La crise de 1929



Cet article est paru dans Gauche!

Les années 1920, les années folles conservent encore aujourd'hui une image de prospérité et de bien être que symbolise aux E.U. la diffusion du Jazz, du cinéma, de l'électricité... Jamais encore la croissance industrielle des principales puissances économiques n'avait été aussi forte: au Etats-Unis la production d'automobile fut multipliée par 2,5, celle d'appareils électriques par 3 et celle de réfrigérateurs par près de 10. La diffusion du travail à la chaîne abaisse les coûts de production et permet une diminution des prix. En 1923 une Ford T se montait près de 10 fois plus vite qu'en 1929 et son prix passa de 1500 dollars à 600 dollars. Des biens de consommation jusque là réservés aux plus riches commencèrent à se diffuser parmi les classes moyennes.

Quel contraste avec la décennie précédente marquée par la Grande Guerre qui causa 10 millions de morts. Certes la guerre n'est pas oubliée, notamment en Europe. Les anciens combattants dont des millions de mutilés, les millions de veuves et d'orphelins viennent constamment rappeler l'horreur de la guerre. Mais chacun tente de se convaincre qu'elle fut la "Der des der", que jamais les hommes ne revivront une telle barbarie. Certes la croissance ne profite pas à tous de la même manière. Le travail à la chaîne accentue l'exploitation et provoque souvent la dégradation des conditions de travail, et la misère touche encore une grande partie des ouvriers des pays industrialisés. Pourtant même si une grande partie de la population ne bénéficie que très peu de la croissance économique elle espère pourtant être entrée dans une longue phase de prospérité et que la guerre et les crises économiques n'étaient que les maladies infantiles du capitalisme naissant. Malgré le traumatisme de la guerre l'espoir en l'avenir semble renaître et une grande partie de la population espère que même si la vie est encore dure ses enfants profiteront davantage de cette prospérité économique.

Ce rêve se brisa le 24 octobre 1929 avec le krach de la bourse de New-York. En quelques heures le cours des actions s'effondre. Le 13 novembre les actions ont déjà perdu en moyenne plus de 50% de leur valeur. Au delà de la vague de suicide de spéculateurs ruinés, c'est l'ensemble de l'économie américaine puis du monde qui est frappé. Alors que beaucoup croyaient être entrés dans une ère d'où les crises et la misères seraient exclus, le système capitaliste était frappé par la plus grave crise de son histoire. L'effondrement du cours des actions, provoqué par une forte surproduction, entraîna la faillite des banques et par contrecoup celle de milliers d'entreprises.

Les conséquences sociales furent catastrophiques: en 1933 plus de 12 millions d'Américains sont au chômage soit près du tiers de la population active, des bidonvilles apparaissent autour des grandes villes américaines ou des millions de familles ne peuvent plus compter que sur la soupe populaire pour se nourrir.

Rapidement la crise, partie du coeur du système, capitaliste s'étend à l'ensemble du monde. Les pays européens sont frappés par le retrait des capitaux américains tandis que les pays pauvres sont durement touchés par la chute des cours des matières premières. En Angleterre la production chute de 30% en 1931, en Allemagne le chômage touche plus de 6 millions de personnes en 1932 tandis qu'en France des marche de la faim

Cette crise n'était pas un "accident" du capitalisme mais la suite logique de la période de croissance qui l'avait précédée. Celle-ci ne pouvait déboucher que sur une crise de surproduction en raison de la faiblesse des rémunérations des travailleurs. De 1921 à 1929 alors que la production s'accrût de 80% aux Etats-Unis le revenu réel par habitant n'augmenta au maximum que de 37% Le monde fut donc plongé dans une longue dépression dont il ne sorti qu'avec la Seconde Guerre mondiale qui est sa conséquence directe. En effet la plupart des gouvernements choisirent pour relancer leur économie de se lancer dans une politique de réarmement. Malgré la politique de relance keynésienne du New Deal mené par Roosevelt, seule leur entrée dans la Seconde guerre mondiale permit aux Etats-Unis de sortir de la crise.

Bruno Beschon
 

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