La révolution russe de 1917

La Révolution de février

Le 23 février 1917 commencèrent les fêtes de la journée internationale des femmes. Ce fut le début de la révolution. Le lendemain 200 000 travailleurs se mirent en grève à Petrograd. Le jour suivant, le 25, la grève générale éclata dans toute la ville et un certain nombre de grévistes furent tués par l'armée. Deux jours plus tard il y eut une mutinerie des régiments de la Garde royale. Les soldats refusèrent de tirer sur les manifestants et dans certains cas l'officier qui avait donné l'ordre de tirer fut tué par un de ses propres soldats. Le Tsar abdiqua. II est intéressant de noter qu'un jour seulement avant l'abdication du Tsar, un soviet des députés ouvriers fut formé. Le souvenir du Soviet de 1905 accéléra 1'évènement. Tous les lieux de travail envoyèrent des délégués au soviet.

La révolution fut totalement spontanée et pas du tout planifiée. Comme l'a dit très justement Trotsky : "Personne mais personne - nous pouvons l 'affirmer de manière catégorique sur la base de toutes les données -Personne ne pensait que le 23 février allait marquer le début d'une poussée décisive contre l 'absolutisme. "

Soukhanov, un témoin brillant de la révolution fit remarquer : "Pas un seul parti ne se préparait pour le grand bouleversement. "

De la même façon, un ancien directeur de l'Okhrana la police politique tsariste, affirma que la révolution était "un phénomène purement spontané et pas du tout le fruit de I 'agitation d 'un parti. "

Au moment où des millions de gens entraient dans la vie politique pour la première fois, le Parti bolchevik apparaissait comme très marginal, possédant, après la révolution, quelques 23 000 membres. Ce ne fut pas avant le 25 février que les bolcheviks sortirent leur premier tract appelant à une grève générale - après que 200 000 ouvriers eurent déjà arrêté le travail !

Lors des élections au soviet les bolcheviks constituaient une minuscule minorité. Sur 1500-1600 délégués seulement 40, soit 2,5%, étaient des bolcheviks.

Le double pouvoir

A côté du gouvernement provisoire, dirigé par le Prince Lvov, se trouvait le gouvernement des soviets. II y avait donc un double pouvoir. Une telle situation ne pouvait durer. L'un ou l'autre des deux gouvernements allait devoir céder.

Au début, le soviet soutenait le gouvernement de Lvov. A la séance du soviet du 2 mars, une résolution proposait de transférer le pouvoir au gouvernement provisoire, c'est-à-dire à la bourgeoisie. Seuls 15 députés votèrent contre. Cela signifie que même les 40 bolcheviks ne s'y opposèrent pas. La pression massive des 1600 députés influença les bolcheviks. Les partis qui dominaient le soviet, les mencheviks et les socialistes révolutionnaires, adoptèrent une position confuse. Ils soutenaient les soviets mais soutenaient aussi le gouvernement provisoire bourgeois. Ils voulaient la paix mais soutenaient la guerre. Ils étaient bien disposés à l'égard de la revendication des paysans pour la terre mais soutenaient le gouvernement qui était le porte-parole des propriétaires fonciers.

II n'y a pas de compromis possible en période révolutionnaire. Chaque question exige une réponse extrêmement claire.

La direction bolchevique en Russie était elle-même extrêmement confuse. Le 3 mars le comité de Petrograd du Parti bolchevik adopta une résolution affirmant qu'il "ne s'opposerait pas au pouvoir du gouvernement provisoire dans la mesure où sa politique demeure conforme aux intérêts du prolétariat et des larges couches démocratiques du peuple. "

Lénine en Suisse, devint vert de rage quand il reçut un exemplaire de la Pravda qui déclarait que les bolcheviks soutiendraient le gouvernement provisoire sans hésiter "dans la mesure où il lutte contre la réaction et la contre-révolution" car ils oubliaient que le seul agent important de la contre-révolution était à l'époque ce même gouvernement provisoire.

Lénine réarme le parti

Le 3 avril Lénine arrive à Petrograd. Le comité de Petrograd mobilisa plusieurs milliers d'ouvriers et de soldats pour accueillir Lénine à la gare de Finlande. Le président du Soviet, Scheidze. un Menchevik, accueillit Lénine au nom de la Révolution russe victorieuse. La réponse de Lénine fut tranchante : "quelle Révolution russe victorieuse ? Ils l'ont fait en France il y a plus d'un siècle. Les capitalistes possèdent toujours les usines, les propriétaires fonciers possèdent la terre, la guerre impérialiste continue. A bas la guerre impérialiste ! Tout le pouvoir aux soviets ! "

On aurait pu penser que la déclaration de Lénine serait accueillie par la foule avec une clameur d'approbation. Au contraire, ils furent abasourdis. II y eut un silence complet. La seule voix qu'on entendait était celle de I.P. Goldenberg, un ancien membre du comité central du Parti bolchevique, qui s'exclama : "Lénine est fou !"

Les révolutionnaires essayaient bien sûr, d'influencer les masses mais cela marchait dans les deux sens. Les points de vue de l'immense majorité influençaient aussi les révolutionnaires. Quelques jours plus tard Lénine rencontra le Comité du Parti bolchevik de Petrograd. II y défendit ses Thèses d'avril. Sur seize membres présents deux votèrent pour les thèses de Lénine, treize votèrent contre et un s'abstint.

Malgré ce début de mauvaise augure, Lénine put gagner à ses positions une proportion importante du parti dans un espace de temps étonnamment court. Ce fut la conséquence à la fois de la cohérence des arguments de Lénine et de l'expérience quotidienne de millions de gens. La guerre persistait, des milliers de gens continuaient de mourir, les propriétaires fonciers n'avaient pas cessé d'exploiter les paysans de manière très dure, les capitalistes menaient une vie de luxe alors que les ouvriers souffraient de la pénurie. II fallut à peu près un mois à Lénine pour convaincre le parti.

Pour gagner les soviets à son point de vue il fallut un peu plus longtemps. Au début du mois de septembre les bolcheviks gagnèrent une majorité dans le soviet de Petrograd et Trotsky devint son président. Au même moment les bolcheviks gagnèrent le soviet à Moscou et le bolchevik Kamenev devint son président.

A partir de ce moment-là, la prise du pouvoir par les travailleurs fut toute proche.

Alors que la Révolution de février fut spontanée, la Révolution d'octobre fut planifiée.

Le 10 octobre le comité central du Parti bolchevik se prononça en faveur d'une insurrection armée. Trois jours plus tard la section des soldats du soviet de Petrograd vote le transfert de toute autorité militaire du Quartier général au Comité militaire révolutionnaire, dirigé par Trotsky. Le 16 octobre une réunion élargie du comité central, de la Commission exécutive du Comité de Saint Petersbourg, de l'Organisation militaire, de membres du soviet de Petrograd, de syndicats, de comités d'usine, du Comité de la région de Petrograd et les cheminots réaffirmèrent la décision concernant l'insurrection. Le 20 octobre le Comité militaire révolutionnaire commença les véritables préparations de l'insurrection. Le 25 octobre 1'insurrection eut lieu.

La Révolution d'octobre était tellement bien planifiée et exécutée qu'il y eut très peu de morts. Beaucoup plus de gens perdirent la vie pendant la Révolution de février.

Assez souvent on présente la révolution comme essentiellement un acte de violence. Marx écrivit que la violence était "I'accoucheuse de la nouvelle société ". C'est bien l'accoucheuse et non pas le bébé lui-même, c'est juste de l'aide. Moins de gens furent tués lors de la Révolution d'octobre que pendant le tournage du film d'Eisenstein sur les mêmes événements, quelques années plus tard.

Après la révolution, pendant la guerre civile, plusieurs centaines de milliers de personnes furent tuées. Mais ce n'était pas à cause de l'action du gouvernement soviétique mais à cause de l'invasion de quelques seize armées étrangères : allemande, française, britannique, japonaise, américaine, polonaise, turque lituanienne, lettonne, estonienne, finlandaise. Rendre les bolcheviks responsables de cela serait comme si on reprochait l'utilisation de la violence par n'importe quelle personne qui l'utiliserait pour se défendre contre un assassin.

La révolution victorieuse

Au cours du vingtième siècle il y eut un certain nombre de révolutions prolétariennes. Hélas, une seule - la Révolution russe de 1917 - se termina en victoire. Maintes et maintes fois on a pu voir des révolutions faites à moitié, ce qui confirme les mots prophétiques de Saint Just au moment de la Révolution française : "Ceux qui font la révolution à moitié creusent leur propre tombe."

En novembre 1918 la révolution en Allemagne se débarrassa du Kaiser et mit fin à la Première guerre mondiale. Hélas, de grands patrons comme Krupps et Thyssen restèrent en place ainsi que des généraux et des militaires réactionnaires qui fondèrent des unités réactionnaires de droite : les Freikorps (corps-francs).

Une situation de double pouvoir existait en Allemagne car à côté du parlement il y avait les conseils ouvriers. Aucune révolution ne se libère d'un seul coup des chaînes du passé. A côté du neuf, qui représente l'avenir, le vieux subsiste. Comme le disait Marx : "Les hommes font leur propre histoire mais ils ne la font pas de plein gré dans des circonstances librement choisies ; celles-ci ils les trouvent au contraire toutes faites données en héritage du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants." . Sousla protection du gouvernement social-démocrate, des officiers des Freikorps assassinèrent les dirigeants révolutionnaires Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.

Les événements révolutionnaires continuèrent avec des hauts et des bas jusqu'en 1923 mais ils se terminèrent par la victoire du capitalisme. Le mouvement nazi naquit en 1919. En 1923 il organisa un coup d'Etat "manqué " en Bavière mais il attendait en coulisses. La révolution allemande fut une occasion manquée de plus pour les travailleurs et ils le payèrent cher lorsque Hitler arrive au pouvoir.

En France dans les années 1930 il y eut une montée massive de la lutte ouvrière qui commença en février 1934 et culmina en 1936 par une victoire décisive du Front Populaire - une alliance entre le Parti communiste, le Parti socialiste et les Radicaux socialistes' qui n'étaient ni radicaux ni socialistes. Des millions de travailleurs se sont dit"Maintenant nous avons le gouvernement prenons les usines"

En juin 1936 eut lieu une vague d'occupations des usines. Les dirigeants du Parti communiste et du Parti socialiste, par contre, capitulèrent à la suite d'un compromis avec les employeurs. Ce fut le radical socialiste Daladier qui signa l 'accord de Munich avec Hitler en 1938 et ce fut le même parlement (sans les députés du Parti communiste interdit - NDT) qui avait été élu lors de la grande victoire du Front Populaire en 1936, qui vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, l'homme qui prendra la tête du régime de Vichy et qui collaborera avec les nazis à partir de 1940.

Lorsque l'Indonésie gagna son indépendance face aux Hollandais en 1949, le pays était dirigé par le nationaliste bourgeois, Ahmed Sukharno. Son idéologie était basée sur les principes de la Pancasila dont les principaux éléments étaient une croyance en Dieu et en l'unité nationale. Tragiquement, le Parti communiste ne s'opposa pas à Sukharno mais au contraire s'entendit complètement avec lui sur le besoin de l'unité nationale. Le résultat montra la vérité des paroles de Saint Just. Le Parti communiste d'Indonésie avait bien plus de membres que le Parti bolchevik à l'époque de la révolution : trois millions comparés à 250 000.

La classe ouvrière indonésienne était plus grande que la classe ouvrière russe à la veille de la révolution. La paysannerie était plus nombreuse en Indonésie qu'en Russie. En 1965 un général nommé par Sukharno, un certain Suharto, organisa un coup d'Etat avec le soutien des Etats Unis, du gouvernement travailliste britannique et de l'Australie. Entre 500 000 et un million de personnes, dont une grande partie de communistes, furent massacrées.

Le Moyen-Orient est une autre région où il y a eu de grands bouleversements qui ont fait trembler les régimes en place mais qui n'ont pas réussi à faire une percée fondamentale. En Irak, le roi Fayçal fut renversé en 1951 par un mouvement de masse. Le Parti communiste d'lrak était un parti très fort, en fait le Parti communiste le plus fort du monde arabe. II entra dans une alliance avec le parti nationaliste bourgeois, le Baas. Le Parti communiste, contrôlé par des staliniens, croyait que la révolution à venir serait une révolution démocratique, ce qui exigeait une alliance entre la classe ouvrière et les partis bourgeois. Une telle alliance signifie en pratique la subordination des travailleurs aux capitalistes. Les membres du Parti communiste et les travailleurs payèrent très cher cette alliance. Le Baas, dirigé par le général Saddam Hussein, et avec l'aide de la CIA, se livra à un massacre général des communistes.

En Iran, une grève générale provoqua le renversement du shah en 1979. Des shoras (conseils ouvriers) se multiplièrent partout dans le pays. Tragiquement la direction de ces shoras, en grande partie aux mains du parti Tudeh prosoviétique, et les Fedayins pensaient que c'était une révolution bourgeoise démocratique au lieu d'une révolution prolétarienne et appuyèrent donc la mise en place de la République islamique. L'Ayatollah Khomeini accéda ainsi au pouvoir sans montrer la moindre gratitude ni au Tudeh ni aux Fedayins et la gauche subit une répression sanglante.

Je pourrais citer d'autres révolutions manquées, telles que la Hongrie en 1919 et en 1956, 1'Allemagne en 1923, la Chine en 1925-27,1'Espagne en 1936, la France en 1968, le Portugal en 1974-75.

Limiter la révolution socialiste à la révolution démocratique (c 'est à dire au simple établissement d'une démocratie parlementaire) et la préférence pour la seconde n'est pas l'apanage exclusif des dirigeants sociaux-démocrates mais est devenue la ligne directrice des directions staliniennes dans le monde entier.

La révolution russe de 1917 est une exception dans cette série de demi-révolutions. Le Parti bolchevik joua un rôle crucial dans l'accomplissement de la Révolution russe.

La différence entre la réussite et l'échec, entre la Russie en octobre 1917 et les autres révolutions ouvrières fut que dans le cas de la Russie il y avait un parti révolutionnaire de masse qui fournissait une direction efficace. S'il est vrai que les révolutionnaires ne peuvent pas décider le moment où la crise révolutionnaire éclate, ils décident néanmoins de l'issue finale par leur capacité ou non de construire un parti révolutionnaire fort.

C'est la classe ouvrière qui fait la révolution et non pas le parti mais le parti guide la classe ouvrière. Trotsky l'expliquait de manière très juste : "Sans une organisation dirigeante I énergie des masses se dissiperait comme la vapeur qui n est pas enfermée dans un moteur à piston. Néanmoins ce qui fait tourner le moteur ce n est ni le piston ni le moteur mais la vapeur. "

Les Bolcheviks tiennent leurs promesses

Dès la révolution, la terre des propriétaires fonciers fut distribuée aux paysans, les usines furent nationalisées et gérées sous contrôle ouvrier, les nationalités opprimées obtinrent le droit à l'autodétermination et la Russie qui avait été une prison des nations devint une fédération de peuples libres et égaux.

Pendant des siècles l'antisémitisme avait sévi dans la Russie tsariste. En 1881, il y eut 500 pogroms contre des Juifs. Les Juifs n'avaient pas le droit de vivre dans les deux capitales Moscou et Petersbourg à moins d'avoir une permission spéciale. Maintenant le président du soviet de Petersbourg, Trotsky, était Juif, le président du soviet de Moscou, Kamenev, était Juif, le président de la République soviétique, Sverdlov, était Juif. Lorsque Trotsky devint chef de l'Armée Rouge il fut remplacé en tant que président du soviet de Petersbourg par un autre Juif. Zinoviev.

La révolution fut un festival des opprimés. En 1917, pendant les mois de la révolution, Anatoly Lounatcharsky, un orateur brillant, s'adressait à des meetings de 30 à 40 000 personnes, parlant pendant deux ou trois heures sur des sujets tels que William Shakespeare. le théâtre grec, etc. La population actuelle de Londres est quatre fois plus importante que celle de Petrograd à l'époque et les travailleurs britanniques sont plus instruits que ne l'étaient les russes mais on chercherait en vain un meeting de ce type à Londres aujourd'hui.

Le gouvernement soviétique vote les lois les plus progressistes du monde concernant l'émancipation des femmes : le droit au divorce à la demande d'un des partenaires, I'avortement libre et gratuit (pour la première fois au monde), la restauration collective afin de libérer les femmes de la cuisine, l'organisation de crèches, etc. Toutes les lois contre les homosexuels furent abolies aussi.

Mais la Révolution russe mena à Staline et au goulag...

C'est un argument que l'on entend très souvent dans la bouche de ceux qui s'opposent à la révolution et cela semble être du bon sens. Malheureusement c'est le même type de bon sens qui pourrait affirmer que la bombe nucléaire tombée sur Hiroshima était la conséquence de la loi de la pesanteur de Newton. L' affirmation contient une part de vérité. Sans la loi de la pesanteur la bombe ne serait pas tombée de l'avion.

La clé pour comprendre la montée de Staline se trouve dans la nature internationale de la Révolution russe. La Révolution russe faisait partie de la révolution mondiale et ne peut être expliquée autrement que par des facteurs internationaux. La classe ouvrière russe était minuscule. Les travailleurs des usines, des chemins de fer et des mines ne comptaient que trois millions de personnes sur une population de 160 millions. La production industrielle de la Russie en 1917 n'était pas plus importante que celle de la Belgique. Par contre la classe ouvrière russe était concentrée dans des unités bien plus grandes II y avait, par exemple, 40 000 ouvriers dans 1'usine métallurgique de Poutilov ce qui en faisait, à l'époque, l'usine la plus grande du monde. Ceci n'était pas la conséquence d'un développement organique et graduel de l'économie russe C'était dû, presque exclusivement, au capital étranger qui avait été investi en Russie.

Les aspirations des ouvriers russes furent elles aussi formées par les conditions internationales. En Grande Bretagne il a fallu plus de deux siècles entre le début de la production industrielle et l'adoption par les travailleurs de la revendication de la journée de huit heures. En Russie ce fut la revendication centrale de la Révolution de 1905.

Le marxisme n'était pas non plus un produit originaire de la Russie. II n'y a eu aucun Adam Smith russe suivi d'un David Ricardo russe, suivi d'un Karl Marx russe Le marxisme est arrivé sous une forme mûre dans la vie intellectuelle et politique de la Russie. Le Volume I du Capital fut publié pour la première fois en 1867. L'édition russe apparut six ans plus tard. C'était la première traduction du Capital. Enfin, la dernière impulsion à la Révolution russe est venue aussi de l'étranger - ce furent les terribles coups portés à l'armée russe par les troupes allemandes.

Lénine et Trotsky avertirent sans cesse que le régime soviétique serait condamné a l'échec si la révolution ne s'étendait pas et avant tout si la Révolution allemande ne venait pas à sa rescousse. Et ce fut ainsi.

Staline ne fut pas l'héritier de la Révolution russe mais son fossoyeur. Ceci est clairement démontré par le fait qu'il assassina chaque membre du Comité central du Parti bolchevik qui avait survécu à la révolution et à la guerre civile. Le père du stalinisme ne fut pas Lénine mais Noske , le dirigeant social-démocrate de droite qui fut directement impliqué dans l'assassinat de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht et dans l'assassinat de la Révolution allemande.

Tragiquement, la Révolution allemande fut beaucoup moins bien organisée ou développée que la Révolution russe Je me souviens quand j'ai rencontré Heinrich Brandler, qui fut dirigeant du Parti communiste après la mort de Rosa Luxembourg. Je lui ai demandé quel était l'état de l'organisation de Rosa Luxembourg en 1918. II a dit qu'il y avait 4000 membres dont la majorité n'était "pas des marxistes mais des pacifistes" (ce sont les mots de Brandler). Comparez cela aux Bolcheviks qui avaient existé en tant que parti depuis 1903 avec une organisation en 1917 de 23 000 membres, et cela dans un pays où la classe ouvrière était bien plus petite qu'en Allemagne.

Dans un ruisseau l'eau reste claire. Dans de l'eau stagnante la crasse remonte à la surface. L'isolement de la Révolution russe a fait que la crasse est montée à la surface. Lorsque Staline est entré en concurrence avec l'impérialisme occidental par nécessité il l'a imité. Comme l'Allemagne nazie possédait une énorme machine militaire et industrielle, Staline voulait avoir la même chose. La seule manière d'y arriver était d'exploiter les travailleurs et les paysans russes d'où le goulag. La Russie stalinienne devint de plus en plus symétrique à l'Allemagne nazie. Son régime devint capitaliste d'Etat.

Tony Cliff
 
 

Traduction française éditée en 2000 par l'Etincelle

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