Un journal pour construire un parti

Ce texte est paru dans le bulletin de débats N° 3 pour le congrès LCR 2003

Le journal Rouge a commencé à changer sous l’impact de la croissance des effectifs de la Ligue et de sa nouvelle orientation (notamment vers les mouvements contre la mondialisation capitaliste). Cependant,  une transformation plus profonde est nécessaire à la fois du journal lui-même et de sa diffusion, ainsi que des autres publications de la Ligue. Il a été décidé par le CC d’organiser bientôt une conférence nationale sur la presse, mais dès maintenant il faudrait réfléchir à cette question. Ces quelques commentaires visent à contribuer au débat sur quelle presse il nous faut.
 
Comme cela a été écrit dans le numéro 2000 de Rouge «Une nouvelle génération politique, qui n’a pas subi le contrecoup des impasses tragiques du stalinisme et de la social-démocratie, se lève et rentre dans l’action.» Nous nous efforçons d’être au centre de cette génération et de transmettre l’expérience, la théorie et la tradition issues des générations précédentes. Mais l’effort pour construire largement au sein de cette nouvelle génération  (dont témoignent les campagnes électorales, les cortèges dynamiques dans les manifestations, et le nouveau livre d’Olivier, par exemple) n’a touché que très partiellement le contenu de “ Rouge ” et quasiment pas du tout la conception de sa diffusion. “ Rouge ” doit être au centre de ce travail et devenir un véritable outil de construction de notre organisation.
 
Augmenter la diffusion
Les ventes de “ Rouge ” sont extrêmement faibles. De nombreux adhérents de la LCR ne sont pas abonnés au journal. Beaucoup de nos militants avouent ne pas le lire régulièrement. Seule une minorité de camarades vendent la presse à leurs collègues de travail ou autour d’eux dans les différents mouvements. Dans les réunions de cellule, le journal est parfois absent, ou au mieux il n’y a que quelques exemplaires sur la table. Les ventes publiques sont trop rares et souvent irrégulières. On ne discute pas – ou très peu – d’où et comment intervenir avec le journal, de quels sympathisants ou contacts peuvent être abonnés, de l’utilité de tel ou tel article pour notre travail dans les syndicats ou dans les comités anti-guerre etc.
 
Dans les grandes manifestations, la vente de Rouge se fait de façon peu dynamique. A titre d’exemple, dans la manifestation du 15 février contre la guerre à Paris, qui a réuni au moins 200 000 personnes, il n’y avait pas plus d’une vingtaine de vendeurs de Rouge, quasiment tous autour du seul cortège de la LCR. Pourtant nous avons des choses à dire (sur la guerre, sur Chirac, sur le rôle de l’ONU) à l’ensemble des manifestants, surtout ceux qui découvrent le militantisme pour la première fois. Dans les manifestations suivantes, le journal était nettement plus vendu, mais on peut dire sans peur de se tromper que la plus grande partie des manifestants n’ont pas vu notre journal, sauf à la télévision !
Il faut que nous mobilisions pour chaque manifestation d’importance plusieurs dizaines de vendeurs; nous devons couvrir toutes les bouches du métro et d’autres voies d’accès à la manifestation, et vendre activement en direction des différents cortèges et de la masse d’individus non-organisés.

Par ailleurs, c’est très souvent les camarades plus expérimentés qui vendent la presse en manif, alors que c’est une activité qui est facile à faire – et très formateur – pour les nouveaux membres qui sont souvent pleins d’enthousiasme. Notre objectif doit être de vendre le maximum de journaux, ce qui signifie dans les manifestation géantes plusieurs centaines sinon plusieurs milliers. L’idée de faire de Rouge un journal militant populaire se concrétiserait bien d’ailleurs dans le fait de ramener son prix de vente à 1 euro.

Le journal doit permettre d’identifier précisément notre périphérie (ceux qui sont prêts à l’acheter, ceux qui sont prêts à vendre quelques exemplaires autour d’eux, ceux qui sont prêts à écrire une lettre ou un court article…). Vendre la presse oblige les camarades à la lire et à réfléchir sur leurs accords ou désaccords éventuels. La vente d’un journal dans la rue ou à un contact doit être l’occasion de confronter nos idées avec celles des jeunes et des travailleurs qui s’intéressent à nous sans partager toutes nos idées. La vente du journal par les camarades contribue ainsi à leur formation politique.
 
Une décision politique centrale sur l’utilisation du journal comme outil de construction est urgente. Celle-ci doit se traduire rapidement par le choix par chaque section d’un(e) responsable journal (là où il n’y en a pas) et la mise en place d’objectifs à atteindre dans les ventes publiques et individuelles. Les objectifs doivent évidemment être souples, mais ambitieux. Le public sensible à nos idées s’est énormément élargi, la diffusion peut se développer très rapidement. Il faut que la conférence nationale prévue sur le thème de la presse de la LCR traite sérieusement pas seulement du contenu de la presse, mais de tous les aspects de sa diffusion (abonnements, ventes publiques etc.

Le contenu du journal    
Il faut un style plus populaire et plus combatif. Des articles plus courts, une maquette dynamique et le forum sont de vrais atouts, mais il faut aller plus loin.
 
Rouge garde pour l’instant des aspects d’un journal de simple commentaire sur l’actualité. Actuellement, à titre d’exemple,  les titres des rubriques (“ Faits et méfaits ” ; “ Au jour le jour ” ; “ premier plan ” ; “ la semaine ” “ rétroviseur ” ; “ pleins feux ”, “ entracte ”) ne sont ni populaires ni combatifs, quand ils ne sont pas tout simplement incompréhensibles. Les articles s’adressent parfois aux seules personnes très politisées (récemment une première page supposait que tout le monde avait lu un éditorial de Libération !).

Les articles consacrés aux questions culturelles sont souvent trop élitistes, à la fois en ce qui concerne le choix des sujets et leur écriture (exemple : des critiques de disques ou de pièces de théâtre qui donnent l’impression d’être écrites pour un petit cercle d’initiés). Nous n’avons pas comme objectif de remplacer le travail d’autres revues de critique littéarire ou de cinéma !

Le journal doit être plus centré sur les priorités militantes de la semaine. Actuellement, nous avons souvent un titre en première page sur un sujet, avec un éditorial de première page sur un deuxième sujet, et des éditoriaux de la page trois sur deux autres sujets. L’impression qui en résulte - que nous avons 36 priorités en même temps - revient à dire qu’il n’y a pas de priorité, et donc que le journal reste un journal de commentaire révolutionnaire plutôt qu’un outil pour la lutte.

Il faut savoir bousculer le contenu et le format du journal pour mieux réagir à la situation concrète. Lorsqu’un thème prend un caractère de masse (comme le mouvement contre la guerre) il faut consacrer plusieurs pages, voire la moitié du journal à différents aspects de la question.  Ceci nous permettra de l’approfondir . On doit toujours avoir comme priorité le lecteur qui lit son premier Rouge. Ainsi nous répondrons plus précisément aux questions que se posent les travailleurs et les jeunes chaque semaine, plutôt que de commenter brièvement tous les sujets de l’actualité. Cela peut être sous la forme d’un argumentaire présentant les point clé d’un sujet (les arguments du patronat, des directions syndicales et les nôtres sur la réforme des retraites par exemple).
 
Les interviews en dernière page sont très utiles et informatives et témoignent de notre engagement dans des mouvements larges ; mais il faudra aussi de nombreuses interviews plus courtes de gens en lutte (grévistes ou autres). L’organisation de telles interviews peut permettre à des camarades relativement nouveaux de se former à ce genre de travail.
 
Une partie des défauts du journal est certainement due au fait que sa production est confiée à une petite équipe qui doit tout faire, mais ce qui manque surtout pour changer le journal est une décision politique sur son rôle. Il faut un correspondant Rouge actif dans chaque cellule, pas seulement pour envoyer des “ échos de lutte ” mais aussi pour servir de relais, faisant remonter les réactions des lecteurs au journal.

Un mensuel politique

Il existe actuellement un nombre assez important de publications et de documents internes etc Mais il manque à la Ligue un mensuel politique attractif, vendu à un prix abordable et lisible par tous nos militants et contacts.
 
Le projet décidé lors du dernier congrès de publier un mensuel politique n’aurait pas été réalisé faute de moyens. Mais une telle publication est indispensable pour contribuer à former les nouveaux militants et sympathisants de la Ligue. Une telle revue pourrait combiner des explications plus approfondies (mais populaires) de concepts clé du marxisme, des présentations des éléments de l’histoire du mouvement ouvrier et des luttes contre l’oppression (et les leçons à en tirer). Elle devrait également contenir des analyses plus approfondies des questions d’actualité (la logique de guerre etc) qui ne peuvent pas être expliquées dans l’hebdomadaire. De la même façon que pour le journal, il faudrait une personne par cellule responsable de l’utilisation politique de cette revue sous tous ses aspects (ventes, préparations de contributions et de courrier, faire remonter les réactions, les suggestions de sujets à traiter etc .).

Une presse renouvelée aidera à poursuivre la transformation de la Ligue pour la nouvelle période politique extrêmement prometteuse qui s’ouvre
 
John Mullen LCR Montreuil
Colin Falconer LCR 92 Sud
Jean-Laurent Rosenstrauch LCR Paris 14ème
Alexandre Mamarbachi LCR Paris 10ème
 

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Revue trimestrielle publiée par des militant(e)s de la Ligue Communiste Révolutionnaire
 
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