Mendier des strapontins ou construire la lutte ?

Le PCF au gouvernement – pour quoi faire ?

Le Congrès du PCF au mois de mars 2000 aura marqué l’histoire du parti comme aucun autre. C’est au moins ce que prétend la direction du parti unie derrière Robert Hue.

Les instances supérieures ont été rebaptisées et leur composition renouvelée. Elles contiennent plus de femmes et d’immigré(e)s, des personnalités venues du milieu associatif et beaucoup d’élus locaux. Des opposants " orthodoxes " ont été écartés ou ont pris volontairement leur distance. Mais Robert Hue lui-même a été réélu pour un troisième mandat avec … 97 pour cent des mandats.

Ces changements amènent certains opposants à la ligne majoritaire à caractériser le tournant pris à Martigues comme une " trahison " de ses idéaux et de son histoire. Mais cette conception laisse entendre que le bilan du PCF d’avant Martigues serait " globalement positif ". En d’autres termes, que le PC aurait été un parti ouvrier jusqu’à ce que la direction actuelle embrasse les thèses des refondateurs. Un tel point de vue ne résiste pas à une analyse sérieuse de l’histoire du parti.

En effet, si le PCF était à ses origines (malgré des faiblesses) un parti révolutionnaire, il a cessé de l’être à partir du moment où la bureaucratie stalinienne de l’URSS s’en est emparé pour en faire un instrument de sa politique interne et externe. C’est la raison pour laquelle les nostalgiques du Parti communiste de Thorez, de Waldeck Rochet ou de Marchais se trompent lourdement.

Que cela soit pendant ses périodes de marginalisation (quand il adopte une rhétorique pseudo-révolutionnaire) ou lorsqu’il pratique une politique d’unité tous azimuts (quand il prétend incarner l’intérêt de la " nation française "), le PCF a été pendant la quasi-totalité de son existence un parti authentiquement … réformiste.

Nation et parlement

Non seulement il accepte en pratique le cadre de l’Etat-nation, mais il l’érige en principe comme pendant la deuxième guerre mondiale ou plus récemment quand il prône le " produisons français " au début de la crise économique ou vante les mérites de la "force de frappe" nucléaire française.

Depuis plus de cinquante ans, la stratégie officielle du parti est de suivre la " voie parlementaire au socialisme ", les références à la " dictature du prolétariat " ne servant qu’à le démarquer des partis ouvertement réformistes, et pro-américains, de l’Internationale socialiste.

Quant à la participation du PCF aux gouvernements, elle ne date pas d’hier. En 1945, les communistes entrent dans un gouvernement dirigé par De Gaulle, et conservent jusqu'en 1947 leurs ministères dans les gouvernements suivants, dont l’objectif essentiel est de consolider l’Etat, protéger l’Union française (comprenant la métropole et les colonies) et remettre sur pied le capitalisme français.

Pendant la guerre froide, le PCF reste isolé, mais conserve une forte influence au sein de la classe ouvrière à cause de son engagement aux côtés des travailleurs en lutte et de la persistance du mythe du " modèle soviétique ". Mais le rôle qu’il a joué en 1968 pour arrêter le mouvement montre clairement que cet engagement connaît des limites.

De 1981 à 1984, le PCF se retrouve de nouveau au gouvernement, mais cette fois-ci comme simple auxiliaire d’un Parti socialiste devenu hégémonique à gauche.

Apportant un soutien nécessaire au PS (surtout dans les syndicats), le PC pousse certes dans le sens des réformes sociales (extension de la protection sociale et des droits des salariés, nationalisations …). Mais son poids au sein du gouvernement reste extrêmement limité, et il n’a quasiment aucune influence sur les choix stratégiques.

Le parti se voit contraint, pour se maintenir au gouvernement, à cautionner des mesures ouvertement réactionnaires et à envoyer des messages ambigus à ces militants et à ses électeurs. Ce qui contribue à long terme à la fois à brouiller encore plus l’image d’un parti " populaire " et " combatif ".

Adieu la lutte

Aujourd’hui la direction du PCF, au lieu de remettre en cause directement l’économie de marché, se contente de faire de vagues références à la nécessité de services publics. En le faisant, elle ne fait que théoriser une pratique politique basée sur la seule perspective de la voie des élections et de la participation gouvernementale. Elle ne propose plus d’alternative globale à l’idéologie dominante.

Au niveau local, l’électoralisme, voire le clientélisme, du parti est devenu chronique. C’est à ce niveau où il a le mieux résisté. Seulement, le vrai pouvoir ne se trouve pas au niveau des municipalités. L’intérêt pour les travailleurs d’avoir un maire, voire un président de conseil général communiste, s’il peut être réel, n’est que très limité.

Pour le parti, cependant, il est crucial, y compris sur le plan financier, de garder cette base municipale. D’où la tentation de chercher à garder son fonds de commerce électoral à n’importe quel prix.

Les perspectives pour le PC sont aujourd’hui extrêmement limitées. Certes, si le niveau des luttes se maintient, et si le gouvernement se révèle incapable de s’adapter aux aspirations de sa base, PCF pourrait en tirer profit. Mais à ce moment-là la question de la participation gouvernementale, qu’il considère aujourd’hui non pas comme une tactique ponctuelle, mais la clé de voûte de sa stratégie, se posera de nouveau. L'ambigüité de la position du PCF est symbolisé par l'importante manifestation contre le chômage qu'il a su organiser, mais où la direction insistait pour éviter tout slogan contre la politique du gouvernement.

Mais la baisse de ses effectifs réduits la capacité du parti à intervenir de façon décisive dans les luttes. Sa stratégie électorale pour les prochaines municipales est basée entièrement sur l’accord qui vient d’être signé avec le PS.

Quant à l’opposition, elle est divisée en plusieurs " réseaux ". Elle n’a aucun espoir de conquérir la direction du parti. Beaucoup de militants quitteront probablement le parti dans les mois et les années à venir. Abandonneront-ils complètement le militantisme ? Gonfleront-ils les rangs des sans-parti ? Ou tireront-ils toutes les leçons théoriques et pratiques de leurs expériences en continuant à militer dans d’autres structures de la gauche combative ?

Claude Meunier

 


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