Gandhi : force et faiblesse
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Cet article est paru dans Gauche ! en 1999

 Il y a 50 ans, Gandhi est mort. Albert Einstein a écrit «Des générations futures auront de la peine à croire qu'un tel homme ait existé». En effet, l'image que nous avons de lui est bien loin de celui des politiciens des pays pauvres aujourd'hui. Ni Mercedes, ni palais, ni bataillons de gardes en uniforme. Il décida d'abandonner sa carrière d'avocat pour partager la vie des plus opprimés. Il logeait dans les taudis des plus pauvres, voyageait toujours en troisième classe dans les trains, s'habillait d'un simple bout de tissu. Ainsi il attira le mépris des "grands hommes" de l'époque : Churchill l'appelait "ce fakir à moitié nu", mais se vit obligé de négocier avec lui à cause du soutien de masse qu'il avait.

 Gandhi prit position fermement contre le système séculaire des castes.
 «Je préférerais voir mourir la religion hindoue que voir survivre l'idée de l'intouchabilité» déclara-t-il. Lors de ses conférences publiques, si on n'enlevait pas la barrière traditionnelle pour séparer les «intouchables» des autres, il parlait uniquement aux «intouchables». Il prônait l'amitié entre musulman et hindou, s'opposant aux haines communalistes, largement encouragées depuis toujours par le colonialisme anglais et qui allait résulter en la division d'Inde en Inde et Pakistan et un massacre sans précédent.
 Gandhi s'insurgea contre le pouvoir colonial du Raj anglais qui maintenait son règne par une violence inouïe, par le fouet et la pendaison. Les vice-rois et les Maharaji qu'ils gardaient en place vivaient dans un luxe obscène parmi des milliers de serviteurs pendant que les pauvres mouraient de faim. Le symbole du pouvoir anglais était le massacre de Amritsar où les soldats ouvrirent le feu sans sommation sur une manifestation pacifique appelée pour protester contre la loi martiale, laissant 1 516 morts ou blessés.
 Gandhi était pour la révolte populaire. «Ce n'est pas la démocratie si les gens sont comme des moutons ... si tous les Indiens crachaient en même temps, nos pourrions noyer les 300 000 colons» dit-il. Il passa des années dans les prisons anglaises comme récompense. Il comprit que seule l'action de masse pouvait faire reculer l'injustice et gagner l'indépendance de l'Inde et . Il organisa les fermiers pauvres contre les propriétaires terriens à Bihar, lança une grève des impôts parmi les paysans de  Bombay. Il organisa les ouvriers des usines textiles contre leurs employeurs, malgré le fait que leurs employeurs lui avaient versé de l'argent pour soutenir sa commune religieuse.
  Sa marche du sel lors de laquelle il est allé extraire illégalement du sel de la mer pour protester contre l'impôt sur le sel qu'imposait le pouvoir colonial, a été le signal pour une campagne massive de désobéissance des lois coloniales. Le boycott des produits anglais qu'il a mené a sérieusement affaibli l'Angleterre.
 La défaite du pouvoir colonial à laquelle Gandhi a contribué  était une victoire fondamentale  pour les droits élémentaires des indiens, qui jusqu'alors n'avait même pas le droit de marcher dans les plus beaux boulevards des villes, réservés aux Blancs, et devaient souffrir d'innombrables autres humiliations.

Contre toute violence ?
 Cependant, il faut se garder d'idéaliser la politique de Gandhi. Son souvenir est fêté aujourd'hui même par ceux qui sont très très loin de soutenir la révolte populaire. En Inde, son portrait apparaît sur les billets de banque dans un pays où les pauvres sont de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches. On l'idéalise aujourd'hui surtout parce qu' il défendait l'idée selon laquelle toute violence dans les actions politiques est illégitime et inefficace.
 Mais cette idée est fausse et dangereuse. D'innombrables progrès dans l'histoire ont impliqué une lutte parfois violente. La fin de l'apartheid, l'indépendance des colonies, la révolution française ont été possible à cause des luttes de masse. La lutte des masses n'a pas la violence comme premier caractéristique, mais ne peut jamais l'exclure par principe. La violence des opprimés qui se battent pour se libérer est toujours cent fois moindre que celle des oppresseurs, mais elle peut s'avérer nécessaire. C'est à chaque mouvement de masses de décider de ses tactiques de combat, c'est impossible et illégitime pour les moralistes d'imposer leurs règles.
 Surtout, des dénonciations générales de la violence n'ont jamais empêché un seul bombardier occidental de lâcher ses bombes sur l'Iraq ( 200 000 morts au moins), ni un seul policier de suivre les ordres quand son chef lui demande de frapper. Les dénonciations rituelles de la violence n'atteignent que très rarement les oppresseurs, mais seulement les opprimés.
 La violence surgit inévitablement de la société d'injustice dans laquelle nous vivons. Quoi de plus violent que  ce que subissent les trois millions de chômeurs ( la preuve : le taux de suicide qui monte en flèche, la recherche d'évasion dans la drogue dure etc). Quoi de plus violent que l'embargo occidental contre l'Iraq qui a causé la mort depuis cinq ans de dizaines de milliers ?  L'ennemi principal de celui qui veut voir un monde juste est la passivité, pas la violence.

Son côté sombre
 En fait la solution que proposait Gandhi avait également un côté sombre . Sa femme est morte parce qu'il refusait qu'on lui administre une injection de pennicillin, jugeant l'acte d'injecter un médicament comme étant une forme de violence. Il refusa d'accepter que la lutte contre le nazisme ait une légitimité quelconque, puisque les antifascistes n'acceptait pas son pacifisme. Il préconisait la souffrance comme une expérience purificatrice et libératrice, une idée qui arrange bien les grands qui règnent sur la planète
 Encore plus important, l'orientation religieuse proposée par Gandhi : l'abstention sexuelle complète, la vie en commune, la fabrication de ses propres vêtements, la méditation religieuse, ne peut pas être une solution pour l'énorme majorité des gens, en Inde ou ailleurs. Eux ils doivent gagner leur vie,  nourrir leurs enfants et résister contre les empiètements du profit sur leurs vies.
Gandhi croyait que la solution se trouvait dans la purification individuelle, et dans la vie des villages et l'agriculture traditionnelle indienne. Il voulait revenir à une vie simple, vie rurale idéalisée, il voulait que les gens renoncent aux richesses. Mais le problème aujourd'hui n'est pas de renoncer aux richesses mais de les contrôler, d'empêcher que la dictature du profit laisse les uns mourir de faim et les autres accumuler des milliards. L avenir de l'Inde est dans les villes, parce que c'est là que sont concentrés les millions d'ouvriers indiens aujourd'hui qui ont eux le pouvoir économique d'aller au-delà de la lutte pour l'indépendance nominale.

John Mullen
 

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