1934 en France

Début 1934, le fascisme déjà victorieux en Italie et en Allemagne devient en France un danger véritable. Mais en descendant massivement dans la rue les travailleurs écartent la menace fasciste. Aujourd'hui, alors que les fascistes européens sont toujours plus actifs et que Le Pen et ses troupes se préparent pour les élections, il est temps d'en tirer les leçons et de convaincre ceux qui ne le serai pas encore de la nécessité de la démonstration de force.

1933.La menace fasciste est alors bien réelle en France. Les diverses organisations d'extrême-droite revendiquent un million de membres. Elles ne perdent pas une occasion d'organiser des troubles et des désordres un peu partout. En février 1934, se sentant suffisament fortes, elles marchent sur l'Assemblée Nationale afin de chasser le gouvernementt du parti radical. Sous la pression des fascistes ce dernier donne sa sémission et est remplacé par un gouvernement de la droite "dure" encore plus réactionnaire.

CRISE

Mais cette agression fasciste n'était que l'aboutissement d'une situation de crise qui avait éclaté en 1929, entrainant chomage, inflation, baisse des salaires et donc mécontentement.Dans ce contexte les Ligues (des groupes para-militaires d'extreme-droite) se disputent la rue avec les troupes du PC.

Mais la gauche, divisée, dans l'incapacité de proposer quoi que ce soit, ne peut s'opposer à l'offensive de la droite et de l'extreme-droite, qui, battues aux élections de 1932 et ayant laissé la place à un gouvernement d'union nationale radical, préparent la revanche en s'appuyant sur les ligues (Action française, croix de feu ...), et amènent beaucoup de français à adhérer à l'anti-parlementarisme et à rejoindre spontanément leurs rangs.

Au sein de la gauche, il n'y avait pas une conscience suffisante du danger fasciste. Pendant des années, voyant le fascisme gagner en Italie et en Allemagne, les dirigeants radicaux et socialistes ont considéré que la France était un pays à part, "où ça ne pouvait pas arriver". Ainsi ils ont laissé les ligues parader dans les rues pendant plusieurs mois sans riposte.

Or, les événements du 6 février ont prouvé que la France aussi appartient à un système mondial et que ce système en crise est prêt à tout pour survivre, et même à utiliser des forces non-officielles comme les ligues fascistes.

STAVISKY

L'affaire Stavisky, qui éclate dans ce contexte, va servir de catalyseur à tous les mécontentements. L'extrême-droite en exploitant ce scandale politico-financier tente, durant le début de l'année 1934, de déstabiliser le gouvernement au niveau parlementaire et de le renverser dans la rue.

Les événements se précipitent durant le mois de janvier; les ligues organisent des manifestations de plus en plus violentes, de plus en plus anti-gouvernementales, jusqu'au 6 février, qui marque l'apogée de leur tentative. Les parlementaires de gauche tentent de refaire une unité et de sauvegarder le régime parlementaire, pendant que Léon Blum affirme qu'il faut "barrer la route à l'offensive fasciste", mais se garde de bouger lui-même. Le Parti communiste divise les rangs ouvriers en concentrant tous ses coups contre la social-démocratie.

La manifestation d'extrême Droite à la Concorde a le double but de renverser le gouvernement Daladier et de mettre à bas le régime parlémentaire. Elle se transforme en émeute. La police tire dessus, faisant plusieurs morts, pendant que la manifestation se dirige vers le parlement. Daladier, premier ministre, démissionne, sous la pression des parlementaires radicaux, qui ont peur que la prochaine offensive fasciste soit victorieuse. L'extrême Droite est à moitié victorieuse.

En réponse, la SFIO et la CGT (proche de la SFIO) appelle à une grève de 24 heures pour le 12 février 1934. Entretemps, une nouvelle manifestation fasciste se solde par 4 nouveaux morts. La CGTU, proche du Parti Communiste, décide au dernier moment de se joindre à la grève mais en organisant une manifestation séparée.

La grève est imposante. Plus de 4 millions et demi de travailleurs débrayent dans les entreprises. Deux manifestations démarrent à Paris, l'une menée par la SFIO socialiste, l'autre par les dirigeants communistes.

Sur le parcours, les deux manifestations se trouvent face à face, et malgré la tension qui règne, bientôt une clameur monte de chaque côté : "Unité! unité!". C'est un véritable raz-de marée qui submergent les dirigeants du PC et de la SFIO ; les deux manifestations fusionnent en un seul cortège de plus de 150 000 personnes.

C'est à partir de ce moment-là qu'un véritable tournant s'opère, que la démonstraton de force et la détermination de la classe ouvrière écarte la menace fasciste.

Durant tous ces mois marqués par la montée de l'extrême droite, les dirigeants des partis ouvriers réformistes n'auront eu de cesse que de démontrer leur propre impuissance à organiser la riposte contre le fascisme, plus occupés qu'ils étaient à discourir au parlement, à cultiver les motifs de division, plutôt d'en appeler réellement à une mobilisation unitaire dans la rue, dans les entreprises, dans les quartiers, de tous les travailleurs.

NE PAS OUBLIER

Il ne faut pas oublier les leçons de 1934. On ne peut faire confiance ni à l'Etat, ni aux dirigeants des partis de gauche pour riposter au fascisme. C'est la mobilisation de masses qui est nécessaire. C'est la démonstration de force des travailleurs qui a repoussé les fascistes en 1934. Il est possible de renouveler cet exploit aujourd'hui.

Gilliane et Alexandre

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