DETTE DU TIERS-MONDE :
LES BONNES AFFAIRES DE L’OCCIDENT
 

En 1992, l’aide des pays riches au tiers-monde s’élevait à 0.4% de leur PIB et ils se fixaient d’atteindre 0.7% en l’an 2000. Aujourd’hui cette aide ne représente que 0.2%. Pendant cette période la dette des pays pauvres est passée de 1300 à 1950milliards de dollars, et chaque année, ils versent au occidentaux 4 fois plus qu’ils ne reçoivent ! En juin dernier, le G7 a promis d’effacer 90% des dettes bilatérales des grandes puissances avec les pays pauvres très endettés (PPTE), soit 10 à 20% de la dette totale de ces pays. Depuis, cette promesse, bien que très symbolique, n’a une fois de plus pas été tenue.

  Remboursements de la dette
La question de la dette est en effet posée depuis le début de 1980, date à laquelle les remboursements devenaient très incertains. Les prêts s’étaient accélérés dans les années 70, car les pays capitalistes y voyaient un débouché pour leur surabondance de dollars. Parallèlement, les taux d’intérêt augmentaient et les cours des matières premières, source principale de revenus pour les pays du Sud, chutaient surtout à partir de 1979. Pour régler ce problème (les remboursements, pas la pauvreté), les créanciers du tiers-monde (Etats, banques privées, organisations internationales) décident de faire intervenir le fonds monétaire international (F.M.I.).

Le F.M.I. intervient
Officiellement, celui-ci doit apurer les dettes qui engluent les pays et leurs populations dans la pauvreté. Or, depuis qu’il intervient, la dette augmente : elle a été multipliée par 3 en 20 ans et le pouvoir d’achat diminue : il est en Afrique subsaharienne inférieur à son niveau des années 60. Cela mérite donc de détailler en quoi consiste l’action du FMI. Celle-ci se fait au travers de plans d’ajustement structurel (PAS) qui sont la contrepartie imposée des prêts financiers.
Ces PAS se veulent strictement économique et apolitique. Le F.M.I. analyse la crise économique de ces pays comme résultant d’une consommation excessive et de dépenses publiques trop importantes !
 

C’est pourquoi le premier axe des PAS est la baisse des subventions publiques aux différents services (eau, transport, électricité, éducation, santé), ce qui rehausse leur prix et réduit leur accessibilité, et le  renflouement des caisses de l’Etat en augmentant les redevances sur ces services.
Le deuxième axe vise à favoriser l’épargne et attirer les capitaux par une fiscalité avantageuse aux entreprises : le F.M.I. demande donc  exclusivement aux travailleurs de payer les intérêts de la dette. Le troisième axe est constitué par les privatisations. La gestion rationalisée vantée par le F.M.I. provoque de nombreuses liquidations et plus encore de licenciements. Elle amène chômage et misère tout en ne rapportant que des miettes aux finances publiques : au Mexique, entre 1982 et 1987, les 500 entreprises privatisées  n’ont servi à payer que 2% des intérêts de la dette pour la seule année 1988 ! Ceci a en fait pour but de livrer des secteurs de l’économie aux multinationales.
Le quatrième axe est le développement des productions destinées à l’exportation : il s’agit de spécialiser l’agriculture selon les besoins des pays occidentaux qui importent au détriment des cultures vivrières traditionnelles. Ceci entraîne des millions d’expulsions de petits paysans qui vont s’entasser dans les bidonvilles ou travailler sur des grandes propriétés, et des famines. Très souvent des pays sont obligés d’importer des produits pour lesquels ils étaient autosuffisants auparavant. Le cinquième axe est la libéralisation des échanges extérieurs. Le F.M.I. considère par exemple que Haïti peut rivaliser à jeu égal avec les USA sur le marché mondial et qu’il est inutile qu’elle prenne des mesures de protection. Enfin, dans chacun de ces PAS, le F.M.I. prévoit de nouveaux prêts et des rééchelonnements de la dette publique pour que les créanciers privés soient remboursés à temps.

A qui profite la dette ?
Pour comprendre pourquoi, malgré son discours et ses intentions officielles,  le FMI (et, à travers lui, les puissances occidentales) contribue à l’augmentation de la dette du tiers-monde, il faut discerner à qui elle profite. D’abord, précisons que la dette n’est pas celle des peuples mais d’une toute petite minorité, les classes dirigeantes locales. Une part importante des crédits alloués est utilisée dans l’armement ou les dépenses de prestige, et non dans l’intérêt des travailleurs. En outre, les évasions de capitaux se sont souvent avérées conséquentes : dans les années 80 celles-ci représentaient par exemple 80% de la dette de l’Argentine. Et la dette du Congo est équivalente à la fortune personnelle du clan Mobutu.
Mais avant tout, la dette profite aux occidentaux. Elle rend les pays endettés dépendants des pays créanciers, qui organisent ces nouveaux marchés selon leurs intérêts. Ils s’approprient les actifs dévalués par la dette et exploitent les ressources.

Ce n’est donc pas des gouvernements des grandes puissances qu’il faut attendre des solutions, malgré leurs timides promesses. Ils ont intérêt à maintenir ces pays dans le sous-développement. Supprimer la dette du tiers-monde, ce n’est pas opposer les travailleurs des pays riches et des pays pauvres. Les travailleurs du Nord et du Sud  ont un intérêt commun à combattre l’impérialisme de la dette, inhérent au capitalisme, ce qui fait dire à de nombreux intellectuels du tiers-monde :  « [que] le meilleur service que pourrait [leur] rendre les nations nanties serait de réaliser leur propre révolution pour les libérer de leur obsession mercantile.»

cet article est paru dans Gauche! en 2000

       Romain
 

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