1 Introduction : l’attrait de l’anarchisme

L'anarchisme a toujours exercé un fort attrait sur ceux qui se rebellent contre cette société pourrie. Il exerce un attrait particulier sur la jeunesse, ce qui est à son crédit. Dans tout mouvement radical et révolutionnaire, les jeunes ont joué un rôle disproportionné, car la jeunesse, ni soumise ni brisée, est la plus énergique et fait preuve du plus grand idéalisme.

Face à l'exploitation, à l'injustice, à la toute puissance de l'Etat capitaliste et à l'implacable emprise de son idéologie, l'anarchisme s'insurge. Il proclame que nous n'avons pas à vivre ainsi ; que la division entre des riches et des pauvres, des exploiteurs et des exploités, des dominants et des dominés n’est pas inévitable ; que les guerres ne sont pas fatales, pas plus que le racisme, l'oppression, la domination de la majorité par une minorité, ni même d'une minorité par la majorité.

Il s'oppose à l'idée reçue selon laquelle, par nature, la masse serait stupide ou égoïste et que, par conséquent, une autorité supérieure devrait lui dicter son comportement et la contrôler. L'anarchisme affirme que nous pourrions vivre en coopération et en harmonie.

Il rejette avec mépris l'hypocrisie et l'opportunisme cynique des milieux politiques dominants, au sein desquels les politiciens bourgeois se déguisent et se présentent comme on présente les lessives, où la politique, sans principe, est à la merci des sondages d'opinion. L'anarchisme représente surtout une réaction à l'intégration croissante des principaux partis de gauche dans ce monde politique officiel corrompu. Il donne une expression radicale au sentiment, largement partagé par les classes populaires, que tous les politiciens se valent, ne cherchent qu'à s'emparer du pouvoir et ne se préoccupent que de leur portefeuille.

Par conséquent, dans les circonstances actuelles, il n'est pas surprenant que l'anarchisme connaisse un regain sensible en Europe. Rarement, sinon jamais au cours de ses 100 ans d'existence, la social-démocratie n'a aussi ouvertement abandonné toute contestation du système et ne s’est révélée aussi ouvertement comme vulgaire complice de l'Etat. La désintégration des régimes dits communistes (Europe de l'Est et ex-URSS) ont eu une importance encore plus grande. Des millions de gens dans le monde considéraient ces pays comme l'alternative " réellement existante " au capitalisme occidental.

Mais, depuis la fin de 1989, les événements ont implacablement détruit ces illusions, démontrant non seulement la faillite lamentable des économies de commandement bureaucratique, mais aussi la haine immense que les masses populaires vouaient à ces régimes. Le stalinisme, tradition qui a dominé la majorité de la gauche pendant 60 ans, s'est effondré. La démoralisation qui en a résulté a atteint, bien au-delà des rangs des partis communistes, tous ceux qui considéraient que les sociétés de l'Est étaient d'une façon ou d'autre supérieures au capitalisme occidental. Il faut donc s'attendre à ce que ceux qui recherchent une alternative radicale considèrent l'anarchisme comme la seule idéologie qui ne soit pas souillée de sang.

L'anarchisme exerce aussi un fort attrait comme support d'un certain style de vie. Pour une fraction de la jeunesse qui vit dans la pauvreté, souvent sans emploi, parfois même sans logement, squatte ou habite des logements délabrés, vit plus ou moins aux marges de la société dans les quartiers pauvres de cités délabrées, souvent obligée de recourir à la petite délinquance, l'anarchisme représente le rejet d'un système qui l'a rejetée.

La poursuite d'objectifs nobles, un attrait puissant et diversifié, ne garantissent pourtant pas qu'une idéologie puisse atteindre les fins qu'elle se fixe. Par exemple, le stalinisme a exercé un immense attrait sur les opposants du capitalisme et de l'impérialisme, mais il n'a été finalement qu'une impasse. L'anarchisme constitue-t-il une idéologie capable de conduire à la victoire la lutte pour l'émancipation de l'humanité ?

Cette brochure répond par la négative. Elle tente de montrer que les conceptions fondamentales de l'anarchisme sont entachées de faiblesses importantes et qu'elles ne conduisent en pratique qu'à freiner et entraver la lutte pour l'émancipation de l'humanité. Elle présentera une critique de la théorie et de la pratique anarchistes d'un point de vue marxiste (c'est-à-dire du point de vue de la tradition du marxisme classique, celui de Marx, Lénine et Trotsky, et non celui du stalinisme) et tentera de démontrer que seul le marxisme, et non l'anarchisme, ouvre une voie vers la société sans classes du futur, société dont marxistes et anarchistes font leur but ultime.

John Molyneux

2. La vision anarchiste de l'Etat                                                Accueil

Socialisme International
 anticapitalisme &révolution
 
 
N° 1  novembre 2001  N°  2 février 2002 Nouveau N° 5 octobre 2002
N° 3 mai 2002 N° 4  juillet 2002 Recevez  notre bulletin électronique
Bibliothèque anticapitaliste Liens