Forum sur " Israël et la Palestine dans la mondialisation libérale :
les nouveaux enjeux de la solidarité "




Introduction - Alexandre Achrafié (Attac Sorbonne – Collectif Inter-fac Palestine)

Bienvenue à tous pour ce forum sur " Israël et la Palestine dans la mondialisation libérale : les nouveaux enjeux de la solidarité ". Nous tenions absolument dans le festival Charivari, le 08 mai journée contre la guerre, à donner toute sa place à la question palestinienne. C’est bien dans cette région, en Israël-Palestine, que se concentre toute la logique de la guerre sans limites menée contre les peuples, et c’est le peuple palestinien qui est en première ligne par rapport à cette offensive militaire mondiale, notamment depuis le 11 septembre. Dans ce forum on a voulu insister sur comment le conflit israélo-palestinien s’inscrit dans le processus de la mondialisation libérale. Comment ce conflit qui paraît local, enraciné dans une histoire locale, qui fait s’affronter des peuples voisins, enracinés localement, a néanmoins une cause qui est liée à un problème beaucoup plus global, lié à la façon dont la mondialisation capitaliste organise son ordre social dans le monde. Pour nous aider à mieux comprendre l’inscription du conflit Israël-Palestine dans la mondialisation libérale, nous avons avec nous 4 intervenants :
 
 

Mohamed Taleb (CCIPPP) - " L’Israël, ou l’autre face de la mondialisation libérale "

Le conflit israélo-arabe a un caractère multidimensionnel évident. L’analyse du conflit peut s’exercer à partir de registres différents, et à partir de disciplines aussi différentes que le droit, l’anthropologie politique, l’économie, la théologie… L’approche que je voudrais ici privilégier ne veut nullement épuiser les autres démarches, et il faut l’accompagner par d’autres lectures.

Le paradigme dans lequel je m’inscris dit la chose suivante : Le conflit entre l’Israël et la Palestine doit être envisagé comme l’une des expressions du conflit entre le nord et le sud de la planète, ou pour prendre une autre image, entre le centre et la périphérie. Je veux tout de suite préciser pourquoi est ce que je m’entête à dire l’Israël alors que de manière commune on dirait Israël. Je voudrais donner quelques exemples. Prêtez attention à la syntaxe, pas au contenu : " après de nombreuses années de lutte, le royaume unis et Irlande ont décidé de négocier ". " Irlande est un beau pays… ". Vous avez tous compris : il manque l’article. L’état israélien est un état qui a réussi avec brio à ne pas apparaître comme un état comme les autres, et lorsque les dirigeants sionistes dans les années 1942-43 commencèrent à penser de manière concrète à l’établissement de l’état qui a été proclamé en mai 1948, ils l’ont baptisé du nom d’Israël, donc qui était une personnalité morale, une figure biblique. Il s’agissait en le baptisant ainsi de travailler dans l’inconscient des sociétés européennes, c’est à dire de jouer dans la confusion entre l’Israël biblique et l’état d’Israël.

Lorsque l’on prend la littérature sioniste du début du siècle, jusqu’en 1947, le terme utilisé pour parler du pays c’est la Palestine. Les comités sionistes qui étaient nés en France notamment après 1945, c’était " la ligue pour l’indépendance de la Palestine ". Il était d’usage du parler du pays comme la Palestine historique. Si les sionistes ont appelé leur état Israël c’est pour assurer cette confusion. Ça ne relève pas du droit ou de la politique mais de la psychologie collective, c’est un effet de persuasion. On ne voit pas pourquoi Israël serait une entité abstraite, orale, métaphysique, qui aurait un Etat. C’est un Etat, point. Si c’est un Etat, il doit être jugé selon le droit commun des nations. Si j’insiste pour dire " L’Israël ", c’est aussi pour faire une rupture avec une sionisation des esprits, qui fait qu’un certain nombre d’argumentaires sionistes sont profondément encrés dans l’imaginaire des gens, et ça suppose que la solidarité avec la Palestine soit une solidarité qui déconstruise en fond les mythes divers qui polluent les consciences et les inconsciences des uns et des autres…

Donc le conflit israélo arabe peut être compris comme une expression locale des rapports nord-sud, et c’est précisément cet aspect là du conflit qui permet plus que d’autres de comprendre l’engagement des réseaux de contestation de la mondialisation néo-libérale vis à vis des palestiniens. Si la Palestine devient un objet de sollicitude des courants " anti-mondialisation ", ce n’est pas que les Palestiniens comme peuple ont une lutte plus digne et plus valeureuse que d’autres peuples dans le tiers-monde, c’est tout simplement parce que l’Israël, comme Etat, est une entité qui joue un rôle tout à fait particulier dans la mondialisation néo-libérale. Pour comprendre ce rôle et cette fonction, il faut comprendre la chose suivante : le système-monde, ou l’économie-monde, dans lequel se déploie la mondialisation néo-libérale, n’est pas autre chose que la projection à l’échelle planétaire du système occident. Ça veut dire que l’on ne peut pas réduire la mondialisation néo-libérale à ses instances financières, la fameuse globalisation financière, ou à ses instances techniques et scientifiques, la fameuse révolution informationnelle. C’est ça, et c’est aussi autre chose : cette autre chose, c’est l’occidentalisation du monde. Et le discours sur la mondialisation, c’est un discours qui est intéressant, mais qui peut masquer le caractère profondément occidental des processus qui sont à l’œuvre dans cette dynamique là. Le monde dans sa pluralité ne participe pas à la globalisation financière, ni à la révolution informationnelle. Donc il y a bien un centre de gravité dans les processus de mondialisation, et le centre de gravité c’est le centre occidental. Il se trouve que dans ce centre occidental, Israël a une place de choix qui s’est notamment radicalisé pendant l’année 1995. De la création de l’Etat Israélien en 1948 jusqu’au milieu des années 1990, l’économie israélienne est une économie qui est largement dépendante. Et elle dépend essentiellement des subsides de l’économie occidentale. A la fois de l’économie publique, de l’aide des Etats, d’abord des Etats européens, et des Etats-Unis d’Amérique, et de l’aide privée, notamment des collectes qui ont lieu tous les ans dans les diverses communautés juives du monde, et qui sont d’un apport pas du tout négligeable. Il y a un échange inégal car l’économie israélienne doit sa puissance en grande partie grâce à cette arrivée d’argent frais tous les ans. A partir du milieu des années 1990 la situation change, parce que l'économie israélienne s’affranchit de la dépendance grâce à un fait qui a un grand impact économique : l’arrivée d’un million de russes. C’est l’avant dernière vague coloniale en Palestine. La dernière j’en parlerai tout à l’heure, car elle est liée à notre propos, c’est l’émigration qui vient d’Argentine.

Un million de russes sont arrivés en Palestine entre 1989 et aujourd’hui. C’est énorme ! Ce que les gens ne savent pas, c’est que cette colonisation russe ne va pas seulement renforcée la démographie de la société israélienne, elle va également changer la nature de cette économie. A la fin des années 1980, en 1989 ou 1990, il y a eu une réunion à Tel Aviv entre le gouverneur de la banque d’Israël, des responsables de l’armée israélienne et du gouvernement. C’est une réunion très intéressante où le gouverneur de la banque disait : " nous avons absolument besoin de ces russes pour le déploiement tout azimut de l’économie israélienne. Et les militaires israéliens était d’accord avec cette idée là, en voyant l’aspect militaire d’un surcroît de chaire fraiche se répendant danss les teritoires occupés en 1967. Et ce sont des gens du gouvernement israélien, notamment travailliste, qui disaient : " ça nous gène un petit peu car l’ouverture des frontières d’Israël aux russes va se traduire par l’arrivée de centaines de milliers de russes non juifs. Et effectivement aujourd’hui les chiffres dont on dispose, que ce soit les chiffres de l’Autorité Palestinienne, ou de la gauche israélienne non-sioniste, font état d’une présence de 40% à 70% de ce million de russes qui n’ont rien à voir avec le judaïsme. Qui sont des russes pour la plupart orthodoxes et qui ont profité de l’aubaine de sortir de la Russie à la fin des années 1980 et au début des années 1990. L’immense majorité d’entre eux auraient préféré aller aux USA ou aux Canada, en France ou ailleurs, mais l’accord entre les USA et l’URSS stipulait que le seul lieu d’arrivée devait être l’aéroport de Ben Gourion à Tel-Aviv.

C’est le gouverneur de la banque d’Israël qui dit : " nous avons besoin de ces russes car même s’ils ne sont pas juifs ils ont été formés aux sciences, à l’ingénierie… il y a une plus-value éducationnelle qui fait que cela va considérablement modifié la structure de l’économie et de la société israélienne. Et il est vrai que depuis 1995, les chiffres que les rapports publient sont effarants. Il y a un rapport du service scientique de l’ambassade de France à Tel-Aviv, qui date d’il y a quelque mois, sur le rôle d’Israël dans la mondialisation libérale. Un des éléments que l’ambassade donnait : " les raisons du décollage économique depuis 1995 jusqu’en 2002 (avec un décollage prévu jusqu’en 2010), la première raison de ce décollage est l’arrivée massive d’une main d’oeuvre très qualifiée de l’ex-Urss depuis 1990. Grâce à cet afflux de diplômés (55% des russes qui sont arrivés avaient un diplôme supérieur scientifique) Israêl détient le record mondial de la proportion de scientifiques et d’ingénieurs dans une population. Israël est le pays qui concentre le plus d’ingénieurs, d’informaticiens, de physiciens, loin devant les USA et le Japon. Or on sait que ce sont précisément ces professions là qui vont être au cœur de la révolution scientifique et technologique, l’une des composantes de la mondialisation néo-libérale.

En 1982, un groupe se constitue à New York, le groupe des 30, qui existe encore aujourd’hui, et qui est un des groupes qui a le plus fait pour l’autre composante de la mondialisation qui est la globalisation financière. Notamment l’organisation du passage du capitalisme industriel au capitalisme financier. Ce groupe est composé d’un collège de 30 personnes : 10 gouverneurs des banques les plus importantes de la planète, 10 économistes de l’Ecole de Chicago, 10 experts des organisations financières internationales (FMI/BM). Le pilote de ce groupe des 30 est Jacob Frinckel, qui était le gouverneur de la banque d’Israël. Celui-ci a poussé, contre les travaillistes, pour l’arrivée de ces Russes en Israël.

Une précision sur l’attitude des travaillistes : dans l’histoire du mouvement sioniste, le vrai clivage n’est pas entre la droite et la gauche israélienne, ni entre les religieux et les laïcs, il est entre, pour reprendre le vocabulaire dans la littérature sioniste, entre les " territorialistes " et les " démographistes ". Ce sont deux composantes du mouvement sioniste. Ceux que l’on nomme les " territorialistes " sont ceux qui disent que la puissance de l’Etat Israélien réside dans le territoire le plus grand. Quelle que soit la nature des populations qui la composent, l’état sera toujours assez fort pour mater, y compris une majorité d’arabe. Le courant " démographiste " fonde quant à lui la puissance de l’état israélien non pas sur la superficie du territoire, mais sur le degré de cohésion démographique juive de la société israélienne. C’est à dire que la puissance de cet Etat réside moins dans un grand territoire mais dans un petit territoire avec 80 ou 90% de juifs.

Historiquement il est vrai que c’est la gauche israélienne qui a été plutôt " démographiste ". C’est à dire que derrière des concessions territoriales que la gauche israélienne peut faire il y a un profond racisme anti-arabe, car l’idée est véritablement d’exclure l’arabité, l’autochtonie palestinienne, du devenir social, politique et économique de la région. C’était toute l’idéologie travailliste, et même avant les travaillistes, l’idéologie des kibboutz dans les années 1920-40, qui disait : " on ne veut pas exploiter les palestiniens, on n’en veut pas ! On veut exploiter des ouvriers et des paysans juifs. On veut que la structure de l’état soit une structure totalement juive. Dans les années 1930 il y avait des commandos de la gauche israélienne, avec des syndicats de gauche, qui allait casser la tête à des propriétaires fonciers juifs qui employaient de la main d’œuvre arabe.

Alors que dans l’optique des territorialistes ce qui compte c’est l’extension à tout prix de cet Etat, et c’est vrai que historiquement c’est plutôt la droite israélienne qui est dans cette démarche là.

Jean-Luc en parlera certainement, lorqu’il y a eu les accords d’Oslo proposés par la gauche israélienne, donc Barak, Peres et compagnie, ce que l’on n’a pas vu, c’est que Peres appliquait une formule de Clauzevitz, qui disait qu’il faut faire quelque fois des concessions tactiques pour des acquis stratégiques. Et la concession tactique c’est quoi ? C’est de quitter les quelques dizaines de km² de Gaza et de la Cisjordanie. Ça permet un redéploiement économique israélien à l’échelle du monde arabe. Or qu’est ce que c’est que de quitter Gaza et la Cisjordanie, si ça permet à l’économie israélienne de pénétrer la Syrie, la Jordanie, les pays du Golf, l’Egypte. L’acquis stratégique c’est une normalisation économique à l’échelle du monde arabe. D’où le projet, articulé avec le processus d’Oslo, qui visait la création d’un marché levantin économique à l’echelle de tout le moyen orient.

Jacob Frinkel, l’ancien gouverneur de la banque d’israël, a été nommé en 2002 président de merril lynch international. Merril Lynch est ce que l’on appelle la banque des banques. C’est une banque qui par exemple assure le FMI. C’est pas mal ! Vous imaginez les 0 qu’il y a derrière les comptes de ML. Lorsque la crise Argentine a explosé début décembre 2001, le FMI a mandaté un responsable pour s’occuper de régler la crise argentine, et ils ont nommé Yacob Frinkel. Donc ça a fait la une du Monde. Partant de l’idée que YF est un patriote israélien, son intérêt c’est quoi ? c’est favoriser une nouvelle émigration en Palestine. Il y a 250.000 juifs argentins. Et là Frinkel se rappelait un chapitre dans l’Etat des juifs de Théodor Herzl, qui remonte à la fin du XIXème siècle, c’est la bible laîque du mouvement sioniste, où Herzl avait un chapitre qui s’appelait " la Palestine ou l’Argentine ". Et Herzl se posait la question de savoir est-ce que l’état juif ne pourrait pas être installé en Argentine. Et un siècle après on a une campagne de l’Agence juive et d’autres organisation israéliennes en vue d’un départ des juifs argentins en Palestine, et effectivement les premiers sont arrivés au mois de janvier, un groupe de 10.000 personnes. Les Israéliens attendent maintenant près de 100.000 juifs argentins. Ce n’est pas mécanique, je ne dis pas que c’est JF qui a provoqué la crise en Argentine pour provoquer l’émigration juive en Palestine. Mais il y a une sorte de conspiration, pas au sens de complot, mais au sens etymologique : " tout respire avec ". il y a un faiscaux de présomptions où on a l’ancien gouverneur de la banque d’israêl, qui se trouve en Argentine, et il va défendre, ne serait-ce qu’inconsciemment, les intérêts de son état colonial. Et en ce sens il va y avoir une convergence évidente entre les plans d’ajustement du FMI appliqués à l’Argentine, l’intérêt démographique de la société israélienne, et l’intérêt de ce que Denis Duclot, qui est un sociologue, appelle l’ultra-bourgeoisie : cette classe de quelque milliers de personne qui pilote la mondialisation libérale. Les maîtres d’œuvre de l’économie israélienne sont aujourd’hui partis prenants de cette ultra-bourgeoisie. Et c’est comme ça que l’on explique aussi le rôle des réseaux " antimondialisation " dans le soutien à la Palestine, car il ne s’agit pas simplement de dénoncer l’Israël en interne, ce qu’elle fait à la Palestine et à son peuple, il s’agit aussi de contester la présence d’Israël en externe, son rôle dans la mondialisation. Et là dans le débat on pourra parler du rôle des start-up de bio-technologie militaire qui joue un rôle énorme dans la mondialisation libérale. Je donnerai un seul chiffre : sur la place boursière à New York il y a deux indices : l’indice des nouvelles technologies, le NASDAC. Et lorsque vous regardez les entreprises étrangères qui sont côtées au Nasdac, si on enlève bien sûr les entreprises américaines qui sont les premières, le deuxième pays c’est Israël. Bien loin devant tous ceux de l’Union Européenne. Donc il y a un aspect méconnu de la présence israélienne dans les réseaux économiques mondiaux qui fait que les militants " antimondialisation " auraient intérêts à être attentifs à ces aspects-là.
 
 

Jean Luc Cipière (Groupe Méditerranée d’Attac France) – " Les enjeux économiques du conflit israélo-palestinien "

Les enjeux économiques dans ce conflit, bien que placés sous silence, sont extrêmement importants. Israël est le fer de lance dans la région de la mondialisation néo-libérale, Mohamed nous l’a dit, je crois que c’est à ce titre que la région, essentiellement Israël reçoit plus de 50% de l’aide publique américaine. L’union européenne n’est pas en reste, notamment avec son partenariat euro-méditérannéen, mis en place en 1995, dont le volet essentiel est le volet économique qui se résume à la mise en place d’une zone de libre échange, incluant tous les pays de la région, les pays arabes et Israël bien sûr.

Je crois effectivement comme tu le disais que ce conflit est le paradigme d’une mondialisation capitaliste exacerbée par laquelle les intérêts du nord représentés par israel et ceux qui sont avec lui mettent en coupe réglée ceux du sud, matérialisés là par le peuple palestinien qui est ainsi totalement opprimé et réduit à la désespérance complète. Qu’on l’examine à travers le viol de la terre, en parlant de l’eau, de l’agriculture, du viol de la force de travail dont il faudra dire deux mots, du viol des droits fondamentaux. Cette stratégie pour " dé-développer ", défaire le développement, terme utilisé par une chercheuse américaine Sara Roy, de l’économie palestinienne, elle fait parti de ce paradigme qui passe par la mise en dépendance totale de l’économie palestinienne par l’économie israélienne. Je voudrais juste dire comment les accords internationaux concernés offrent le cadre juridique international de cette stratégie.

Accords internationaux qui sont en harmonie complète avec la stratégie de l’OMC, que cela soit visible avec le partenariat euro-med, ou que cela soit plus difficilement discernable, et c’est le cas pour les accords d’Oslo.

Je cite deux lignes de Graham Asher écrites en 1994 au moment où sont signés les protocoels économiques des accords d’Oslo : les 2/3 sont consacrés à la description des fonctions des 8 commissions OLP/Israël dont le travail consiste à construire des espaces économiques d’intérêt commun allant au delà d’un accord entre deux Etats. Or on ne dit pas combien la dimension économique des accords d’Oslo était prégnante, essentielle, voir unique.

Les modalités économiques de ces accords ont contribué à faire de l’Etat d’Israel des revenus économiques ce qu’ils sont aujourd’hui, en contribuant à son succès, comme ils ont contribué à l’appauvrissement du peuple palestinien et à l’anéantissement total de son économie. Contenu dans ces accords sans autre forme de procès, 4 conditions sont présentes. Il suffit de les évoquer pour voir le lien qu’il y a avec la mondialisation libérale et avec les logiques de l’OMC. La première est la libéralisation économique comme un moteur de croissance, comme un facteur d’intégration. La 2ème est l’ouverture des frontières, pour pouvoir établir une division du travail entre les Etats de la région. La 3ème c’est la stabilité, qui est indispensable aux investisseurs étrangers qui seront en tirer profit, par les technologies de pointe en Israel et par les mains d’œuvre bon marchés dans les pays arabes de la périphérie. Et la 4ème qui est l’excédent de la paix qui était sensé permettre le transfert de ressources consacrées à la guerre vers l’amélioration des conditions de vie des populations.

Ce sont les industries de haute technologie israélienne qui ont été les premières à profiter de ce processus de paix. Entre 1993 et 1998, les exportations de haute technologie ont augmenté de 15% par an, celles faites depuis l’état d’israël. Tout à l’heure Mohamed évoquait une date clef, celle de 1995, où Israël sortait d’une dépendance par rapport aux aides occidentales. Une autre raison importante est la levée en 1994 des 2ème et 3ème boycotts arabes qui ont ouvert un nombre de portes considérables aux exportations israéliennes, et qui fait qu’entre 1995 et 1999, le bond en classement de l’état d’israel dans le classement des pays les plus riches a été faramineux. Dans cette période, le PIB d’israel a augmenté de 50%, passant de 264 à 410 milliards de shekels, alors que la population dans la même période a augmenté de 10%.

Dans cette période de boum économique, les milieux des affaires s’est polarisés autour de deux tendances : une première tournée totalement vers l’occident, les USA et l’UE, et qui a plutôt envi de voir qu’on abandonne les territoires occupés pour se débarasser d’une image négative, négative pour eux dans leur activité de business internationale ; une seconde tendance qui se constitue autour de ceux, et ils sont les plus nombreux, qui exploitent la main d’œuvre palestinienne, et qui considèrent qu’israel doit rester dans les territoires occupés entre autre pour pouvoir bénéficier de cette main d’œuvre bon marché. C’est bien évidemment la seconde tendance qui a prévalue.

Toujours concernant les accords d’Oslo, le slogan qui les a en parti résumé : " sortir Gaza de Tel-Aviv ", montre bien en quoi le soit disant processus de paix participe à mettre en œuvre un modèle économique financé par la BM et la communauté international dans lequel d’immenses réseaux soient officiels soient clandestins permettent aux entreprises israéliennes d’exploiter la main d’œuvre palestinienne sans qu’elle ait à franchir la fameuse " ligne verte ". c’est ainsi qu’on voit se constituer ce qu’on appelle des parcs industriels en cisjordanie et à gaza où est entassée une main d’œuvre bon marché qu’on va pouvoir mieux exploiter sur place sans qu’ils aient à franchir la ligne verte. Ce modèle économique a été tel que proposé par un économiste israélien qui s’appelle Tesda Saban (?) qui revendique ce modèle là comment étant une adaptation du modèle sud-africain de l’époque de l’apartheid, appelé des points de croissance. On a vu le même type de développement économique à l’époque des bantoustans en afrique du sud.

J’évoquais aussi d’autres accords internationaux ceux-là plus liés à la logique de l’OMC, entre 1995 et aujourd’hui, il s’en est signé un nombre considérable entre l’UE et l’etat d’israel. En 1995, un 1er accord d’association inscrit dans le cadre du partenariat euro-méditérannéen. En 1996 un second accord de coopération scientifique et technique entre l’UE et l’état d’israel. Sans doute que cela n’était pas suffisant, et en 1999 un 2ème accord de coopération scientifique et technique conclut entre l’UE et Israel. Le cadre général dans lequel s’inscrit ces accords est celui du partenariat euro-med. L’objectif de ce cadre est d’accélérer dans la région les logiques de l’OMC, en favorisant l’intégration la plus rapide possible des économies proche-orientales à l’économie européenne et mondiale. Si on pouvait encore en douter j’ai là un document qui est une communication de la commission européenne au conseil et au parlement européen faite récemment. C’est un document du 13 février, " communication à la commission et au conseil en vue de préparer la réunion des ministres euro-med qui s’est tenue à Valence il y a quelques semaines les 22 et 23 avril 2002. Et dans ce doc préparatoire, en introduction, on lit " l’UE se doit pour sa part d’être fidèle à l’esprit du plan d’action de Doha pour le développement qui vise à poursuivre la libéralisation de l’accès au marché même dans les régions sensibles. Avec l’optimisme qui la caractérise la commission n’hésite pas à indiquer au conseil et au parlement, lors de cette réunion de Valence qui a pour vocation de relancer le partenariat euro-med, quelles sont les règles fondamentales et notamment celles de l’ouverture totale des marchés.

Quelque mots de l’accord d’association entre l’UE et Israël. Il joue effectivement un rôle moteur pour qu’israel soit ce fer de lance à l’intégration au marché mondial des autres économies de la région. C’est le commentaire qu’a fait un économiste palestinien Bishara Khader.

Quelque mots de l’accord d’association entre l’UE et l’OLP. On n’en parle pas assez souvent. Voici un bout de l’article 1 : il parle de " créer les conditions d’une libéralisation progressive des échanges ", et l’article 3 qui est éloquent : " la communauté européenne et l’AP établissent progressivement une zone de libre échange sur une période de transition ne s’étendant pas au delà du 31 décembre 2001, selon les modalités énoncées au présent titre et conformément au disposition de l’accord général sur les tarifs douaniers et sur le commerce de 1994 (accords de Marakech). Tout ça pour nous convaincre s’il en était besoin que l’ensemble des accords d’association mis en place dans le cadre du partenariat euro-med ont bien pour vocation et pour vocation unique d’accélérer l’intégration de l’économie de cette région à n’importe quel prix à l’économie capitaliste mondiale.

Je voudrais terminer sur cet accord d’association entre l’UE et Israël en évoquant 3 points : le 1er est relatif aux produits notamment agricoles en provenance des colonies de peuplement que l’état d’israel exporte vers l’UE en leurs faisant bénéficier des tarifs préférentiels, c’est à dire l’absence de droits de douane comme convenu au terme de cet accord, alors que ces produits proviennent d’un territoire qui juridiquement n’appartient pas à cet Etat. Il a fallu des mois avant que l’UE manifeste son désaccord par rapport à ces pratiques.

L’autre point c’est l’article 2 qui est présent dans tous les accords d’association qui conditionnent le maintien de ces accords d’association au respect par les parties que cet accord d’association soit suspendu voir abrogé.

Pour terminer sur deux choses qui démontrent le rôle et la fonction de l’UE dans cette problématique : cet article 2 dans l’accord d’association entre l’UE et l’état d’israel est assorti fait exceptionnel d’un article 83 qui fixe les limites de respect de cet article 2 au seul territoire d’israel. Nous avons un accord où l’UE a signé un accord avec israel dans lequel il lui demande de respecter les droits de l’homme, comme il l’a fait avec l’ensemble des 11 autres partenaires méditérannéens, mais il y a un aditif article 83 dans lequel l’UE reconnaît que cette conditionnalité ne s’exerce que sur le seul territoire de l’état d’israel, on peut en conclure qu’elle ne s’exerce pas dans les territoires occupés. Et si nous devons nous mobiliser pour que soit suspendus les accords de coopération entre l’UE et israel nous ne devons pas être dupes et laisser penser à ceux qui nous écoutent et nous regardent que c’est parce que ces accords sont bons ou qu’ils ont une quelconque valeur, et que demandant leur suspension pour les raisons que nous savons avec l’état d’israel nous laisserions fleurir les autres qui ont été conclu avec les 10 autres pays. Je pense que l’ensemble du mouvement social et particulièrement l’ensemble du mouvement engagé dans la lutte contre la mondialisation libérale doit demander la suspension de tous les accords d’association, absolument de tous. Contrairement à ce que contient la déclaration de Barcelone qui dit vouloir apporter la paix et la prospérité dans la région, ces accords d’associations n’ont qu’une vocation organiser le dépouillement total de la périphérie au profit du centre, du sud au profit du nord.
 
 

Gilles Gesson (Larzac-Solidarité) – " Le droit à la terre comme acte de résistance à la mondialisation libérale "

Mon intervention sera plutôt sous forme de témoignage. Donc je viens du Larzac, je suis un des animateurs du comité Larzac Solidarité et du tout récent comité Palestine 12. Il est vrai qu’on est très souvent chez nous interpellé sur le fait que nous paysans du Larzac comment justifions nous notre solidarité avec le peuple palestinien ? Est ce que nous n’allons pas en Palestine de la même façon que nous démontons des Mac Do, c’est à dire par simple goût de la provocation.

Afin de bien donner le contexte de mon témoignage, je vais parler très rapidment du Larzac car certains d’entre vous ne savent pas forcément ce qu’il s’y est passé il y a quelque temps. C’est une région du sud de la France, da,ns le sud du massif central, une région très rurale qui a défrayé la chronique entre 1971 et 1981, par la résistance populaire qui s’était effectuée là bas contre un projet d’extension d’un camp militaire. Pendant dix ans s’étaient déroulée sur le plateau une résistance non violente, démarrée par les paysans eux-mêmes, et les larzciens sont très tenaces, et ils ont ensuite été rejoints par beaucoup de solidarité au niveau national et international. Ces 10 années de résistance, avec beaucoup d’imagination dans les formes de lutte, ont réussi à déboucher sur une victoire puisqu’en 1981, lorsque F Mittérand a été élu, le projet d’extension du camp militaire a été abandonné. La victoire n’était pas une fin en soi et il restait à mettre en forme cette victoire et à cette époque, dès le mois de juin 1982, les gens du Larzac considéraient que la période qui s’ouvrait devant eux était le début d’un long processus qui devait faire du Larzac une région modèle pour le développement agricole et un haut lieu pour l’élaboration et la diffusion des idéaux de paix et de liberté. Depuis 1981, les gens du Larzac essaient d’entretenir cet héritage et de développer des formes d’action et des formes de vie quotidienne. Les gens du Larzac ne se considèrent pas comme des militants professionnels, mais pour eux le militantisme commence dans la vie quotidienne, et toute ses idées pour lesquelles ils se sont battus pendant 10 ans ils cherchent à les mettre en pratique au recours des différentes structures créées. Ils ont mis en place une pratique collective des terres.

Une autre mise en forme des idéaux pour lesquels se sont battus les Larzaciens c’est la solidarité internationale. Les gens du Larzac ont été conscients qu’ils ont pu tenir pendant aussi longtemps c’estr aussi grâce à la solidarité extérieure. En 1981, il a été décidé de faire une sorte de renvoi des solidarités, et de soutenir les luttes populaires à travers le monde. C’est dans ce but qu’a été crée l’association Larzac Solidarité qui depuis plus de 20 ans établit des solidarités très étroites et très concrètes avec diverses régions du monde, notamment la Nouvelle calédonie, la polynésie, l’afrique noir, le Mexique, le brésil, la colombie, et la Palestine. Cette relation entre le Larzac et la Palestine ne date pas d’hier puisque les premiers contacts ont été pris dans les années 1980, justement par la réputation qu’avait le Larzac dans son expérience concrète de gestion des terres. Les 1ers contacts ont été établi avec les responsables du PARC (Palestinian Agricultural Relief Committee) qui est un ensemble d’ONG palestiniennes agricoles, qui étaient venu sur le plateau pour voir comment ça se passait. Il y a eu d’autres contacts qui ont été pris avec une autre association directement issue aussi de la lutte du Larzac, l’association des vétérinaires et éleveurs du Milagroi (?), qui ont fait des parrainages entre vétérinaires et éleveurs de pays du sud, et notamment avec la Palestine, depuis la fin des années 1980. Et à titre individuel beaucoup de personnes du Larzac se sont rendus en Palestine notamment dans le cadre de certaines missions organisées par l’association médicale France-palestine.

C’est une 1ère réponse à la question de départ. Le Larzac est plus connu actuellement pour la position qu’il a prise dans la réponse à la mondialisation libérale, ça depuis le démontage du Mac Do de Millau. A partir de ce moment là le Larzac a toujours été présent dans les grands événements de la mobilisation citoyenne mondiale. Il y avait une délégation du Larzac à Seattle, en 1999, et nous participons activement aux deux forums sociaux mondiaux de PoA.

Nous recevons aussi sur place des paysans, ça peut être les petits paysans colombiens, les sans-terre brésiliens, nous sommes aussi allés rencontrés les zapatistes. Et cela dans le cadre d’une véritable internationale paysanne, puisque le Larzac peut être considéré comme le berceau de la confédération paysanne. Et elle-même appartient à Via Campesina, qui est une internationale de syndicats paysans. Pour nous, ne serait-ce qu’en nous plaçant au niveau de la résistance à la mondialisation libérale, nous paysans dans le cadre de cette internationale paysanne, il était tout à fait normal de nous rendre en Palestine pour soutenir le peuple palestinien, que d’être à Seattle, à Gênes ou à Barcelone.

Les missions civiles pour la protection du peuple palestinien, organisé par le CCIPPP, à partir de juin dernier, avec le soutien de différentes structures, comme la Conf Pay, le Syndicat de la Magistrature, DD!!, DAL…

Pour la 11ème mission qui s’est rendue en Palestine, à la fin du mois de mars, il y avait une bonne délégation paysanne du Larzac, pour une raison très simple : le 30 mars est la journée de la Terre palestinienne, c’est la commémoration du 30 mars 1976 où une manifestation de paysans palestiniens de Galilée a été très violemment réprimée par les forces de l’ordre israéliennes, et depuis 1976 le 30 mars est la journée de la Terre palestinienne. Comme vous savez cette commémoration ne s’est pas passée comme prévue dans la mesure où elle a été éclipsée par l’engrenage et la violence qui s’est déchaînée à partir de ce moment là.

Nous avons également tenu à marquer de chez nous, sur le plateau, une solidarité locale. Et de la même façon que le Larzac avait offert dans les années 1980 symboliquement un hectare de terre au peuple kanak, qui à l’époque se battait contre le pouvoir colonial français, cette fois-ci nous avons offert symboliquement un hectare de terre. Et pour rajouter aussi dans le symbole et pour illustrer ce parallèle qui existe pour nous entre le soutien au peuple palestinien dans son combat et la lutte pour la reconnaissance de ces droits, et la lutte contre la mondialisation libérale, nous avons aussi parmi ces graines qui ont servi à ensemencer cette parcelle, donc des graines qui nous avaient été confié par des paysans sans terre brésiliens lors du forum social de porto alegre.

Je voudrais aussi faire une petite remarque qui va paraître peut être un peu déplacée vue le contexte de violence qui sévit actuellement en Palestine. La lutte du Larzac a pu déboucher sur une victoire car une de ses principales caractèristiques était la non-violence. Je précise la non-violence active, car il ne s’agit pas d’accepter la représsion sans brocher, mais d’essayer par une sorte d’Aykido de renvoyer la force de l’agresseur. On pourrait penser que ce genre de procédé peut avoir ses limites surtout dans un contexte de violence exacerbée, or c’est en employant cette méthode que José Bové, un des nôtres, avec les autres internationaux de la mission civile du mois de mars, qu'ils ont réussi à briser le siège du quartier général de l’autorité palestinienne d’Arafat, qu’ils ont réussi à pénétrer dans le QG, a servir de bouclier humain pendant plusieurs jours, et ainsi permettre à l’opinion publique mondiale d’être mieux informé sur ce qui se passe là-bas, puisqu’ils ont pu faire rentrer des journalistes avec eux. Ils auraient bien voulu aussi faire rentrer des diplomates, mais les représentations diplomatiques sont tellement nulles. Ils ont aussi par cette action envoyé un très grand camouflé à la communauté internationale des Etats pour sa complaisance si ce n’est sa complicité face au drame palestinien.
 

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