L'intervention Occidentale en Somalie

Comme aujourd'hui au Kosovo, les puissances occidentales ont souvent eu recours à l'argument de la guerre humanitaire pour intervenir militairement dans des pays de la périphérie. L'exemple le plus marquant de ces dernières années reste celui de la Somalie, où sous le nom de "restore hope" (restaurer l'espoir), les grandes puissances, et à leur tête les Etats Unis, se sont imposés par la force dans la guerre civile qui ravageait la population somalienne. A l'aune de cet exemple, peut on dire que les interventions étrangères des grandes puissances permettent effectivement de restaurer la paix et de sortir les peuples de la misère?

C'est en 1992 que les Etats Unis décidèrent d'intervenir en Somalie où la guerre civile, qui durait déjà depuis des années, provoquant misère et famine, prit un tour de moins en moins prévisible pour la stabilité de toute la région. C'est pour assurer la paix entre les différents clans qui se disputaient sur place le contrôle du pouvoir central, et sous couvert d'aide humanitaire pour acheminer les denrées alimentaires à la population, que les militaires de l'ONU cherchèrent à pacifier le pays en luttant contre les milices somaliennes et en les désarmant. Le but de l'opération était officiellement de réconcilier les chefs de guerre ennemis entre eux, et de réunifier le pays pour y assurer la stabilité. Qu'en est il aujourd'hui?

La Somalie survit à présent sans gouvernement reconnu, livrée plus que jamais aux chefs de guerre et aux luttes entre factions militaires. Encore quarante personnes ont été tuées le 19 mars dernier dans le nord de la capitale Mogadiscio, lors d'une bataille entre les miliciens du chef de guerre Musa Sudi Yalahow, honni par les occidentaux, et les hommes du gouverneur de Mogadiscio Hussein Ali Ahmed, ancien chef de guerre lui aussi, mais soutenu en 1992 par les américains et l'ONU. La Somalie est le seul Etat au monde dont le siège à l'ONU soit vacant. En mars 1995, la fin de l'intervention des Nations unies (Onusom) a marqué l'entrée de ce pays dans une période de "zones grises". La Somalie n'est pas abolie mais, sur ses quelque 637 000 km2, elle n'existe que de manière indéterminée.

Ce qui fut la République de Somalie peut être divisé aujourd'hui en quatre zones quasi-autonomes. Dans le nord et le nord-est, autour de sa "capitale" Bossaso., le pays majertine connaît une paix relative. Mais dans le sud du pays, du Bénadir (région de Mogadiscio, la capitale) jusqu'à la frontière kenyane, la guerre civile continue depuis six ans. Six ou sept chefs de guerre continuent de s'affronter, au gré d'alliances tactiques fluctuant selon les moments.

Voilà la situation que l'ONU a provoqué et a laissé depuis la fin de son intervention militaire directe sur place. Une certaine stabilité a été trouvée en divisant le pays, et en soutenant certains chefs de guerre face à d'autres. Ainsi c'est la même stratégie qu'en Bosnie qui a été développée: faire une partition du territoire, garantir la stabilité de la région à tous prix.

Aujourd'hui le sentiment anti-occidental est plus fort que jamais dans la population somalienne. Car non contentes d'avoir réussi à morceler le pays, les troupes occidentales ont commises de nombreuses exactions contre la population pendant leur séjour sur place. Chaque nuit, les hélicoptères américains pilonnaient la capitale Mogadiscio en déversant des roquettes et des bombes. De nombreux civils furent tués. Par ailleurs, la cruauté des soldats vis à vis de la population s’est exprimée à différentes reprises. Des nombreux témoignages attestent aujourd'hui des façons méprisantes avec lesquelles les militaires traitaient les somaliens.

Plus grave, l'année passée trois soldats belges durent passer devant une cour martiale sous l'acte d'accusation d'avoir torturé et tué des civils somaliens, y compris des enfants. Des photos montraient les soldats belges en train de griller un enfant somalien vivant au-dessus d'un feu. Des troupes canadiennes de l'ONU ont été également condamnées pour avoir tué un somalien qui avait réussi à ramper jusqu'à leur camp pour chercher de la nourriture. Ces exemples laissent imaginer le bilan réel de l'intervention militaire occidentale en Somalie.

Les interventions occidentales pourront-elles, après l'opération "restaurer l'espoir" en Somalie, réussir à protéger les réfugiés kosovars en menant une nouvelle guerre humanitaire, cette fois contre la fédération Yougoslave ? Bien au contraire, le précédent somalien montre à quel point les interventions militaires ne font qu'aggraver les situations humanitaires, et cherchent à imposer à tous prix des statu quo qui ne se préoccupent absolument pas de la volonté des peuples, mais qui ont pour seul but réel de garantir la stabilité d'une région stratégiquement importante pour les occidentaux.

Alexandre Achrafié

 
 

poing rougeSocialisme International anticapitalisme&révolution

Revue trimestrielle publiée par des militant(e)s
de la Ligue Communiste Révolutionnaire
N° 1  novembre 2001  N°  2 février 2002
Dossier : Palestine
Supplément "Comment battre Le Pen"
N° 3 mai 2002
N° 4  juillet 2002 N° 5 octobre 2002
Dossier : Quel parti nous faut-il ?
N° 6 février 2003
Dossier : Economie
 N° 7 juin  2003
Dossier : la Socialdémocratie
N° 8 septembre 2003
Dossier : la Libération des femmes
 N° 9 janvier 2004 
Dossier Islam et politique
N° 10 juin 2004
Dossier : En défense de Lénine
N° 11 novembre 2004
Dossier : Combattre l'impérialisme
Liens
Bibliothèque anticapitaliste Site web de la LCR Abonnez-vous à la revue ou au bulletin électronique