POURQUOI NOUS DISONS
NON AU CONTRÔLE DE L‘IMMIGRATION

Les immigrés ne sont pas, comme prétendent les racistes, la cause du chômage, du manque de places dans les hôpitaux, de la pénurie de logements sociaux, des sureffectifs dans les écoles. Ils sont au contraire généralement les premières victimes de ces phénomènes.

En réalité, non seulement les immigrés ne sont pas responsables de ces problèmes, ce sont eux qui pallient aux carences du système, en travaillant dur dans le bâtiment, dans les services publics et dans les transports. Les immigrés font souvent survivre le petit commerce de proximité, face à la concurrence des grands groupes de la distribution. En revanche, ils sont beaucoup moins nombreux parmi les cadres et les ingénieurs et les professions libérales.
Les immigrés étrangers travaillent, paient des impôts et des cotisations sociales et sont soumis aux mêmes lois que les citoyens français – tout en étant exclus de la vie politique du pays par la non-reconnaissance de leur droit de vote.
Beaucoup de jeunes issus de l’immigration ont été marginalisés dans leur propre pays, victimes de la discrimination raciale et des inégalités sociales, de la politique du logement (construction de grands ensembles aux marges des grandes villes …) et surtout du chômage qui a brisé les espoirs de toute une génération.
En revanche, les dirigeants des grandes entreprises, les banquiers, les hauts fonctionnaires, les responsables de la police et de la justice, sont eux tous des Français. Ce sont eux qui sont responsables d’une situation sociale et économique qui condamne des millions au chômage et à la précarité, qui pollue l’environnement et qui crée des conditions de vie intolérables, favorisant ainsi la violence et la criminalité.
Le mythe des millions d’étrangers qui seraient sur le point de débarquer en France sans un contrôle strict de l’immigration n’a aucun fondement dans la réalité. L’immense majorité des gens préfèrent rester chez eux, malgré la misère, plutôt que de s’émigrer vers un pays qu’ils ne connaissent pas. Souvent, c’est un membre d’une famille qui s’exile, ce qui est suffisant pour faire vivre dans des conditions relativement privilégiées, tous les parents proches. De nombreux immigrés rentrent au pays à la fin de leur vie active.
Le cycle de l’immigration est liée au cycle de boom et de récession du système capitaliste.
Quand les employeurs ont besoin de main-d’œuvre, ils encouragent des travailleurs dans les pays les moins développés à venir occuper les postes délaissés par les travailleurs français (comme autrefois ils ont fait venir des paysans bretons et auvergnats, puis des Belges, des Polonais et des Italiens). Ils les font travailler dans les emplois les moins qualifiés et les plus dangereux.
Dans le système actuel, ceux qui décident ce qu’il faut produire, et où et comment produire, n’ont qu’un critère – le profit. Pour rentabiliser leurs investissements, ils suppriment les effectifs, ferment les usines et augmentent les cadences de ceux qui ont la ‘chance’ d’avoir un travail. Les immigrés sont souvent les premiers à être licenciés, du fait de leur manque de qualifications et de la difficulté qu’ils ont à s’organiser.
A ce moment-là, l’idée que le problème du chômage est lié à la présence de travailleurs étrangers est encouragée par les mêmes qui avaient mené une politique d’immigration dans les années de forte expansion.
La présence sur un territoire national comme la France de travailleurs d’une origine ethnique différente s’avère utile pour détourner l’attention de ceux qui souffrent des conséquences de la crise. Ils sont un bouc émissaire idéal, du fait de leur ‘différence’ et des préjugés qui sont répandus dans la population.
Depuis le début de la crise dans les années soixante-dix, les partis politiques de droite comme de gauche ont soutenu la nécessité de maîtriser les ‘flux migratoires’. Les gouvernements ont arrêté l’immigration de main-d’œuvre, font obstacle au regroupement familial et  remettent en question le droit à l’asile politique.
Ils prétendent que les ressources n’existent pas pour construire des logements et des écoles, former des profs ou garantir des emplois. Mais en même temps ils dépensent des sommes exorbitantes au bénéfice de l’industrie de l’armement et accordent des subventions pour inciter les patrons à créer des emplois. De l’argent, il y en a pour rémunérer les dirigeants des grandes groupes dont les salaires et les avantages en nature (stock options …) ont flambé. Il y en a aussi pour ceux qui spéculent en bourse ou sur les marchés financiers.
On prétend aussi qu’il existe un ‘seuil de tolérance’ au-delà duquel des conflits sont inévitables avec la population autochtone. La France, dit-on, doit se défendre contre l’arrivée massive d’étrangers dont la culture et les traditions sont incompatibles avec celles des Français ‘de souche’. La France serait en danger d’une ‘perte d’identité’.
Ces idées sont véhiculées sous une forme particulièrement nocive par les partis fascistes comme le FN en France et le FPÖ en Autriche, mais elles ont été reprises par les partis sociaux-démocrates et des dirigeants ‘modérés’ de droite (comme quand Chirac évoque les « odeurs » que ne supporteraient pas les Français).
Ces arguments sont ouvertement racistes. Ils n’ont pas été avancés au moment de l’arrivée en France d’un million de colons d’origine européenne à la fin de la guerre d’Algérie. Ils ne s’appliquent pas non plus aux Européens qui bénéficient de la libre circulation des personnes dans le cadre de l’Union Européenne.
La seule réponse efficace à ce genre d’argument n’est pas de faire des concessions aux racistes mais de proclamer fièrement, ‘La France est déjà – et depuis longtemps – un pays multiculturel. Et tant mieux !’
Si l’immigration est devenue un ‘problème’ (et tous les sondages indiquent que les Français placent la question de l’immigration loin derrière celles de chômage et de l’état services publics) c’est parce que les politiques ont fait accepter l’idée par beaucoup de gens qu’il n’y a rien à faire contre les effets de la crise et que ‘il n’y a que renvoyer les étrangers chez eux’.
Les racistes ‘oublient’ surtout que les travailleurs nés en France ont des intérêts en commun avec ceux qui viennent de l’Afrique, des Antilles ou de l’Asie, car ils subissent la même exploitation, et vivent dans des conditions analogues. En revanche, les travailleurs français et immigrés n’ont aucun intérêt en commun avec ceux qui les exploitent ou les licencient, qu’ils soient français ou étrangers.
A gauche on avance souvent l’idée qu’il est possible d’avoir une politique de l’immigration juste. On justifie le contrôle de l’immigration par le souci de réussir l’intégration des immigrés déjà présents sur le sol français (mais que dans la réalité on ne fait rien pour encourager).
Dans la pratique ceci n’est jamais le cas. Les contrôles de l’immigration ont toujours été introduits comme (mauvaise) réponse à des campagnes racistes ou à la montée de partis d’extrême-droite. Ils ne font qu’inciter les racistes à hausser le ton et à demander toujours plus. Les agents de l’Etat qui les appliquent sont parmi les plus racistes de la population française, ce qui expliquent le harcèlement systématique de ceux qui sont suspectés d’immigration illégale et les ‘bavures’ qui ont coûté la vie à des sans-papiers lors de leur expulsion (comme en Belgique ou en Autriche).
Les contrôles de l’immigration sont toujours appliqués sélectivement. Quand des économies nationales manquent de spécialistes (comme des médecins ou des chercheurs) ou des ouvriers qualifiés, les gouvernements instaurent des politiques d’immigration à deux vitesses, avec des quotas selon les métiers des demandeurs de visa.
Le contrôle de l’immigration a comme principal résultat idéologique de confirmer la notion que ce sont les immigrés qui sont responsables des problèmes sociaux. C’est pourquoi nous avançons comme slogan en réponse à ceux qui exigent des contrôles de plus en plus draconiens de l’immigration, ‘Non au contrôle de l’immigration – les immigrés sont les bienvenus’.

Claude Meunier
 

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