Paris, 18 mars 1871 .
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Cet article est paru dans Gauche ! en 2000

Sur la butte de Montmartre, surplombant le Nord de Paris, l’église du Sacré Cœur se dresse tel une énorme pièce montée. Elle fut construite vers 1870 pour expier les pêchés des parisiens. Le plus grandiose de ces soi-disant pêchés avait eu lieu sur cette fameuse colline.

Depuis 1852, la France avait été dirigée par l’empereur Napoléon III (neveu du «grand » Napoléon). Le Paris de l’empire était le monde des romans de Zola : de nouveaux boulevards très larges, des grands magasins, des cabarets ; un monde de profits considérables pour les quelques corrompus et un monde de répression et d’âpre pauvreté pour la plupart des gens.
En 1870, l’empereur, espérant, comme bon nombre de ses prédécesseurs et successeurs, détourner les regards des problèmes nationaux, engagea une guerre contre la Prusse. Il espérait une victoire facile( si bien que l’armée n’avait que des cartes représentant la Prusse et aucune de la France).En fait, l’armée prussienne écrasa rapidement les forces françaises et marcha sur Paris. L’empereur abdiqua.
Le peuple de Paris, dégoûté par l’échec de ses leaders, organisa sa propre défense. L’ensemble de la population masculine fut mobilisé dans la garde nationale. Au grand dam de la classe moyenne, cela signifiait que la classe ouvrière était armée, bien que généralement il ne s’agisse que de vieilleries.

Les travailleurs récoltaient de l’argent pour acheter des canons afin de défendre la ville. Paris fut assiégée par l’armée prussienne pendant tout l’hiver. Les politiciens s’enfuirent à Bordeaux et y fondèrent une assemblée nationale. Les travailleurs de Paris ne pouvaient pas s’enfuir. Ils restèrent à Paris pour mourir de faim et y être bombardés.
Mais la bourgeoisie française ne pouvait pas tolérer que Paris soit en armes. A trois heures du matin, dan la nuit du 18 mars 1871, des troupes furent envoyées à Paris pour s’emparer de l’artillerie qui s’y trouvait, et plus spécialement, des 171 pièces de la colline de Montmartre. Mais dès que la nouvelle de l’arrivée des troupes se propagea, le peuple de Paris s’organisa. Des barricades furent érigées et des drapeaux rouges se mirent à flotter.
Lorsque les troupes arrivèrent à Montmartre, elles furent entourées de toutes parts, par  les citoyens de la ville qui leur offrirent des aliments et des chopes de vin. Les femmes jouèrent un rôle prépondérant à ce stade des événements. Comme un général l’a décrit : « Les femmes et les enfants sont venus et se sont mêlés aux troupes. Nous avons été rudement trompés en permettant à ces gens de s’approcher de nos soldats, car se mélangèrent à eux, et les femmes et les enfants leur scandaient : « Vous ne tirerez pas sur le peuple ! ¨ ». C’est ainsi que les soldats se retrouvèrent encerclés et n’eurent pas le pouvoir de résister aux acclamations qui leur étaient adressées.
  Lorsque le général Lecomte ordonna à ses hommes de faire feu sur la foule, ils refusèrent. Plus tard, Lecomte et un autre général furent tués par des soldats. Les nouvelles traversèrent la ville et davantage de barricades furent érigées. Effectivement , Paris s’était proclamé un état indépendant. Le romancier révolutionnaire et journaliste Jules Vallès décrivit la joie de cette première journée de pouvoir des travailleurs :
  « C’est la révolution !Nous y voilà, le moment espéré et attendu depuis le premier geste de cruauté d’un père, depuis la première gifle à l’école, depuis la première nuit à dormir dans les rues. Voici la revanche pour l’école, pour la pauvreté et pour le coup d’état de 1851. »
Rapidement, un nouveau pouvoir fut établi. Des élections eurent lieu juste 8 jours plus tard, pour former le gouvernement de la Commune. C’était très différent de  la démocratie parlementaire. Les membres de la Commune n’appréciaient pas les grandes maisons et les onéreux voyages de luxe. Ils étaient rémunérés au même niveau que les  ouvriers qualifiés. Ils étaient directement responsables devant ceux qui les avaient élus et pouvaient être démis de leur position à n’importe quel moment. Puisque le peuple était armé, il n’y avait plus d’armée ou de force policière.
Paris était toujours une ville pleine de petits ateliers, avec peu d’usines importantes, le mouvement ouvrier en était encore à des balbutiements. Mais bon nombre de ces élus étaient des travailleurs et la plupart des autres étaient des journalistes ou des intellectuels qui avaient souffert  pour leur opposition à l’empire. Plusieurs étaient socialistes : adeptes de Proudhon (qui défendait un socialisme basé sur des fédérations de petits propriétaires) ou de Blanqui (qui pensait que de petits groupes armés pouvaient suffire à déclencher la Révolution). Le seul partisan de Marx était Léo Frankel , un hongrois qui fut chaleureusement accueilli par la Commune internationaliste et nommé ministre du travail. L’une des plus grandes faiblesses de la Commune était le fait que, malgré l’implication active des ouvrières à tous les niveaux, elle ne permit pas aux femmes de voter.
La Commune mena à terme un certain nombre de mesures favorables aux travailleurs, elle annula le paiement des traites pendant une période de neuf mois, abolit le travail de nuit dans la boulangerie, et permit que les biens qui avaient étés mis en gages soient réclamés gratuitement. Divers groupes de travailleurs formèrent des unions et des coopératives.
 Mais le pouvoir des travailleurs ne pouvait survivre dans une seule ville. Suivant l’exemple parisien, des communes furent mises en place dans différentes villes : Lyon, Marseille, Narbonne. Mais aucune ne dura plus de quelques jours, et la Commune était incapable de gagner le soutien de 60% de la population française qui vivait en province.
A la fin mai, le gouvernement décida qu’il ne pouvait tolérer un Paris indépendant aux mains des travailleurs. Des troupes furent envoyées, et des milliers de travailleurs furent massacrés, emprisonnés ou déportés. Le mouvement de la classe ouvrière mit dix ans à s’en remettre.
Malgré cela, pour la première fois , la population ouvrière avait montré qu’elle pouvait accéder au pouvoir. La Commune devint un exemple et une inspiration pour la prochaine génération de socialistes. Comme l’écrivit Frederick Engels quelques années plus tard :
« Le philistin social-démocrate  a une fois de plus été envahie par une terrible frayeur à la prononciation des mots ¨ dictature du prolétariat ¨. Et bien, messieurs, voulez-vous savoir à quoi ressemble cette dictature ? Regardez la Commune de Paris, c’était cela la dictature du prolétariat. »
Ian Birchall
 

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