre 1991, la conclusion fut de dire que "la nouveauté de cet environnement n'affecte ni l'objet ni les fonctions de sécurité de l'Alliance mais en fait ressortir la permanente validité".
   La chute du mur de Berlin en 1989 et la désintégration du Pacte de Varsovie en 1991 ont considérablement diminué le contrôle de toute une région du monde (pays de l'Est, région du Caucase et zone balkanique). Pour les États Unis, l'OTAN devait alors se trouver une nouvelle mission: être la force armée de l'Europe en construction, pour s'élargir à l'Est en s'établissant sur des régions jusqu'alors hors de son contrôle.
Maintenir la domination

En fait, les USA sont en grande partie parvenus à leurs fins. L'OTAN est restée dominée par les États-Unis, malgré les vaines protestations de la France qui, en 1996, demandait 1'attribution du commandement sud de l'OTAN à un Européen. Les États-Unis ont refusé de lâcher prise sur le secteur méditerranéen, vital pour pouvoir accéder au théâtre d'opération du Proche-Orient et du Golfe. 

Le contrôle du commandement sud impliquait qu'il fallait jouer le gendarme dans la région balkanique, notamment en Bosnie et au Kosovo. Seul pays possédant une armée assez forte pour des interventions "conséquentes" mais coûteuses, les États-Unis n'ont pas eu trop de mal à imposer leurs vues, et dès décembre 1996, Chirac et Kohl voyaient l'Alliance comme une "garantie indispensable pour la stabilité et la sécurité de l'Europe".

   De plus, le champ d'action de l'OTAN s'élargissait considérablement. Le Conseil de Coopération Nord-Atlantique était créé en 1992 pour regrouper 38 pays et avoir des compétences l'amenant à traiter des crises de la Bosnie-Herzégovine, du Kosovo -et plus généralement de la Yougoslavie-, des conflits du Caucase (région dont les réserves pétrolifères vent gigantesques) et même de la guerre civile au Tadjikistan.

Mais l'OTAN s'aventurait sur des terres où l'histoire du XX ème siècle se confond avec la domination russe. Sans perdre son objectif de trouver de nouveaux membres plus à l'est, I'OTAN chercha à calmer l'opposition russe en créant le 27 mai 1997 un conseil conjoint permanent entre l'OTAN et la Russie. En fait, ce n'est qu'un accord de façade, et la Russie, quémandant les aides internationales , ne peut protester contre le fait qu'en cas de crise ou de décisions majeures seuls les pays membres de l'OTAN pourront intervenir. Toutefois, il est décidé que l'OTAN ne pourra déployer de forces occidentales chez ses futurs membres.

L'adhésion de 3 ex-pays de 1'Est - la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque, même si prévisible, a augmenté les craintes russes. D'autant plus, que d'autres états pourraient emboîter le pas, comme l'Estonie et la Lettonie qui ont clairement montré leur aspiration à devenir membre de l'OTAN. Dès lors, la Russie voit son emprise sur la région qu'elle dominait auparavant sans partage diminuer sensiblement. Cette attitude défensive se traduira dans la combativité qu'elle a à défendre le petit frère yougoslave.

   De façon plus schématique, on peut voir que depuis 1989 l'OTAN dispute à la Russie les régions que celle-ci contrôle historiquement. Parallèlement, au sein même de l'OTAN, les pays européens cherchent à avoir la meilleure place possible face aux États-Unis pour mieux récolter les dividendes (contrats de reconstruction, contrôle de nouvelles zones).

Pied à terre yougoslave

   Ainsi, les interventions en ex-Yougoslavie ont validé le nouveau rôle de l'OTAN. L'heure n'est plus à se confiner dans une zone d'influence bien définie et à la défendre d'un éventuel agresseur. L'OTAN a la possibilité d'étendre ses pouvoirs sur des régions plus vastes, accroissant ainsi la domination occidentale et avant tout américaine. La crise yougoslave a permis à l'OTAN de se poser comme instrument permanent dans la résolution des conflits et comme représentant légitime de l'ordre international, ayant reçu la bénédiction de l'ONU en Bosnie. Alors dès Juillet 1998, I'OTAN envoie des avions pour des manœuvres en Albanie.

   En faisant la guerre à la République Fédérale Yougoslave, malgré l'opposition de la Chine, de la Russie, et donc sans mandat de l'ONU, l'Alliance s'est affirmée comme seul garant de la sécurité en Europe. Cette guerre a permis aux Etat-Unis de montrer leur suprématie aux pays européens - incapables d'intervenir sans eux, à la Russie et à n'importe lequel des plus petits pays du monde qui remet en cause l'ordre mondial que les États-Unis défendent.

   Dans ce contexte, on peut mieux comprendre les raisons qui ont poussé l'OTAN à faire la guerre au Kosovo et en Serbie. Les accords de Rambouillet spécifiaient dans l'article 8 de 1'annexe B: "Le personnel de l'OTAN, ses véhicules, vaisseaux, avions et équipements devront bénéficier d'un passage libre et sans restriction à travers la République Fédérale Yougoslave et d'un accès sans entrave à son espace aérien et fluvial. Cela inclut, sans s'y limiter le droit de bivouac, de manœuvre, de contournement et d'utilisation des aires ou des facilités nécessaires pour le soutien l'entraînement et les opérations". En fait, la volonté de l'Alliance était d'établir un véritable protectorat néocolonialiste sur toute la République Fédérale Yougoslave, provinces du Kosovo et de la Serbie comprises.

   Cet accord était inacceptable pour Milosevic car il équivalait à livrer son état à l'occupation étrangère. L'OTAN a alors déclenché la guerre en rejetant la faute sur Milosevic, "coupable de ne pas avoir voulu signer ces accords". Stabiliser la région, asservir le pouvoir yougoslave, tel était le but de l'intervention de l'Alliance.

   Elle a renforcé son implantation dans la région. Un mois après le début des frappes, cinq ex-républiques soviétiques (Géorgie, Ouzbékistan, Ukraine, Azerbaidjan et Moldavie) se sont alignées sur les positions occidentales, au grand dam de la Russie. De plus, la Roumanie, la Bulgarie et la Hongrie ont appuyé l'alliance contre la Russie. Celle-ci, en voulant apporter du renfort à ses troupes au Kosovo, s'est vu refuser l'entrée dans leur espace aérien (le 3 juin). C'est donc un véritable pied à terre dans la région que l'OTAN a créé.

La guerre ne s'est donc pas déclenchée pour des motifs humanitaires, loin de là. Si l'OTAN était intervenu pour défendre le droit des minorités, jamais elle n'aurait toléré que la Turquie, pays membre, soit responsable de la mort de plus de 30 000 kurdes et de l'exode d'1 million d'entre eux.

Désastre humain

   L'OTAN au Kosovo n'a pas défendu les peuples opprimés : c'était le dermier de ses soucis. Plus la violence des bombardements était forte, plus les massacres d'Albanais semblaient justifiés pour les extrémistes serbes. Les massacres les plus massifs ont eu lieu dans les premiers jours qui ont suivi le déclenchement des bombardements. Les villageois albanais évoquent l'assaut des "forces serbes" du 24 et 25 mars, qui a été le plus sanglant. Ainsi, le village de Velika Kruca, au sud du Kosovo, a subi les plus fortes attaques serbes (des centaines d'exécutions) le 27 mars. De plus, les centaines de milliers de réfugiés kosovars, fuyant à la fois les bombardements de l'OTAN et la répression des forces paramilitaires serbes, n'ont trouvé aucun soutien dans leur exode. Alors que cet afflux massif de réfugiés était prévisible, il s'est écoulé 15 jours avant 1'arrivée des premières aides humanitaires, laissant mourir des centaines de civils sur les routes du calvaire.

Aujourd'hui, les journalistes, les différents corps d'armée, les organisations humanitaires, découvrent de nombreux charniers, traces des massacres et de la répression qu'ont subi les civils kosovars, vus comme les complices de l'agresseur américain. La question du qui a fait quoi est extrêmement complexe et on ne peut pas pour l'instant y répondre entièrement. Lorsqu'on entend Paul Risley, porte-parole du Tribunal Pénal International, déclarer : "Non ! Les bombes de l'OTAN n'ont pas tué de civils", on ne peut être que sceptique quant à la véracité des chiffres des massacres. La guerre aérienne de l'OTAN s'est doublée au sol d'une guérilla entre l'UCK (l'Armée de Libération du Kosovo) et les forces serbes. Ces combats terrestres ont entraîné la mort de nombreuses personnes, militaires comme civiles.

Aussi, aux massacres des Kosovars, il s'est ajouté les horreurs que l'on retrouve dans chaque guerre. L'UCK porte aussi son lot d'atrocités. A Prizren, des troupes allemandes ont découvert une chambre de torture que possédait l'UCK. Des postes de police que contrôlait l'Armée de Libération du Kosovo avaient des prisonniers, parmi lesquels des vieillards, retrouvés morts.

Chaque camp ressort de cette guerre les mains salies par le sang des civils. Les bombes de l'OTAN ont tué au moins 1 000 d'entre eux et ont soufflé sur les braises de la haine ethnique, encourageant la guerre, au mépris des horreurs qu'elle engendre. Plus de 10 000 soldats serbes et yougoslaves sontmorts, sans pour autant que le dispositif militaire de Milosevic soit sérieusement mis hors d'état de nuire.

Gaspillage criminel

L'économie yougoslave est dévastée : le coût des réparations est estimé par Belgrade a plus de 180 milliards de dollars. Des centaines de milliers de travailleurs sont au chômage, leurs usines ayant été détruit par les bombes, un seul des 45 ponts traversant le Danube est en état de fonctionner, rendant la vie des populations civiles extrêmement difficile.

   L'intervention occidentale a fait se succéder l'opprimé à l'opprimant, comme ce fut le cas dans l'histoire. En 1913, le Royaume-Uni soutient le contrôle du Kosovo par les Serbes et des milliers d'Albanais sontcontraints à la fuite. Pendant la Première Guerre Mondiale, des atrocités sont commises des deux côtés et près de 100 000 Serbes civils et militaires sont tués. Au cours de la Deuxième Guerre Mondiale, les Albanais, alliés à l'occupant nazi, tuent des Serbes et des Monténégrins vivant au Kosovo. Aujourd'hui, on fait état d'exactions faites à l'encontre de la minorité serbe du Kosovo, dont la grande partie fuit vers la Serbie. La volonté de vengeance a encore grandi.

   Pour faire la guerre, I'OTAN a dépensé jusqu'à présent quelques 20 milliards de dollars. Ces dépenses vont être bien plus élevées si l'on prend en compte le coût des forces d'occupation permanentes. L'argent investi dans la guerre pour détruire des richesses et tuer des hommes aurait pu servir à aider les populations, toutes ethnies confondues, à améliorer leurs conditions de vie. L'OTAN n'en a que faire : des milliers de réfugiés qui attendent de rentrer dans leur pays vont y retrouver un champ de ruines.

Hypocrisie

   Les accords qui ont permis de mettre fin à la guerre auraient pu être trouvés sans que celle-ci ne commence. Tous les médias se sont fait l'écho de la "défaite" de Milosevic face aux puissances occidentales. Le quotidien Libération titrait même dans son numéro du vendredi 4 juin "La capitulation". En fait, cela est faux. Les deux belligérants ont reculé. Milosevic a accepte le retour à une autonomie substantielle du Kosovo ( la présence de troupes occidentales au Kosovo) et l'OTAN a renoncé à sa volonté de transformer la totalité de la République Fédérale Yougoslave en une base militaire retranchée, appuyant son avancée vers l'est et la région du Caucase. Les frontières de la République Fédérale Yougoslave ont été reconnues comme intangibles par l'OTAN.

   Peu de temps avant la conclusion de l'accord, I'OTAN préparait l'intervention terrestre, massant ses troupes dans les pays limitrophes du Kosovo. Dans le cas d'une guerre au sol, I'UCK devait constituer une armée d'appui, aligné sur l'Alliance. Mais lorsque des accords avec Milosevic approchent, l'OTAN change son fusil d'épaule, et voit dans l'UCK un allié plutôt encombrant. Effectivement, dans l'hypothèse d'un déploiement des forces occidentales au Kosovo dans le but de vérifier le respect des accords, les troupes de l'Alliance se voient doter d'un rôle de police à l'intérieur du Kosovo, rôle que revendique l'UCK. On peut ainsi expliquer pourquoi l'OTAN a bombardé "par erreur", au moment où allaient se conclure les accords, sept bunkers de l'UCK.

   Aujourd'hui, la question de savoir qui aura la responsabilité de la police au Kosovo n'est pas résolue. Hashim Thaci, le chef politique de l'UCK et premier ministre du gouvernement provisoire du Kosovo la revendique : "Il faut créer une police du style de la garde nationale américaine. L'UCK en a la responsabilité", Mais, le tout récemment nommé Commissaire du Kosovo, Bernard Kouchner, est contre une police contrôlée par l'UCK et affirme qu'il ne faut pas recruter des membres de l'UCK pour cette police".

   Ce n'est pas un hasard si l'UCK et Kouchner, représentant de la "communauté internationale" s'affrontent sur la question de la police. La police, c'est la force qui permet de contrôler et de faire régner l'ordre sur les populations. Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Pristina vendredi 2 juin au soir, pour témoigner leur soutien à l'UCK. L'Armée de Libération du Kosovo a pour une large part l'assentiment populaire des kosovars et constitue la figure de proue de la lutte pour l'indépendance.

Même si Hashim Thaçi n'a pas repris le slogan Pavaresia ! (Indépendance !) que scandait la foule, la revendication est toujours là. D'après Kissinger, ancien secrétaire d'état américain : "I'UCK a combattu pour l'indépendance pas pour l'autonomie (..) Les États-Unis pourraient se retrouver dans la position ironique de voir les Albanais leur résister et peut-être même d'avoir à les combattre". Et l'OTAN, malgré le déluge de bombes qu'elle a jeté sur le Kosovo et la Serbie, n'a pas obtenu l'indépendance du Kosovo, parce qu'elle ne se battait pas pour ça. Le Kosovo a le statut d'autonomie interne dans la République Fédérale Yougoslave. Les occidentaux ne veulent pas d'un état indépendant dont le pouvoir ne serait pas entièrement à leur botte. Deux Albanais ont été abattus par des soldats britanniques qui se sentaient menacés par des tirs d'armes automatiques lors de la manifestation. Preuve du décalage qui existe entre les troupes de l'OTAN sous mandat de l'ONU et la population kosovare.

Alors, ''Il faut tout refaire, tout créer au Kosovo" pour reprendre les mots de Bernard Kouchner. Tout dépendra de qui "refera" et qui "recréera". La guerre de l'OTAN n'a rien résolu, mais le renforcement du rôle de l'alliance promet bien d'autres massacres à l'avenir.

Mathieu Schmitt

 
 
 

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D'ou viennent les guerres
Paru dans Gauche ! N°17 juin 1999
Souvent, on entend parler de la guerre et des barbaries comme des phénomènes répétitifs qui existeraient depuis la nuit des temps. L'histoire du XXème siècle nous fait abonder en ce sens : des dizaines de guerres (Les Etats-Unis étant à eux seuls intervenus des dizaines de fois), près de 100 millions de morts et des atrocités tonjours plus sophistiquées compte tenu des formidables avancées technologiques. Depuis l 'invention de l'arme nucléaire les grandes puissances ont la possibilité de détruire la planète entière. Mais, se limiter au XXème siècle ne suffit pas pour tirer des conclusions sur l'humanité toute entière.

En fait, l'homme a passé une grande partie de son existence sans connaître la guerre. La majeure partie de l'existence de l'humanité, des centaines de milliers d'années, s'est passée dans des sociétés qui vivaient de la chasse et de la cueillette. Hommes et femmes vivaient ensemble et partageaient le fruit de leurs travaux respectifs. Les disputes se résolvaient à l'intérieur du groupe. Dans ces communautés primitives, il n'existait ni armées, ni forces pour faire régner l'ordre.

Aussi, vivre de la chasse et de la cueillette nécessitait pour ces groupes un déplacement quasi permanent et impliquait une productivité du travail extrêmement faible. II leur était impossible d'accumuler des richesses. Personne ne pouvait donc s'accaparer des biens pour en jouir aux dépens des autres. II n'existait pas alors de rapports riches-pauvres. Aujourd'hui, il existe encore des sociétés de ce type en Afrique ou en Amérique du Sud. II semble que la notion de guerre leur soit complètement inconnue, même si des formes occasionnelles de conflit existaient entre les différentes sociétés de nomade.

Plus tard, certaines sociétés se mirent à pratiquer l'élevage et l'agriculture. Ceci eut des conséquences énormes sur le mode de vie et l'organisation sociale. Contrairement à une économie de chasse et de cueillette, une économie d'élevage et d'agriculture permettait aux hommes d'obtenir plus de nourriture qu'il n'en fallait pour répondre à leurs besoins immédiats. Ceci fut la première forme de surplus économique. La question se posait alors de savoir qui allait posséder, donc contrôler ce surplus. Une minorité en était devenue le maître et vivait du travail de la majorité. La société s'était divisée en différentes classes sociales.

Ceux qui bénéficiaient du surplus de richesses avaient tout intérêt à ce que l'état des choses ne changea pas. C'est dans ce but que l'État fut crée, faisant apparaître juges et armées pour protéger les intérêts des privilégiés. L'armée devait donc défendre les richesses de la communauté mais aussi les agrandir, notamment en allant conquérir les terres et voler les biens des tribus voisines. Ce processus s'étala sur des milliers d'années.

État et classes sociales

Toutes les sociétés de classes, où une minorité de privilégiés vit du travail de la majorité, engendrent des guerres. II y a plus de 2 000 ans, l'expansion territoriale de Rome se fit à travers de nombreuses guerres qui tuèrent environ un million de personnes. A l'époque féodale, les sociétés n'étaient pas moins violentes, plongeant les peuples dans des guerres sans fin.

Mais les guerres ne bénéficiaient pas à tout le monde. Elles profitèrent à une petite minorité d'hommes riches et puissants. Les guerres appauvrissaient les peuples conquis, mais aussi bon nombre de ceux qui étaient dans le camp des vainqueurs. Les habitants des villes et les paysans des nations victorieuses devaient travailler dur pour payer les taxes servant à financer la guerre. Les rois et les princes guerriers prélevaient une bonne part des récoltes des paysans, n'hésitant pas à laisser ceux-là dans la faim si cela était nécessaire, pour nourrir leurs armées.

Ceci ne se fit pas sans que les populations n'y opposèrent leur force. Les pauvres de la Rome antique protestèrent et organisèrent des révoltes contre leur traitement.' A l'époque médiévale, de nombreux soulèvements de paysans ont eu lieu.

Les sociétés se développant, de nombreuses améliorations ont eu lieu concernant les conditions de vie des humains. En revanche, les innovations technologiques ont permis de développer des armes beaucoup plus meurtrières. La guerre a pris une toute autre dimension avec le capitalisme. Le système capitaliste se fonde sur le profit et la compétition. Celle-ci pousse toujours le capitaliste à dépasser son rival, ce qui a permis d'accroître considérablement les forces de production. Et par voie de conséquence, les forces de destruction.

Dès lors, les capitalistes ont poussé à envahir d'autres pays. Les pays capitalistes les plus puissants se sont mis à la conquête d'une partie du monde. Ils ont fait la guerre à des pays pour piller leurs matières premières et faire de leurs peuples des communautés asservies. Au XIXème siècle, les puissances européennes se sont transformées en de véritables puissances impérialistes. Le Royaume-Uni régnait sur près de 19 millions de km2 et la France sur 14 millions de km2, près de 30 fois la superficie de la France actuelle.

Au cours du XXème siècle, la concurrence entre les grandes puissances pour dominer le monde a coûté des milliards de milliards de francs.

La concurrence entre les grandes puissances

Ainsi, la première guerre mondiale fut moins due à l'attentat de Sarajevo qu'à la concurrence économique et financière qui opposaient entre elles les principales puissances mondiales. Même si la première guerre mondiale fut présentée dans chaque pays comme une guerre défensive. Elle fut en réalité une guerre entre pays impérialistes qui se disputaient entre autres leurs empires coloniaux afin de trouver de nouveaux marchés pour élargir leurs débouchés. Cette guerre entre grandes puissances européennes n'était que la continuation par d'autres moyens de la guerre économique. Elle ne fut en fait qu'un nouveau partage du monde qui permis aux États-Unis d'accéder au rang de première puissance mondiale.

Les guerres sont dues à l'impérialisme, à la concurrence entre les puissances. Or cette concurrence est exacerbée en cas de crise. Ainsi la seconde guerre mondiale est directement issue de la crise économique qui débuta aux États-Unis en 1929. Aux prises avec des difficultés économiques, les grandes puissances ne peuvent plus se permettre la moindre concession et sont plus facilement prêtes à passer à un affrontement militaire. De plus, le réarmement et sa suite logique, la guerre, peuvent représenter une porte de sortie pour les grands capitalistes lorsqu'ils sont face à une crise de surproduction.

Dans les années 1930, 1'Italie et l'Allemagne parviennent à redresser le niveau de leurs productions industrielles. En fait, il ne s'agit alors pas de biens bénéficiant aux populations mais d'armes. De même, ce n'est qu'avec leur entrée dans la seconde guerre mondiale que les États Unis parviennent réellement à relancer leur économie. II est parfaitement hypocrite pour les dirigeants des pays vainqueurs de présenter la seconde guerre mondiale comme une guerre idéologique, un combat de la liberté contre le nazisme. Certes les régimes fascistes et nazis étaient des régimes barbares mais cela était indifférent aux gouvernements des pays alliés.

Churchill admirait l'Italie fasciste où "l'ordre" régnait. L'ordre, c'est-à-dire l'interdiction des syndicats et la liberté laissée aux patrons d'accroître l'exploitation d'une classe ouvrière privée de toute organisation capable de défendre ses intérêts. Roosevelt et ses hommes du département d'État étaient de francs antisémites et refusèrent d'accueillir des réfugiés juifs allemands et d'Europe de l'Est maintenant jusqu'à la fin de la guerre les quotas limitant l'immigration des Juifs, institués dans les années 1920.

Pendant la guerre, les voies de chemin de fer conduisant aux camps de la mort ne furent pas touchées. II semblait plus intéressant aux yeux des classes dirigeantes de bombarder massivement les villes pour terroriser les populations. Ainsi le bombardement de Dresde qui fit plus de 100 000 morts ne représentait aucun intérêt militaire. Comme aujourd'hui en Serbie cela n'eut comme résultat que de souder encore plus la population derrière ses dirigeants. A la Libération, rien n'était prévu pour les déportés, ni sur le plan médical, ni sur le plan alimentaire.

L'objectif des principales puissances victorieuses était en fait d'obtenir un redécoupage des zones d'influences. Partage qui eut lieu lors des différentes conférences de la seconde guerre mondiale.

Mais les 55 millions de morts de la seconde guerre mondiale n'ont pas mis un terme aux guerres. Avec l'armement nucléaire nous voyons que les grandes puissances sont prêtes à risquer la destruction de la planète pour garantir leur règne.

Aujourd'hui, les guerres civiles sont beaucoup plus nombreuses (Kurdistan, Libéria, Soudan, Congo, Colombie. .. ) et meurtrières que les conflits entre États. Les classes dirigeantes ont aussi un autre intérêt pour le développement de la production et des forces militaires. Les armes ne sont pas seulement l'instrument de lutte entre classes dirigeantes lors de conflits entre Etats. Elles sont aussi les forces que les dirigeants utilisent contre leurs propres populations qui se révoltent contre leur sort. Avec la crise économique actuelle, les tensions sont non seulement plus fortes entre États mais aussi à l'intérieur des pays entre les différentes classes sociales.

Le nouvel ordre mondial

Le maintien d'un ordre mondial capitaliste dominé par les États Unis est aujourd'hui une source d'instabilité dans le monde. Car les grandes puissances sont capables de tout pour assurer leur hégémonie sur la planète. Ainsi, elles interviennent régulièrement pour sanctionner les appétits des puissances régionales qui refusent cette soumission à l'ordre mondial établi. Le dernier exemple en date fut la guerre contre l'Irak, en 1991.

De la sorte, le maintien d'un ordre mondial dominé par quelques puissances produit forcément des zones d'instabilité que l'on retrouve dans certaines régions du monde, là où les rivalités entre les grandes puissances est la plus sensible. Parmi ces régions les plus instables, on retrouve le Moyen-Orient, la région de la mer Caspienne, l'Afrique des grands lacs. Ces régions recèlent un potentiel de conflits très important.
 
 

La guerre civile au Congo-Zaire en 1997 illustre bien ces rivalités entre grandes puissances : l'ancien président du Zaire, Mobutu, soutenu traditionnellement par la France, fut renversé par un mouvement de guérilla emmené par Laurent Désiré Kabila, soutenu pour sa part par certains pays voisins, comme l'Angola et le Rwanda, et surtout par les États-Unis. Indirectement, c'était la France et les États-Unis qui s'opposaient par fractions zaïroises interposées.

La tendance générale des puissances occidentales va à l'augmentation des budgets militaires : ainsi depuis le début de l'année, l'administraion américaine a annonce l'augmentation de 112 milliards de dollars des dépenses militaires au cours des six prochaines années. Celles-ci passeraient de 274 à 331 milliards de dollars.

Pourtant, la productivité du travail humain est aujourd'hui si élevée qu'il n'y a plus de besoin matériel pour des conflits entre les peuples. Les moyens techniques pourraient permettre de satisfaire tous les besoins essentiels de l'ensemble des habitants de la planète. C'est seulement la société de classe qui garantit la continuité des guerres.

Mathieu Schmitt
L'OTAN et Milosevic : Deux enfants du même système

Si bien des gens concoivent que le but réel de l'OTAN et des grandes puissances est de dominer le monde, et d'assurer pour les entreprises occidentales par le biais d'États soumis des matières premières accessibles et des marchés juteux, on croit souvent que Milosevic émerge d'une toute autre logique. On le considère comme un nationaliste fou, surgi de l'inconscient raciste et d'une volonté de haine.

En réalité, Milosevic est autant un produit du capitalisme que l'OTAN. Pendant cinquante ans, après la seconde guerre mondiale, le monde, divisé entre l'impérialisme soviétique et l'impérialisme occidental gaspillait des richesses inouies sur la course aux armements. Quand la crise économique arrive dans les années 1970, les économies "moins rentables" du capitalisme d'État à l'Est s'effondrèrent. L'économie yougoslave aussi. L'intervention des banques occidentales, et du Fonds Monétaire International, visant à profiter de cette nouvelle situation - en faisant payer les pauvres de ce pays, imposant des licenciements de masse et la misère aux populations - donnera à Milosevic la base pour un nouveau soutien au nationalisme serbe.

Ainsi, le système économique, qui divise la population entre ceux qui doivent travailler et ceux qui contrôlent la richesse produite, est responsable à la fois de l'effondrement de l'économie yougoslave, et d'avoir fourni une base matérielle au nationalisme serbe qui massacre actuellement au Kosovo. La condamnation par l'OTAN des crimes de Milosevic est donc d'une totale hypocrisie, eux qui ont en plus soutenu bien des dictateurs aussi sanglants.

C'est seulement la mise en cause du contrôle de l'économie par une minorité, bureaucratie d'État ou capitalistes privés, qui permettrait de proposer une alternative à la guerre.

John Mullen
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L'ONU peut-elle apporter la paix ?
Paru dans Gauche! N°18 (juillet-août 1999)
Lors de chaque crise internationale et notamment lors des conflits armés, beaucoup pensent que seule une intervention de l'ONU pourrait permettre de trouver une solution. Ainsi lors de la guerre menée par l'OTAN contre la Serbie, de nombreuses personnes ont critiqué l'intervention de l'OTAN en utilisant l'argument que celle-ci était en fait une décision purement américaine et qu'elle n'était pas représentative de ce qu'elles nomment la "communauté internationale". Selon elles une intervention qui se serait déroulée sous le drapeau de l'ONU aurait été beaucoup plus "démocratique". Une telle position est souvent révélatrice des illusions sur la réalité de ce qu'est l'ONU. Ces illusions reposent sur les principes proclamés par la Charte des Nations unies. Pour comprendre la vraie nature de cette organisation, il convient de dépasser ces principes pour comprendre la fonction réelle de l'ONU.

En février 1945 à Yalta, est proclamée par les Alliés la nécessité d'une organisation internationale qui devrait remplacer la Société des Nations créée au lendemain de la Première Guerre mondiale. Sa création est justifiée aux yeux des opinions publiques par le but qui lui est fixé. Celui de maintenir la paix et la sécurité internationale pour ne plus jamais revoir les atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Effectivement, quelques mois plus tard, l'ONU voit le jour le 26 juin 1945, lorsque 51 États signent la charte des Nations Unies à San Francisco.

Les "principes"

L'article 1 de la charte annonce la foi des États membres dans les "droits fondamentaux de l'homme dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des hommes et des femmes, ainsi que des Nations grandes et petites"

En 1948, semblant vouloir confirmer ces principes, l'Assemblée générale de l'ONU adopte la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme qui affirme : "Chacun peut se prévaloir de tous les droits et toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation". De bien beaux principes qui devraient réjouir tous les opprimés du monde mais qu'hélas, I'ONU n'a jamais fait respecter. De plus l'égalité proclamée entre les êtres humains est une égalité de droit et non une égalité sociale réelle.

Par ailleurs certains pays "démocratiques" ne sont même pas prêts à signer des textes proclamant ces principes, de peur que l'on puisse leur reprocher ensuite de ne pas respecter leurs engagements. Ainsi, les États-Unis n'ont pas signé la Déclaration universelle des droits de l'enfant car celle-ci condamne la peine de mort pour des crimes commis par des mineurs.

Le club des cinq

Les pays signataires de la Charte des Nations unies s'engagent "à recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples" Certes, on peut toujours rappeler quelques succès des institutions dépendant de l'ONU comme l'O.M.S (Organisation Mondiale pour la Santé), I'U.N.E.S.C.O. (Organisation des Nation Unies pour l'Éducation, la Science et la Culture), l'U.N.I.C.E.F. (Fonds des Nations Unies pour l'Enfance). Mais l'argent donné par les pays riches aux pays pauvres est bien moins que l'argent dépensé dans la domination militaire du monde.

Surtout, il faut rappeler la politique criminelle menée par cette autre institution spécialisée de l'ONU qu'est le F.M.I., qui ne cesse d 'imposer des plans d' austérité aux pays les plus pauvres. Ces organisations sont bien entendu contrôlées par les pays qui ont les moyens de les financer, c'est-à-dire par les pays les plus riches. Ce sont donc eux qui ordonnent aux pays pauvres de faire des coupes sombres dans leurs maigres budgets sociaux et éducatifs.

La Charte des Nations unies pose le principe de l'égalité de tous les pays mais dès l'origine de l'ONU, ce principe fut bafoué par les puissances coloniales. Les grandes puissances (États-Unis, U.R.S.S., Grande-Bretagne, Chine et France) jouent un rôle prépondérant par leur droit de veto et parce qu'elles sont membres permanents du conseil de sécurité qui décide des résolutions et dont les 10 autres pays membres ne sont élus que pour une période d'un an. Les droits supérieurs que se sont arrogés ces pays reposent uniquement sur la force. Ainsi ces 5 puissances furent également les 5 premiers pays à disposer de 1'arme nucléaire.

Durant la guerre froide, les deux superpuissances, les États-Unis et l'U.R.S.S., disposant du droit de veto, agissaient en toute impunité de l'ONU, dans leurs zones d'influences respectives: Amérique latine pour les États-Unis, pays de l'Est pour l'U.R.S.S. La répression soviétique en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968 fit à chaque fois des milliers de morts, sans que l'ONU ne souffle mot. L'ONU est un outil aux mains des pays les plus puissants qui leurs permet de préserver l'ordre mondial. II faut la détruire et non la renforcer en s'aveuglant sur les beaux principes de sa charte fondatrice.

L'ONU, contrairement à son prédécesseur, la S.D.N., est dotée d'une force armée (les Casques bleus) et "le Conseil de sécurité peut entreprendre au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres toute action qu'il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationale''. Les grandes puissances peuvent donc favoriser leurs alliés et profiter de l'ONU contre leurs adversaires.

Ainsi l'intervention américaine en Corée en 1950, pour contrer 1'invasion par les Coréens du Nord de la Corée du Sud, fut légitimé par un mandat de l'ONU. Bien loin d'appliquer les principes énoncés dans la charte de l'ONU, cela permit aux États-Unis de maintenir un régime qu'ils contrôlaient au sud du 38ème parallèle, et de mieux asseoir leur domination sur la région.

Par contre les États-Unis opposent leur veto à toutes sanctions contre leur allié, l'État d'Israël, qui occupe les territoires des Palestiniens. Même lorsque des mesures sont prises à l'encontre d'Israël, aucun moyen n'est mis en œuvre pour les appliquer. La résolution 242, votée en novembre 1967, demandait le retrait des forces israéliennes des territoires occupées lors de la guerre de 1967. Mais à ce jour, elle n'est toujours pas appliquée et Israël continue de mener une politique de nettoyage ethnique en installant de nouvelles colonies sur les terres palestiniennes.

Les Nations unies ne sont certainement pas une organisation démocratique. Ce n'est pas qu'elle ne puisse pas faire respecter les principes proclamés dans sa charte et dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, mais plus simplement que les états qui en vent membres n'ont pas le désir de les faire appliquer. L'ONU n'est pour les grandes puissances qu'un instrument leur permettant d'imposer un certain ordre au monde. Un monde qu'ils dominent, et où derrière le drapeau de l'ONU, que certains croient neutres, ils souhaitent pouvoir librement punir tous ceux qui tentent de remettre en cause cet ordre mondial.

En effet, ce ne sont pas les peuples mais les gouvernements dont un certain nombre sont des dictatures qui sont représentés à l'ONU. Toute l'histoire de l'ONU montre que nous n'avons rien à attendre d'une telle organisation qui n'est pas un parlement mondial représentant des 6 milliards d'hommes sur la Terre, mais un club regroupant les délégués des dirigeants de la planète, chargé de régler les problèmes qui les opposent afin de défendre leurs intérêts.

Bruno Beschon
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