Combattre le fascisme

Cet article fut écrit en 1997

Antifascisme: les erreurs des années 80

La montée du Front national et des sous-courants nazis depuis 1983 n’étaient pas inévitables. Le potentiel de lutter contre l’ascension des nazis a toujours existé, s’exprimant plus ou moins fortement depuis le début des années 80. Ce sont en réalité les erreurs de la gauche dans son ensemble et du mouvement antiraciste en particulier qui expliquent que Le Pen n’ait pas été stoppé.

    Deux types d’erreurs ont été commises dans les années 80. La première a consisté à vouloir nier le problème et à refuser d’agir directement contre les nazis. Elle a souvent une autre facette : le respect scrupuleux des institutions établies, le recours à la loi plutôt qu’à la mobilisation de masse.

L’autre erreur classique qui a été commise a consisté à provoquer des confrontations physiques avec le FN et ses hommes de mains skins et nazis de toutes sortes, sans tenter d’impulser l’unité la plus large possible.

La première erreur a été le mieux illustrée par le mouvement antiraciste le plus marquant des années 1980 : SOS  racisme. La seconde erreur a été le mieux représentée par le SCALP (Sections carrément anti-Le Pen). Il est fréquemment arrivé que des antifascistes passent de la première à la seconde erreur.

Ces deux méthodes ont fait la preuve de leur faillite au cours des années 1980 et au début de cette décennie : SOS racisme a connu un déclin très sensible et le SCALP est n’a plus qu’une existence anecdotique.

Pourtant le potentiel antiraciste et antifasciste s’est manifesté avec force dès le début des années 80 et a ressurgi à plusieurs occasions pendant la décennie qui a suivi la percée du Front national.

La résistance des Beurs

Les flambées de résistance furent soit spontanées soient systématiquement organisées et d’ampleur nationale. En 1983 et 1984, il y a deux marches impulsées par les jeunes d’origine maghrébine de la banlieue lyonnaise. La première, la " Marche de l’Egalité ", partie de la cité des Minguettes à Villeurbanne, banlieue de Lyon, réunit à son arrivée à Paris des dizaines de milliers de personnes. Un an plus tard, la seconde marche, intitulée " Convergence 1984 ", réunissant près de 100 000 personnes est arrivée à Paris, place Montparnasse. Cette fois-ci, les jeunes traversent la France en mobylette. C’est un symbole : les mobylettes roulent au mélange, comme, pensent-ils, la société française devrait avancer.

C’est la première fois qu’un large mouvement antiraciste émerge de la nouvelle génération d’enfants de ceux qui ont immigré en France au milieu des années 50 et dans les années 60. Il est soutenu par des prêtres ouvriers comme le célèbre père Christian Delorme, animateur du mouve-ment oecuménique d’entraide la CIMADE (Comité inter-mouvement auprès des évacués). De nombreuses associations antiracistes issues du militantisme des années 1970, dont les membres atteignaient déjà un certain âge, lui apportent aussi leur soutien.

Ce mouvement permet d’exprimer toute la crainte qui existait face à la montée du racisme et des fascistes en France. Mais il ne dispose pas d’une organisation d’ampleur nationale, de ses relais militants et médiatiques qui puisse lui permettre de s’installer durablement et de s’opposer à la montée du racisme et du Front national.

Les limites de ces marches apparaissent rapidement. C’est dans ce contexte que se lance SOS racisme, qui connaît une ascension fulgurante1. L’OPA lancée par SOS racisme sur le mouvement des Beurs  soulève des protestations. C’est le cas aussi de Delorme, qui avait fait se rencontrer les jeunes beurs des marches et les dirigeants de SOS : " Je me sens un peu trahi; comme si on m’avait trompé et laissé croire que tout cela était spontané "2.

A la différence des organisateurs des marches parties de Lyon, les initiateurs de l’association antiraciste au badge sont pour la plupart membres, sympathisants ou proches du Parti socialiste au pouvoir à ce moment-là. S’ils n’ont pas reçu de soutien officiel dès le début, des pans entiers de l’appareil social-démocrate se mettent à soutenir leur action assez rapidement. Puis ils reçoivent le soutien direct de François Mitterrand, suivi d’aides matérielles importantes par les budgets ministériels, de ceux du ministère de la culture en particulier qui débloquera 1 million de francs pour le concert de SOS de 19853.

L’émergence de SOS racisme

En quelques mois, deux millions d’exemplaires du badge symbole de SOS, " Touche pas à mon pote ", sont vendus. En 1985, un concert géant rassemble plus de 400 000 personnes à la place de la Concorde à Paris. Alors que les médias et les grands groupes industriels qui ont appuyé l’organisation du concert sont remerciés dans un huit-pages distribué à 100 000 exemplaires, des jeunes de banlieue arrivent avec leur banderole sur la place en scandant : " Le Pen t’es foutu : SOS est dans la rue ".

Une organisation est née qui trois ans plus tard comptera, selon Harlem Désir, près de 350 comités à travers la France4. Ce sera le lieu d’apprentissage du militantisme pour des milliers d’adolescents pendant des années. Des organisations analogues à SOS naîtront dans d’autres pays européens5.

Le succès de SOS racisme est considé-rable pendant plusieurs années. En mars 1985, SOS tient un meeting à l’Université de la rue d’Assas, bastion du GUD (Groupe union défense) devenu depuis UDEA (Union des étudiants d’Assas), groupuscule néo-nazi très violent. En octobre 1985, il organise une marche " Stop racisme " de 80 000 personnes. Son concert, désormais annuel, de l’année 1986 attire, selon les sources, entre 100 et 200 000 personnes. Le 29 novembre 1987, la Marche pour l’Egalité organisée en commun avec l’Unef-id rassemble 80 000 personnes. Après plusieurs mobilisations relativement faibles, le concert de 1990 attire encore 100 à 150 000 personnes.

Comment une organisation qui reven-diquait dès 1987 près de 15 000 membres6, et plus encore au cours de l’année suivante7, qui a connu tant de succès dans l’organi-sation de concerts et de manifestations, qui avait un réservoir d’audience et de militants considérable dans la jeunesse la plus combative, a t-elle pu échouer autant face à la montée du Front national ?

Nature de SOS racisme

Cela tient à la nature même de SOS racisme. L’association a été lancée par d’anciens militants d’extrême gauche ralliés au Parti socialiste. Leur stratégie est la réforme progressive de la société et la conquête de postes tant au sein du PS que dans l’appareil d’Etat.

Ils concevaient le mouvement de masse comme un complément, une rectification de ce que faisait la gauche au pouvoir. Plus encore, des alliances étaient contractées à droite aussi. On recherchait des soutiens aussi systématiquement auprès de membres du parti néo-gaulliste, le RPR, auprès des libéraux du CDS (Bernard Stasi, Simone Veil, etc.) et des organisations sionistes proches des gaullistes8.

Pour les dirigeants de SOS racisme, il s’agissait donc de ne pas effrayer leurs alliés au gouvernement ou à droite en organisant des manifestations de masse contre le Front national. Au contraire, on évitait toujours toute confrontation avec le parti fasciste. On organise une protestation morale contre le racisme qui n’engage pas à grand chose.

Harlem Désir, ancien président de SOS racisme, y reviendra très souvent. " Chacun souligna l’importance du verbe, arme suprême qui permettra à la logique de la vie de l’emporter sur la logique de la guerre ", déclare Harlem désir alors président de SOS racisme en tirant sa leçon de la soirée antiraciste tenue à Assas 9. " La lutte contre le racisme n’est une affaire ni de droite ni de gauche ". " Nous montrons qu’une majorité, de gauche ou de droite refuse la violence raciste et la ségrégation "10. " Avant toute chose, notre orientation est une orientation morale  "

Julien Dray, fondateur de SOS racisme et longtemps son principal animateur, avant d’entamer une carrière proprement parle-mentaire, abondera dans ce sens à de multiples reprises.11

Les concerts de SOS racisme devien-dront l’occasion pour des ministres d’apparaître devant un large public de jeunes, pour Mitterrand de transmettre des messages qui redorent son blason a peu de frais. Même des ministres de droite seront invités : Stoléru, l’inventeur de l’inique " aide au retour " des immigrés (de 10 000 F) qui consista dans les années 70, en période de montée rapide du chômage, à désigner les travailleurs étrangers comme responsables du chômage; Balladur, ministre des finances de Chirac.

Lorsque SOS racisme a évolué vers la gauche, l’association a préconisé de réformer petit à petit la société pour faire disparaître la misère qui selon elle engendrait presque automatiquement le racisme et la montée du Front national. Cela a été la  " théorie de l’ascenseur " d’Harlem Désir : " Si on veut se débarrasser du Front national, il ne faut pas crier : Le Pen, Le Pen, comme on crie au loup. Il faut réparer les ascenseurs "12.

De la protestation morale au réformisme économique et politique

En d’autres termes, Harlem Désir explique qu’il faut améliorer la vie des gens et le Front national disparaîtra.

Dans un sens, cette affirmation est vraie. Les nazis auraient peu d’espace pour croître si les conditions de vie de la masse de la population ne se dégradaient pas con-stamment. Mais les trois dernières décennies ont évolué différemment. La majorité pauvre de la population a connu un déclin de ses conditions économiques et sociales. Il ne pouvait en être autrement dans un système capitaliste en crise.

SOS racisme a sans cesse oscillé entre l’antiracisme symbolique et le replâtrage de la société existante. Les symboles lorsque, contre les bavures policières, SOS demande et obtient que la déclaration des droits de l’homme soit apposée dans tous les commissariats. Symbole encore lorsque l’année passée, les dirigeants de l’association se livrent à un carnaval de rue le jour de la St Valentin rassemblant quelques dizaines de personnes, le visage peint en diverses couleurs : il s’agit symboliquement de dénoncer les entraves mises par les lois Pasqua-Méhaignerie de 1993 au mariage entre français et immigrés et plus géné-ralement entre français et étrangers.

Mais comme la mobilisation symbo-lique ne change pas grand chose à la réalité, restent des activités plus terre-à-terre : la défense juridique au quotidien des immigrés ayant des difficultés face à l’administration et la police, le lancement de " maisons de potes ". Loin de moi l’idée de dénigrer de telles activités, mais elles ne doivent pas constituer le centre de la lutte contre le racisme. Les maisons des potes, depuis l’inauguration de la première dans le Var en février 1989, pour utiles qu’elles soient, ne changent pas la vie dans des cités et des quartiers s’apauvrissant et, si le Guide des droits des étrangers est extrêmement utile13, il ne peut constituer avec ses 460 pages le principal outil de la lutte collective contre le racisme...

La lutte symbolique contre le racisme et contre les nazis s’oppose ainsi à la lutte collective pour faire reculer ces fléaux. On en vient à prôner l’intégration à la société actuelle, c’est-à-dire le plus souvent de grimper dans la hiérarchie sociale, d’intégrer les postes de pouvoir dans l’appareil d’Etat et l’administration, d’occuper des places de patrons dans l’industrie, etc. Il ne s’agit plus de changer les relations sociales qui s’établissent entre les gens qui font que le racisme peut exister et se renforcer, mais seulement de colorer le capitalisme14. Cela est très clair lorsque Harlem désir préconise l’intégration des immigrés au nom même des intérêts patronaux français dans la concurrence capitaliste !
 
 

" Il n’y a ni passif colonial, ni supériorité culturelle qui justifie l’exclusion de toute une génération de jeunes issus de l’im-migration. Alors pourquoi refuser cette énergie, pourquoi refuser ces bras et ces cerceaux si utiles pour les défis à venir ?

" On ne peut d’un côté parler de compétitivité, de guerre économique et de l’autre refuser l’aide offerte !

" Le combat pour l’intégration n’est pas simplement mené au nom des valeurs du pays des droits de l’homme ou de la générosité, il l’est aussi au nom de la simple rationalité économique "15.

Au bout d’un moment, on tente de changer seulement l’apparence des choses et non le fond. On en vient à masquer son incapacité à avancer dans la lutte antiraciste en reprenant les formules des adversaires. Ainsi en a t-il été du nationalisme, voire du sexisme de plusieurs affiches éditées et collées à des milliers d’exemplaires par SOS racisme. Daniel Guérin, dans son ouvrage fondamental sur le fascisme, Fascisme et grand capital, critiquait déjà les capitulations successives de la gauche et du mouvement ouvrier dans les années, qui les amenaient à imiter les nazis dans la forme de leur action. SOS a apporté sa contribution à cette démarche en collant par milliers une affiche au slogan suivant : " La fête, vite ! ", qui imitait tristement le fameux slogan du Front national : " Le Pen, vite ! ". Rien ne pouvait mieux illustrer l’échec tragique de SOS racisme.

Et lorsque l’association veut réagir contre la montée des nazis comme ce fut le cas à plusieurs reprises, c’est indirectement, symboliquement. Ses succès sont alors limités. C’est le cas lorsqu’elle lance en 1989, suite aux succès du Front national lors des présidentielles de 1988, une caravane pour l’intégration. C’est aussi le cas en décembre 1989, lorsqu’elle organise un concert dans le Var où 3 000 personnes seulement se rassemblent.
 
 

Bilan

Certes, l’association antiraciste née en 1984 est aujourd’hui encore la plus nombreuse en France et l’une des plus puissantes d’Europe. Elle continue de revendiquer 300 comités locaux et quelque 15 à 20 000 membres16. Elle a renouvelé et rajeuni le mouvement antiraciste en France.

Cependant, le bilan d’une décennie montre son échec patent. Le racisme, qu’il soit antisémite ou anti-arabe, s’est intensifié en particulier depuis 1988. Un sondage CSA pour la Commission consultative des droits de l’homme en 1994 révèle que 59 % des sondés considéraient " qu’il y a trop de musulmans " en France aujourd’hui; 62 % " trop d’Arabes "17. Le Front national a poursuivi son ascension alors que les initiatives de SOS racisme voyaient leur audience reculer.

La stratégie du mécano d’ascenseurs ignorant les nazis a fait faillite.

Désormais SOS racisme déclare vouloir lutter pas à pas contre le racisme et surtout contre l’influence du Front national. Mais on peut douter de la validité et de l’efficacité des méthodes utilisées par la direction de SOS racisme.

Le dernier rebondissement de l’épisode de la plainte déposée contre le ministre l’enseignement supérieur et maire de Brétigny-sur-Orge Jean De Boishue pour incitation à la haine raciale l’illustre bien. Ce ministre avait publié en mai 1995 un livre,  Banlieue mon amour , dans lequel on retrouve plusieurs allusions nettement racistes18. A la suite d’une plainte déposée par une famille mise en cause dans le livre, SOS racisme s’était constitué partie civile. En septembre, pourtant l’association parvenait à un accord de fait avec le ministre. Une simple lettre d’excuses de sa part et un dédommagement de l’association cor-respondant aux droits d’auteurs serait reversé à SOS. Fodé Sylla (président de SOS racisme depuis le retrait de Harlem désir en 1992) retira sa plainte à la suite de cet accord scandaleux et perçu à juste titre comme tel par les autres associations antiracistes. En octobre 1995, conscient de la gravité de cet accord, un réunion de responsables de SOS racisme rejetait toute acceptation d’un dédommagement de ce type pour l’association.

La tentative d’ignorer le Front national n’a pas été l’apanage de SOS racisme. Le PCF a systématiquement avancé l’argument qu’il suffisait d’ignorer le Front national pour qu’il ne dispose pas de l’espace nécessaire pour croître. Il a souvent expliqué la montée du Front national par la publicité que lui faisaient les médias et par la complaisance de Mitterrand lui-même. S’il est vrai que Mitterrand a très tôt tenté d’utiliser la montée du Front national pour diviser la droite, cette argumentation du PCF n’en était pas moins fausse. La principale raison de la montée du FN résidait dans la démoralisation provoquée par le reniement du gouvernement de gauche, auquel participaient quatre ministres communistes. L’audience médiatique est venue amplifier le phénomène. Elle ne l’a pas créé.

" Il va disparaître tout seul "

L’argumentation du PCF ne consistait pas à préconiser la mobilisation contre le Front national. Il préconisait une censure en faisant appel aux plus hautes autorités de l’Etat ou de l’audiovisuel. Il affirmait souvent que parler du Front national ne revenait qu’à lui faire de la publicité. Cette attitude constante du Parti communiste pendant toute la décennie précédente fit à ce moment-là des émules y compris dans l’extrême gauche19.

Ainsi, la décennie 80 et le début des années 90 sont marqués par cette passivité époustouflante des grandes forces politiques face à la percée et l’installation du Front national. Les pronostics sur le recul et la marginalisation du FN étaient légion. A chaque nouvelle percée électorale, à chaque nouvelle petite phrase antisémite, raciste et en général scandaleuse de Le Pen, les journalistes prétendument les plus avertis nous expliquaient que le FN avait épuisé ses possibilités de croissance20. Les traditions démocratiques françaises allaient mar-ginalisé le " national-populisme ". Il n’en fut rien.

Affrontements minoritaires

Une autre réaction à la montée du FN, beaucoup plus minoritaire, fut représentée par le SCALP (Section carrément anti Le Pen). Il fut lancé à partir de Toulouse en 1984. Le SCALP eu pendant quelques années un certain succès. A Lyon, les militants du SCALP avaient pu rassembler dans quelques manifestations des centaines de jeunes. Dans un rassemblement contre la manifestation nazie le 1er mai à Paris, ils avaient pu attirer près d’un millier de personnes. Dans plusieurs villes, leur audience atteignait encore quelques centaines de personnes vers la fin des années 80.

Parmi les membres qui avaient lancé le SCALP et y étaient très actifs, certains venaient des Marches des beurs du début des années 80. D’autres, qui avaient auparavant formé des comités antifascistes et la Coordination nationale antifasciste, étaient les rescapés de la mouvance issue de l’éclatement d’organisations d’extrême gauche influentes dans les années 7021. Mis à part la mouvance punk qui s’y retrouva pleinement, on pouvait également y côtoyer des jeunes de la périphérie du PCF et des jeunesses communistes. Le public du groupe aujourd’hui disparu les " Béruriers noirs " s’identifiait volontiers avec les SCALP sans nécessairement y militer.

L’essentiel de l’activité du SCALP consistait à rechercher l’affrontement avec le Front national ou ses annexes néo-nazies. Même si un affrontement était prématuré et le fait d’un tout petit nombre de militants sans lien avec un travail de masse. La logique de cette tactique les conduisit de plus en plus à un travail de conspirateurs. Au lieu de tenter d’unifier largement individus et organisations dans un travail de masse contre le FN, ils s’isolaient toujours plus.

Ils ne pouvaient vaincre le FN et les skins avec leurs effectifs réduits. Ils ne pouvaient pas plus l’emporter du point de vue strictement militaire face à un parti en pleine expansion. Ce furent les rangs des SCALP qui s’éparpillèrent. La combativité " virile " du SCALP contre le Front national a disparu. Le groupe parisien a rejoint REFLEX (Réseau d’études, de formation et de liaison contre l’extrême droite et la xénophobie) et cela a également été le cas pour plusieurs comités provinciaux. Ce réseau proche de la mouvance autonome et libertaire est, comme son nom l’indique, plus une structure d’études et de liaison, qu’un outil pour l’action. La boucle a ainsi été bouclée : le sectarisme du SCALP a conduit à sa mort virtuelle.

Un potentiel sans cesse affirmé

Tout au long des années 80, la résistance contre la montée des nazis s’est à de multiples reprises manifestée. En 1984, il y avait eu près de 40 000 contre manifestants opposés aux meetings du Front national22. En fin 1992, les contre-manifestants étaient plus de 80 00023. Les révoltes contre les nazis ont été nombreuses depuis leur percée en 1983. Des acquis existent sur lesquels il est possible de s’appuyer pour avancer.

Ce sont les méthodes politiques et les perspectives proposées dans la lutte antinazie qui ont fait faillite. L’extrême gauche ayant été incapable d’agir de façon décisive contre le Front national au moment de sa naissance, ce fut la social-démocratie qui dirigea la réaction populaire à la montée fasciste. Les dirigeants de SOS racisme, mais aussi ceux du PCF d’une autre façon, menèrent une lutte antiraciste symbolique. Le symbole n’ayant jamais beaucoup impressionné les nazis, ni permit à la masse des travailleurs d’améliorer leur condition, l’antiracisme symbolique révéla sa faillite comme méthode dans la lutte contre le Front national. Désormais, ceux qui avaient voulu ignorer le Front national revendiquent en général maintenant son interdiction au nom de la République.

Face à la stratégie réformiste ceux qui voulaient une lutte radicale contre le FN ne surent pas entraîner derrière eux des milliers et des dizaines de milliers dans des combats décisifs contre les nazis. Le gauchisme se révéla aussi impuissant que l’antiracisme symbolique à stopper l’ascension nazie.

Ces deux erreurs, de même nature que celles qui avaient été commises dans les années 30 en Allemagne ou en Espagne aboutissaient à une impasse : vers la fin des années 80, le Front national, malgré quelques phases de défensive, continuait de croître et de s’implanter, tandis que les associations antiracistes et les mouvements contre les fascistes connaissaient, eux une crise sérieuse.
 
 

Hassan Berber
 
Socialisme International
 anticapitalisme &révolution
 
 
N° 1  novembre 2001  N°  2 février 2002 Nouveau N° 5 octobre 2002
N° 3 mai 2002 N° 4  juillet 2002 Recevez  notre bulletin électronique
Bibliothèque anticapitaliste Liens