Combattre le fascisme

antiNaziLeaguex.gif (1204 octets)L'exemple de la Ligue anti-nazie en Angleterre
 

 Le Front national s'impose de plus en plus en France. Dans des périodes comme celle-ci il est indispensable d’apprendre les leçons de l’histoire. En effet, à différents moments de l’histoire du XXème siècle, les fascistes ont reculé sérieusement à cause de mouvements dirigés spécifiquement contre eux. La France de 1934 fournit un exemple que nous reprendrons dans un futur numéro de cette revue. L’article présent a pour but de présenter les succès de la Ligue anti-nazie en Angleterre dans les années 1970 et 1990.

 A l’heure actuelle, l’Angleterre est un des rares pays européens qui n’ait pas vu une montée sérieuse de l’extrême droite, laquelle est restée au niveau groupusculaire. En Italie "L’alliance nationale" ( ex-MSI) obtient 5 millions de voix en 1994; en Autriche le FPÖ d’extrême droite obtient 22, 6% des voix en 1994, même au Danemark avec 6,4% des voix en 1994 et en Norvège avec 12% en 1995, on voit l’extrême droite progresser.

On nous sort souvent le système électoral anglais ou le calme naturel des anglo-saxons comme explication. Il faudrait plutôt mesurer les succès du mouvement antifasciste, peu connu en France, la Ligue anti-nazie.

 Stopper le National Front

 Au milieu des années 70, le National Front en Grande Bretagne était à l’offensive. Les conditions favorisaient sa croissance. La première récession depuis la Seconde guerre atteignait le niveau de vie des gens. Sous la pression du Fonds monétaire international, un gouvernement travailliste effectuait des coupes sombres dans les salaires, les budgets de la santé et du logement. Les rangs de chômeurs croissaient. Les directions syndicales soutenaient les programmes d’austérité du gouvernement travailliste.

 Des fractions du Parti conservateur rassemblées autour de l’ex-ministre Enoch Powell, ainsi qu’une bonne partie de la presse, jouèrent alors la carte raciste. Au printemps de 1976, l’Etat de Malawi, dans le sud de l’Afrique expulsa la partie asiatique de sa population. La Grande Bretagne avait établi ce peuple malchanceux dans le pays alors que c’était encore une colonie. Ses ressortissants avaient des passeports britanniques. Naturellement, il crurent pouvoir trouver refuge et sécurité en Grande Bretagne. Au lieu de cela ils eurent à subir la haine raciale.

Le Daily Mirror, journal d’obédience travailliste, apparut avec à la une " Nouvelle vagues d’asiatiques en Grande Bretagne ". Le Telegraph, proche des Tories déclara "Une invasion d’asiatiques contraint Borough d’appeler à l’aide ".

 Devant la pression, le gouvernement travailliste capitula. Un dirigeant travailliste, Bob Mellish, déclara au parlement : " La nation a fait tout son devoir. Son bilan est celui d’un grand honneur et d’une grande intégrité, mais je dis "trop c’est trop"... Ce poids ne peux être porté par notre seul peuple. Si nous n’y faisons pas face maintenant, nous devrons le faire plus tard. Discutons plutôt pour savoir si nous ne pourrions pas... leur payer leur voyage de retour et leur réinstallation en Inde ".

Enoch Powell, l'ex-ministre conservateur fit une série de déclarations incendiaires au sujet des asiatiques Malawi, répétant la formule utilisée par Mellish, " trop c’est trop " et appelant à l’expulsion des "immigrés" noirs. Le National Front recueillit les fruits de l’hystérie de la presse, de la démagogie de Enoch Powell et des concessions du gouvernement travailliste face au racisme.

Au cours de l’année 1976, il vit ses résultats électoraux s’améliorer sensiblement. Aux élections locales de Blackburn, dans le nord industriel de l’Angleterre, le total de ses voix et de celle d’un groupuscule nazi s’éleva à 38 pour cent. Deux conseillers municipaux fascistes furent élus. A Leicester, le Front obtint 44 000 voix en présentant 48 candidats. Lors d’une élection partielle à Deptford (Lewisham), au sud de Londres, les fascistes obtinrent 44 pour cent des voix.
 
 

En 1977, la situation s’aggrava. Lors des élections pour la Mairie du Grand Londres, le National Front présenta des candidats dans 85 des 92 circonscriptions. Il obtint 119 063 voix, devenant le troisième parti dans les résultats de 33 circonscriptions. Ils eurent entre 15 et 20 % des voix dans certains quartiers populaires de la banlieue Est de Londres.

Le FN britannique en 1977 n’avait pas le même poids électoral que le parti de Le Pen en France aujourd’hui. Sa percée était encore limitée aux élections locales et partielles. A cause du système électoral britannique, ils n’avaient pratiquement aucun élu. Et la droite traditionnelle boycottait le National Front.

Mais la menace fasciste était réelle. Le NF avait annoncé son intention de présenter plus de 300 candidats aux élections législatives prévues pour 1978 ou 1979, ce qui lui aurait donné droit à une publicité massive gratuite à la télévision.

De plus, le NF avait une base parmi les jeunes ouvriers et chômeurs, il était organisé dans certains lycées et essayait avec un certain succès de recruter dans des syndicats comme ceux des postiers et des cheminots.

Avec ces acquis les fascistes décidèrent de lancer des parades pour ravigoter leurs troupes et attirer vers eux de nouvelles personnes. Dans beaucoup de cas ils décidèrent qu’ils traverseraient les quartiers des grandes villes qui compte une population issue de l’immigration très nombreuse. le but était à la fois de terroriser la population immigrée, et de renforcer les rangs des fascistes.
 
 

"Je crois que nos marches, avec tambours, drapeaux et banderoles, ont un effet hypnotique sur le public et un rôle immense pour consolider l’allégeance de nos partisans; leur enthousiasme peut être renforcé ". Ce furent les mots de John Tyndall, führer du National Front britannique à l’époque.
 
 

Ces parades furent systématiquement confrontés à des antifascistes, mais protégés par la police.

Deux événements allaient les stopper. Le premier fut leur défaite dans les rues de Lewisham quand une contre-manifestation les a empêchés de manifester. Le second fut le lancement de la Anti Nazi League (Ligue antinazie).

Après l’annonce par le National Front d’une marche massive dans le quartier immigré de Lewisham, les municipalités travaillistes en appelèrent au gouvernement pour l’interdiction de la marche. Le maire de Lewisham, 1500 chrétiens du quartier et le Congrès des syndicats (TUC) appelèrent également à l’interdiction.

Le ministre de l’intérieur travailliste refusa au nom de la "liberté d’expression ". Le jour de la marche, deux contre-manifestations étaient organisées.

La première, dirigée par le maire et l’évêque de la municipalité, était appelée par le Comité contre le racisme et le fascisme du Grand Londres (ALCARAF). Elle s’arrêta à près de deux kilomètres du lieu de rassemblement des Fascistes. Les marcheurs reçurent un tract leur enjoignant de ne pas aller vers la marche fasciste et de s’en tenir à des méthodes pacifiques et calmes.
 
 

Une des organisations de l’extrême gauche britannique, le Parti socialiste des travailleurs (SWP)*, comptant à l’époque deux ou trois mille membres, lui s’était organisé pour un rassemblement sur le lieu même de regroupement des fascistes, visant à empêcher les fascistes de parader. . Le tract de l’ALCARAF déclarait : "nous nous opposons résolument à la marche provocatrice organisée par le SWP ".

Pourtant, des jeunes blancs et noirs, des socialistes et des vétérans des batailles contre le fasciste Mosley dans les années 1930 rejoignirent le SWP et assurèrent la déroute et l’éviction des fascistes des rues qu’ils voulaient occuper. Même le quart des effectifs de la police de Londres présents sur le terrain ne purent protéger les fascistes. A deux reprises les antifascistes enfoncèrent les barrages policiers et coupèrent le rassemblement fasciste en deux. Les fascistes quittèrent l’arène du combat. Ce fut une défaite cinglante pour le National Front.

La presse et la direction du Parti travailliste s’en prirent aux antifascistes. Le Daily Mirror déclara que le SWP était "aussi dangereux que le National Front ". Le SWP fut traité de " fascistes rouges ". Ainsi se profilait le danger d’une marginalisation des révolutionnaires et des antifascistes en général.

Mais la défaite des fascisttes à Lewisham permit au SWP associé avec des députés travaillistes et des personnalités de lancer une campagne nationale large contre le National Front : la Ligue anti-nazie. Cette Ligue empêcha le Front de se rétablir.

La ligue fut initié par des dirigeants de l’SWP qui proposèrent à des députés travaillistes d’établir la ligue, sur des statuts très simples, et une autonomie locale complète pour les différents groupes. Rapidement ils faisaient signer des personnalités du monde de la musique et du football, un appel à la mobilisation générale contre le NF.
 
 

La ligue anti-nazie avait un but très simple et limité : détruire le National Front. Cela impliquait d’abord de dénoncer par tous les moyens possibles -badges, tracts, porte à porte, affiches, concerts, expositions... le National Front, montrant aux gens leurs origines et leur personnel fascistes. Aussi fallait-il répondre par des chiffres et des arguments précis, aux mensonges du National Front.

En deuxième lieu l’ANL voulait empêcher, à chaque fois qu’il était possible de construire le rapport de forces, les apparitions publiques du Front national, que ce soit sur un marché, dans un meeting public ou à la télévision, défendant le slogan "pas de plateforme pour les fascistes ". Ainsi Le National Front ne pourra pas utiliser ses apparitions publiques pour recruter.

Il n’était nullement nécessaire de partager les mêmes idées politiques en général pour travailler ensemble contre le National Front. L’adhésion de la ligue anti-nazie était on ne peut plus simple. Pas besoin d’appartenir au milieu restreint des gens qui ont l’habitude de faire de la politique. On payait dix francs pour l’adhésion pour un an, et on recevait une carte de membre et des informations régulières sur les actions contre le NF. Des milliers de ces cartes furent vendues lors des campagnes de porte à porte dans les quartiers où le NF essayaient de s’implanter.

La propagande massive visait à séparer la majorité des électeurs du National Front de son noyau réellement nazi. Car une grande partie du soutien passif du National Front pouvait en être détachée par une campagne dynamique de contre-argumentation. Par ailleurs, les contre-manifestations systématiques visaient à démoraliser le noyau, en rendant leur travail de construction d’un parti fasciste de plus en plus difficile.

Initiatives autonomes

Une des forces de la LAN était la formation d’innombrables sous-groupes,chacun avec des badges, des tracts et d’autres matériels de propagande. Ainsi furent formés des groupes Etudiants contre les nazis, Mineurs contre les nazis et de très nombreux autres groupes ( employés municipaux, travailleurs de la métallurgie, employés des médias, homosexuels, artistes; instituteurs, comédiens, même "Supporters de Liverpool contre les nazis" etc etc). Il y eut un tel isolement des fascistes qu’il fut possible de créer également des groupes skins contre les nazis dans un milieu qui traditionnellement s’étaient identifiés à l’extrême droite.

Des meetings de la Ligue rassemblèrent des milliers de personnes. Dans l’usine automobile de Rover à Birmingham, 200 ouvriers refusèrent de travailler avec un de leurs collègues, un militant du National Front. Des employés d’un ministère à Londres firent grève pour revendiquer le droit de porter des badges de la ligue anti-nazie sur le lieu de travail. Des cheminots refusèrent de conduire des trains si les graffiti racistes n’étaient pas effacés. Des enseignants confectionnèrent un matériel pédagogique antiraciste qui fut repris à travers le pays.

L’activité antiraciste avait capté l’imagination et donna lieu à toute sorte de groupes qui sortaient leurs badges. On vit des badges " végétariens contre les nazis ". Des habitués d’un pub à Manchester qui s’appelait The Albert sortirent un badge " Albert contre les nazis ", et trois journalistes admirateurs du Malt Whisky sortirent une édition limitée de trois badges " ivrognes contre les Nazis ".

La Ligue anti-nazie permit ainsi de faire quelque chose que l’extrême gauche, ou même le parti travailliste, n’aurait pas pu faire seul, - la mobilisation de plusieurs centaines de milliers de personnes y compris beaucoup de jeunes ouvriers et employés, dont l’immense majorité n’avait jamais participé à la politique, une mobilisation bien plus largement que les troupes des militants politiques déjà organisés. Bien des gens participèrent à la ligue anti-nazie qui n’avait aucun désir de rejoindre un parti politique ni de se mobiliser sur d’autres questions politique.

Le programme le plus étroit, l’unité la plus large était le mot d’ordre. Ainsi lorsqu’il fut proposé d’ajouter au programme de la ligue une opposition à tout contrôle d’immigration, les révolutionnaires au sein de l'ANL s’y opposèrent. En effet un tel rajout aurait signifié que seuls des militants d’extrême gauche pouvaient faire partie de al ligue, dont le but même était de rassembler dans l’action une large variété de gens.

C’est ainsi que la ligue n’a pas hésité à demander des signatures à des célébrités. Des footballeurs, des chanteurs de rock et d’autres personnes avec une influence sur la jeunesse furent demandés de dénoncer les fascistes. Ainsi Jonny Rotten, chanteur des Sex Pistols, déclara "Je les méprise. Personne n’a le droit de dire à quelqu’un qu’il n’a pas le droit de vivre ici à cause de la couleur de sa peau ou la taille de son nez. Comment les gens peuvent-ils voter pour quelque chose de tellement inhumain ? " Brian Clough, manager d’une grande équipe de football, rajouta "Le nazisme est comme le choléra ou la léprosie. Je crois que le National Front doit être éradiqué, et je suis prêt à faire ce que je peux."

Elle parvint à dénoncer le National Front comme nazis auprès de millions de personnes. Deux carnavals attirèrent à Londres chacun 100 000 personnes. Son organisation soeur, Rock Against Racism (Rassemblement de musiciens contre le racisme) organisa de multiples concerts à travers le pays.

La Ligue mobilisa blancs et noirs, juifs chrétiens et athées, jeunes et vieux. A chacune de leurs apparitions, les fascistes étaient confrontés à des mobilisations antifascistes beaucoup plus nombreuses. A chaque tract fasciste, répondaient une multitude de tracts de la Ligue. Les antifascistes occupèrent des terrains qui n’avaient pas l’habitude de voir des actions politiques. A l’entrée des stades de football , des centaines de milliers de tracts anti-nazis furent distribuer, ainsi qu’aux concerts de rock. Les membres de la Ligue s’organisaient localement pour effacer les graffitis fascistes.

L’opposition systématique de contre-manifestations lors des apparitions publiques du National Front avaient pour résultat que les fascistes furent obligés d’abandonner leur image respectable et sortir les bandes de voyous skins et autres pour s’attaquer aux antifascistes.

Dans ces batailles, les fascistes bénéficiaient en général de la protection policière. Lors de la campagne électorale de 1979, les antifascistes qui protestaient contre un meeting appelé par le National Front à Southall, à l’ouest de Londres, furent attaqués par 3000 policiers. La police tua un membre du SWP, un enseignant londonien, Blair Peach.

Les résultats obtenus par la LAN étaient impressionnants. Le National Front, poussé sur la défensive. Ses résultats aux élections locales baissèrent rapidement. Il fut d’abord contraint de réduire ses ambitions pour les élections législatives; et quand les élections eurent lieu en 1979, (après 18 mois de l’activité de la Ligue), son audience électorale s’effondra. Le National Front, sous cette pression, se divisa en trois groupes concurrents et retourna au stade de groupuscule pendant de longues années.

Les années 1990

Rejetés dans la défensive, les fascistes anglais sont restés au niveau groupusculaire pendant 15 ans. Néanmoins, avec la montée du chômage, et l’exemple des mouvements fascistes ailleurs en Europe, les fascistes tentèrent à nouveau de se développer. En septembre 1993, un conseiller municipal fasciste ( du British National Party) fut élu dans la banlieue de Londres. La Ligue anti-nazie fut relancée en réponse. Sa réputation à cause des succès des années 1970 rendait le travail de la relance beaucoup plus facile. Dans quelques mois plus de 40 000 personnes ont adhéré à la nouvelle Ligue anti-nazie. Les méthodes des années 1970 : propagande très large, sous-groupes innombrables, furent réutilisés.

En mai 1994, les fascistes présentèrent des candidats aux élections municipaux. Un travail massif de porte à porte fut organisé dans les quartiers où les fascistes se présentèrent. Les militants antifascistes discutèrent avec tous les habitants de ces quartiers, expliquant. qui était le BNP, leur nostalgie hitlérienne, expliquant pourquoi c’était entièrement faux de croire que la BNP puisse défendre les démunis, et contredisant les mensonges des fascistes sur l’immigration, laissant des tracts qui expliquaient les liens avec les fascistes, et recrutant ceux qui voulaient à la Ligue anti-nazie. Puisque la carte d’adhésion ne coûta que 10 francs, il était courant de faire des dizaines d’adhésions par équipe dans une matinée de porte à porte .

A Pontypridd, une ville dans le bassin minier du Pays de Galles, dévastée par le chômage, la Ligue antinazie empêcha les fascistes de manifester. Une campagne des employés des médias donna lieu à des rassemblements divers et un meeting de 800 personnes sur le thème "Nous ne voulons pas de nazis sur nos écrans. "

Aux élections suivantes, les fascistes furent humiliés.

La France aujourd’hui

Quelles sont les leçons que l’on peut tirer de l’expérience britannique pour la lutte en France aujourd’hui contre le fascisme. Evidemment, il ne s’agit pas de reproduire exactement une organisation qui répondait à une situation spécifique. Les conditions de développement du National Front n’étaient pas celles du FN aujourd’hui, et les forces différentes sur le terrain ont leur spécificité dans chaque pays.

Cela dit, la Ligue anti-nazie représentait fondamentalement une application à la situation anglaise des idées de Trotsky sur comment combattre le fascisme, qu’il a développé dans les années trente pour la situation en Allemagne.

Il s’agit d’abord d’identifier qui est menacé par les fascistes. Puisque toutes les organisations du mouvement ouvrier, même les plus réformistes et modérés, même les Notats et compagnie sont réellement menacé par le fascisme ( qui vise à détruire toute organisation des travailleurs et toute organisation politique), il est possible de mobiliser très largement sur cette question.

Pour faire ceci, il faut que certains éléments du succès de la Ligue anti-nazie soit présente . Mobiliser autour d’un accord minimal - arrêter les fascistes et expliquer à la population la nature réelle des organisations fascistes. Il ne faut pas donner comme préalable à une collaboration sur cette question des accords sur d’autres questions importantes ( la législation sur les immigrés par exemple).

Il y a dix ou quinze ans en France, on entendait souvent à gauche qu’il n’était pas nécessaire de s’organiser directement contre le FN. Les campagnes les plus connues des années 1980 se concentraient sur la dénonciation morale du racisme en général. Ceci est peu efficace contre un groupe qui essaie de construire un parti fasciste. L’autre type de réponse était d’organiser des commandos ultra-minoritaires pour s’attaquer aux fascistes, avec le risque d’isoler les antifascistes de la population en général.

Aujourd’hui, la situation est meilleure. Les contre-manifestations sont fréquentes lors des déplacements des responsables FN, il y a une compréhension assez large de la nécessité d’une campagne spécifique contre le FN, et l’idée que le Front national tente de construire un parti véritablement fasciste est généralement acceptée ( même si certaines organisa tions comme le Manifeste contre le FN ne le reconnaissent pas formellement dans leurs statuts).

Le Front national est régulièrement empêché de faire certaines de ses apparitions publiques. La campagne antifasciste implique désormais un grand nombre de syndiqués. La presse syndicale et les congrès syndicaux se préoccupent de la question. Des activités unitaires voient parfois le jour impliquant l’ensemble du mouvement ouvrier, y compris le Parti socialiste et le Parti communistes, éléments indispensables à cause de leur seule taille pour une offensive sérieuse contre le FN. Les différents "comités de vigilance contre l'extrême droite" qui sont apparus pour regrouper toute la gauche représentent un pas en avant dans l'unité, même si parfois ils auraient besoin d'être redynamisés.

Cependant, il reste des faiblesses significatives dans les deux organisations les plus actives sur la question.Une des organisations les plus en vue, Ras l' Front, a le mérite d’avoir former plus d'une centaine de groupes partout en France et avoir une structure militante dynamique. Sa faiblesse est de construire une organisation autour d’un journal très politisé. Des milliers d’antifascistes qui veulent se battre contre le fascisme mais qui ne s’intéresse pas forcément à un programme politique général et à vendre un journal sur les marchés peuvent être rebuté par cette organisation. C’est certainement pour cette raison qu’il attire peu de jeunes et dans certains endroits risque de devenir un réseau assez fermé de militants. L’implication de Ras l’Front en tant que tel dans des luttes des sans-papiers, des chômeurs etc. témoigne de ce fait.

L’autre, Le Manifeste contre le Front national a le mérite d’attirer des jeunes personnes nouvelles à la politique. L’essentiel de leurs groupes sont basés sur des facultés ou des lycées. Il est plus facile de s’impliquer quand on n’a pas de passé militant. Cependant, la direction du Manifeste, très liée à une fraction du PS, tend, lui, à suggérer que le fascisme ne peut être battu que par le succès de la politique gouvernemental du Parti socialiste.

Et bien sûr des éléments des deux organisations peuvent parfois tomber dans des réactions sectaires contre les autres antifascistes, chacun suggérant que seule son organisation est sérieuse contre le fascisme.

La méthode que défend la présent revue est celle du front uni sur un seul point. Ceci implique de séparer le travail politique général ( ou chaque organisation de gauche défendra son point de vue sur des lois, sur l’immigration, sur la transformation sociale etc) et le travail antifasciste qui lui peut être très large.

Etant un courant très petit, nous ne sommes aucunement en position de donner des leçons aux organisations antifascistes. Mais nous voulons encourager tout ce qui va dans le sens d’une unité de toute la gauche (donc campagne autour d’une seule question, battre les fascistes), et au sein des organisations antifascistes nous vouons défendre tout ce qui est travail de masse (tracts plutôt que journaux, manifestations plutôt que colloques, citer des footballeurs plutôt que des historiens).

Le but d’un front unique antifasciste n’est pas de régler l’ensemble des problèmes de la crise capitaliste - ceci ne peut qu’être fait que par les travailleurs dans leur ensemble, informé par des idées révolutionnaires qui développeront lentement sur les années et les décennies à venir. Son but est uniquement de mettre hors d'état de nuire le fascisme.

J. Mullen
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* La revue présente a des liens avec cette organisation révolutionnaire.

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